[Vieux texte] [Pour contrebalancer le précédent et parce que, mine de rien, tout est cicatrisé]

Les deux minutes trente les plus mignonnes de la terre.

“C’était le plein été 1999 et tout le monde m’appelait Bébé.”

Et ça m'amusait, parce que moi, j’étais surtout une grosse hormone. Ne mâchons pas les mots, j’avais une furieuse envie de me faire tirer.

Merde quoi ! Qu’on en finisse avec cette virginité à la con ! Et puis qu’on m’aime ! Qu'on m'aime ! Toute cette belle came qui sert à rien.

Quand j’ai enfin osé embrasser L. cet après midi de juin j’étais persuadée que j’allais passer à la casserole dans l’heure.

Bon allez dans la journée.

Ou au moins dans la semaine.

J’avais été élevée au bon grain de 20 ans magazine qui disait que coucher le premier soir ne faisait pas de toi une salope si tant est que tu faisais ça par désir et pas pour faire plaisir au mec.

J’avais lu un paquet de romans érotiques. Je savais comment ça fonctionnait là dedans, je me donnais du plaisir toute seule depuis ma plus tendre adolescence, les doigts dehors, dedans, je savais comment enfiler une capote, j’étais aussi prête et entraînée qu’un commando de para priapiques alors PUTAIN ON Y VA LA !!!! MOTIVES MOTIVES HOP HOP HOP.

Parce que tu vois, moi, le moi, le sexe, j’avais cette sorte d’intuition que j’étais faite pour ça.

Et effectivement à l'instant même où il a soulevé mon t-shirt pour me tâter les mamelons, j’ai lancé une alerte enlèvement sur ma pudeur. Il est tendre il est touchant il est respectueux. Il a une trique de fou.

Mais rien. Il rabaisse mon t-shirt. Il rentre parce qu’il a des maths à réviser.

What the fuckin fuck ?!

Bon. Je pars en stage, loin. On est tacitement ensemble, il va m’attendre.

La tension monte, les SMS chauds, je passais ma vie au tabac de Senlis pour acheter des clopes et des recharges Mobicarte. Un mois comme ça.

Je me sens telle une Ariane sans son Solal, je fais des solos de mandoline interminables. Je compte les jours.

Je débarque début août à la gare, il est là , on fait style on se balade en ville pour la forme, on va se peloter dans un jardin public et on se fait virer par les mamounes et on finit dans son studio. Je me désape joyeusement à toute vitesse, youhouhou, je saute sur le lit, il se jette sur moi CA VA VENIR CA VA VENIR.

Il me fait le premier cunnilingus de ma vie, je décolle en 5 minutes et encore et encore et encore c’est juste le truc le plus fabuleux du monde, il met ses doigts partout c’est le plan orsec dans mon vagin content, c’est tellement l’inondation là dedans que ça va rentrer comme dans du beurre (on a les expressions qu’on peut à 19 ans).

Il se relève, me tend de la flotte me dit que je suis belle qu’il m’aime que je lui ai manqué et que c’est l’heure de me ramener chez mon papa.

WHAT THE FUCKIN FUCK !!!!!!!!

Ça continue un peu sur le même moule pendant le mois suivant.

On devient les Experts du Tripotage Outside Dans Les Coins Sombres, qu’on appelle aujourd’hui rabicoins, je te jure que maintenant quand je passe sous les remparts de la ville où vit mon père j’ai un petit sourire en coin, je pense aussi pouvoir éditer un guide du sexe outdoor du campus universitaire de Strasbourg, il n’y a pas une porte cochère qui ne se souvienne pas de mes soupirs.

Je fais des pipes gourmandes, des pipes au thé, des pipes à la bière, je le branle planquée sous les tables des restaurants, on s’applique de la crème solaire dans tous les coins et les recoins, je mets même plus de culotte sous mes jupes parce que bon on sait tous les deux comment ça va finir mais : toujours pas de zouzou de la zouzoute comme disait un directeur de colo dans son discours de prévention sexuelle aux ados.

Je n’en PEUX PLUS.

Fin août, donc, on rentre de vacances. Pour couper la route, mon père décide de faire halte chez ma grand-mère pour passer la nuit. Elle est prévenue, Julie vient avec son copain, c’est tout naturellement qu’elle nous a préparé le grand lit dans la grande chambre. Tout le monde se couche, elle referme la porte sur nous en nous souhaitant bonne nuit. La clé de la porte est à l’intérieur.

Moi j’ai dû lui faire comprendre avec les yeux que bon cette fois ci fallait pas se foutre de ma gueule quoi. Ou quelque chose d’approchant. Le regard qui crie braguette.

Il me dit d’un air malheureux : j’ai pas de capotes.

(Musique de la défaite du Juste Prix. Polom polom pom.)

Je sais pas où est la pharmacie la plus proche et dans ce bled, pas sur qu’il y ait un distributeur.

On aurait pu attendre, oui. Mais le lendemain, mes règles devaient arriver et non, c’était plus possible quoi.

Alors voilà . J’allais y aller freestyle, monter à cru, en faisant attention. Sans la moindre once de culpabilité, alors que je suis la génération SIDA et qu’on ne nous a parlé que de ça dans mon adolescence.

J’ai eu juste assez mal pour me rendre compte que c’était fait. Un petit pincement, comme quand tu te coince le doigt dans une porte tu secoues la main en faisant ouche ouche ouche (j’ai gardé cette habitude inconsciente de secouer la main verticalement quand je parle de sexe) et après tu vas te laver le ventre qui colle dans la salle de bains et essayant de ne réveiller personne. Tu te regardes dans le miroir et tu n’as absolument pas l’air différente. Non, ça se voit pas. Tu éclates de rire dans tes poings. C’était donc ça ? Pas de quoi en faire un plat. C’était plutôt drôle en fait. Plutôt chouette.

Les 2mn30 les plus mignonnes de la Terre.

Quand je suis retournée me coucher et que je l’ai vu pleurer doucement je me suis rendu compte que pour lui, ça n’avait été ni drôle ni chouette, mais que la responsabilité de m’avoir fait ça et et en plus de me l’avoir fait sans me traumatiser, tout d’un coup, la pression était retombée, il était juste très très ému, très très heureux et très très soulagé.

Et j’ai compris que c’était ça le sexe en fait : tendre, mystérieux, simple, sauvage, naturel, une soif facile à étancher, plein d’amour, qu’il n’y avait pas besoin d’amour non plus, que je pouvais faire tout ce que je voulais sans jamais avoir honte, qu’on pouvait recommencer autant qu’on voulait et que ça serait jamais pareil, que je ne m’en lasserai pas et que j’allais adorer apprendre.