Luddisme et possibilités
Je reproduis ici un texte que j'ai écrit le 2 novembre 2025.
Hier, j’ai fini le livre “Un taylorisme augmenté : critique de l’intelligence artificielle” de Juan Sebastian Carbonell, et je le recommande vivement. Ce qui m’a attiré l’attention, ce n’était pas seulement l’idée la plus centrale du livre — le taylorisme comme une manière historique d’organisation du travail jusqu’à présent, et la façon dont l’IA s’insère dans cette dynamique en approfondissant encore plus la division du travail et ses conséquences —, mais principalement la question du luddisme.
J’avoue que j’avais un certain “préjugé” contre les luddistes, car pour moi ils n’attaquaient pas la racine du problème derrière l’introduction de machines. Mais la conclusion du livre m’a fait changer un peu l’idée. En fait, en résistant aux machines, les luddistes ont ouvert la voie à de nouvelles possibilités d’organisation du travail et d’organisation de la société. Il n’y a pas seulement un sens de destruction, mais aussi de construction de nouvelles possibilités (ou “alternatives” — le terme employé par l’auteur). Et la catégorie de “possibilité” m’est très chère :’), en opposition à la linéarité et au progrès.
L’histoire n’est pas linéaire. Et ici la critique de l’idéologie du progrès est très importante. Le progrès sert aux intérêts du capitalisme ; c’est par essence une idéologie conservatrice (dans le sens de la conservation du capitalisme). Cependant, en réalité, il existe différentes tendances, alternatives, enfin, possibilités que nous, comme humanité, pouvons bâtir. Attirer l’attention sur cela est essentiel pour nous retirer de notre confortable conformisme. L’avancement des technologies qui servent à des intérêts capitalistes n’est pas inévitable.
Il faut néanmoins arrêter de concevoir la critique de l’IA de façon individualiste et moraliste. Au lieu de cela, il faut penser et se mobiliser collectivement. Il ne s’agit donc pas de juger moralement celui qui utilise l’IA. La personne qui refuse son utilisation n’est pas moralement supérieure à celle qui l’utilise. La réponse doit toujours être collective, en cherchant les racines sociales de cette problématique.
Ce livre attire l’attention sur plein de choses importantes concernant l’IA et les justifications sociales que l’on donne pour son utilisation. J’aimerais bien avoir le temps de développer cela, mais je m’arrête ici pour aujourd’hui.