Renée Lertzman, la psychologue du climat
J'ai mis un peu de temps à l'admettre, mais savoir ne suffit pas pour changer ses comportements. Pourtant j'aurais du m'en douter. Les personnes qui fument savent que ça n'est pas super bon pour la santé. Je sais que je devrais manger moins de chocolat et me coucher moins tard. Et je ne le fais pas. Et donc former et informer ne suffira pas à faire passer le monde à l'action pour le climat.
J'ai cherché des réponses qui seraient appuyées par les sciences sur comment faire autrement. J'ai beaucoup cherché, et j'ai eu du mal à trouver des choses convaincantes.
Et j'ai alors découvert Renee Lertzman et j'ai enfin pu tirer le fil d'une pelote très prometteuse !
Renee Lertzman et la psychologie pour l'environnement.
Renee Lertzman a un doctorat en psychologie, mais elle a suivi un double cursus biologie et psychologie. Aujourd'hui, elle accompagne des institutions pour mener des campagnes qui font changer les comportements des personnes, pour de vrai.
Le Projet Inside Out (PIO)
Renee Lertzman est à l'origine du projet Inside Out. J'ai dévoré le site de ce projet car on y trouve beaucoup de ressources sur comment embarquer les gens en ayant un leadership bienveillant. En plus le graphisme est splendide.
En explorant le site, les ressources associées, les podcasts, les tedx, j'ai découvert qu'il y avait une autre approche pour aider les gens à changer. Une approche qui s'appuie sur le concept d'ambivalence.
Aider les gens à changer de comportement
Critique de l'approche classique
Dans les différentes ressources que j'ai lues, Renee Lertzman critique l'approche classique dans laquelle :
- On explique les faits, (les gens ne changent pas parce qu'ils n'ont pas compris).
- On culpabilise les gens et on cherche à leur faire peur.
- Ou bien on joue aux cheerleaders en expliquant à quel point c'est génial et facile de changer.
Et ces approches sont en fait contre productives.
L'approche issue de la psychologie
Selon Renee Lertzman, on se trompe de constat. Le problème n'est pas que les gens ne savent pas, ou n'ont pas assez peur.
Les gens (nous en fait) sont en fait majoritairement super inquiets du réchauffement climatique. Mais en même temps, ils sont inquiets de ce qu'ils risquent de perdre à changer.
Ils sont pris dans une ambivalence :
- Je voudrais arrêter de polluer mais comment arrêter de voyager si je suis convaincue qu'il n'y a que ça qui me rend heureuse ?
- Je vois bien que la croissance économique pose un problème à la planète. Mais quelle alternative à la croissance pour conserver un état social ?
L'ambivalence est normale, elle est humaine, et elle fait partie du processus du changement.
Le problème, c'est que quand on nous confronte (on nous dit de quoi on doit avoir peur, et pourquoi on a tort de ne pas changer, et ce qu'on devrait faire), en général, ça nous donne encore moins envie de changer.
Changer de rôle pour accompagner le changement
Renee conseille de changer de rôle. Elle nous dit d'arrêter de prendre le rôle :
- du juge, qui dit le bien ou le mal,
- du cheerleader qui dit que c'est facile de changer (c'est pas si dur de prendre son vélo, c'est même absolument génial et je ne vois aucun inconvénient et tout le monde devrait le faire).
- ni d'expert·e en solution qui dit quoi faire.
Mais de prendre un rôle de guide.
Pour développer ce concept de guide, Renee s'est beaucoup appuyée sur les travaux des psychologues du courant de l'entretien motivationnel. Ce sont des psychologues qui ont travaillé sur les addictions et sur comment aider les gens à changer de comportement. Dans cette manière de faire, le thérapeute propose une écoute active et aide la personne à oser explorer ses motivations et ses moyens de changer. Mais le thérapeute ne confronte pas, et il ne donne pas non plus les solutions, puisqu'il est moins expert que la personne sur ce qu'elle peut réellement faire.
Conclusion
Faut-il une conclusion à tout article ? J'avais écrit une première version de cet article il y a 2 ans, sur un autre blog. J'étais tellement contente d'avoir enfin trouvé une piste à remonter pour comprendre le changement de comportement.
Deux ans plus tard, je suis toujours sur la même piste. J'ai essayé de mettre un peu de ce que j'ai appris dans les elearning que j'ai écrits avec WeNow. Je viens de finir un manuel sur l'entretien motivationnel (très orienté thérapie) et je vois mille ponts à faire avec la formation et le militantisme. J'ai essayé de contacter Renee Lertzman, elle ne m'a jamais répondu. Je pense qu'elle traite avec les puissant·es de ce monde, et je n'en fais pas partie. Ça m'a un peu déçue, mais je peux le comprendre 🙂.
La prochaine étape pour moi sera de me former, ou au moins d'essayer de pratiquer l'entretien motivationnel en tant que pratique délibérée. Et de partager ici, ou sur mon blog pro, les ressources que je peux construire ou trouver 🙂.
Ressources pour aller plus loin
- Le site du projet Inside Out : projectinsideout.net
- Un livre de référence sur l'entretien motivationnel : L'entretien motivationnel – 3e éd. : Aider la personne à engager et réaliser le changement.
- Le ted-talk de Renee Lertzman.