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    <title>doomgaze &amp;mdash; CORAXIO : MOSTLY HEAVY</title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/coraxio-mostly-heavy/tag:doomgaze</link>
    <description>carnets rock, heavy, psych, doom, prog, retro, punk, garage, soul, rhythm &amp; blues, et cætera.</description>
    <pubDate>Sat, 22 Aug 2026 12:34:55 +0200</pubDate>
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      <title>Bank Myna, EIMURIA (2025)</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/coraxio-mostly-heavy/bank-myna-eimuria-2025</link>
      <description>&lt;![CDATA[la pochette de l&#39;album EIMURIA, de Bank Myna : un collage réalisé par Ramona Zordini. Un visage féminin, les yeux clos et la bouche entrouverte, tenu par deux mains. Difficile de savoir si ces mains serrent ou caressent le visage. Le même visage est reproduit plusieurs fois, avec une orientation différente, sur différentes couches de papier déchiré et froissé, de couleur ardoise ou sépia.&#xA;&#xA;iframe style=&#34;border: 0; width: 100%; height: 307px;&#34; src=&#34;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1409864232/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=none/transparent=true/&#34; seamlessa href=&#34;https://bankmyna.bandcamp.com/album/eimuria&#34;EIMURIA by Bank Myna/a/iframe&#xA;&#xA;  &#34;Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar&#34;&#xA;&#xA;Camille Claudel à Eugène Blot, Asile de Montdevergues&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Pour bibi, la rencontre avec Bank Myna et EIMURIA, leur album de 2025, se fait en Île-de-France via la Caroline du Nord... Je n&#39;avais encore jamais jamais fait gaffe à ce quatuor parisien pourtant actif depuis 2016 jusqu&#39;à ce que je me balade sur le site de Scott Spiers, Clean and Sober Stoner, un pilier de la communauté des blogueurs heavy outre-atlantique, et que je tombe sur une brève qui encensait le nouveau LP de nos post-rockers. Non seulement je me suis magné de l&#39;écouter, mais kipluzé les larron·es jouaient en concert à trois pas de chez moi deux semaines plus tard. Ticket, please. Ca s&#39;appellerait pas la sérendipité, ça, les p&#39;tit·es potes ? &#xA;&#xA;Spoiler alert : Mr. Spiers a raison d&#39;être enthousiaste. EIMURIA vous offre 48 minutes de post-rock ténébreux et ample - le versant calme du post-rock, plus proche du drone et de l&#39;ambient que des compositions nerveuses et anguleuses. (J&#39;en ai profité pour découvrir le terme slowcore, comme quoi on en finit jamais d&#39;apprendre des nouveaux trucs, youpi. Si vozigue aussi étiez dans l&#39;ignorance à ce sujet, je vous laisse écluser un godet à la même fontaine de sapience que wam, on sera à égalité)&#xA;Comme des cieux d&#39;orage, de vastes nappes de son se gonflent et éclatent en riffs doom bien saturés et batterie tonnante. &#34;Éclate&#34; pourrait faire penser à quelque chose de soudain, mais ici tout est lent, tout est inéluctable. L&#39;orage pré-cité est déjà là depuis longtemps et il ne repartira plus, il gronde toujours, dans le fond ou au premier plan. Tout juste y aura t-il quelques accalmies, quelques éclaircies, des instants de lumière qui ne feront que renforcer la profonde noirceur de l&#39;album, musicale et thématique. &#xA;Le son est étonnament chaleureux : pas volcanique mais plutôt chaud comme des braises qui couvent, et s&#39;éteignent peu à peu. Béhoui, il se trouve qu&#39;&#34;EIMURIA&#34; signifie &#34;braises&#34; en ancien allemand. On est plongé dans une ambiance intime, intérieure -&#34;padded atmosphere&#34;, comme il est chanté sur The Other Faceless Me : une atmosphère capitonnée, comme la cellule du même nom- mais spacieuse en même temps, grâce à la reverb, au delay, et à un chic pour les notes qui s&#39;étirent et qui respirent, et pour les silences qui comptent.&#xA;L&#39;impression que ça me donne, c&#39;est celle d&#39;un paysage mental plus que d&#39;un espace physique, avec des tensions régulières entre le désir d&#39;envolée et l&#39;appel du vide, le confort et l&#39;enfermement...&#xA;Le coeur de l&#39;album a été enregistré en live en studio, même si ça n&#39;a pas été le cas pour un certain nombre d&#39;arrangements. Au-delà du goût que mon côté rockiste a pour ce genre de méthode, cela contribue à mon sens à cette atmosphère très immersive et très authentique, qui est de toute façon merveilleusement restituée en concert par les artistes, avec encore un surcroît d&#39;intimité. En live Bank Myna incarne successivement, et même simultanément, l&#39;éléphant et le magasin de porcelaine, sans péter une seule tasse. La classe.&#xA;Basse et guitare, parfois jouées à l&#39;archet ou de manière percussive, à l&#39;aide de p&#39;tites mailloches, batterie, violon, synthé : iels sont tou·tes excellent·es, habité·es et créatif·ves mais tout en délicatesse malgré le gros son, avec une sobriété qui ne se met jamais en travers de l&#39;émotion. Et rarement l&#39;adjectif &#34;hanté&#34; s&#39;est aussi bien appliqué à une voix qu&#39;à celle de la chanteuse Maud Haribet, qui passe avec fluidité du murmure au cri, de la détresse à la menace jusqu&#39;à la résignation. Bref, c&#39;est du velours.&#xA;Et mention doit être faite de la sublime oeuvre de Ramona Zordini qui illustre la pochette, ainsi que de l&#39;artwork de l&#39;insert dessiné par Harribey elle-même : musique, paroles, illustrations participent toutes d&#39;une même vision riche et cohérente.&#xA;&#xA;Pour ce qui est du thème : la noirceur d&#39;EIMURIA est loin d&#39;un imaginaire fantaisiste ou horrifique classique : diable il y a, certes, mais ce diable-là est un double, une ombre impalpable et sans visage, la moitié irréconciliable (ou irréconciliée, selon votre optimisme) d&#39;une psyché fracturée, qui menace de consumer peu à peu la santé mentale de la narratrice...Jusqu&#39;au vide, jusqu&#39;au néant et aux ténèbres absolues. Un genre de Horla sous stéroïdes. On fait difficilement plus doom : c&#39;est la folie qui est le fil conducteur du LP. Bank Myna s&#39;est inspiré des vies et œuvres d&#39;Alejandra Pizarnik et de Camille Claudel, deux artistes ayant souffert de graves problèmes psy ; les musicien·nes ont parlé en interview du refoulement, et de l&#39;acceptation de toutes les parts de soi-même, toutes les émotions qu&#39;on porte, y compris les plus sombres. Accrochez-vous, vous allez avoir droit à une mince de catharsis. &#xA;&#xA;Autant je suis peu familier avec Pizarnik, qui n&#39;est plus éditée que marginalement depuis quelques années, autant Claudel je connais et j&#39;admire, et je suis bien au parfum de sa descente aux enfers.&#xA;Camille Claudel, c&#39;est un talent colossal, développé en partie dans l&#39;atelier du &#34;maître&#34; Auguste Rodin ; elle a une liaison passionnée avec lui qui est de 24 ans son aîné… Lui bien sûr ne veut pas se séparer pour autant de Rose Beuret, sa compagne depuis 20 ans, pour les bozieux de sa jeune amante : triste et sale banalité de vieux baltringue dominant, dynamiques de pouvoir assymétriques bien blèches comme il faut. Leur relation amoureuse s&#39;achève en 1892, année où Camille Claudel avorte clandestinement : Rodin ne voulait pas plus reconnaître l&#39;enfant à venir que lâcher Rose pour épouser Camille.&#xA;En s&#39;affranchissant de Rodin elle va rencontrer des temps difficiles : elle dépendait financièrement de lui, et elle ne bénéficie plus de l&#39;aura du maître… et être une femme artiste à la fin du XIXe siècle, c&#39;est coton, d&#39;autant que son art est assez peu préoccupé de la morale bourgeoise... La santé mentale de Claudel va se dégrader au début du XXe siècle : elle vit en recluse et pense que Rodin la persécute et mène une cabale d&#39;ennemis contre elle, et elle détruit même ses propres oeuvres dans son atelier en 1912... En 1913, elle est internée en hôpital psychiatrique par sa famille, qui demande à ce que soient restreinte ses visites et sa correspondance : surtout pas de scandale ! Elle restera internée pendant 30 balais, et y mourra misérablement. Contrairement à Rodin qui entre leur rupture et sa propre mort en 1917 essaiera réguliérement et discrétement d&#39;aider Camille, sa famille de petits bourgeois dégueulasses sera bien contente de la laisser moisir dans son trou.&#xA;&#xA;J&#39;ai pris une plombe pour vous raconter tout ça principalement à cause de L&#39;Implorante, ultime morceau du LP. L&#39;Implorante, c&#39;est d&#39;abord une sculpture de Claudel extrêmement autobiographique : jetez y un oeil, puis une oreille attentive vers les paroles du morceau.&#xA;Il me semble que la plupart des esgourdes critiques vont être attirées par le sinueux et progressif Burn All the Edges, qui est un petit tour de force, changeant plusieurs fois de forme au fil de ses 9 minutes sans jamais me perdre, et permettant à Harribey de déployer toutes les nuances de sa palette vocale. Mais le crépusculaire et feutré The Other Faceless Me, et le dyptique No Ocean of Thoughts/The Shadowed Body, écrasant, desespéré et terrifiant, méritent tout autant l&#39;attention. Pour autant, L&#39;Implorante est le plus déchirant des 5 morceaux d&#39;EIMURIA, et sa beauté cruelle, bien ancrée dans le réel, est sublime : un parfait final. Est-ce in medias res ou bien un regard rétrospectif sur le moment où tout a basculé ? De toute façon la bataille contre l&#39;inéluctable est déjà perdue. Le temps ne se figera pas, qu&#39;importe les prières et les supplications. Tout change après, en pire. &#xA;J&#39;ai parlé plus haut d&#39;éclaircies et d&#39;instants de lumière : ils ne sont à mon sens ni nombreux ni explicites dans les paroles. Ça en dit peut-être plus sur moi que sur les artistes, mais je trouve qu&#39;iels peignent bien plus et bien mieux l&#39;aliénation que l&#39;acceptation. Sans complaisance, sans misérabilisme, sans romantisme, sans clichés, mais avec empathie et lyrisme. Et musicalement l&#39;album n&#39;est jamais asphyxiant comme peut l&#39;être un doom-sludge craspouille : il y a plein d&#39;endroits où respirer, des envolées des pauses et des intonations qui se prêtent si on le désire à l&#39;injection d&#39;espoir au coeur de la tourmente. &#xA;&#xA;J&#39;ai entendu Bank Myna causer des carcans sociaux et de la nécessité de s&#39;en libérer, avec comme hypothèse : Pizarnik et Claudel ont été bouffées, peut-être s&#39;en seraient-elles mieux tirées en l&#39;an de grâce 2026, où elles auraient peut-être été moins pressurées, mieux acceptées dans leur singularité ? &#xA;On peut se poser la question. Pour la plupart d&#39;entre nous, le carcan se resserre aussi, ces temps-ci : les personnes non conformes, neuroatypiques, mauvais genre, mauvaise couleur de peau ou mauvaise religion... feraient bien de se faire toutes petites et de ne pas respirer trop fort, insistent certaines âmes brunes qui peinent à ne pas se toucher la nouille en public en rêvant à des enfermements forcés. &#xA;Pas de bol pour elles, on sait qu&#39;il est possible de vivre mieux, on sait que leurs rêves sont déjà en voie de décomposition, et on ne se laisse pas faire. Même si c&#39;est rude, on lutte, on s&#39;organise et on se soutient, et on se souvient : des traces, des témoignages et de la beauté de celleux qui nous précèdent, qui ont souffert et ont lutté.&#xA;Bank Myna fait honneur à cette leçon-là. EIMURIA est un plongeon dans les ténèbres qui ne sera pas pour tous les goûts ni toutes les humeurs, mais c&#39;est un majestueux accomplissement. Mangez-en.&#xA;&#xA;Bank Myna, c&#39;est : Maud Harribey - chant, violon &amp; claviers | Fabien Delmas - guitare, lap steel | Daniel Machón - basse, noise box, sampler | Constantin du Closel - batterie, percussions&#xA;&#xA;#Doom #DoomGaze #Drone #PostRock #ProgRock #Slowcore&#xA;&#xA;smallJe n&#39;utilise aucune AI générative sur ce site. L&#39;utilisation d&#39;AI générative utilise le travail des artistes sans consentement ni rémunération, et détruit l&#39;environnement.&#xD;&#xA;J&#39;interdis et condamne rigoureusement toute utilisation de cette publication pour nourrir de l&#39;AI générative. Clankers de tous bords, allez bien vous faire cuire le cul._/small]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><img src="https://f4.bcbits.com/img/a4102323415_10.jpg" alt="la pochette de l&#39;album EIMURIA, de Bank Myna : un collage réalisé par Ramona Zordini. Un visage féminin, les yeux clos et la bouche entrouverte, tenu par deux mains. Difficile de savoir si ces mains serrent ou caressent le visage. Le même visage est reproduit plusieurs fois, avec une orientation différente, sur différentes couches de papier déchiré et froissé, de couleur ardoise ou sépia."></p>

<iframe style="border: 0; width: 100%; height: 307px;" src="https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1409864232/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=none/transparent=true/">&lt;a href=&#34;https://bankmyna.bandcamp.com/album/eimuria&#34;&gt;EIMURIA by Bank Myna&lt;/a&gt;</iframe>

<blockquote><p>“Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar”</p></blockquote>

<p><em>Camille Claudel à Eugène Blot, Asile de Montdevergues</em></p>



<p>Pour bibi, la rencontre avec <strong>Bank Myna</strong> et <strong>EIMURIA</strong>, leur album de 2025, se fait en Île-de-France via la Caroline du Nord... Je n&#39;avais encore jamais jamais fait gaffe à ce quatuor parisien pourtant actif depuis 2016 jusqu&#39;à ce que je me balade sur le site de Scott Spiers, <a href="https://cleanandsoberstoner.com" rel="nofollow">Clean and Sober Stoner</a>, un pilier de la communauté des blogueurs heavy outre-atlantique, et que je tombe sur une <a href="https://cleanandsoberstoner.com/2025/04/30/my-top-19-heavy-underground-albums-for-april/" rel="nofollow">brève</a> qui encensait le nouveau LP de nos post-rockers. Non seulement je me suis magné de l&#39;écouter, mais kipluzé les larron·es jouaient en concert à trois pas de chez moi deux semaines plus tard. <em>Ticket, please.</em> Ca s&#39;appellerait pas la sérendipité, ça, les p&#39;tit·es potes ?</p>

<p><em>Spoiler alert :</em> Mr. Spiers a raison d&#39;être enthousiaste. <strong>EIMURIA</strong> vous offre 48 minutes de post-rock ténébreux et ample – le versant calme du post-rock, plus proche du drone et de l&#39;ambient que des compositions nerveuses et anguleuses. (J&#39;en ai profité pour découvrir le terme <em>slowcore</em>, comme quoi on en finit jamais d&#39;apprendre des nouveaux trucs, youpi. Si vozigue aussi étiez dans l&#39;ignorance à ce sujet, je vous laisse écluser un godet à la même <a href="https://en.wikpedia.org/wiki/Slowcore" rel="nofollow">fontaine de sapience</a> que wam, on sera à égalité)
Comme des cieux d&#39;orage, de vastes nappes de son se gonflent et éclatent en riffs doom bien saturés et batterie tonnante. “Éclate” pourrait faire penser à quelque chose de soudain, mais ici tout est lent, tout est inéluctable. L&#39;orage pré-cité est déjà là depuis longtemps et il ne repartira plus, il gronde toujours, dans le fond ou au premier plan. Tout juste y aura t-il quelques accalmies, quelques éclaircies, des instants de lumière qui ne feront que renforcer la profonde noirceur de l&#39;album, musicale et thématique.
Le son est étonnament chaleureux : pas volcanique mais plutôt chaud comme des braises qui couvent, et s&#39;éteignent peu à peu. Béhoui, il se trouve qu&#39;<em>“EIMURIA”</em> signifie “braises” en ancien allemand. On est plongé dans une ambiance intime, intérieure -<em>“padded atmosphere”</em>, comme il est chanté sur <strong>The Other Faceless Me</strong> : une atmosphère capitonnée, comme la cellule du même nom- mais spacieuse en même temps, grâce à la reverb, au delay, et à un chic pour les notes qui s&#39;étirent et qui respirent, et pour les silences qui comptent.
L&#39;impression que ça me donne, c&#39;est celle d&#39;un paysage mental plus que d&#39;un espace physique, avec des tensions régulières entre le désir d&#39;envolée et l&#39;appel du vide, le confort et l&#39;enfermement...
Le coeur de l&#39;album a été enregistré en live en studio, même si ça n&#39;a pas été le cas pour un certain nombre d&#39;arrangements. Au-delà du goût que mon côté <em>rockiste</em> a pour ce genre de méthode, cela contribue à mon sens à cette atmosphère très immersive et très authentique, qui est de toute façon merveilleusement restituée en concert par les artistes, avec encore un surcroît d&#39;intimité. En live Bank Myna incarne successivement, et même simultanément, l&#39;éléphant et le magasin de porcelaine, sans péter une seule tasse. La classe.
Basse et guitare, parfois jouées à l&#39;archet ou de manière percussive, à l&#39;aide de p&#39;tites mailloches, batterie, violon, synthé : iels sont tou·tes excellent·es, habité·es et créatif·ves mais tout en délicatesse malgré le gros son, avec une sobriété qui ne se met jamais en travers de l&#39;émotion. Et rarement l&#39;adjectif “hanté” s&#39;est aussi bien appliqué à une voix qu&#39;à celle de la chanteuse Maud Haribet, qui passe avec fluidité du murmure au cri, de la détresse à la menace jusqu&#39;à la résignation. Bref, c&#39;est du velours.
Et mention doit être faite de la sublime oeuvre de Ramona Zordini qui illustre la pochette, ainsi que de l&#39;artwork de l&#39;insert dessiné par Harribey elle-même : musique, paroles, illustrations participent toutes d&#39;une même vision riche et cohérente.</p>

<p>Pour ce qui est du thème : la noirceur d&#39;<strong>EIMURIA</strong> est loin d&#39;un imaginaire fantaisiste ou horrifique classique : diable il y a, certes, mais ce diable-là est un double, une ombre impalpable et sans visage, la moitié irréconciliable (ou irréconciliée, selon votre optimisme) d&#39;une psyché fracturée, qui menace de consumer peu à peu la santé mentale de la narratrice...Jusqu&#39;au vide, jusqu&#39;au néant et aux ténèbres absolues. Un genre de Horla sous stéroïdes. On fait difficilement plus doom : c&#39;est la folie qui est le fil conducteur du LP. Bank Myna s&#39;est inspiré des vies et œuvres d&#39;Alejandra Pizarnik et de Camille Claudel, deux artistes ayant souffert de graves problèmes psy ; les musicien·nes ont parlé en interview du refoulement, et de l&#39;acceptation de toutes les parts de soi-même, toutes les émotions qu&#39;on porte, y compris les plus sombres. Accrochez-vous, vous allez avoir droit à une mince de catharsis.</p>

<p>Autant je suis peu familier avec Pizarnik, qui n&#39;est plus éditée que marginalement depuis quelques années, autant Claudel je connais et j&#39;admire, et je suis bien au parfum de sa descente aux enfers.
Camille Claudel, c&#39;est un talent colossal, développé en partie dans l&#39;atelier du “maître” Auguste Rodin ; elle a une liaison passionnée avec lui qui est de 24 ans son aîné… Lui bien sûr ne veut pas se séparer pour autant de Rose Beuret, sa compagne depuis 20 ans, pour les bozieux de sa jeune amante : triste et sale banalité de vieux baltringue dominant, dynamiques de pouvoir assymétriques bien blèches comme il faut. Leur relation amoureuse s&#39;achève en 1892, année où Camille Claudel avorte clandestinement : Rodin ne voulait pas plus reconnaître l&#39;enfant à venir que lâcher Rose pour épouser Camille.
En s&#39;affranchissant de Rodin elle va rencontrer des temps difficiles : elle dépendait financièrement de lui, et elle ne bénéficie plus de l&#39;aura du maître… et être une femme artiste à la fin du XIXe siècle, c&#39;est coton, d&#39;autant que son art est assez peu préoccupé de la morale bourgeoise... La santé mentale de Claudel va se dégrader au début du XXe siècle : elle vit en recluse et pense que Rodin la persécute et mène une cabale d&#39;ennemis contre elle, et elle détruit même ses propres oeuvres dans son atelier en 1912... En 1913, elle est internée en hôpital psychiatrique par sa famille, qui demande à ce que soient restreinte ses visites et sa correspondance : surtout pas de scandale ! Elle restera internée pendant 30 balais, et y mourra misérablement. Contrairement à Rodin qui entre leur rupture et sa propre mort en 1917 essaiera réguliérement et discrétement d&#39;aider Camille, sa famille de petits bourgeois dégueulasses sera bien contente de la laisser moisir dans son trou.</p>

<p>J&#39;ai pris une plombe pour vous raconter tout ça principalement à cause de <strong>L&#39;Implorante</strong>, ultime morceau du LP. L&#39;Implorante, c&#39;est d&#39;abord une <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Implorante" rel="nofollow">sculpture</a> de Claudel extrêmement autobiographique : jetez y un oeil, puis une oreille attentive vers les paroles du morceau.
Il me semble que la plupart des esgourdes critiques vont être attirées par le sinueux et progressif <em><strong>Burn All the Edges</strong></em>, qui est un petit tour de force, changeant plusieurs fois de forme au fil de ses 9 minutes sans jamais me perdre, et permettant à Harribey de déployer toutes les nuances de sa palette vocale. Mais le crépusculaire et feutré <strong>The Other Faceless Me</strong>, et le dyptique <strong>No Ocean of Thoughts/The Shadowed Body</strong>, écrasant, desespéré et terrifiant, méritent tout autant l&#39;attention. Pour autant, <strong>L&#39;Implorante</strong> est le plus déchirant des 5 morceaux d&#39;<strong>EIMURIA</strong>, et sa beauté cruelle, bien ancrée dans le réel, est sublime : un parfait final. Est-ce <em>in medias res</em> ou bien un regard rétrospectif sur le moment où tout a basculé ? De toute façon la bataille contre l&#39;inéluctable est déjà perdue. Le temps ne se figera pas, qu&#39;importe les prières et les supplications. Tout change après, en pire.
J&#39;ai parlé plus haut d&#39;éclaircies et d&#39;instants de lumière : ils ne sont à mon sens ni nombreux ni explicites dans les paroles. Ça en dit peut-être plus sur moi que sur les artistes, mais je trouve qu&#39;iels peignent bien plus et bien mieux l&#39;aliénation que l&#39;acceptation. Sans complaisance, sans misérabilisme, sans romantisme, sans clichés, mais avec empathie et lyrisme. Et musicalement l&#39;album n&#39;est jamais asphyxiant comme peut l&#39;être un doom-sludge craspouille : il y a plein d&#39;endroits où respirer, des envolées des pauses et des intonations qui se prêtent si on le désire à l&#39;injection d&#39;espoir au coeur de la tourmente.</p>

<p>J&#39;ai entendu Bank Myna causer des carcans sociaux et de la nécessité de s&#39;en libérer, avec comme hypothèse : Pizarnik et Claudel ont été bouffées, peut-être s&#39;en seraient-elles mieux tirées en l&#39;an de grâce 2026, où elles auraient peut-être été moins pressurées, mieux acceptées dans leur singularité ?
On peut se poser la question. Pour la plupart d&#39;entre nous, le carcan se resserre aussi, ces temps-ci : les personnes non conformes, neuroatypiques, mauvais genre, mauvaise couleur de peau ou mauvaise religion... feraient bien de se faire toutes petites et de ne pas respirer trop fort, insistent certaines âmes brunes qui peinent à ne pas se toucher la nouille en public en rêvant à des enfermements forcés.
Pas de bol pour elles, on sait qu&#39;il est possible de vivre mieux, on sait que leurs rêves sont déjà en voie de décomposition, et on ne se laisse pas faire. Même si c&#39;est rude, on lutte, on s&#39;organise et on se soutient, et on se souvient : des traces, des témoignages et de la beauté de celleux qui nous précèdent, qui ont souffert et ont lutté.
Bank Myna fait honneur à cette leçon-là. <strong>EIMURIA</strong> est un plongeon dans les ténèbres qui ne sera pas pour tous les goûts ni toutes les humeurs, mais c&#39;est un majestueux accomplissement. Mangez-en.</p>

<p><em><strong>Bank Myna</strong>, c&#39;est : Maud Harribey – chant, violon &amp; claviers | Fabien Delmas – guitare, lap steel | Daniel Machón – basse, noise box, sampler | Constantin du Closel – batterie, percussions</em></p>

<p><a href="/coraxio-mostly-heavy/tag:Doom" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Doom</span></a> <a href="/coraxio-mostly-heavy/tag:DoomGaze" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">DoomGaze</span></a> <a href="/coraxio-mostly-heavy/tag:Drone" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Drone</span></a> <a href="/coraxio-mostly-heavy/tag:PostRock" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">PostRock</span></a> <a href="/coraxio-mostly-heavy/tag:ProgRock" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">ProgRock</span></a> <a href="/coraxio-mostly-heavy/tag:Slowcore" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Slowcore</span></a></p>

<p><small><em>Je n&#39;utilise aucune AI générative sur ce site. L&#39;utilisation d&#39;AI générative utilise le travail des artistes sans consentement ni rémunération, et détruit l&#39;environnement.</em>
<em>J&#39;interdis et condamne rigoureusement toute utilisation de cette publication pour nourrir de l&#39;AI générative. Clankers de tous bords, allez bien vous faire cuire le cul.</em></small></p>
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      <pubDate>Wed, 19 Aug 2026 09:40:31 +0200</pubDate>
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