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    <title>IAN</title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/benjamin-dewit/</link>
    <description>Ingénieur Anti-Nucléaire</description>
    <pubDate>Tue, 07 Apr 2026 18:59:14 +0200</pubDate>
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      <title>Aux pronucléaires, une réponse des concerné·es</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/benjamin-dewit/aux-pronucleaires-une-reponse-des-concerne-es</link>
      <description>&lt;![CDATA[Aux pronucléaires, une réponse des concerné·es&#xA;Réponse au texte « Sortir de l’impasse arrêt du nucléaire »&#xA;&#xA;Introduction&#xA;L’année dernière, un texte, « Sortir de l’impasse arrêt du nucléaire », a été diffusé par des (ex)camarades du NPA sur les réseaux sociaux, à charge contre le NPA et plus particulièrement sa Commission Nationale Écologie. Le texte décortique et remet en question un 4 page de critique du conglomérat militaro-industriel nucléaire qui propose un plan de sortie, dans un contexte français. Ces (ex)camarades affirment, eux, que la lutte antinucléaire est une impasse… Et revendiquent donc au contraire une relance de l’industrie – et de la politique – nucléaire. Nous sommes plusieurs anciens et actuels travailleurs du nucléaire au sein de la Commission Nationale Ecologie du NPA à connaître ce secteur comme notre poche et à tenter de prouver le contraire par tous les moyens. Chèr·es camarades qui hésitez, vacillez, voire changez d’avis… Voici l’analyse point par point des arguments pro-nucléaires, pro-industrie, pro-productivité, de la part d’un camarade ingénieur nucléaire, anciennement chez EDF, toujours solidaire de la Commission Ecologie (et) du NPA.2&#xA;&#xA;Au menu :&#xA;    nous comparerons pour commencer, de manière détaillée, les revendications des travailleureuses de l’industrie nucléaire à celles des pronucléaires,&#xA;    puis nous répondrons à une grande partie des thématiques abordées par les pronucléaires, sur des aspects plus « techniques », point par point.&#xA;&#xA;C’est parti !&#xA;Travailleureuses du nucléaire : nos revendications&#xA;&#xA;« Le parti ignore totalement les revendications de ces travailleurs » (p.15)&#xA;La brochure « sortir du nucléaire en 10 ans » n’abordait effectivement pas cette question. Mais le parti, lui, connaît bien les revendications du secteur, et il n’a pas la maladresse de réduire à un paragraphe, et à la seule centrale de Fessenheim, les revendications de ses travailleureuses (p.15), ni de tenter de les « convaincre » de l’extérieur (p.24)… tout simplement car certains d’entre nous FONT ou ont fait partie de ces travailleureuses. Ingénieur-matériaux du nucléaire et vieillissement, ingénieur-expert technique, et ingénieur géologue.&#xA;&#xA;Nous savons que nous faisons pas partie de la majorité : la majorité est sous-traitante, et ouvrière/technicienne plutôt qu’ingénieure… Comme dans toutes les industries. Cependant, nous connaissons les revendications de nos camarades, et ce sont les nôtres… Les voici.&#xA;Revendications des sous-traitant·es (Ma Zone Contrôlée)&#xA;    • « Obtenir une reconnaissance juste de notre travail,&#xA;    • Application de l’article 4 des IEG (statut EDF) à tous les intervenants à EDF&#xA;    • Application d’une convention collective plancher pour tous les autres, avec salaires mensuels minimum…&#xA;    • Reconnaissance des formations initiales…&#xA;    • Reconnaissance des spécificités du salarié du nucléaire…&#xA;    • Indemnisation du travail en grand déplacement (plus de 2 heures A/R ou plus de 50km du domicile)&#xA;    • Sécurité de l’emploi : suivi médical à vie et possibilité de reclassements dans des emplois moins contraignants ou sédentaires&#xA;    • Retraite dès 55 ans pour les plus de 30 ans de carrière, au vue de la pénibilité spécifique du travail,&#xA;    • Reconnaissance d’un accident de travail quand la dose de radioactivité cumulée annuellement dépasse 10 mSv3, ou 300 mSv sur toute la carrière&#xA;    • Reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur et indemnisations afférentes en cas de maladie professionnelle liée à une exposition à la radioactivité (aka rayonnements ionisants) »&#xA;Voilà pour ce qui concerne l’association « Ma Zone Contrôlée », association de salarié·es sous-traitant·es et prestataires des industries nucléaires, chimiques, pétrochimiques, pour améliorer la sécurité des interventions, et la sûreté des installations… Salarié·es qui, pour rappel, représente la majorité du secteur.&#xA;Revendications de CGT Mines Énergies&#xA;Pour ce qui est de la CGT-Mines Énergies, voici un résumé du projet CGT 2014 magnifiquement illustré (où l’on aperçoit légèrement dans quel genre de conditions l’on travaille dans ce secteur) d’Accord collectif interentreprises pour les salariés du nucléaire intervenant sur ou pour les Installations Nucléaires de Base en France, où nous ne citerons que les titres des différentes sections du document :&#xA;    • Organisation du temps de travail&#xA;    • Rémunération&#xA;    • Congés et jours fériés&#xA;    • Gestion de l’emploi, formation professionnelle, et postulations interentreprises,&#xA;    • Logement,&#xA;    • Protection sociale,&#xA;    • Relations collectives, exercice du droit syndical et représentation du personnel&#xA;Sur la « transparence incroyable » de l’industrie nucléaire&#xA;&#xA;Les travailleureuses du nucléaire, ce sont aussi des travailleureuses détaché·es : pensons au chantier de l’EPR où des centaines de détaché·es roumain·es, polonais·es, travaillaient sans couverture sociale, sans respect du code du travail.4&#xA;&#xA;Revenons à Ma Zone Contrôlée un instant : son président, Gilles REYNAUD était menacé de licenciement en 2018 pour engagement associatif, politique, et syndical.&#xA;De plus, ce même président, dans une discussion personnelle en manifestation à Nancy contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires (2019), affirmait être favorable à la sortie du nucléaire, autogérée par les travailleureuses des centrales.&#xA;&#xA;Pensons également à l’IRSN, cet institut public et « indépendant » défendu par les pronucléaires, qui a licencié Dr Christine Fassert en 2020 pour recherches un peu trop transparentes sur les conséquences de Fukushima…5&#xA;&#xA;Pour la transparence incroyable de l’industrie nucléaire et de ses données, on repassera…&#xA;En comparaison : 17 revendications des pronucléaires...&#xA;Revenons, pour finir, sur les revendications finales regroupées des pronucléaires dans leur texte (p.22 à 23). Et jouons au jeu des 17 différences avec celles des travailleureuses :&#xA;    « atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050,&#xA;    investir dans l’innovation,&#xA;    planification massive de l’économie,&#xA;    électrification massive des industries manufacturières et lourdes,&#xA;    réduire la taille des véhicules individuels et développer le transport électrique […] si possible,&#xA;    transformer la production de chaleur via des énergies carbones par n’importe quels autres moyens (en fonction du contexte) : […] chauffage électrique, […] cogénération nucléaire…&#xA;    Financer la recherche sur les substituts artificiels à la viande,&#xA;    Poursuivre la modernisation de l’agriculture, qui permet de réduire la surface agraire nécessaire […].&#xA;    [Poursuivre] la recherche sur les OGM [pour] réduire le besoin en produits phytosanitaires polluants et améliorer la productivité en climats difficiles. »&#xA;&#xA;Pour les revendications plus « ambitieuses » (p.23) :&#xA;    10. « Multiplier la construction d’EPR,&#xA;    11. Développer massivement les projets de petits réacteurs [SMR],&#xA;    12. Relancer le projet ASTRID,&#xA;    13. Lancer des projets de cogénération nucléaire,&#xA;    14. Réorienter les milliards d’aides publiques au privé vers la recherche publique sur les énergies alternatives, l’énergie nucléaire et les solutions de stockage.&#xA;    15. Prolonger au maximum la durée de vie des moyens de production d’électricité bas carbone [comprendre « centrales nucléaires »] »&#xA;&#xA;Et pour finir en beauté :&#xA;    16. « Affirmer et défendre l’autorité des agences publiques (ANDRA [entreprise qui gère CIGEO] […])&#xA;    17. Nous débarrasser des croyances irrationnelles et des discours anti-scientifiques. » (p.24)&#xA;&#xA;… Où sont les revendications des travailleureuses ? Où est la solidarité avec les militant·es fiché·es et reprimé·es par la milice privée de l’ANDRA ? Où est l’appel à expropriation des patrons du nucléaire ? Où sont les revendications socialistes : antiracistes ? Féministes ? Anticolonialistes ?&#xA;Point par point : réponses « scientifiques »&#xA;Revenons maintenant sur l’accusation de faiblesse programmatique déclinée sur plusieurs thématiques proposées par les pronucléaires : nucléaire militaire, énergies renouvelables, réseau électrique, risque/danger… et nombres de morts.&#xA;Nucléaire civil et militaire, indissociable… Sophisme #1&#xA;Petit échauffement radioactif sur le sophisme « il n’y a eu qu’une seule bombe fabriquée avec du combustible nucléaire usé, donc le militaire n’a rien à voir avec le civil » (p.3).&#xA;&#xA;Nul besoin de théorie du complot pour constater le lien politique entre Armées et Industries – l’industrie nucléaire n’y échappe pas. Le “plutonium” ou l’uranium nécessaires pour la fabrication d’une bombe ont bien sur un lien étroit avec l’industrie « civile » de production d’électricité. S’il n’existe aucun document scientifique public laissant penser que la production de bombe à partir du combustible usé soit possible, cela n’est en aucun cas une preuve que c’est impossible… Comme le rappelle très bien la vidéo YouTube du Réveilleur citée par les pro-nucléaires eux-mêmes, quelques secondes après le passage cité par les pronucléaires :&#xA;« très compliqué ou strictement impossible ? […] comme beaucoup de ces informations sont secrètes, je pense qu’il est très difficile de trancher objectivement. L’agence internationale de l’énergie atomique [AIEA] a une approche très conservative sur cette question et considère que n’importe quel plutonium pourrait être utilisé pour produire des bombes. »6&#xA;Le Réveilleur cite également, dans sa vidéo, deux articles de recherche en ingénierie nucléaire dont l’un rappelle que « Fabriquer du plutonium qui minimise voire empêche la prolifération [de l’arme nucléaire dans le monde] est un objectif des institutions de sûreté et sécurité nucléaire » [traduction maison]7 … objectif, encore en 2018, de limiter l’usage du plutonium civil dans les bombes atomiques… car oui, le plutonium civil peut être utilisé dans les bombes atomiques, pour résumer.&#xA;Nous terminerons sur une citation du président déjà citée par la CNE dans un article de l’Anticapitaliste du 11 mars 2021 :&#xA;« Sans nucléaire civil, pas de nucléaire militaire, sans nucléaire militaire, pas de nucléaire civil. »&#xA;E.Macron, à Framatome (Creusot-Monceau, 2020)&#xA;C’est vrai, nous avons fait une erreur dans l’introduction de notre vieille brochure : le lien entre nucléaire civil-militaire n’était pas un « secret », ni un « complot »... C’était une politique assumée, publique, revendiquée par le gouvernement.&#xA;Mix énergétique et intermittence&#xA;« C’est non seulement un programme [de sortie du nucléaire vers les renouvelables] très ambitieux, mais surtout unique en son genre et basé sur aucun exemple réel. » (p.4)&#xA;Merci pour les compliments ! Nous sommes des utopistes anticapitalistes revendiqué·es.&#xA;Plus sérieusement : un programme est par définition ambitieux, et celui de sortie du nucléaire est effectivement inédit, non-basé sur le réel, tout simplement car le cas de la France est inédit, particulier, et qu’aucun autre pays ayant atteint cette proportion de nucléaire dans son mix électrique n’en est sorti.&#xA;Maintenant, nous ne sommes pas les seulEs à avoir imaginé un futur sans nucléaire : il y a également le réseau Sortir Du Nucléaire (qui oui, tolérerait l’usage du gaz), ou encore l’association NégaWatt (scénario 2017-2050 sans gaz ni charbon pour le coup).&#xA;&#xA;« quand le vent ne souffle pas et que le soleil ne brille pas, la France a toujours besoin d’énergie…. Et quand y’a plus d’Uranium où qu’une centrale est en arrêt temporaire… la France a toujours besoin d’énergie.&#xA;[…] il est important de pouvoir piloter la production, et plus particulièrement maintenir la production constamment à la hauteur de la consommation. » (p.5)&#xA;Eh oui, toutes les énergies sont intermittentes ! Nucléaires et renouvelables : les deux sont intermittentes. Le problème passe donc du coté de la consommation : cette « consommation » constante est-elle réellement viable ? Tous les scenarii de transition énergétique passe par une politique de baisse de la consommation d’électricité (et d’énergie en général). Ce fameux « besoin d’électricité» de la France, il est dicté par une logique de consommation, de capitalisme, qui a besoin d’exploiter au maximum les forces productives et reproductives… Mais rappelons qu’il n’y a pas un siècle, nos ancêtres se passaient très bien «d’électricité constante ». A l’inverse, l’augmentation de la quantité d’électricité disponible dans les foyers n’est corrélée à aucun « progrès social » : les inégalités et dominations en tout genre n’ont pas cessé avec l’arrivée du tout-nucléaire en France. Les outils électriques, électroniques, et par la suite numériques, ont certes révolutionné notre manière de communiquer, de travailler. Mais ils n’ont aucunement révolutionné les rapports de pouvoir… Les inégalités de richesse continuent d’augmenter, par exemple entre hommes et femmes : l’inégalité patrimoniale entre hommes et femmes est passée de 9% en 1998 à 16 % en 20158. L’électricité permanente n’est donc pas un « bien public », car il ne nous appartient pas réellement. C’est un « outil », qui peut être utile ponctuellement, mais qui n’est pas une fin en soi, ni un synonyme de progrès social.&#xA;« Il faut également bien comprendre que les énergies renouvelables reposent sur des sources d’énergies très diffuses, contrairement aux énergies thermiques qui se basent sur des sources d’énergies très concentrées. Ainsi, il y a évidemment moins d’énergie contenue dans un m³ d’air en mouvement que dans le même volume de pétrole ou d’uranium… […] il y a une raison pour laquelle les capitalistes ont abandonné les anciennes énergies renouvelables au profit du charbon et du pétrole. » [soulignement de la rédaction] (p.7)&#xA;Eh oui, cette raison, c’est que ce sont des capitalistes qui n’ont que faire des conditions de travail et de l’écologie. Et nous, nous ne sommes pas des capitalistes, ni des nationalistes. Nous sommes communistes, féministes, décoloniaux, internationalistes, syndicalistes. Nous sommes pour la diffusion des sources d’énergie, et contre sa concentration.&#xA;Oui, les éoliennes et panneaux solaires industriels nécessitent plus de matériaux (en tonnes, et en diversité) que le nucléaire…&#xA;Oui, le soutien à l’investissement aveugle et capitaliste dans les énergies renouvelables est une erreur de nos précédents textes.&#xA;Oui, il nous faut changer de discours sur la « propreté » ou non d’une industrie comparée à une autre.&#xA;Oui, nous devons oublier l’idée d’un avenir où l’électricité coulera à flot continu dans nos prises électriques comme aujourd’hui.&#xA;Mais non, critiquer le système colonialiste qui exploite et a exploité l’Uranium en Afrique n’est pas une grande faiblesse.&#xA;Non, nous ne défendrons pas l’extractivisme en Afrique car « il est moins pire » que l’extractivisme en Chine.&#xA;Le piège pronucléaire du « c’est l’industrie la moins sale » ou de la politique du « bénéfice/risque » ne nous convaincra pas. &#xA;Un réel projet communiste, féministe, décolonialiste, anticapitaliste, émergera d’une remise en question globale du mythe de cette « consommation » constante, des « besoins de la France », soi-disant nécessaire au « progrès social ». &#xA;Sur le fonctionnement du réseau&#xA;« du fait de l’impossibilité de stocker de l’électricité, cette dernière doit constamment être produite en même temps qu’elle est consommée » (p.8)&#xA;Autre idée : consommer moins d’électricité ?&#xA;Encore une fois : le NPA ne défendra pas de politique productiviste simplement pour « répondre à une consommation ». Ce sont les capitalistes qui nous imposent cette consommation.&#xA;&#xA;« RTE prévient clairement que dans ce scénario, le réseau français ne serait plus capable de résister à de gros hivers comme celui de 2012 ou 2017. [...] Pourtant, avec une augmentation massive du chauffage électrique et des pompes à chaleur, comment ne pas envisager des pics de consommation de plus en plus hauts en hiver ? » (p.11)&#xA;Peut-être en réfléchissant une diminution du chauffage électrique et des pompes à chaleur… ? En soutenant la lutte contre le gaspillage industriel d’électricité, dans les usines, les panneaux publicitaires, les chauffages d’immeubles vides ?&#xA;&#xA;« Si toute l’Europe fait le pari d’un scénario similaire, les pics de production se trouveront environ aux mêmes périodes, et personne ne sera en mesure de produire suffisamment d’électricité lors des pics en hiver. Ce scénario s’appuie donc indirectement sur les pays qui accepteront de conserver une production fossile et nucléaire » (p.11)&#xA;L’inverse est vrai également : un pays ne peut faire le « choix » du nucléaire que si les autres n’y ont pas accès. Car les ressources en uranium seraient insuffisantes pour tous les pays du monde, et car l’industrie nucléaire repose sur l’exploitation (néo)colonialiste des mines étrangères, sur le capitalisme concurrentiel. Soutenir le nucléaire à l’échelle française est donc une politique nationaliste car il ignore l’impossibilité aux autres pays de candidater à une telle énergie…&#xA;Et au NPA, nous sommes internationalistes.&#xA;Emissions de Gaz à Effet de Serre (GES)&#xA;« […] si le développement des EnRi n’a pour l’instant pas permis de décarboner le mix électrique d’un seul pays, la France est justement parvenue en à peine plus d’une décennie à faire s’écrouler ces émissions de GES grâce au déploiement de son parc nucléaire : » (p.12)&#xA;&#xA;Pour un rapport dit « scientifique », on repassera sur la rigueur des sources : il manque ici une citation complète qui permet d’aller vérifier le graphique. La consultation du « World Bank Climate Change portal » ne suffit pas à retrouver facilement le graphique, son contexte, sa méthode.&#xA;&#xA;Nous allons donc ici nous contenter de commenter ce graphique :&#xA;    • pas d’unité de mesure sur l’axe des ordonnées du graphique (50 carottes ? 100 patates?)&#xA;    • « faire s’écrouler ses émissions de GES » : le terme d’écroulement est interprétatif, et non quantitatif… Forcément, il n’y a pas d’unité de mesure sur l’axe des ordonnées.&#xA;    • Corrélation n’est pas causalité : rappelons ici qu’un simple graphique n’est pas gage de véracité scientifique. Nous vous renvoyons vers le site très comique de « Spurious correlations » pour illustrer notre méfiance. 9&#xA;    • De plus, les pointillés « nuclear power expansion » semblent représenter la période 1980-1988… Ce qui est faux : l’expansion de la puissance nucléaire n’a pas commencé en 1980. La datation d’un tel concept est difficile, mais pour ne parler que de la technologie actuellement utilisée en France (« REP »), elle a remplacée les UNGG dès 1967, en commençant à la centrale de Chooz. &#xA;Un mix français 100 % renouvelables est possible&#xA;&#x9;Inutile de rappeler les divers scénarios existants (RTE, NégaWatt, ADEME) ni de rappeler que plusieurs pays l’ont déjà fait10. Mêmes de pronucléaires le disent : voir la réponse positive à la question « La France peut-elle se passer de nucléaire ? » par Alain Grandjean, membre du cabinet Carbone 4 avec Jean-Marc Jancovici11.&#xA;&#x9;Cela dit, on est bien d’accord, être un pays à 100 % renouvelable n’est pas la panacée, on ne s’arrêtera pas à une aussi simple et incomplète revendication.&#xA;Coût du nucléaire&#xA;« Cela se serait fait en faisant payer au consommateur “le coût titanesque du démantèlement et de la gestion des déchets&#34; quand bien même ce coût ne représenterait que 6% du coût global de production12 […] » (p.12)&#xA;&#x9;Pour rappel, aucun chantier de déconstruction de centrale nucléaire civile française n’a abouti à ce jour, en France. Seuls quelques petits réacteurs de recherche ont été démantelés entièrement (au CEA de Grenoble par exemple).&#xA;Contextualisons donc un peu ces 6 % avec l’article du CEA utilisé par les pronucléaires… Voici le début de la phrase, le contexte de ces 6 % :&#xA;« Concernant le démantèlement des centrales et la gestion de la totalité des déchets, la Cour des comptes a indiqué qu’ils sont, par nature, très difficiles à prévoir en raison du manque de retour d’expérience dans ce domaine. Cependant, même si les incertitudes sont grandes, leur faible part dans le coût du kWh nucléaire ne conduira qu’à un impact limité : pas plus de 6% du coût global de production. »&#xA;&#x9;Maintenant, rajoutons que le CEA  – Commissariat à l’Energie Atomique, institution capitaliste pronucléaire – ne détaille pas ici combien ces incertitudes sont grandes exactement. 6 % avec une incertitude de ±1 %, de ±5 %, ou de ±10 %… cela change complètement la donne. Or, impossible de consulter le texte de la Cour des comptes dont se sert le CEA, car eux-mêmes ne sont pas rigoureux dans leurs publications… difficile de trouver autre chose qu’un coût « par MWh », c’est-à-dire par unité d’énergie… Donc ces 6 %, on les applique à quoi ? À combien ?&#xA;&#x9;Rappelons enfin que pour démanteler une centrale nucléaire, il faut des camions qui roulent au pétrole. Il faut des machines qui tournent au gasoil. Et il faut des salariéEs qui connaissent les plans des centrales… Or du pétrole, on en a passé le pic.  Les salariéEs qui connaiss(ai)ent les plans des centrales… sont mortEs, ou à la retraite. EDF, aujourd’hui, vit une perte de compétences sur ses propres outils de production, car la transmission de savoir est défaillante : sous-traitance, sous-formation, sous-investissement. La Direction des Projets de Déconstruction et Déchets d’EDF ne recrute plus depuis au moins 3 ans : en effet, le démantèlement est le cadet des soucis de la direction générale. Le coût du démantèlement ne va donc sûrement pas rester ce qu’il est aujourd’hui.&#xA;Uranium naturel, et réouverture des mines françaises ?&#xA;« […] cette énergie [est] peu sensible aux conflits géopolitiques qui pourrait faire gonfler le prix ou limiter l’import d’uranium. Même dans un cas d’embargo total, le stock national (d’uranium enrichis + d’uranium naturel) permettrait de tenir entre 3 à 5 ans d’exploitation13, sans compter la possibilité de reprendre l’exploitation des 210 mines d’uranium présentes sur le territoire métropolitain (dont l’exploitation a été abandonné dû à un rendement assez faible14). » (p.13)&#xA;&#x9;Les communistes pronucléaires citent ici la SFEN (Société Française de l’Energie Nucléaire), autre association de bourgeois capitaliste pronucléaires qui défendent « l’avancée du nucléaire ». Encore une fois, ce n’est pas une source scientifique. Mais bref : 3 à 5 ans de stocks « stratégiques » permettant de faire survivre le nucléaire en cas de crise du capitalisme… De quoi rassurer tout le monde, dans 5 ans on trouvera une autre solution.&#xA;&#xA;&#x9;Passons à la relance de l’extractivisme français, et des mines uranifères métropolitaines… Des volontaires ? Nulle part sur l’article de Wikipedia (source très scientifique vous en conviendrez), n’est indiqué un rendement « assez faible » de ces mines… Par contre, le même article Wikipedia parle bien de « conditions d&#39;exploitation difficile (mines souterraines) et une opposition locale parfois très forte ».&#xA;&#x9;Rappelons enfin qu’un Collectif Mines d’Uranium existe et dénonce15, non pas le triste abandon des mines d’uranium alors qu’on pourrait encore en extraire un petit peu de yellow cake… mais l’ingérence de l’ex-Cogema/Areva/Orano, l’impact sanitaire de ces mines, l’opacité de l’industrie sur cette question, la faiblesse du Code Minier sur la gestion « après-mine »…&#xA;&#x9;Pour nous, militantEs antinucléaires et écologistes, l’extractivisme minier écocidaire, c’est NULLE PART : ni au Niger… ni au Canada… ni en Chine pour les énergies renouvelables… ni en France pour l’indépendance nucléaire.&#xA;250000 tonnes d’Uranium non-exploitées ?&#xA;« Mais cela est sans compter les réserves énormes de la France d’uranium appauvris (99% de l’uranium naturel), de plutonium et d’actinides mineurs (dont nous reparlerons plus tard), qui constituent une réserve de combustible de plus de 250 000 tonnes, pour l’instant non exploitée. » (p.13)&#xA;&#x9;On dirait que l’exploitation est le maître-mot des communistes pronucléaires. Et ici, bizarrement, on retrouve le terme interprétatif et abusif de « énorme » pour qualifier ce stock d’uranium appauvri, ne respectant donc pas le langage scientifique qui impliquerait un minimum de précision, de vocabulaire quantitatif.&#xA;&#x9;Ce chiffre vient du même article de la SFEN, qui précise après ce chiffre que le recyclage d’un tel uranium appauvri nécessiterait le développement de la Génération 4 de Réacteurs nucléaires, une « Nouvelle technologie » de réacteurs à Neutrons Rapides...&#xA;&#x9;Voyons voir ce qu’il en est...&#xA;Futures technologies, échelle industrielle et Science-fiction&#xA;« S’appuyer sur des technologies qui n’existent pas encore à l’échelle industrielle rend très improbable le projet du NPA de réaliser un mix “100% énergie renouvelable” en 10 ans. Pour ne pas dire impossible. » (p.9)&#xA;&#x9;Appliquons cet argument à leurs propres propositions d’innovation technologique : les pronucléaires défendent le développement d’une Génération 4 de réacteurs. Pour information, la Génération 3 contient les technologies actuelles, REP et EPR. &#xA;    • EPR (« Gen 3 »)&#xA;        ◦ seule la Chine a réussi à mettre en service 2 réacteurs de type EPR (une fuite radioactive a déjà été recensée néanmoins due à un défaut de fabrication du combustible mais ce n’est pas le sujet)&#xA;        ◦ en France, il y a effectivement un chantier en cours… en cours… en cours… et on attend la fin du chantier. Depuis 14 ans. La génération 3 est donc loin d’être terminée.&#xA;        ◦ en Finlande, même attente… chantier en cours depuis plus de 17 ans.&#xA;        ◦ En Angleterre, début de chantier il y a 3 ans.&#xA;    • Réacteur à Neutron Rapide (« Gen 4 »)&#xA;        ◦ En Russie, il y a deux réacteurs en service actuellement de cette technologie.&#xA;        ◦ En France&#xA;            ▪ Réacteur Phénix, expérimental, de recherche, qui a mené à la conception de Superphénix.&#xA;            ▪ Réacteur Superphénix : deuxième prototype construit en 76, mis en service 1984, arreté en 97 (soit 13 ans, dont seulement 6 de production réelle)16, et en cours de démantèlement… encore aujourd’hui. Cela nous fait un total de 6 ans de production d’électricité sur… 37 ans d’existence et d’investissement. Belle intermittence ! Qui a, rappelons-le, même si ce n’est pas le sujet de cette section fait un mort dans notre camp : Vital Michalon, assassiné par la police lors d’une manifestation contre ce projet, le 31 juillet 1977.&#xA;            ▪ ASTRID : projet d’AREVA abandonné récemment, faute de moyens, jusqu’à au moins « la deuxième moitié du siècle », répond le CEA au Monde (Nabil Wakim, 29 août 2019)…&#xA;            ▪ Pour la « Gen 4 » de réacteurs nucléaires pour recycler les déchets de l’industrie… on repassera.&#xA;    • ITER&#xA;        ◦ En France : prototype de réacteur à fusion nucléaire… en construction depuis 2010, pleine puissance prévue seulement pour 2035, et industrialisation sur d’autres réacteurs à ne pas attendre avant 2060… Le réchauffement climatique n’a qu’à être patient. Pour l’instant, la production industrielle d’électricité à fusion nucléaire est littéralement… de la science fiction.&#xA;    • SMR&#xA;        ◦ Small Modular Reactors… Ils existent sur le papier… Mais aucun réacteur de ce type n’existe concrètement à ce jour. Beaucoup d’articles (scientifiques ou médiatiques), beaucoup de plans en 3D dans les bureaux d’étude, beaucoup d’investissements politiques, mais aucun prototype, aucun chantier en cours, ni à l’échelle industrielle, ni à aucune autre.&#xA;Sophisme #2 : les chats sont mortels… Socrate est mortel...&#xA;&#x9;Deuxième exemple de sophisme dans les arguments pronucléaires, un peu hors sujet :&#xA;« Il sera sans doute bien difficile pour les auteurs d’expliquer pourquoi tous les autres secteurs du service public français […] souffrent de privatisation et de conditions de travail dégradées, malgré l’absence de réacteur nucléaire en leur sein » (p,14)&#xA;&#x9;Voilà un nouveau challenge pour la Commission Nationale Écologie : il n’y a pas de réacteur nucléaire dans les hôpitaux, pourtant eux aussi souffrent de la privatisation…&#xA;Conclusion : les réacteurs nucléaires ne sont pas un problème !&#xA;Des « avantages environnementaux méconnus »&#xA;« faible écotoxicité notamment sur l’eau douce et sur l’océan, aucune émission de S02 et Nox, faible potentiel d&#39;épuisement abiotique, faible empreinte au sol (dont nous avons déjà parlé) et donc faible impact sur la biodiversité, faible production de déchets chimiques, faible impact sur la couche d’ozone… Sur tous ces points et plusieurs autres, l’énergie nucléaire est souvent meilleure, parfois fait jeu égal, avec les autres sources d’énergies considérées comme vertes. » (p.15)&#xA;&#x9;Cette énumération de qualités, extraites d’un rapport de l’Union Européenne, soulève la question de « l’écotoxicité » des politiques et industries nucléaire en comparaison avec les autres sources d’énergie, charbon/gaz compris.&#xA;&#x9;Ce rapport de l’UE ne permet non pas de prouver que le nucléaire a de « nombreux avantages environnementaux méconnus » (p.15), mais bien que le nucléaire « n’est pas plus dangereux que les énergies renouvelables, selon les critères habituels de la taxonomie européenne »… Et encore, on va pouvoir rentrer dans le détail et nuancer ce propos. &#xA;&#x9;Si je ne savais pas moi-même ce que signifiait « potentiel d’épuisement abiotique » avant de lire le rapport, les graphiques sur les autres critères semblent effectivement, en apparence, sans appel. Il est d’ailleurs bien énoncé en introduction du rapport européen, alinéa « main findings » (page 11 sur 387, traduit et résumé du mieux que je peux) :&#xA;    • « l’émission de gaz à effet de serre en moyenne sur tout le cycle de vie de l’industrie nucléaire est équivalente à celle de l’hydroélectrique et l’éolienne (je parle des industries),&#xA;    • l’énergie nucléaire émet autant, ou moins, de NOx, SO2, PM, NMVOC, que la photovoltaïque et l’éolienne,&#xA;    • elle eutrophise et acidifie les océans autant, voire moins, que la photovoltaïque et l’éolienne, [contredit plus bas],&#xA;    • pareil concernant la pollution des eaux douces et marines, &#xA;    • elle prend autant de place au sol que le gaz, c’est-à-dire moins que l’éolienne et la photovoltaïque. »&#xA;&#xA;Maintenant...&#xA;    • On peut d’ores et déjà constater la manipulation du texte pronucléaire quant à la reformulation de certains résultats : « émet autant, voire moins, de NOx, etc. » (rapport EU) devient « aucune émission de SO2 et NOX » (texte pronucléaire). Passons cette erreur que l’on mettra sur le dos d’une inattention.&#xA;    • Ce rapport européen ne donne pas accès aux incertitudes sur les chiffres : on a là une énumération de comparaisons sans nuance. Plus grande que… Autant que… Légèrement moins que… Beaucoup moins que… Et ce, selon des moyennes prises sur tout le cycle de vie des industries citées… On a des max et des min de pollution sur tout un pays, toute une industrie… Si l’on souhaite du détail sur les chiffres, on tombe, via les références du rapport, sur des PDF payants, ou en anglais, « for policymakers » (autrement dit… circulez, ce texte est à destination des politiciens, pas du grand public), qui eux-mêmes ne permettent pas toujours de vérifier certaines affirmations.&#xA;    • Enfin, rien qu’en rentrant dans le détail des graphiques proposés par le rapport, on peut remettre en doute certains « avantages méconnus » du nucléaire…&#xA;        ◦ Exemple 1 : Tentons de vérifier si le nucléaire émet effectivement autant, voire moins, de PM et NMVOC – peu importe ce que tout ces sigles signifient pour les pronucléaires – que le photovoltaïque et que l’éolien, en consultant les graphiques du rapport (les 3.2-18). Des bâtons indiquent l’intensité d’émission de ces deux types de particules. Sur le graphique, on observe effectivement que le nucléaire en émet moins que le solaire photovoltaïque, et émet moins de NMVOC que l’éolien… par contre… oups… si j’en crois bien mes lunettes, et ma fonction Zoom de Mozilla… le nucléaire émet légèrement plus de PM (particules fines) que l’éolien… il semblerait environ 0,01 g/kWh de plus.&#xA;        ◦ Exemple 2 : la même contradiction est visible sur le sujet de l’eutrophisation et de l’acidification des océans. Sur le graphique 3.2-10 du rapport, la technologie nucléaire « EPR » (la colonne EFR correspond à une technologie non-utilisée) dépasse, en pollution, l’éolien offshore et le photovoltaïque à technologie Cadmium-Telluride.&#xA;&#xA;&#x9;Globalement donc, même s’il est vrai selon ce rapport que le nucléaire est comparable en terme d’impact écologique global, parfois légèrement supérieur, aux autres sources d’électricité et de chaleur… Affirmer que le nucléaire fait « souvent mieux » et « parfois égal », sur « tous ces points et plusieurs autres » relève par contre de l’hyperbole digne d’un chargé de communication défenseur d’une technologie mortifère. D’ailleurs...&#xA;Le nucléaire ne tue que 2 personnes par mois ! Des volontaires ?&#xA;&#x9;Pour reprendre les chiffres des pronucléaires… Le nucléaire, ce ne serait que 0,07 décès par TWh produit (en comptant les morts liés à tout le cycle de vie des centrales notamment le minage du combustible, et les accidents nucléaires)… Alors, calculons. Fois environ 55 TWh de consommation mensuelle d’électricité par les Français·es17 cela fait 3,85 décès… Diminués car la part de nucléaire dans le mix électrique français n’est que d’environ 75 %. Cela représente donc environ 2 personnes par mois mortes à cause de l’industrie électronucléaire, en France… Des volontaires ?&#xA;Nous n’oublierons pas Vital Michalon&#xA;&#x9;Mort tué par la police le 31 juillet 1977, il manifestait contre le projet de surgénérateur à neutrons rapide Superphénix.&#xA;« Ces chiffres restent ridicules face à ceux des barrages hydroélectriques » (p.18)&#xA;&#x9;À la CNE du NPA, nous ne compterons pas les morts. Nous refusons cette démarche autoritaire de « sacrifice pour le communisme » ou de comparaison entre « la peste et le choléra ». Oui les énergies fossiles tuent encore plus… Oui l’hydraulique tue encore plus… Mais nos vies ne sont pas des chiffres. On ne peut pas parler de « 0,02 » décès par unité d’énergie… C’est un glissement très dangereux vers une politique mortifère qui va au « moins pire ». Nous sommes révolutionnaires, nous voulons des conditions de VIE dignes.&#xA;&#x9;Pas des conditions de MORT.&#xA;&#x9;Le NPA ne défend aucune industrie, ni le pétrole, ni le gaz, ni le charbon, ni l’éolien, ni le solaire, ni le nucléaire, en fonction des chiffres de nombre de morts… La moindre mort est inadmissible, et indiscutable.&#xA;Accidents nucléaires&#xA;&#x9;Les pronucléaires chercheront toujours à minimiser l’impact, le nombre, l’ampleur des accidents nucléaires, via plusieurs stratégies :&#xA;    • renvoyer à l’étranger (Japon, Russie, USA), alors qu’en France aussi il y a eu des accidents nucléaires (Saint-Laurent-des-Eaux, en 1969 et 1980).&#xA;    • minimiser les conséquences (« y’a qu’à Chernobyl qu’il y a eu des morts, selon l’UNSCEAR »)&#xA;    • changer de sujet (« le changement climatique tue également »… « au Japon c’était un tsunami le problème »… « les autres énergies sont encore PLUS meurtrières »…)&#xA;    • brandir des sciences dures et masculines, voire même des pseudo-sciences18, pour justifier l’incertitude sur les chiffres (difficulté statistique/mathématiques… difficultés de mesures radiologiques... dissensus scientifique sur les bienfaits des petites doses… il faut utiliser des modèles linéaires sans seuil… )&#xA;&#xA;&#x9;Nous refusons la déresponsabilisation de la moindre mort. Les ingénieur·es nucléaires connaissent les dangers (ou les risques, peu importe), liés à cette technologie. Iels savent que chaque accident nucléaire a fait des centaines voire des milliers de morts, ne serait-ce qu’en comptant celles des liquidateurs, chaire à canon envoyée au front à chaque accident. Celleux qui n’ont rien fait, rien dit, sont coresponsables des morts liées aux accidents et incidents.&#xA;&#x9;Nous refusons également de qualifier de « ridicules » les « quelques » victimes, de les ridiculiser, de mépriser les familles des victimes mortes pour leur travail, leur géolocalisation subie proche d’une activité nucléaire, voire d’un bombardement :&#xA;&#x9;&#xA;&#x9;« Quoi qu’il en soit, ces chiffres restent ridicules […] » (p.18)&#xA;Je ne sais plus quoi répondre à ce mépris.&#xA;Comparaison « bénéfice / risque »&#xA;Pour illustrer l’incohérence de cette comparaison, petit tableau fait main :&#xA;Bénéfices :&#xA;    • Électricité en permanence dans le réseau pour répondre aux demandes des consommateurices&#xA;    • « Progrès social » (jamais détaillé par les pronucléaires, peu importe ce que cela signifie finalement)&#xA;    • ça créé de l’emploi dans les anciennes colonies, ou pays partenaires, voire même en France (en sous-traitance par contre, vous êtes averti·es)&#xA;Risques :&#xA;    • Pénibilité du travail et maladie professionnelle liée aux rayonnements ionisants en centrale,&#xA;    • Pénibilité du travail dans les mines d’uranium, et maladies liées à la radioactivité des mines d’uranium abandonnées,&#xA;    • Licenciements pour activité syndicale,&#xA;    • Poursuite judiciaire pour lancement d’alerte illégal vis-à-vis du secret industriel,&#xA;    • Fuites radioactives liées au vieillissement des matériaux des centrales&#xA;    • Fuites radioactives liées aux erreurs inévitables de fabrication des cuves et autres pièces centrales&#xA;    • Dégradation des écosystèmes marins liée au réchauffement de l’eau fluviale qui passe à travers les centrales&#xA;    • Dégradation des écosystèmes terrestres liée à la fuite radioactive des stockages de déchets longue durée&#xA;    • Accident nucléaire lié à la rupture d’une pièce centrale d’un réacteur, menant à une explosion&#xA;    • Accident nucléaire lié au démantèlement des vieilles centrales Graphite Gaz dont certains matériaux sont explosifs&#xA;    • Prolifération de l’arme nucléaire dans le monde liée au cycle de préparation et de traitement du combustible nucléaire&#xA;    • Maintien en place du système gouvernemental autoritaire et militaire qui repose en partie sur son arsenal nucléaire&#xA;&#xA;Démantèlement&#xA;Dans notre ancienne brochure, nous indiquions en effet que&#xA;« c’est [au démantèlement et à la gestion des déchets] que devra désormais être consacrée une bonne partie de l’énergie humaine. C’est un chantier gigantesque mais indispensable à la survie de l’humanité et qui va devoir occuper les travailleurs, du manœuvre au scientifique, pour réparer les erreurs du passé et la folie capitaliste ». (p.19)&#xA;&#x9;Cette phrase est effectivement discutable, voire erronée selon moi. En effet, pour moi (auteur du texte), le démantèlement n’est plus forcément souhaitable à ce jour (car techniquement difficile, coûteux, dangereux pour les travailleurEs, et générateur de déchets). Les déchets, eux, par contre, seront toujours là, et représenteront toujours un chantier à assumer, même une fois « sortiEs du nucléaire » (arrêt des centrales).&#xA;Déchets&#xA;« Les déchets liés à l’industrie nucléaire civile n’ont jamais tué personne » (p.19)&#xA;&#x9;2002, un ouvrier meurt sur le chantier de CIGEO, projet de stockage des déchets nucléaires.&#xA;&#x9;2016, 26 janvier, un autre ouvrier meurt dans un éboulement, au fond d’une galerie.&#xA;Ça fait deux.&#xA;&#xA;« leur impact sur l’environnement est négligeable19 » (p.19) &#xA;&#x9;Source ? ANDRA. Agence Nationale des Déchets Radioactifs… ANDRA qui pour rappelle, a employé une milice privée pour matraquer, flashballer et surveiller les militantEs antinucléaires, de manière antidémocratique, voire fascisante. L’ANDRA se fiche de l’impact environnemental de leurs déchets : aucune étude n’a rendu de résultat positif et long-terme de la solidité de leur projet de stockage… De plus, un centre de stockage de déchet, ce n’est pas fabriqué en bois et en terre crue… Béton, acier, imperméabilisation du sol, tous ces impacts ne sont pas négligeables.&#xA;« Les déchets nucléaires représentent en fait une part ridicule de la quantité totale de déchets produite par un individu chaque année : 4689 kg dont [...] 4 grammes sont des déchets de haute activité. » (p.19)&#xA;&#x9;Sauf que ces 4 grammes de tels déchets, par personne, suffisent à tuer cette personne, rien qu’en les regardant, car ces déchets sont radioactifs de manière létale… Contrairement aux tonnes d’épluchures et de plastiques que l’on met dans nos poubelles grises. Et encore une fois, le NPA est contre TOUS les déchets industriels : nous nous opposons au gâchis de plastique, de métal, de matières organiques, de béton de ciment, d’acier, tout autant que de matière radioactive…&#xA;« il existe déjà un exemple naturel de stockage en CGP : le réacteur nucléaire naturel d&#39;Oklo au Gabon » (p.20)&#xA;&#x9;La Nature, le « naturel » n’est pas un adjectif scientifique, ni positif, ni rien du tout. C’est une construction politique, qui sert en permanence à justifier les politiques les plus conservatrices : les phénomènes dits « naturels » ont toujours été les arguments de dernier recours pour justifier sexisme, racisme, classisme, colonialisme, et toutes autres dominations. L’existence d’Uranium dans le sol depuis des millénaires ne valide pas scientifiquement l’extractivisme capitaliste, ni le projet autoritaire d’enfouissement CIGEO.&#xA;&#x9;Le pétrole aussi, c’est naturel, et ça existe depuis des millénaires… Consommons-en !&#xA;Conclusion&#xA;La seule revendication des communistes pronucléaires que nous partageons, c’est la suivante : &#xA;« Une transition énergétique réussie passera par un secteur public fort, contrôlé démocratiquement par ces travailleurs. » (p.24)&#xA;Comme le citent les communistes pronucléaires, le secteur public de l’énergie fait face au projet Hercule qui prévoit de découper EDF en vue d’en privatiser une partie, notamment la gestion des EnRi… Sauf que les pronucléaires oublient de préciser que le nucléaire, lui, est toujours public, et le restera après ce démantèlement d’EDF… Tout simplement car l’État ne souhaite pas faire peser le coût du nucléaire sur le budget de ses amis militaro-industriels.&#xA;&#xA;Nous sommes d’accord également pour lutter contre le greenwashing des ONG, de l’État et des entreprises privées. Maintenant, rappelons que le NPA ne lutte pas pour la neutralité carbone de la France – concept compatible avec des stratégies colonialistes de compensation – mais bien la réduction de la consommation, de la production, et des émissions de gaz à effet de serre.&#xA;&#xA;Enfin, nous ne pouvons par contre entendre la demande d’« affirmer et défendre l’autorité des agences publiques (ANDRA) » que comme une trahison vis-à-vis des militantEs agresséEs par cette même agence sur le terrain de CIGEO, trahison nationaliste, capitaliste, et antisociale. Enfin, le discours oral d’un des auteurs du texte sur le fait de &#xA;« pas être complètement contre les sous-marins et bombes nucléaires, car en cas de guerre impérialiste vous comprenez… nous on préfère le démantèlement conjoint avec les autres pays »… (sous-entendu, pas de démantèlement des bombes au CEA Valduc tant que les autres pays ne s’y mettent pas).&#xA;Ce discours non-assumé à l’écrit, lui, ne manquera pas d’alerter sur la tolérance pro-militaire qui se cache derrière chaque discours pronucléaire, et de nous renforcer dans nos positions pacifistes, anti-nucléaires (civil et militaire), anti-impérialistes, anti-militaires.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Aux pronucléaires, une réponse des concerné·es
Réponse au texte « Sortir de l’impasse arrêt du nucléaire »</p>

<p>Introduction
L’année dernière, un texte, « Sortir de l’impasse arrêt du nucléaire », a été diffusé par des (ex)camarades du NPA sur les réseaux sociaux, à charge contre le NPA et plus particulièrement sa Commission Nationale Écologie. Le texte décortique et remet en question un 4 page de critique du conglomérat militaro-industriel nucléaire qui propose un plan de sortie, dans un contexte français. Ces (ex)camarades affirment, eux, que la lutte antinucléaire est une impasse… Et revendiquent donc au contraire une relance de l’industrie – et de la politique – nucléaire. Nous sommes plusieurs anciens et actuels travailleurs du nucléaire au sein de la Commission Nationale Ecologie du NPA à connaître ce secteur comme notre poche et à tenter de prouver le contraire par tous les moyens. Chèr·es camarades qui hésitez, vacillez, voire changez d’avis… Voici l’analyse point par point des arguments pro-nucléaires, pro-industrie, pro-productivité, de la part d’un camarade ingénieur nucléaire, anciennement chez EDF, toujours solidaire de la Commission Ecologie (et) du NPA.2</p>

<p>Au menu :
    1. nous comparerons pour commencer, de manière détaillée, les revendications des travailleureuses de l’industrie nucléaire à celles des pronucléaires,
    2. puis nous répondrons à une grande partie des thématiques abordées par les pronucléaires, sur des aspects plus « techniques », point par point.</p>

<p>C’est parti !
Travailleureuses du nucléaire : nos revendications</p>

<p>« Le parti ignore totalement les revendications de ces travailleurs » (p.15)
La brochure « sortir du nucléaire en 10 ans » n’abordait effectivement pas cette question. Mais le parti, lui, connaît bien les revendications du secteur, et il n’a pas la maladresse de réduire à un paragraphe, et à la seule centrale de Fessenheim, les revendications de ses travailleureuses (p.15), ni de tenter de les « convaincre » de l’extérieur (p.24)… tout simplement car certains d’entre nous FONT ou ont fait partie de ces travailleureuses. Ingénieur-matériaux du nucléaire et vieillissement, ingénieur-expert technique, et ingénieur géologue.</p>

<p>Nous savons que nous faisons pas partie de la majorité : la majorité est sous-traitante, et ouvrière/technicienne plutôt qu’ingénieure… Comme dans toutes les industries. Cependant, nous connaissons les revendications de nos camarades, et ce sont les nôtres… Les voici.
Revendications des sous-traitant·es (Ma Zone Contrôlée)
    • « Obtenir une reconnaissance juste de notre travail,
    • Application de l’article 4 des IEG (statut EDF) à tous les intervenants à EDF
    • Application d’une convention collective plancher pour tous les autres, avec salaires mensuels minimum…
    • Reconnaissance des formations initiales…
    • Reconnaissance des spécificités du salarié du nucléaire…
    • Indemnisation du travail en grand déplacement (plus de 2 heures A/R ou plus de 50km du domicile)
    • Sécurité de l’emploi : suivi médical à vie et possibilité de reclassements dans des emplois moins contraignants ou sédentaires
    • Retraite dès 55 ans pour les plus de 30 ans de carrière, au vue de la pénibilité spécifique du travail,
    • Reconnaissance d’un accident de travail quand la dose de radioactivité cumulée annuellement dépasse 10 mSv3, ou 300 mSv sur toute la carrière
    • Reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur et indemnisations afférentes en cas de maladie professionnelle liée à une exposition à la radioactivité (aka rayonnements ionisants) »
Voilà pour ce qui concerne l’association « Ma Zone Contrôlée », association de salarié·es sous-traitant·es et prestataires des industries nucléaires, chimiques, pétrochimiques, pour améliorer la sécurité des interventions, et la sûreté des installations… Salarié·es qui, pour rappel, représente la majorité du secteur.
Revendications de CGT Mines Énergies
Pour ce qui est de la CGT-Mines Énergies, voici un résumé du projet CGT 2014 magnifiquement illustré (où l’on aperçoit légèrement dans quel genre de conditions l’on travaille dans ce secteur) d’Accord collectif interentreprises pour les salariés du nucléaire intervenant sur ou pour les Installations Nucléaires de Base en France, où nous ne citerons que les titres des différentes sections du document :
    • Organisation du temps de travail
    • Rémunération
    • Congés et jours fériés
    • Gestion de l’emploi, formation professionnelle, et postulations interentreprises,
    • Logement,
    • Protection sociale,
    • Relations collectives, exercice du droit syndical et représentation du personnel
Sur la « transparence incroyable » de l’industrie nucléaire</p>

<p>Les travailleureuses du nucléaire, ce sont aussi des travailleureuses détaché·es : pensons au chantier de l’EPR où des centaines de détaché·es roumain·es, polonais·es, travaillaient sans couverture sociale, sans respect du code du travail.4</p>

<p>Revenons à Ma Zone Contrôlée un instant : son président, Gilles REYNAUD était menacé de licenciement en 2018 pour engagement associatif, politique, et syndical.
De plus, ce même président, dans une discussion personnelle en manifestation à Nancy contre le projet d’enfouissement des déchets nucléaires (2019), affirmait être favorable à la sortie du nucléaire, autogérée par les travailleureuses des centrales.</p>

<p>Pensons également à l’IRSN, cet institut public et « indépendant » défendu par les pronucléaires, qui a licencié Dr Christine Fassert en 2020 pour recherches un peu trop transparentes sur les conséquences de Fukushima…5</p>

<p>Pour la transparence incroyable de l’industrie nucléaire et de ses données, on repassera…
En comparaison : 17 revendications des pronucléaires...
Revenons, pour finir, sur les revendications finales regroupées des pronucléaires dans leur texte (p.22 à 23). Et jouons au jeu des 17 différences avec celles des travailleureuses :
    1. « atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050,
    2. investir dans l’innovation,
    3. planification massive de l’économie,
    4. électrification massive des industries manufacturières et lourdes,
    5. réduire la taille des véhicules individuels et développer le transport électrique […] si possible,
    6. transformer la production de chaleur via des énergies carbones par n’importe quels autres moyens (en fonction du contexte) : […] chauffage électrique, […] cogénération nucléaire…
    7. Financer la recherche sur les substituts artificiels à la viande,
    8. Poursuivre la modernisation de l’agriculture, qui permet de réduire la surface agraire nécessaire […].
    9. [Poursuivre] la recherche sur les OGM [pour] réduire le besoin en produits phytosanitaires polluants et améliorer la productivité en climats difficiles. »</p>

<p>Pour les revendications plus « ambitieuses » (p.23) :
    10. « Multiplier la construction d’EPR,
    11. Développer massivement les projets de petits réacteurs [SMR],
    12. Relancer le projet ASTRID,
    13. Lancer des projets de cogénération nucléaire,
    14. Réorienter les milliards d’aides publiques au privé vers la recherche publique sur les énergies alternatives, l’énergie nucléaire et les solutions de stockage.
    15. Prolonger au maximum la durée de vie des moyens de production d’électricité bas carbone [comprendre « centrales nucléaires »] »</p>

<p>Et pour finir en beauté :
    16. « Affirmer et défendre l’autorité des agences publiques (ANDRA [entreprise qui gère CIGEO] […])
    17. Nous débarrasser des croyances irrationnelles et des discours anti-scientifiques. » (p.24)</p>

<p>… Où sont les revendications des travailleureuses ? Où est la solidarité avec les militant·es fiché·es et reprimé·es par la milice privée de l’ANDRA ? Où est l’appel à expropriation des patrons du nucléaire ? Où sont les revendications socialistes : antiracistes ? Féministes ? Anticolonialistes ?
Point par point : réponses « scientifiques »
Revenons maintenant sur l’accusation de faiblesse programmatique déclinée sur plusieurs thématiques proposées par les pronucléaires : nucléaire militaire, énergies renouvelables, réseau électrique, risque/danger… et nombres de morts.
Nucléaire civil et militaire, indissociable… Sophisme #1
Petit échauffement radioactif sur le sophisme « il n’y a eu qu’une seule bombe fabriquée avec du combustible nucléaire usé, donc le militaire n’a rien à voir avec le civil » (p.3).</p>

<p>Nul besoin de théorie du complot pour constater le lien politique entre Armées et Industries – l’industrie nucléaire n’y échappe pas. Le “plutonium” ou l’uranium nécessaires pour la fabrication d’une bombe ont bien sur un lien étroit avec l’industrie « civile » de production d’électricité. S’il n’existe aucun document scientifique public laissant penser que la production de bombe à partir du combustible usé soit possible, cela n’est en aucun cas une preuve que c’est impossible… Comme le rappelle très bien la vidéo YouTube du Réveilleur citée par les pro-nucléaires eux-mêmes, quelques secondes après le passage cité par les pronucléaires :
« très compliqué ou strictement impossible ? […] comme beaucoup de ces informations sont secrètes, je pense qu’il est très difficile de trancher objectivement. L’agence internationale de l’énergie atomique [AIEA] a une approche très conservative sur cette question et considère que n’importe quel plutonium pourrait être utilisé pour produire des bombes. »6
Le Réveilleur cite également, dans sa vidéo, deux articles de recherche en ingénierie nucléaire dont l’un rappelle que « Fabriquer du plutonium qui minimise voire empêche la prolifération [de l’arme nucléaire dans le monde] est un objectif des institutions de sûreté et sécurité nucléaire » [traduction maison]7 … objectif, encore en 2018, de limiter l’usage du plutonium civil dans les bombes atomiques… car oui, le plutonium civil peut être utilisé dans les bombes atomiques, pour résumer.
Nous terminerons sur une citation du président déjà citée par la CNE dans un article de l’Anticapitaliste du 11 mars 2021 :
« Sans nucléaire civil, pas de nucléaire militaire, sans nucléaire militaire, pas de nucléaire civil. »
E.Macron, à Framatome (Creusot-Monceau, 2020)
C’est vrai, nous avons fait une erreur dans l’introduction de notre vieille brochure : le lien entre nucléaire civil-militaire n’était pas un « secret », ni un « complot »... C’était une politique assumée, publique, revendiquée par le gouvernement.
Mix énergétique et intermittence
« C’est non seulement un programme [de sortie du nucléaire vers les renouvelables] très ambitieux, mais surtout unique en son genre et basé sur aucun exemple réel. » (p.4)
Merci pour les compliments ! Nous sommes des utopistes anticapitalistes revendiqué·es.
Plus sérieusement : un programme est par définition ambitieux, et celui de sortie du nucléaire est effectivement inédit, non-basé sur le réel, tout simplement car le cas de la France est inédit, particulier, et qu’aucun autre pays ayant atteint cette proportion de nucléaire dans son mix électrique n’en est sorti.
Maintenant, nous ne sommes pas les seulEs à avoir imaginé un futur sans nucléaire : il y a également le réseau Sortir Du Nucléaire (qui oui, tolérerait l’usage du gaz), ou encore l’association NégaWatt (scénario 2017-2050 sans gaz ni charbon pour le coup).</p>

<p>« quand le vent ne souffle pas et que le soleil ne brille pas, la France a toujours besoin d’énergie…. Et quand y’a plus d’Uranium où qu’une centrale est en arrêt temporaire… la France a toujours besoin d’énergie.
[…] il est important de pouvoir piloter la production, et plus particulièrement maintenir la production constamment à la hauteur de la consommation. » (p.5)
Eh oui, toutes les énergies sont intermittentes ! Nucléaires et renouvelables : les deux sont intermittentes. Le problème passe donc du coté de la consommation : cette « consommation » constante est-elle réellement viable ? Tous les scenarii de transition énergétique passe par une politique de baisse de la consommation d’électricité (et d’énergie en général). Ce fameux « besoin d’électricité» de la France, il est dicté par une logique de consommation, de capitalisme, qui a besoin d’exploiter au maximum les forces productives et reproductives… Mais rappelons qu’il n’y a pas un siècle, nos ancêtres se passaient très bien «d’électricité constante ». A l’inverse, l’augmentation de la quantité d’électricité disponible dans les foyers n’est corrélée à aucun « progrès social » : les inégalités et dominations en tout genre n’ont pas cessé avec l’arrivée du tout-nucléaire en France. Les outils électriques, électroniques, et par la suite numériques, ont certes révolutionné notre manière de communiquer, de travailler. Mais ils n’ont aucunement révolutionné les rapports de pouvoir… Les inégalités de richesse continuent d’augmenter, par exemple entre hommes et femmes : l’inégalité patrimoniale entre hommes et femmes est passée de 9% en 1998 à 16 % en 20158. L’électricité permanente n’est donc pas un « bien public », car il ne nous appartient pas réellement. C’est un « outil », qui peut être utile ponctuellement, mais qui n’est pas une fin en soi, ni un synonyme de progrès social.
« Il faut également bien comprendre que les énergies renouvelables reposent sur des sources d’énergies très diffuses, contrairement aux énergies thermiques qui se basent sur des sources d’énergies très concentrées. Ainsi, il y a évidemment moins d’énergie contenue dans un m³ d’air en mouvement que dans le même volume de pétrole ou d’uranium… […] il y a une raison pour laquelle les capitalistes ont abandonné les anciennes énergies renouvelables au profit du charbon et du pétrole. » [soulignement de la rédaction] (p.7)
Eh oui, cette raison, c’est que ce sont des capitalistes qui n’ont que faire des conditions de travail et de l’écologie. Et nous, nous ne sommes pas des capitalistes, ni des nationalistes. Nous sommes communistes, féministes, décoloniaux, internationalistes, syndicalistes. Nous sommes pour la diffusion des sources d’énergie, et contre sa concentration.
Oui, les éoliennes et panneaux solaires industriels nécessitent plus de matériaux (en tonnes, et en diversité) que le nucléaire…
Oui, le soutien à l’investissement aveugle et capitaliste dans les énergies renouvelables est une erreur de nos précédents textes.
Oui, il nous faut changer de discours sur la « propreté » ou non d’une industrie comparée à une autre.
Oui, nous devons oublier l’idée d’un avenir où l’électricité coulera à flot continu dans nos prises électriques comme aujourd’hui.
Mais non, critiquer le système colonialiste qui exploite et a exploité l’Uranium en Afrique n’est pas une grande faiblesse.
Non, nous ne défendrons pas l’extractivisme en Afrique car « il est moins pire » que l’extractivisme en Chine.
Le piège pronucléaire du « c’est l’industrie la moins sale » ou de la politique du « bénéfice/risque » ne nous convaincra pas.
Un réel projet communiste, féministe, décolonialiste, anticapitaliste, émergera d’une remise en question globale du mythe de cette « consommation » constante, des « besoins de la France », soi-disant nécessaire au « progrès social ».
Sur le fonctionnement du réseau
« du fait de l’impossibilité de stocker de l’électricité, cette dernière doit constamment être produite en même temps qu’elle est consommée » (p.8)
Autre idée : consommer moins d’électricité ?
Encore une fois : le NPA ne défendra pas de politique productiviste simplement pour « répondre à une consommation ». Ce sont les capitalistes qui nous imposent cette consommation.</p>

<p>« RTE prévient clairement que dans ce scénario, le réseau français ne serait plus capable de résister à de gros hivers comme celui de 2012 ou 2017. [...] Pourtant, avec une augmentation massive du chauffage électrique et des pompes à chaleur, comment ne pas envisager des pics de consommation de plus en plus hauts en hiver ? » (p.11)
Peut-être en réfléchissant une diminution du chauffage électrique et des pompes à chaleur… ? En soutenant la lutte contre le gaspillage industriel d’électricité, dans les usines, les panneaux publicitaires, les chauffages d’immeubles vides ?</p>

<p>« Si toute l’Europe fait le pari d’un scénario similaire, les pics de production se trouveront environ aux mêmes périodes, et personne ne sera en mesure de produire suffisamment d’électricité lors des pics en hiver. Ce scénario s’appuie donc indirectement sur les pays qui accepteront de conserver une production fossile et nucléaire » (p.11)
L’inverse est vrai également : un pays ne peut faire le « choix » du nucléaire que si les autres n’y ont pas accès. Car les ressources en uranium seraient insuffisantes pour tous les pays du monde, et car l’industrie nucléaire repose sur l’exploitation (néo)colonialiste des mines étrangères, sur le capitalisme concurrentiel. Soutenir le nucléaire à l’échelle française est donc une politique nationaliste car il ignore l’impossibilité aux autres pays de candidater à une telle énergie…
Et au NPA, nous sommes internationalistes.
Emissions de Gaz à Effet de Serre (GES)
« […] si le développement des EnRi n’a pour l’instant pas permis de décarboner le mix électrique d’un seul pays, la France est justement parvenue en à peine plus d’une décennie à faire s’écrouler ces émissions de GES grâce au déploiement de son parc nucléaire : » (p.12)</p>

<p>Pour un rapport dit « scientifique », on repassera sur la rigueur des sources : il manque ici une citation complète qui permet d’aller vérifier le graphique. La consultation du « World Bank Climate Change portal » ne suffit pas à retrouver facilement le graphique, son contexte, sa méthode.</p>

<p>Nous allons donc ici nous contenter de commenter ce graphique :
    • pas d’unité de mesure sur l’axe des ordonnées du graphique (50 carottes ? 100 patates?)
    • « faire s’écrouler ses émissions de GES » : le terme d’écroulement est interprétatif, et non quantitatif… Forcément, il n’y a pas d’unité de mesure sur l’axe des ordonnées.
    • Corrélation n’est pas causalité : rappelons ici qu’un simple graphique n’est pas gage de véracité scientifique. Nous vous renvoyons vers le site très comique de « Spurious correlations » pour illustrer notre méfiance. 9
    • De plus, les pointillés « nuclear power expansion » semblent représenter la période 1980-1988… Ce qui est faux : l’expansion de la puissance nucléaire n’a pas commencé en 1980. La datation d’un tel concept est difficile, mais pour ne parler que de la technologie actuellement utilisée en France (« REP »), elle a remplacée les UNGG dès 1967, en commençant à la centrale de Chooz.
Un mix français 100 % renouvelables est possible
    Inutile de rappeler les divers scénarios existants (RTE, NégaWatt, ADEME) ni de rappeler que plusieurs pays l’ont déjà fait10. Mêmes de pronucléaires le disent : voir la réponse positive à la question « La France peut-elle se passer de nucléaire ? » par Alain Grandjean, membre du cabinet Carbone 4 avec Jean-Marc Jancovici11.
    Cela dit, on est bien d’accord, être un pays à 100 % renouvelable n’est pas la panacée, on ne s’arrêtera pas à une aussi simple et incomplète revendication.
Coût du nucléaire
« Cela se serait fait en faisant payer au consommateur “le coût titanesque du démantèlement et de la gestion des déchets” quand bien même ce coût ne représenterait que 6% du coût global de production12 […] » (p.12)
    Pour rappel, aucun chantier de déconstruction de centrale nucléaire civile française n’a abouti à ce jour, en France. Seuls quelques petits réacteurs de recherche ont été démantelés entièrement (au CEA de Grenoble par exemple).
Contextualisons donc un peu ces 6 % avec l’article du CEA utilisé par les pronucléaires… Voici le début de la phrase, le contexte de ces 6 % :
« Concernant le démantèlement des centrales et la gestion de la totalité des déchets, la Cour des comptes a indiqué qu’ils sont, par nature, très difficiles à prévoir en raison du manque de retour d’expérience dans ce domaine. Cependant, même si les incertitudes sont grandes, leur faible part dans le coût du kWh nucléaire ne conduira qu’à un impact limité : pas plus de 6% du coût global de production. »
    Maintenant, rajoutons que le CEA  – Commissariat à l’Energie Atomique, institution capitaliste pronucléaire – ne détaille pas ici combien ces incertitudes sont grandes exactement. 6 % avec une incertitude de ±1 %, de ±5 %, ou de ±10 %… cela change complètement la donne. Or, impossible de consulter le texte de la Cour des comptes dont se sert le CEA, car eux-mêmes ne sont pas rigoureux dans leurs publications… difficile de trouver autre chose qu’un coût « par MWh », c’est-à-dire par unité d’énergie… Donc ces 6 %, on les applique à quoi ? À combien ?
    Rappelons enfin que pour démanteler une centrale nucléaire, il faut des camions qui roulent au pétrole. Il faut des machines qui tournent au gasoil. Et il faut des salariéEs qui connaissent les plans des centrales… Or du pétrole, on en a passé le pic.  Les salariéEs qui connaiss(ai)ent les plans des centrales… sont mortEs, ou à la retraite. EDF, aujourd’hui, vit une perte de compétences sur ses propres outils de production, car la transmission de savoir est défaillante : sous-traitance, sous-formation, sous-investissement. La Direction des Projets de Déconstruction et Déchets d’EDF ne recrute plus depuis au moins 3 ans : en effet, le démantèlement est le cadet des soucis de la direction générale. Le coût du démantèlement ne va donc sûrement pas rester ce qu’il est aujourd’hui.
Uranium naturel, et réouverture des mines françaises ?
« […] cette énergie [est] peu sensible aux conflits géopolitiques qui pourrait faire gonfler le prix ou limiter l’import d’uranium. Même dans un cas d’embargo total, le stock national (d’uranium enrichis + d’uranium naturel) permettrait de tenir entre 3 à 5 ans d’exploitation13, sans compter la possibilité de reprendre l’exploitation des 210 mines d’uranium présentes sur le territoire métropolitain (dont l’exploitation a été abandonné dû à un rendement assez faible14). » (p.13)
    Les communistes pronucléaires citent ici la SFEN (Société Française de l’Energie Nucléaire), autre association de bourgeois capitaliste pronucléaires qui défendent « l’avancée du nucléaire ». Encore une fois, ce n’est pas une source scientifique. Mais bref : 3 à 5 ans de stocks « stratégiques » permettant de faire survivre le nucléaire en cas de crise du capitalisme… De quoi rassurer tout le monde, dans 5 ans on trouvera une autre solution.</p>

<p>    Passons à la relance de l’extractivisme français, et des mines uranifères métropolitaines… Des volontaires ? Nulle part sur l’article de Wikipedia (source très scientifique vous en conviendrez), n’est indiqué un rendement « assez faible » de ces mines… Par contre, le même article Wikipedia parle bien de « conditions d&#39;exploitation difficile (mines souterraines) et une opposition locale parfois très forte ».
    Rappelons enfin qu’un Collectif Mines d’Uranium existe et dénonce15, non pas le triste abandon des mines d’uranium alors qu’on pourrait encore en extraire un petit peu de yellow cake… mais l’ingérence de l’ex-Cogema/Areva/Orano, l’impact sanitaire de ces mines, l’opacité de l’industrie sur cette question, la faiblesse du Code Minier sur la gestion « après-mine »…
    Pour nous, militantEs antinucléaires et écologistes, l’extractivisme minier écocidaire, c’est NULLE PART : ni au Niger… ni au Canada… ni en Chine pour les énergies renouvelables… ni en France pour l’indépendance nucléaire.
250000 tonnes d’Uranium non-exploitées ?
« Mais cela est sans compter les réserves énormes de la France d’uranium appauvris (99% de l’uranium naturel), de plutonium et d’actinides mineurs (dont nous reparlerons plus tard), qui constituent une réserve de combustible de plus de 250 000 tonnes, pour l’instant non exploitée. » (p.13)
    On dirait que l’exploitation est le maître-mot des communistes pronucléaires. Et ici, bizarrement, on retrouve le terme interprétatif et abusif de « énorme » pour qualifier ce stock d’uranium appauvri, ne respectant donc pas le langage scientifique qui impliquerait un minimum de précision, de vocabulaire quantitatif.
    Ce chiffre vient du même article de la SFEN, qui précise après ce chiffre que le recyclage d’un tel uranium appauvri nécessiterait le développement de la Génération 4 de Réacteurs nucléaires, une « Nouvelle technologie » de réacteurs à Neutrons Rapides...
    Voyons voir ce qu’il en est...
Futures technologies, échelle industrielle et Science-fiction
« S’appuyer sur des technologies qui n’existent pas encore à l’échelle industrielle rend très improbable le projet du NPA de réaliser un mix “100% énergie renouvelable” en 10 ans. Pour ne pas dire impossible. » (p.9)
    Appliquons cet argument à leurs propres propositions d’innovation technologique : les pronucléaires défendent le développement d’une Génération 4 de réacteurs. Pour information, la Génération 3 contient les technologies actuelles, REP et EPR.
    • EPR (« Gen 3 »)
        ◦ seule la Chine a réussi à mettre en service 2 réacteurs de type EPR (une fuite radioactive a déjà été recensée néanmoins due à un défaut de fabrication du combustible mais ce n’est pas le sujet)
        ◦ en France, il y a effectivement un chantier en cours… en cours… en cours… et on attend la fin du chantier. Depuis 14 ans. La génération 3 est donc loin d’être terminée.
        ◦ en Finlande, même attente… chantier en cours depuis plus de 17 ans.
        ◦ En Angleterre, début de chantier il y a 3 ans.
    • Réacteur à Neutron Rapide (« Gen 4 »)
        ◦ En Russie, il y a deux réacteurs en service actuellement de cette technologie.
        ◦ En France
            ▪ Réacteur Phénix, expérimental, de recherche, qui a mené à la conception de Superphénix.
            ▪ Réacteur Superphénix : deuxième prototype construit en 76, mis en service 1984, arreté en 97 (soit 13 ans, dont seulement 6 de production réelle)16, et en cours de démantèlement… encore aujourd’hui. Cela nous fait un total de 6 ans de production d’électricité sur… 37 ans d’existence et d’investissement. Belle intermittence ! Qui a, rappelons-le, même si ce n’est pas le sujet de cette section fait un mort dans notre camp : Vital Michalon, assassiné par la police lors d’une manifestation contre ce projet, le 31 juillet 1977.
            ▪ ASTRID : projet d’AREVA abandonné récemment, faute de moyens, jusqu’à au moins « la deuxième moitié du siècle », répond le CEA au Monde (Nabil Wakim, 29 août 2019)…
            ▪ Pour la « Gen 4 » de réacteurs nucléaires pour recycler les déchets de l’industrie… on repassera.
    • ITER
        ◦ En France : prototype de réacteur à fusion nucléaire… en construction depuis 2010, pleine puissance prévue seulement pour 2035, et industrialisation sur d’autres réacteurs à ne pas attendre avant 2060… Le réchauffement climatique n’a qu’à être patient. Pour l’instant, la production industrielle d’électricité à fusion nucléaire est littéralement… de la science fiction.
    • SMR
        ◦ Small Modular Reactors… Ils existent sur le papier… Mais aucun réacteur de ce type n’existe concrètement à ce jour. Beaucoup d’articles (scientifiques ou médiatiques), beaucoup de plans en 3D dans les bureaux d’étude, beaucoup d’investissements politiques, mais aucun prototype, aucun chantier en cours, ni à l’échelle industrielle, ni à aucune autre.
Sophisme #2 : les chats sont mortels… Socrate est mortel...
    Deuxième exemple de sophisme dans les arguments pronucléaires, un peu hors sujet :
« Il sera sans doute bien difficile pour les auteurs d’expliquer pourquoi tous les autres secteurs du service public français […] souffrent de privatisation et de conditions de travail dégradées, malgré l’absence de réacteur nucléaire en leur sein » (p,14)
    Voilà un nouveau challenge pour la Commission Nationale Écologie : il n’y a pas de réacteur nucléaire dans les hôpitaux, pourtant eux aussi souffrent de la privatisation…
Conclusion : les réacteurs nucléaires ne sont pas un problème !
Des « avantages environnementaux méconnus »
« faible écotoxicité notamment sur l’eau douce et sur l’océan, aucune émission de S02 et Nox, faible potentiel d&#39;épuisement abiotique, faible empreinte au sol (dont nous avons déjà parlé) et donc faible impact sur la biodiversité, faible production de déchets chimiques, faible impact sur la couche d’ozone… Sur tous ces points et plusieurs autres, l’énergie nucléaire est souvent meilleure, parfois fait jeu égal, avec les autres sources d’énergies considérées comme vertes. » (p.15)
    Cette énumération de qualités, extraites d’un rapport de l’Union Européenne, soulève la question de « l’écotoxicité » des politiques et industries nucléaire en comparaison avec les autres sources d’énergie, charbon/gaz compris.
    Ce rapport de l’UE ne permet non pas de prouver que le nucléaire a de « nombreux avantages environnementaux méconnus » (p.15), mais bien que le nucléaire « n’est pas plus dangereux que les énergies renouvelables, selon les critères habituels de la taxonomie européenne »… Et encore, on va pouvoir rentrer dans le détail et nuancer ce propos.
    Si je ne savais pas moi-même ce que signifiait « potentiel d’épuisement abiotique » avant de lire le rapport, les graphiques sur les autres critères semblent effectivement, en apparence, sans appel. Il est d’ailleurs bien énoncé en introduction du rapport européen, alinéa « main findings » (page 11 sur 387, traduit et résumé du mieux que je peux) :
    • « l’émission de gaz à effet de serre en moyenne sur tout le cycle de vie de l’industrie nucléaire est équivalente à celle de l’hydroélectrique et l’éolienne (je parle des industries),
    • l’énergie nucléaire émet autant, ou moins, de NOx, SO2, PM, NMVOC, que la photovoltaïque et l’éolienne,
    • elle eutrophise et acidifie les océans autant, voire moins, que la photovoltaïque et l’éolienne, [contredit plus bas],
    • pareil concernant la pollution des eaux douces et marines,
    • elle prend autant de place au sol que le gaz, c’est-à-dire moins que l’éolienne et la photovoltaïque. »</p>

<p>Maintenant...
    • On peut d’ores et déjà constater la manipulation du texte pronucléaire quant à la reformulation de certains résultats : « émet autant, voire moins, de NOx, etc. » (rapport EU) devient « aucune émission de SO2 et NOX » (texte pronucléaire). Passons cette erreur que l’on mettra sur le dos d’une inattention.
    • Ce rapport européen ne donne pas accès aux incertitudes sur les chiffres : on a là une énumération de comparaisons sans nuance. Plus grande que… Autant que… Légèrement moins que… Beaucoup moins que… Et ce, selon des moyennes prises sur tout le cycle de vie des industries citées… On a des max et des min de pollution sur tout un pays, toute une industrie… Si l’on souhaite du détail sur les chiffres, on tombe, via les références du rapport, sur des PDF payants, ou en anglais, « for policymakers » (autrement dit… circulez, ce texte est à destination des politiciens, pas du grand public), qui eux-mêmes ne permettent pas toujours de vérifier certaines affirmations.
    • Enfin, rien qu’en rentrant dans le détail des graphiques proposés par le rapport, on peut remettre en doute certains « avantages méconnus » du nucléaire…
        ◦ Exemple 1 : Tentons de vérifier si le nucléaire émet effectivement autant, voire moins, de PM et NMVOC – peu importe ce que tout ces sigles signifient pour les pronucléaires – que le photovoltaïque et que l’éolien, en consultant les graphiques du rapport (les 3.2-18). Des bâtons indiquent l’intensité d’émission de ces deux types de particules. Sur le graphique, on observe effectivement que le nucléaire en émet moins que le solaire photovoltaïque, et émet moins de NMVOC que l’éolien… par contre… oups… si j’en crois bien mes lunettes, et ma fonction Zoom de Mozilla… le nucléaire émet légèrement plus de PM (particules fines) que l’éolien… il semblerait environ 0,01 g/kWh de plus.
        ◦ Exemple 2 : la même contradiction est visible sur le sujet de l’eutrophisation et de l’acidification des océans. Sur le graphique 3.2-10 du rapport, la technologie nucléaire « EPR » (la colonne EFR correspond à une technologie non-utilisée) dépasse, en pollution, l’éolien offshore et le photovoltaïque à technologie Cadmium-Telluride.</p>

<p>    Globalement donc, même s’il est vrai selon ce rapport que le nucléaire est comparable en terme d’impact écologique global, parfois légèrement supérieur, aux autres sources d’électricité et de chaleur… Affirmer que le nucléaire fait « souvent mieux » et « parfois égal », sur « tous ces points et plusieurs autres » relève par contre de l’hyperbole digne d’un chargé de communication défenseur d’une technologie mortifère. D’ailleurs...
Le nucléaire ne tue que 2 personnes par mois ! Des volontaires ?
    Pour reprendre les chiffres des pronucléaires… Le nucléaire, ce ne serait que 0,07 décès par TWh produit (en comptant les morts liés à tout le cycle de vie des centrales notamment le minage du combustible, et les accidents nucléaires)… Alors, calculons. Fois environ 55 TWh de consommation mensuelle d’électricité par les Français·es17 cela fait 3,85 décès… Diminués car la part de nucléaire dans le mix électrique français n’est que d’environ 75 %. Cela représente donc environ 2 personnes par mois mortes à cause de l’industrie électronucléaire, en France… Des volontaires ?
Nous n’oublierons pas Vital Michalon
    Mort tué par la police le 31 juillet 1977, il manifestait contre le projet de surgénérateur à neutrons rapide Superphénix.
« Ces chiffres restent ridicules face à ceux des barrages hydroélectriques » (p.18)
    À la CNE du NPA, nous ne compterons pas les morts. Nous refusons cette démarche autoritaire de « sacrifice pour le communisme » ou de comparaison entre « la peste et le choléra ». Oui les énergies fossiles tuent encore plus… Oui l’hydraulique tue encore plus… Mais nos vies ne sont pas des chiffres. On ne peut pas parler de « 0,02 » décès par unité d’énergie… C’est un glissement très dangereux vers une politique mortifère qui va au « moins pire ». Nous sommes révolutionnaires, nous voulons des conditions de VIE dignes.
    Pas des conditions de MORT.
    Le NPA ne défend aucune industrie, ni le pétrole, ni le gaz, ni le charbon, ni l’éolien, ni le solaire, ni le nucléaire, en fonction des chiffres de nombre de morts… La moindre mort est inadmissible, et indiscutable.
Accidents nucléaires
    Les pronucléaires chercheront toujours à minimiser l’impact, le nombre, l’ampleur des accidents nucléaires, via plusieurs stratégies :
    • renvoyer à l’étranger (Japon, Russie, USA), alors qu’en France aussi il y a eu des accidents nucléaires (Saint-Laurent-des-Eaux, en 1969 et 1980).
    • minimiser les conséquences (« y’a qu’à Chernobyl qu’il y a eu des morts, selon l’UNSCEAR »)
    • changer de sujet (« le changement climatique tue également »… « au Japon c’était un tsunami le problème »… « les autres énergies sont encore PLUS meurtrières »…)
    • brandir des sciences dures et masculines, voire même des pseudo-sciences18, pour justifier l’incertitude sur les chiffres (difficulté statistique/mathématiques… difficultés de mesures radiologiques... dissensus scientifique sur les bienfaits des petites doses… il faut utiliser des modèles linéaires sans seuil… )</p>

<p>    Nous refusons la déresponsabilisation de la moindre mort. Les ingénieur·es nucléaires connaissent les dangers (ou les risques, peu importe), liés à cette technologie. Iels savent que chaque accident nucléaire a fait des centaines voire des milliers de morts, ne serait-ce qu’en comptant celles des liquidateurs, chaire à canon envoyée au front à chaque accident. Celleux qui n’ont rien fait, rien dit, sont coresponsables des morts liées aux accidents et incidents.
    Nous refusons également de qualifier de « ridicules » les « quelques » victimes, de les ridiculiser, de mépriser les familles des victimes mortes pour leur travail, leur géolocalisation subie proche d’une activité nucléaire, voire d’un bombardement :</p>

<p>    « Quoi qu’il en soit, ces chiffres restent ridicules […] » (p.18)
Je ne sais plus quoi répondre à ce mépris.
Comparaison « bénéfice / risque »
Pour illustrer l’incohérence de cette comparaison, petit tableau fait main :
Bénéfices :
    • Électricité en permanence dans le réseau pour répondre aux demandes des consommateurices
    • « Progrès social » (jamais détaillé par les pronucléaires, peu importe ce que cela signifie finalement)
    • ça créé de l’emploi dans les anciennes colonies, ou pays partenaires, voire même en France (en sous-traitance par contre, vous êtes averti·es)
Risques :
    • Pénibilité du travail et maladie professionnelle liée aux rayonnements ionisants en centrale,
    • Pénibilité du travail dans les mines d’uranium, et maladies liées à la radioactivité des mines d’uranium abandonnées,
    • Licenciements pour activité syndicale,
    • Poursuite judiciaire pour lancement d’alerte illégal vis-à-vis du secret industriel,
    • Fuites radioactives liées au vieillissement des matériaux des centrales
    • Fuites radioactives liées aux erreurs inévitables de fabrication des cuves et autres pièces centrales
    • Dégradation des écosystèmes marins liée au réchauffement de l’eau fluviale qui passe à travers les centrales
    • Dégradation des écosystèmes terrestres liée à la fuite radioactive des stockages de déchets longue durée
    • Accident nucléaire lié à la rupture d’une pièce centrale d’un réacteur, menant à une explosion
    • Accident nucléaire lié au démantèlement des vieilles centrales Graphite Gaz dont certains matériaux sont explosifs
    • Prolifération de l’arme nucléaire dans le monde liée au cycle de préparation et de traitement du combustible nucléaire
    • Maintien en place du système gouvernemental autoritaire et militaire qui repose en partie sur son arsenal nucléaire</p>

<p>Démantèlement
Dans notre ancienne brochure, nous indiquions en effet que
« c’est [au démantèlement et à la gestion des déchets] que devra désormais être consacrée une bonne partie de l’énergie humaine. C’est un chantier gigantesque mais indispensable à la survie de l’humanité et qui va devoir occuper les travailleurs, du manœuvre au scientifique, pour réparer les erreurs du passé et la folie capitaliste ». (p.19)
    Cette phrase est effectivement discutable, voire erronée selon moi. En effet, pour moi (auteur du texte), le démantèlement n’est plus forcément souhaitable à ce jour (car techniquement difficile, coûteux, dangereux pour les travailleurEs, et générateur de déchets). Les déchets, eux, par contre, seront toujours là, et représenteront toujours un chantier à assumer, même une fois « sortiEs du nucléaire » (arrêt des centrales).
Déchets
« Les déchets liés à l’industrie nucléaire civile n’ont jamais tué personne » (p.19)
    2002, un ouvrier meurt sur le chantier de CIGEO, projet de stockage des déchets nucléaires.
    2016, 26 janvier, un autre ouvrier meurt dans un éboulement, au fond d’une galerie.
Ça fait deux.</p>

<p>« leur impact sur l’environnement est négligeable19 » (p.19)
    Source ? ANDRA. Agence Nationale des Déchets Radioactifs… ANDRA qui pour rappelle, a employé une milice privée pour matraquer, flashballer et surveiller les militantEs antinucléaires, de manière antidémocratique, voire fascisante. L’ANDRA se fiche de l’impact environnemental de leurs déchets : aucune étude n’a rendu de résultat positif et long-terme de la solidité de leur projet de stockage… De plus, un centre de stockage de déchet, ce n’est pas fabriqué en bois et en terre crue… Béton, acier, imperméabilisation du sol, tous ces impacts ne sont pas négligeables.
« Les déchets nucléaires représentent en fait une part ridicule de la quantité totale de déchets produite par un individu chaque année : 4689 kg dont [...] 4 grammes sont des déchets de haute activité. » (p.19)
    Sauf que ces 4 grammes de tels déchets, par personne, suffisent à tuer cette personne, rien qu’en les regardant, car ces déchets sont radioactifs de manière létale… Contrairement aux tonnes d’épluchures et de plastiques que l’on met dans nos poubelles grises. Et encore une fois, le NPA est contre TOUS les déchets industriels : nous nous opposons au gâchis de plastique, de métal, de matières organiques, de béton de ciment, d’acier, tout autant que de matière radioactive…
« il existe déjà un exemple naturel de stockage en CGP : le réacteur nucléaire naturel d&#39;Oklo au Gabon » (p.20)
    La Nature, le « naturel » n’est pas un adjectif scientifique, ni positif, ni rien du tout. C’est une construction politique, qui sert en permanence à justifier les politiques les plus conservatrices : les phénomènes dits « naturels » ont toujours été les arguments de dernier recours pour justifier sexisme, racisme, classisme, colonialisme, et toutes autres dominations. L’existence d’Uranium dans le sol depuis des millénaires ne valide pas scientifiquement l’extractivisme capitaliste, ni le projet autoritaire d’enfouissement CIGEO.
    Le pétrole aussi, c’est naturel, et ça existe depuis des millénaires… Consommons-en !
Conclusion
La seule revendication des communistes pronucléaires que nous partageons, c’est la suivante :
« Une transition énergétique réussie passera par un secteur public fort, contrôlé démocratiquement par ces travailleurs. » (p.24)
Comme le citent les communistes pronucléaires, le secteur public de l’énergie fait face au projet Hercule qui prévoit de découper EDF en vue d’en privatiser une partie, notamment la gestion des EnRi… Sauf que les pronucléaires oublient de préciser que le nucléaire, lui, est toujours public, et le restera après ce démantèlement d’EDF… Tout simplement car l’État ne souhaite pas faire peser le coût du nucléaire sur le budget de ses amis militaro-industriels.</p>

<p>Nous sommes d’accord également pour lutter contre le greenwashing des ONG, de l’État et des entreprises privées. Maintenant, rappelons que le NPA ne lutte pas pour la neutralité carbone de la France – concept compatible avec des stratégies colonialistes de compensation – mais bien la réduction de la consommation, de la production, et des émissions de gaz à effet de serre.</p>

<p>Enfin, nous ne pouvons par contre entendre la demande d’« affirmer et défendre l’autorité des agences publiques (ANDRA) » que comme une trahison vis-à-vis des militantEs agresséEs par cette même agence sur le terrain de CIGEO, trahison nationaliste, capitaliste, et antisociale. Enfin, le discours oral d’un des auteurs du texte sur le fait de
« pas être complètement contre les sous-marins et bombes nucléaires, car en cas de guerre impérialiste vous comprenez… nous on préfère le démantèlement conjoint avec les autres pays »… (sous-entendu, pas de démantèlement des bombes au CEA Valduc tant que les autres pays ne s’y mettent pas).
Ce discours non-assumé à l’écrit, lui, ne manquera pas d’alerter sur la tolérance pro-militaire qui se cache derrière chaque discours pronucléaire, et de nous renforcer dans nos positions pacifistes, anti-nucléaires (civil et militaire), anti-impérialistes, anti-militaires.</p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/benjamin-dewit/aux-pronucleaires-une-reponse-des-concerne-es</guid>
      <pubDate>Mon, 23 Mar 2026 11:15:48 +0100</pubDate>
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