Maggot Heart, HUNGER (2023)

HUNGER, c'est un album que j'ai mis un peu de temps à apprivoiser même s'il a immédiatement titillé ma curiosité : le skeud de Maggot Heart est érudit et poétique mais pas gentil pour un sou ; et il agglomère plein de styles et d'influences... Pour ma part, après me l'être suffisamment enfilé dans les esgourdes, je constate que cohésion et densité sont au menu.
La guitare est tranchante et sale comme un hachoir rouillé et la basse vrombissante comme un couteau électrique ; le piano, la trompette, le saxophone sur LBD et Archer m'évoquent Bowie (celui du milieu des seventies ou celui de Blackstar ?) et pour le coup, la big boss-guitariste-chanteuse Linnea Ollson semble vraiment une amoureuse du Thin White Duke : elle le cite explicitement (sur “Nil By Death” : I'm running like a demon from station to station), et son style de chant, souvent quasi parlé, plutôt théâtral, lui fait aussi écho, Archer en étant l'exemple le plus évident. Bowie n'est pas le seul à avoir droit à un clin d'oeil, cf. “scandinavian hunger”, “appetite for distraction”... mais personnellement, la redoutable niaque d'Ollson me fait plutôt penser à PJ Harvey courant 1991, sa froideur à Kim Gordon, j'en passe et d'autres grandes sœurs grunge, plus l'ombre éternelle du Velvet... liste non exhaustive.
Bien sûr, HUNGER transcende la simple somme de ses influences, en grande partie grâce au charisme d'Ollson et à son talent pour l'écriture (peut-être grâce à son passé de critique musicale ?) : je suis complètement bluffé par la qualité de ses paroles, imagées, viscérales, dérangeantes, mordantes. Et ce, à fond les ballons dès les premiers mots du premier morceau :
So many hatchets buried My mind's a cemetery I try to leave it But it's water under a burning bridge I look for answers in my prayers In a church on fire Deconstructing whatever is Just out of my reach
Admirez le verbe et la verve. Moult autres perles inside, servies à un rythme implacable dans un enrobage sonore hybride mais incroyablement efficace, et brut de coffre : (post)punk, noise, metal, art rock... Ollson écrit à la première personne, et s'adresse très régulièrement à une autre, dans ce qu'on peut sans trop de risques suspecter d'être un dialogue intérieur : le thème du double est très présent, et l'espace mental n'est pas un endroit sécure, rempli de flammes et d'ombres, de fêlures, de trous dans les murs et de débris de verre.
HUNGER, c'est un album violent : une violence calculée, canalisée, une tension entre pulsions viscérales et maîtrise de soi, entre structure et rupture ; un dialogue jamais gagné d'avance. Pas une écoute confortable, mais plutôt une œuvre hargneuse, affamée, abrasive, froidement vénère. A écouter quand on a envie de bouffer des gueules ou qu'on sent qu'on va avoir besoin de le faire. Mais HUNGER reste très accessible, à mon sens. Quasi catchy, dirais-je même : du genre à me rester vissé dans un coin de ma tête, comme un parasite. Jouissif comme une plaie qu'on gratte. Mangez-en.
Maggot Heart, c'est : Linnea Ollson – chant & guitare | Olivia Airey – basse | Uno Bruniusson – batterie.
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