Les lieux uniques partagés.
J'avais commencé un long dialogue de plusieurs années avec un fichier texte qui évoquait, en substance une règle que je m'étais fixé et que je me morfondais d'avoir transgressé : ne pas emmener quelqu'un d'important dans un endroit que j'avais aimé avec quelqu'un d'important d'avant.
A cause des carambolages émotionnels qui remontent et qui se mélangent mal avec la situation du moment.
Cette règle du lieu unique est impossible à appliquer à Paris, qui est une ville de “coins” où chacun.e a ses souvenirs.
En conséquence j'arpente avec l'un ces rues partagées avec l'autre, la mémoire des murs est là, douce-amère, je la respire, je la recrache, elle a une saveur. C'est le même menu avec un goût différent.
Est-ce que c'est meilleur ? Acquiescer est trahir, recouvrir une histoire comme on lisse du bitume sur un trou dans la route n'est pas respectueux.
Oui j'ai aimé la petite place en haut de Gambetta avec toi, avoir les miquettes en dévalant la pente, t'admirer qui pédalait devant moi sans les mains et sans peur, l'odeur du chlore de la piscine Pailleron sur ta peau, Belleville et Menilmontant quand tu y habitais.
Je ne les aime pas moins depuis que tu es parti, je constate avec mélancolie que tu ne m'as pas rendu ces endroits intacts. Il me semble que tu me les as laissés en dépôt, pour atténuer mon chagrin et pour que je puisse l'offrir à quelqu'un d'autre.
Peut être qu'il en est des villes comme de la joie, qui se transmettent à travers les gens qui s'embrassent aux feux rouges.