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    <title>Psycho &amp;mdash; Depuis les Gorces</title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tag:Psycho</link>
    <description>Depuis les Gorces</description>
    <pubDate>Thu, 16 Apr 2026 04:02:00 +0200</pubDate>
    <item>
      <title>Grossophobie</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/grossophobie</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Je suis née dans une famille grossophobe dans une société grossophobe. Je ne suis pas grosse aux yeux de la société, mais je vis, comme la majorité des femmes, avec cette culpabilité de ne pas être assez mince. Et avec l&#39;injonction contradictoire dans ma famille d&#39;intellos qu&#39;il ne faudrait pas accorder d&#39;importance au physique, car ça n&#39;est pas ce qui compte.&#xA;&#xA;Depuis 20 ans, j&#39;ai compris beaucoup de choses, et récemment encore plus. Maintenant, j&#39;ai envie de partager ! &#xA;!--more--&#xA;J&#39;ai découvert la grossophobie&#xA;J&#39;ai pris conscience de ce jugement sur le poids de toustes, enfin surtout des femmes vers 25 - 30 ans, grâce à Twitter. J&#39;y suivais des comptes de femmes grosses qui racontaient leurs vies, et j&#39;ai progressivement ouvert les yeux et compris des trucs. &#xA;&#xA;Je me rappelle lire de nombreux témoignages de femmes découvrant les albums photos de leur enfance, à une époque où on leur reprochait déjà leur poids (médecin et/ou famille), alors qu&#39;elles n&#39;étaient pas du tout grosses. Elles partageaient leurs photos. Elles étaient peut être juste un tout petit peu plus rondes, peut-être avec des bonnes joues, mais franchement, pas grosses. Mais l&#39;angoisse familiale et médicale qu&#39;elles deviennent grosses leur étaient déjà tombé dessus, avec les injonctions à faire attention. Et j&#39;ai compris que souvent c&#39;était ce contexte, cette attention permanente portée au poids qui transforme un je ne sais quoi de l&#39;adolescence en trouble du comportement alimentaire. &#xA;&#xA;Je me rappelle découvrir les conséquences sur leurs vies de la grossophobie. Comment les médecins les soignent moins bien puisque de toutes façons, tous leurs problèmes doivent être liés à leur poids (spoiler : il y a beaucoup trop d&#39;histoires d&#39;erreurs médicales associées à leurs histoires). Comment les gens de la rue, leurs « ami·es » se permettent des commentaires et des conseils sur leurs poids et sur leurs habitudes alimentaires. Ces médecins qui conseillent à des femmes grosses d&#39;arrêter d&#39;aller au fast-food, sans savoir que ces femmes n&#39;y vont jamais. J&#39;ai découvert que nombre de ces femmes essayaient de ne jamais manger en public pour moins se sentir jugées. &#xA;&#xA;Et enfin, j&#39;ai découvert qu&#39;une remarque qui me semblait anodine à moi, femme mince née dans une famille et une société grossophobe, était en fait violente et débile. C&#39;est le compliment : « oh tu as perdu du poids, ça te va bien » et toutes les autres remarques sur la perte de poids. On veut faire plaisir, et on ramène l&#39;autre à son poids, en lui signalant que dans notre société il y a un bon poids, et un mauvais. On le félicite peut-être pour un régime qui a de grandes chances de terminer avec un effet rebond et que la personne reprenne davantage de poids, et soit tentée de recommencer un régime encore plus drastique, qui fera un rebond encore plus haut. Et c&#39;est comme ça qu&#39;on passe de joues rondes à une obésité forte. Et puis surtout, une perte de poids c&#39;est souvent associé à du mal-être ou à une maladie. J&#39;ai en tête cette personne qui a perdu du poids, s&#39;en est réjouie. Comme par chance elle n&#39;était pas obèse au départ, son médecin a demandé un check-up santé. Elle avait déclenché du diabète et sa santé était en danger. J&#39;ai lu plusieurs témoignages de femmes qui avaient été complimentées sur leur prise de poids alors que c&#39;était lié à de la maladie ou à de la dépression. &#xA;&#xA;Un super reportage sur Arte&#xA;Je me rappelle qu&#39;on m&#39;avait conseillé sur Twitter (à l&#39;époque où ça n&#39;était pas un empire nazi) un documentaire qui avait beaucoup bousculé mes convictions.  Il était en accès libre à l&#39;époque, aujourd&#39;hui il est disponible en VOD. &#xA;&#xA;a href=&#34;https://boutique.arte.tv/detail/onachevebienlesgros?srsltid=AfmBOopyvWK0cdbB2--n-Ea72A0yQrwGF2bGs63LrHXuDsYMBvH8uQhX&#34; Lien vers le documentaire « On achève bien les gros »/a&#xA;&#xA;iframe width=&#34;560&#34; height=&#34;315&#34; src=&#34;https://www.youtube.com/embed/GaH2ZhRigg?si=zlIvQPT1kz8zFc1&#34; title=&#34;YouTube video player&#34; frameborder=&#34;0&#34; allow=&#34;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#34; referrerpolicy=&#34;strict-origin-when-cross-origin&#34; allowfullscreen/iframe&#xA;&#xA;Je me rappelle avoir compris avec ce documentaire que le surpoids c&#39;est bien plus compliqué que « juste une mauvaise alimentation de quelqu&#39;une qui ne fait pas attention » comme la société, ma famille, me l&#39;avait fait croire. &#xA;&#xA;Après ce documentaire, j&#39;ai essayé de faire très attention pour ne plus être grossophobe dans mes actions et dans mes paroles. Et j&#39;ai continué à lire pour être mieux informée. Pour autant, je n&#39;ai pas réussi à diminuer le jugement que j&#39;ai envers moi. &#xA;&#xA;Un roman génial &#xA;10 ans plus tard, c&#39;est sur Mastodon que je découvre une recommandation de lecture en lien avec la grossophobie : a href=&#34;https://markarayner.com/the-fatness/&#34;« The Fatness&amp;nbsp;»/a. Je suivais depuis un certain temps son auteur a href=&#34;https://mas.to/@markarayner&#34;Mark A Rayner/a, et je recherchais une lecture d&#39;été. J&#39;ai dévoré le livre qui est un roman très bien ficelé et plutôt drôle alors qu&#39;il présente une dystopie terriblement réaliste. &#xA;&#xA;img src=&#34;https://markarayner.com/wp-content/uploads/2017/08/thefatness-frontonly2-395x600.jpg&#34;&#xA;&#xA;J&#39;ai adoré cette lecture. D&#39;abord parce qu&#39;elle m&#39;a vraiment distraite, j&#39;ai vraiment accroché à l&#39;histoire. Ensuite parce qu&#39;elle montre bien l&#39;absurde et la violence de la petite grossophobie ordinaire de nos sociétés. Si on va au bout du raisonnement, le monde que l&#39;on encourage est atroce. Enfin, parce que j&#39;ai appris plein de choses sur l&#39;aspect scientifique de l&#39;obésité : comment on devient obèse, comment les régimes fonctionnent (mal), l&#39;importance du sommeil et du stress, ... &#xA;&#xA;Mon seul regret : que ce livre ne soit pas disponible en français pour le recommander et l&#39;offrir en grand nombre ! &#xA;&#xA;Après la lecture de ce livre, j&#39;ai passé un cap. J&#39;ai décidé de ne plus laisser passer de paroles grossophobes autour de moi. &#xA;J&#39;étais récemment au bar avec une femme d&#39;un cinquantaine d&#39;année et une étudiante qu&#39;elle encadre. On parle de l&#39;été, et je fais une blague sur le fait qu&#39;il faudra manger, au moins des cacahuètes. La chercheuse, sur le ton du second degré, répond : « Oh bah non, on veut quand même pas que XXX prenne du poids cet été ». Avant la lecture de The Fatness, ça m&#39;aurait agacée, mais je n&#39;aurais rien répondu. Là j&#39;ai dit que c&#39;était une remarque grossophobe et que le poids de XXX ne nous regardait pas. Qu&#39;on n&#39;avait pas à avoir de jugement. Elle a été totalement surprise, et m&#39;a sincèrement dit qu&#39;elle ne croyait pas que je pouvais penser ce que je disais. Que ça ne serait pas un problème si XXX prenait du poids. Et là, elle a dit quelque chose qui m&#39;a vraiment choquée : « Est-ce que tu connais une chercheuse dans notre domaine qui soit grosse ? ». J&#39;ai rigolé en demandant si c&#39;était un des critères obscurs de sélection dans les comités ? Elle a dit « heureusement non »... Mais bon, après quelques échanges la conversation s&#39;est arrêtée et l&#39;étudiante m&#39;a remerciée d&#39;être intervenue. &#xA;&#xA;Un podcast sympa &#xA;Et je termine ce billet de blog par un podcast que m&#39;a recommandé récemment une amie sur un forum (oui, ma socialisation est majoritairement numérique 😆) : &#xA;&#xA;Vivons heureux avant la fin du monde, épisode : a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/mince-une-injonction&#34;« Mince une injonction » /a&#xA;&#xA;Dans ce podcast, Delphine Saltel démarre sur sa fille de 12 ans qui se trouve déjà trop grosse pour nous emmener dans une réflexion sur les injonctions à la maigreur de notre société. &#xA;&#xA;Elle interroge des chercheurs et des chercheuses, et nous fait comprendre un peu mieux les mécanismes psychologiques qui font qu&#39;on entend cette injonction... Avec cet épisode, on est un tout petit peu plus du côté des solutions que dans mes précédentes recommandations. Par exemple, à l&#39;échelle de la société, ça serait pas mal aidant qu&#39;on arrête de valoriser les maigres dans les publicités, dans les concours de miss et dans toutes les séries TV. Donnons tous les rôles aux gros, et pas juste le moche et méchant quand c&#39;est un homme et la grosse rigolotte et sympa quand c&#39;est une femme. &#xA;&#xA;Je faisais déjà un peu attention à la représentativité des personnes dans les visuels quand j&#39;en commandais pour des elearning, mais il va falloir que j&#39;y fasse encore plus attention. Je pense par exemple à une affiche faite pour les écolos (pas par moi) où on voyait une famille modèle toute mince. &#xA;&#xA;Conclusion&#xA;J&#39;écris sur un sujet qui me touche, mais où je suis plutôt du côté des oppresseurs étant une femme plutôt mince. J&#39;espère avoir réussi à ne pas être contre-productive dans cet écrit, en ne parlant pas à la place des personnes concernées en ramenant la couverture à moi 🫣. Je suis preneuse de tout feedback, ainsi que d&#39;autres références à partager, et des voix à faire entendre. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114958019044080313&#34; fil sur mastodon /a comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire ! &#xA;&#xA;#VendrediLecture #Grossophobie &#xA;Societe]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Je suis née dans une famille grossophobe dans une société grossophobe. Je ne suis pas grosse aux yeux de la société, mais je vis, comme la majorité des femmes, avec cette culpabilité de ne pas être assez mince. Et avec l&#39;injonction contradictoire dans ma famille d&#39;intellos qu&#39;il ne faudrait pas accorder d&#39;importance au physique, car ça n&#39;est pas ce qui compte.</em></p>

<p><em>Depuis 20 ans, j&#39;ai compris beaucoup de choses, et récemment encore plus. Maintenant, j&#39;ai envie de partager !</em>
</p>

<h2 id="j-ai-découvert-la-grossophobie" id="j-ai-découvert-la-grossophobie">J&#39;ai découvert la grossophobie</h2>

<p>J&#39;ai pris conscience de ce jugement sur le poids de toustes, enfin surtout des femmes vers 25 – 30 ans, grâce à Twitter. J&#39;y suivais des comptes de femmes grosses qui racontaient leurs vies, et j&#39;ai progressivement ouvert les yeux et compris des trucs.</p>

<p>Je me rappelle lire de nombreux témoignages de femmes découvrant les albums photos de leur enfance, à une époque où on leur reprochait déjà leur poids (médecin et/ou famille), alors qu&#39;elles n&#39;étaient pas du tout grosses. Elles partageaient leurs photos. Elles étaient peut être juste un tout petit peu plus rondes, peut-être avec des bonnes joues, mais franchement, pas grosses. Mais l&#39;angoisse familiale et médicale qu&#39;elles deviennent grosses leur étaient déjà tombé dessus, avec les injonctions à faire attention. Et j&#39;ai compris que souvent c&#39;était ce contexte, <strong>cette attention permanente portée au poids qui transforme un je ne sais quoi de l&#39;adolescence en trouble du comportement alimentaire</strong>.</p>

<p>Je me rappelle découvrir les <strong>conséquences sur leurs vies</strong> de la grossophobie. Comment les médecins les soignent moins bien puisque de toutes façons, tous leurs problèmes doivent être liés à leur poids (spoiler : il y a <em>beaucoup trop</em> d&#39;histoires d&#39;erreurs médicales associées à leurs histoires). Comment les gens de la rue, leurs « ami·es » se permettent des commentaires et des conseils sur leurs poids et sur leurs habitudes alimentaires. Ces médecins qui conseillent à des femmes grosses d&#39;arrêter d&#39;aller au fast-food, sans savoir que ces femmes n&#39;y vont jamais. J&#39;ai découvert que nombre de ces femmes essayaient de ne jamais manger en public pour moins se sentir jugées.</p>

<p>Et enfin, j&#39;ai découvert qu&#39;une remarque qui me semblait anodine à moi, femme mince née dans une famille et une société grossophobe, était en fait violente et débile. C&#39;est le compliment : « <em>oh tu as perdu du poids, ça te va bien</em> » et toutes les autres remarques sur la perte de poids. On veut faire plaisir, et on ramène l&#39;autre à son poids, en lui signalant que dans notre société il y a un bon poids, et un mauvais. On le félicite peut-être pour un régime qui a de grandes chances de terminer avec un effet rebond et que la personne reprenne davantage de poids, et soit tentée de recommencer un régime encore plus drastique, qui fera un rebond encore plus haut. Et c&#39;est comme ça qu&#39;on passe de joues rondes à une obésité forte. Et puis surtout, <strong>une perte de poids c&#39;est souvent associé à du mal-être ou à une maladie</strong>. J&#39;ai en tête cette personne qui a perdu du poids, s&#39;en est réjouie. Comme par chance elle n&#39;était pas obèse au départ, son médecin a demandé un check-up santé. Elle avait déclenché du diabète et sa santé était en danger. J&#39;ai lu plusieurs témoignages de femmes qui avaient été complimentées sur leur prise de poids alors que c&#39;était lié à de la maladie ou à de la dépression.</p>

<h2 id="un-super-reportage-sur-arte" id="un-super-reportage-sur-arte">Un super reportage sur Arte</h2>

<p>Je me rappelle qu&#39;on m&#39;avait conseillé sur Twitter (à l&#39;époque où ça n&#39;était pas un empire nazi) un documentaire qui avait beaucoup bousculé mes convictions.  Il était en accès libre à l&#39;époque, aujourd&#39;hui il est disponible en VOD.</p>
<ul><li><a href="https://boutique.arte.tv/detail/on_acheve_bien_les_gros?srsltid=AfmBOopyvWK0cdbB2--n-Ea72A0yQrwGF2bGs63LrHXuDsYMBvH8uQhX" rel="nofollow"> Lien vers le documentaire « On achève bien les gros »</a></li></ul>

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<p>Je me rappelle avoir compris avec ce documentaire que le surpoids c&#39;est bien plus compliqué que « <em>juste une mauvaise alimentation de quelqu&#39;une qui ne fait pas attention</em> » comme la société, ma famille, me l&#39;avait fait croire.</p>

<p>Après ce documentaire, j&#39;ai essayé de faire <em>très</em> attention pour ne plus être grossophobe dans mes actions et dans mes paroles. Et j&#39;ai continué à lire pour être mieux informée. Pour autant, je n&#39;ai pas réussi à diminuer le jugement que j&#39;ai envers moi.</p>

<h2 id="un-roman-génial" id="un-roman-génial">Un roman génial</h2>

<p>10 ans plus tard, c&#39;est sur Mastodon que je découvre une recommandation de lecture en lien avec la grossophobie : <a href="https://markarayner.com/the-fatness/" rel="nofollow">« The Fatness »</a>. Je suivais depuis un certain temps son auteur <a href="https://mas.to/@markarayner" rel="nofollow">Mark A Rayner</a>, et je recherchais une lecture d&#39;été. J&#39;ai dévoré le livre qui est un roman très bien ficelé et plutôt drôle alors qu&#39;il présente une dystopie terriblement réaliste.</p>

<p><img src="https://markarayner.com/wp-content/uploads/2017/08/thefatness-frontonly2-395x600.jpg"></p>

<p>J&#39;ai adoré cette lecture. D&#39;abord parce qu&#39;elle m&#39;a vraiment distraite, j&#39;ai vraiment accroché à l&#39;histoire. Ensuite parce qu&#39;elle montre bien l&#39;absurde et la violence de la petite grossophobie ordinaire de nos sociétés. Si on va au bout du raisonnement, le monde que l&#39;on encourage est atroce. Enfin, parce que j&#39;ai appris plein de choses sur l&#39;aspect scientifique de l&#39;obésité : comment on devient obèse, comment les régimes fonctionnent (mal), l&#39;importance du sommeil et du stress, ...</p>

<p>Mon seul regret : que ce livre ne soit pas disponible en français pour le recommander et l&#39;offrir en grand nombre !</p>

<p>Après la lecture de ce livre, j&#39;ai passé un cap. J&#39;ai décidé de ne plus laisser passer de paroles grossophobes autour de moi.
J&#39;étais récemment au bar avec une femme d&#39;un cinquantaine d&#39;année et une étudiante qu&#39;elle encadre. On parle de l&#39;été, et je fais une blague sur le fait qu&#39;il faudra manger, au moins des cacahuètes. La chercheuse, sur le ton du second degré, répond : « <em>Oh bah non, on veut quand même pas que XXX prenne du poids cet été</em> ». Avant la lecture de The Fatness, ça m&#39;aurait agacée, mais je n&#39;aurais rien répondu. Là j&#39;ai dit que c&#39;était une remarque grossophobe et que le poids de XXX ne nous regardait pas. Qu&#39;on n&#39;avait pas à avoir de jugement. Elle a été totalement surprise, et m&#39;a sincèrement dit qu&#39;elle ne croyait pas que je pouvais penser ce que je disais. Que ça ne serait pas un problème si XXX prenait du poids. Et là, elle a dit quelque chose qui m&#39;a vraiment choquée : « Est-ce que tu connais une chercheuse dans notre domaine qui soit grosse ? ». J&#39;ai rigolé en demandant si c&#39;était un des critères obscurs de sélection dans les comités ? Elle a dit « <em>heureusement non</em> »... Mais bon, après quelques échanges la conversation s&#39;est arrêtée et l&#39;étudiante m&#39;a remerciée d&#39;être intervenue.</p>

<h2 id="un-podcast-sympa" id="un-podcast-sympa">Un podcast sympa</h2>

<p>Et je termine ce billet de blog par un podcast que m&#39;a recommandé récemment une amie sur un forum (oui, ma socialisation est majoritairement numérique 😆) :</p>
<ul><li>Vivons heureux avant la fin du monde, épisode : <a href="https://www.arteradio.com/son/mince-une-injonction" rel="nofollow">« Mince une injonction » </a></li></ul>

<p>Dans ce podcast, Delphine Saltel démarre sur sa fille de 12 ans qui se trouve déjà trop grosse pour nous emmener dans une réflexion sur les injonctions à la maigreur de notre société.</p>

<p>Elle interroge des chercheurs et des chercheuses, et nous fait comprendre un peu mieux les mécanismes psychologiques qui font qu&#39;on entend cette injonction... Avec cet épisode, on est un tout petit peu plus du côté des solutions que dans mes précédentes recommandations. Par exemple, à l&#39;échelle de la société, ça serait pas mal aidant qu&#39;on arrête de valoriser les maigres dans les publicités, dans les concours de miss et dans toutes les séries TV. Donnons tous les rôles aux gros, et pas juste le moche et méchant quand c&#39;est un homme et la grosse rigolotte et sympa quand c&#39;est une femme.</p>

<p>Je faisais déjà un peu attention à la représentativité des personnes dans les visuels quand j&#39;en commandais pour des elearning, mais il va falloir que j&#39;y fasse encore plus attention. Je pense par exemple à une affiche faite pour les écolos (pas par moi) où on voyait une famille modèle toute mince.</p>

<h3 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h3>

<p>J&#39;écris sur un sujet qui me touche, mais où je suis plutôt du côté des oppresseurs étant une femme plutôt mince. J&#39;espère avoir réussi à ne pas être contre-productive dans cet écrit, en ne parlant pas à la place des personnes concernées en ramenant la couverture à moi 🫣. Je suis preneuse de tout feedback, ainsi que d&#39;autres références à partager, et des voix à faire entendre.</p>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114958019044080313" rel="nofollow"> fil sur mastodon </a> comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:VendrediLecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">VendrediLecture</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Grossophobie" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Grossophobie</span></a>
<a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/grossophobie</guid>
      <pubDate>Sat, 02 Aug 2025 08:38:28 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Des commentaires jugeants</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-commentaires-jugeants</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;On est nombreux·ses à se dire que c&#39;est mal de juger. Et pourtant, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on fait plein de commentaires qui sont en fait des jugements et qui sont socialement tolérés.&#xA;!--more--&#xA;Je voulais revenir dans cet article sur quelques commentaires jugeants que j&#39;ai trouvés blessants ou agaçants. &#xA;&#xA;Dans un premier temps je vais analyser quelques commentaires jugeant pour essayer de mieux comprendre ce qui s&#39;y joue. &#xA;Dans un deuxième temps, j&#39;essaierai de voir ce qu&#39;on pourrait faire différemment. &#xA;&#xA;1. Quelques commentaires jugeants&#xA;a) Le commentaire jugeant caricatural &#xA;À un évènement militant, un homme d’une quarantaine d’années est venu me dire que c’était « une honte » (je cite) que je sois élue à un poste à responsabilité dans mon mouvement alors que je ne suis pas venue tracter pour cet évènement. Ici, le jugement négatif est explicite. Cet homme considère que la valeur d’un·e militant·e se juge uniquement à sa présence lors du tractage, et à sa capacité à sacrifier le reste de sa vie pour cet engagement. &#xA;&#xA;Ce soir là j’étais assez sure de moi. Je suis convaincue que chacun·e apporte à un mouvement ce dont il/elle a envie ou est capable, et que c’est toujours mieux que de ne rien faire car on a peur de ne pas faire assez. Je n’ai donc pas été trop affectée par ce jugement. Si j&#39;avais assisté à cette scène alors que je venais d&#39;intégrer le groupe, je me serai probablement dit que ça n&#39;était pas un lieu pour moi car je ne correspondait pas à la norme valorisée. Et je serai probablement partie. &#xA;&#xA;b) Le commentaire jugeant implicite&#xA;Nous sommes quelques femmes à discuter d’où nous faisons nos courses. L’une des femmes a dit  : « ah non mais moi je vais jamais dans les supermarchés, je vais toujours au maraîcher ». Ça peut sembler anodin, mais le ton disait clairement une fierté, et du coup, en creux, un jugement négatif par rapport au fait d’aller faire ses courses au supermarché. J&#39;ai été mal à l&#39;aise quand cette femme d’une classe sociale plutôt élevée dise ça devant des femmes qui, je le savais, n&#39;avaient pas ce comportement de consommation.&#xA;Un peu plus tard, quand on partageait le repas ensemble, et que je me régalais du dessert, la personne qui l&#39;avait apporté m’a dit en me chuchotant à l’oreille : « c’est de chez Lidl ». Je ne sais pas si c&#39;était lié à la remarque en début de soirée. &#xA;&#xA;Pour moi, ce commentaire était implicitement jugeant. Il réaffirmait que c&#39;est bien d&#39;avoir cette pratique de consommation et en osant le dire à voix haute, ça dit que c&#39;est la pratique sociale valorisée dans notre petit groupe. Or ce commentaire était classiste. C&#39;est un privilège d&#39;avoir les moyens et le temps de faire ses courses à différents endroits, etc. J&#39;étais gênée car ce commentaire pouvait faire que certaines personnes invitées se sentent mal à l&#39;aise ou faire moins partie du groupe.  &#xA;&#xA;c) L’antiphrase jugeante&#xA;Il y a quelques temps, ma mère a pris l&#39;avion pour un voyage avec des copines, et c&#39;était OK de son point de vue car elle ne l&#39;avait pas pris depuis très longtemps. J&#39;étais hyper déçue et j&#39;ai du dire quelque chose comme « Si ça te fait plaisir, chacun est encore libre de faire ce qu&#39;il veut pendant ses vacances ». Et je n&#39;ai aucun doute sur le fait qu&#39;elle savait très bien que je désapprouvais. Tout comme je perçois totalement qu&#39;elle désapprouve dès que je sors d&#39;une alimentation parfaitement bio et équilibrée quand elle me dit :  « Écoute, tu fais bien ce que tu veux maintenant ». &#xA;&#xA;Et vu comme ses remarques m&#39;agacent, je ne doute pas de l&#39;avoir aussi agacée. &#xA;&#xA;d) Le commentaire jugeant positif &#xA;Dans une discussion où on s’était promis de ne pas émettre de jugement, une personne dit en réponse à un témoignage : « c’est courageux de pouvoir aujourd’hui poser des limites ». Cette réflexion est positive et pourtant je la trouve jugeante. &#xA;Je me suis beaucoup dit : ça ne fait jamais de mal de dire du positif. En fait, je ne crois plus que ça soit le cas et je trouve que les choses sont plus compliquées que ça. &#xA;&#xA;Quand ma mère me dit « c’est bien que tu sois allée courir », je me sens jugée. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on me distribue des bons points comme si on cherchait à me dresser, et ça m&#39;agace. &#xA;&#xA;Quand une amie m’a dit « bravo d’avoir osé dire xxxxx à yyy», ça me met mise super mal à l’aise. Je me suis demandée pourquoi elle me félicitait, j’avais l’impression qu’elle se plaçait au dessus de moi en faisant ça. Qu’elle se prenait pour ma psy ou pour ma mère. &#xA;&#xA;Le pompon, c&#39;est mon oncle qui dit souvent : « Je n&#39;aurais pas mieux fait » 🤭. Je suis toujours hyper choquée quand j&#39;entends cette expression de la part de quelqu&#39;un à qui je n&#39;ai pas demandé de m&#39;apprendre quelque chose.  &#xA;&#xA;2. Qu’est-ce qu’on pourrait faire à la place ? &#xA;Souvent, quand des situations me mettent mal à l’aise, je ressens le besoin d’écrire pour les analyser, mieux les comprendre, et me demander ce que j’aurais pu faire de différent : &#xA;si j’avais été à la place de l’autre personne,&#xA;et de là où j&#39;étais.&#xA;&#xA;a) Le caricatural &#xA;Je ne sais pas exactement ce que voulait l’homme qui m’a dit que seul les personnes qui vont tracter sont des vrai·es militant·es. Peut-être avait-il un (énorme) besoin de reconnaissance ? Ou bien cherchait-il un moyen d’extérioriser sa colère ? Ou bien il était juste sexiste et cherchait un prétexte pour essayer d’écraser une militante qui a de la reconnaissance qu’il n’a pas ? &#xA;En essayant de lui prêter la meilleure des intentions, on pourrait imaginer qu’il essayait d’exprimer sa frustration et sa colère, et dans ce cas, on pourrait recommander une parole en « je » : &#xA;&#xA;  Proposition : « Quand j’ai vu qu’on n’était que 2 à tracter, j’ai été déçu et en colère.  » &#xA;&#xA;Et moi, comment aurais-je pu réagir ? &#xA;J’ai argumenté sur le fond : la valeur d’un·e militant·e ne se mesure pas au nombre de tracts distribués. On est inclusif et accueillant et donc on est reconnaissant·es de chaque petite ou grande chose qu’une personne fait pour le collectif. J’étais assez contente de mes arguments, mais clairement, on a été dans un dialogue de sourds. &#xA;&#xA;Je lui ai aussi demandé s’il avait été content de tracter, pour contrer son besoin d’avoir une médaille, en mode : « on ne te demande pas de te sacrifier pour le groupe ». Cet argument a porté, mais comme un coup, pas comme quelque chose qui nous réconcilie et nous rapproche (en même temps, je ne crois pas que c’était ce que je cherchais). &#xA;&#xA;Dans son livre « Where to draw the line. How to set healthy boundaries», l’autrice recommande de poser des barrières claires à certains comportements qui ne sont pas acceptables, et je pense que celui-ci en fait partie. À la lecture de son livre, je me dis que j’aurais pu dire : &#xA;&#xA;  « Je n’accepte pas que tu portes des jugements de valeur sur les militant·es de ce groupe, soit tu arrêtes, soit j’arrête de discuter avec toi ». &#xA;&#xA;b) Le commentaire jugeant implicite&#xA;Moi aussi je fais toutes mes courses de légumes au maraîcher ou à la biocoop. Mais je sais que c’est un privilège (j’en ai le temps et les moyens financiers). &#xA;D’un côté, j’ai envie de me dire que dans ce contexte, la meilleure option serait de se taire. &#xA;&#xA;Si tout le monde consomme comme moi, ça ne change rien de le dire. &#xA;Si certaines personnes ne font pas comme moi, je leur balance un peu mon mépris de classe à la tête. &#xA;&#xA;Et en même temps, je crois beaucoup à l’exemple et à l’exemplarité pour faire évoluer les normes sociales. En disant où j’achète mes légumes, je normalise le fait de les acheter ailleurs qu’en supermarché. Alors comment présenter ce que je fais sans impliquer que ne pas faire pareil c’est mal ? &#xA;&#xA;J’ai l’impression qu’il y a plusieurs stratégies : &#xA;&#xA;Show, don’t tell : rendre visible ce que je fais, sans en faire un fromage. Dire par exemple : « Je reviens des courses chez le maraîcher », sans aller plus loin. &#xA;Expliquer ce que je gagne à avoir un certain comportement. Je peux par exemple dire : « Je suis vraiment contente d’acheter mes légumes chez le maraîcher car comme ça j’ai toujours des légumes de saison, et j’ai bonne conscience d’aider des jeunes agriculteurs locaux qui font du bio ».&#xA;Avoir une formulation plus mesurée : « j’essaie d’aller autant que possible chez le maraîcher et pas au supermarché pour mes légumes ».&#xA;&#xA;Et qu’est-ce que j’aurais pu répondre quand j’ai assisté à cet échange ? &#xA;&#xA;Sur le moment, j’ai juste dit : « £moi je n’y arrive pas, j’achète les citrons au supermarché bio ». &#xA;&#xA;J’aurais pu aussi faire un appel à nos valeurs que je sais partagées : &#xA;&#xA;  « On est d’accord que chacun·e fait comme elle peut et qu’on ne juge pas des comportements des autres ? ». &#xA;&#xA;Ou en mode CNV (Communication non violente) : &#xA;&#xA;  « Quand tu dis ça, j’ai l’impression que si je ne fais pas comme toi, alors tu auras une mauvaise opinion de moi ». &#xA;&#xA;c) L’antiphrase&#xA;L’antiphrase est une sorte de « non-commentaire » qui en est en fait un. Il me semble que l’idéal dans ce cas est de s’abstenir de commenter. Toutes les informations que l’on entend ne demande pas une réponse de notre part ! (ça c&#39;est une note à moi-même). D&#39;ailleurs, ce matin, quand mon interlocuteur m&#39;a dit que pour lui les vacances c&#39;était 3 semaines au soleil en Guadeloupe, je me suis tue. Point. Et c&#39;était la bonne réaction à avoir je pense. &#xA;&#xA;Avec ma mère, j&#39;aurais pu dire ce que je ressentais. Je le lui ai d&#39;ailleurs dit plus tard : « ça me rend triste de voir que tu te mets à prendre l&#39;avion car je me dis que si même les personnes écolos comme toi s&#39;y mettent, on est vraiment foutus ». &#xA;&#xA;De l&#39;autre côté, je ne sais jamais quoi répondre quand on me fait ce genre de commentaires. En général, ça me met mal à l’aise et je ne réponds rien. À la réflexion, je me dis que je pourrais essayer deux stratégies : &#xA;&#xA;1) Questionner : « Pourquoi est-ce que tu fais ce commentaire ? ».&#xA;2) Poser une limite : « Je ne souhaite pas t’entendre commenter mes choix de vie quand je ne te demande pas ton avis, et là c’est un commentaire en creux. Si tu le refais, je raccroche. ».&#xA;&#xA;d) Le commentaire jugeant positif &#xA;Le commentaire positif est celui qui me travaille le plus depuis plusieurs années. J’aime faire des compliments sincères, et ça me semble hyper important. J’ai du mal à trouver la frontière entre le compliment et le commentaire jugeant. En y réfléchissant pour cet article, j’ai l’impression qu’une des pistes est de parler en « je » : &#xA;&#xA;« Très beau chemisier » → « J’aime beaucoup ton chemisier » &#xA;« C’était courageux que tu nous partages ça » → « J’ai été touchée par ton témoignage » ou bien « Je trouve ça difficile de partager ce type de vécu, et ça m’inspire de t’avoir entendue le faire »&#xA;« Je suis vraiment très contente que tu aies repris le dessin » → « J’aimerais bien savoir dessiner »&#xA;« C’est bien que tu sois allée courir » → « J’aimerais avoir l’énergie d’aller courir ». &#xA;« Bravo d’avoir dit xxx à yyyy » → « Je sais que ça n’était pas facile à faire d’aller dire xxx à yyyy, je suis contente car j’espère que ça va faire changer les choses ». Ou bien « je ne sais pas si j’aurais osé dire xxx à yyyy ».&#xA;&#xA;Conclusions &#xA;J’ai entendu plusieurs fois : « il suffit qu’on se rappelle le cadre en début de réunion et qu’on se dise qu’on est bienveillant·es et non jugeant·es* ». Et peu de temps après, cette même personne exprime des propos jugeant, sans s’en rendre compte. &#xA;&#xA;J’ai aussi eu une discussion avec une personne très proche que je trouve très jugeante et qui m’a expliqué ne pas du tout l’être, et y faire très attention. &#xA;&#xA;Je suis donc convaincue qu&#39;il ne suffit pas de vouloir ne pas être jugeante pour ne pas exprimer de jugements. Comme toutes les habiletés sociales, ça s&#39;apprend. Et cet article de blog était pour moi autant une manière de transmettre ce que j&#39;ai appris / lu qu&#39;un prétexte pour réfléchir sur mes pratiques et imaginer d&#39;autres manières de m&#39;exprimer. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;J’ai cherché des ressources sur le jugement, et je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Je suis donc preneuse de recommandations de lectures / podcast / … !&#xA;&#xA;J’ai trouvé chouette le livre : « Where to draw the line. How to set healthy boundaries every day » de Anne Katherine sur le fait de dire non aux comportements qui nous dérangent (dans mon cas le jugement de certain·es proches).&#xA;J&#39;ai été surprise dans ce podcast d&#39;apprendre qu&#39;on ne peut jamais s&#39;arrêter de juger et de se comparer aux autres : a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/minceuneinjonction&#34;« Mince, une injonction »/a du podcast vivons heureux avant la fin du monde. &#xA;Je me souviens d&#39;un a href=&#34;https://boutique.arte.tv/detail/onachevebienlesgros?srsltid=AfmBOoryVFdlO02KIfR1hI6AlWtDby6pB9jfSwr3UCfx-9vbXn3Mp0ZB&#34;documentaire d&#39;arte/a qui expliquait à quel point les mères étaient ultra jugeantes sur leurs filles car elles voulaient les protéger de la société dont elles connaissent très bien les codes. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114920115189627888&#34; fil sur mastodon /a comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire ! &#xA;&#xA;Societe]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>On est nombreux·ses à se dire que c&#39;est mal de juger. Et pourtant, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on fait plein de commentaires qui sont en fait des jugements et qui sont socialement tolérés.</em>

Je voulais revenir dans cet article sur quelques commentaires jugeants que j&#39;ai trouvés blessants ou agaçants.</p>
<ul><li>Dans un premier temps je vais analyser quelques commentaires jugeant pour essayer de mieux comprendre ce qui s&#39;y joue.</li>
<li>Dans un deuxième temps, j&#39;essaierai de voir ce qu&#39;on pourrait faire différemment.</li></ul>

<h2 id="1-quelques-commentaires-jugeants" id="1-quelques-commentaires-jugeants">1. Quelques commentaires jugeants</h2>

<h3 id="a-le-commentaire-jugeant-caricatural" id="a-le-commentaire-jugeant-caricatural">a) Le commentaire jugeant caricatural</h3>

<p>À un évènement militant, un homme d’une quarantaine d’années est venu me dire que c’était « <em>une honte</em> » (je cite) que je sois élue à un poste à responsabilité dans mon mouvement alors que je ne suis pas venue tracter pour cet évènement. Ici, le jugement négatif est explicite. Cet homme considère que la valeur d’un·e militant·e se juge uniquement à sa présence lors du tractage, et à sa capacité à sacrifier le reste de sa vie pour cet engagement.</p>

<p>Ce soir là j’étais assez sure de moi. Je suis convaincue que chacun·e apporte à un mouvement ce dont il/elle a envie ou est capable, et que c’est toujours mieux que de ne rien faire car on a peur de ne pas faire assez. Je n’ai donc pas été trop affectée par ce jugement. Si j&#39;avais assisté à cette scène alors que je venais d&#39;intégrer le groupe, je me serai probablement dit que ça n&#39;était pas un lieu pour moi car je ne correspondait pas à la norme valorisée. Et je serai probablement partie.</p>

<h3 id="b-le-commentaire-jugeant-implicite" id="b-le-commentaire-jugeant-implicite">b) Le commentaire jugeant implicite</h3>

<p>Nous sommes quelques femmes à discuter d’où nous faisons nos courses. L’une des femmes a dit  : « <em>ah non mais moi je vais jamais dans les supermarchés, je vais toujours au maraîcher</em> ». Ça peut sembler anodin, mais le ton disait clairement une fierté, et du coup, en creux, un jugement négatif par rapport au fait d’aller faire ses courses au supermarché. J&#39;ai été mal à l&#39;aise quand cette femme d’une classe sociale plutôt élevée dise ça devant des femmes qui, je le savais, n&#39;avaient pas ce comportement de consommation.
Un peu plus tard, quand on partageait le repas ensemble, et que je me régalais du dessert, la personne qui l&#39;avait apporté m’a dit en me chuchotant à l’oreille : « <em>c’est de chez Lidl</em> ». Je ne sais pas si c&#39;était lié à la remarque en début de soirée.</p>

<p>Pour moi, ce commentaire était implicitement jugeant. Il réaffirmait que c&#39;est <strong>bien</strong> d&#39;avoir cette pratique de consommation et en osant le dire à voix haute, ça dit que c&#39;est la pratique sociale valorisée dans notre petit groupe. Or ce commentaire était classiste. C&#39;est un privilège d&#39;avoir les moyens et le temps de faire ses courses à différents endroits, etc. J&#39;étais gênée car ce commentaire pouvait faire que certaines personnes invitées se sentent mal à l&#39;aise ou faire moins partie du groupe.</p>

<h3 id="c-l-antiphrase-jugeante" id="c-l-antiphrase-jugeante">c) L’antiphrase jugeante</h3>

<p>Il y a quelques temps, ma mère a pris l&#39;avion pour un voyage avec des copines, et c&#39;était OK de son point de vue car elle ne l&#39;avait pas pris depuis très longtemps. J&#39;étais hyper déçue et j&#39;ai du dire quelque chose comme « <em>Si ça te fait plaisir, chacun est encore libre de faire ce qu&#39;il veut pendant ses vacances</em> ». Et je n&#39;ai aucun doute sur le fait qu&#39;elle savait très bien que je désapprouvais. Tout comme je perçois totalement qu&#39;elle désapprouve dès que je sors d&#39;une alimentation parfaitement bio et équilibrée quand elle me dit :  « <em>Écoute, tu fais bien ce que tu veux maintenant</em> ».</p>

<p>Et vu comme ses remarques m&#39;agacent, je ne doute pas de l&#39;avoir aussi agacée.</p>

<h3 id="d-le-commentaire-jugeant-positif" id="d-le-commentaire-jugeant-positif">d) Le commentaire jugeant positif</h3>

<p>Dans une discussion où on s’était promis de ne pas émettre de jugement, une personne dit en réponse à un témoignage : « <em>c’est courageux de pouvoir aujourd’hui poser des limites</em> ». Cette réflexion est positive et pourtant je la trouve jugeante.
Je me suis beaucoup dit : ça ne fait jamais de mal de dire du positif. En fait, je ne crois plus que ça soit le cas et je trouve que les choses sont plus compliquées que ça.</p>

<p>Quand ma mère me dit « <em>c’est bien que tu sois allée courir</em> », je me sens jugée. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on me distribue des bons points comme si on cherchait à me <em>dresser</em>, et ça m&#39;agace.</p>

<p>Quand une amie m’a dit « <em>bravo d’avoir osé dire xxxxx à yyy</em>», ça me met mise super mal à l’aise. Je me suis demandée pourquoi elle me félicitait, j’avais l’impression qu’elle se plaçait au dessus de moi en faisant ça. Qu’elle se prenait pour ma psy ou pour ma mère.</p>

<p>Le pompon, c&#39;est mon oncle qui dit souvent : « <em>Je n&#39;aurais pas mieux fait</em> » 🤭. Je suis toujours hyper choquée quand j&#39;entends cette expression de la part de quelqu&#39;un à qui je n&#39;ai pas demandé de m&#39;apprendre quelque chose.</p>

<h2 id="2-qu-est-ce-qu-on-pourrait-faire-à-la-place" id="2-qu-est-ce-qu-on-pourrait-faire-à-la-place">2. Qu’est-ce qu’on pourrait faire à la place ?</h2>

<p>Souvent, quand des situations me mettent mal à l’aise, je ressens le besoin d’écrire pour les analyser, mieux les comprendre, et me demander ce que j’aurais pu faire de différent :
– si j’avais été à la place de l’autre personne,
– et de là où j&#39;étais.</p>

<h3 id="a-le-caricatural" id="a-le-caricatural">a) Le caricatural</h3>

<p>Je ne sais pas exactement ce que voulait l’homme qui m’a dit que seul les personnes qui vont tracter sont des vrai·es militant·es. Peut-être avait-il un (énorme) besoin de reconnaissance ? Ou bien cherchait-il un moyen d’extérioriser sa colère ? Ou bien il était juste sexiste et cherchait un prétexte pour essayer d’écraser une militante qui a de la reconnaissance qu’il n’a pas ?
En essayant de lui prêter la meilleure des intentions, on pourrait imaginer qu’il essayait d’exprimer sa frustration et sa colère, et dans ce cas, on pourrait recommander une parole en « je » :</p>

<blockquote><p>Proposition : « Quand j’ai vu qu’on n’était que 2 à tracter, j’ai été déçu et en colère.  »</p></blockquote>

<p>Et moi, comment aurais-je pu réagir ?
J’ai argumenté sur le fond : la valeur d’un·e militant·e ne se mesure pas au nombre de tracts distribués. On est inclusif et accueillant et donc on est reconnaissant·es de chaque petite ou grande chose qu’une personne fait pour le collectif. J’étais assez contente de mes arguments, mais clairement, on a été dans un dialogue de sourds.</p>

<p>Je lui ai aussi demandé s’il avait été content de tracter, pour contrer son besoin d’avoir une médaille, en mode : « <em>on ne te demande pas de te sacrifier pour le groupe</em> ». Cet argument a porté, mais comme un coup, pas comme quelque chose qui nous réconcilie et nous rapproche (en même temps, je ne crois pas que c’était ce que je cherchais).</p>

<p>Dans son livre « Where to draw the line. How to set healthy boundaries», l’autrice recommande de poser des barrières claires à certains comportements qui ne sont pas acceptables, et je pense que celui-ci en fait partie. À la lecture de son livre, je me dis que j’aurais pu dire :</p>

<blockquote><p>« <em>Je n’accepte pas que tu portes des jugements de valeur sur les militant·es de ce groupe, soit tu arrêtes, soit j’arrête de discuter avec toi</em> ».</p></blockquote>

<h3 id="b-le-commentaire-jugeant-implicite-1" id="b-le-commentaire-jugeant-implicite-1">b) Le commentaire jugeant implicite</h3>

<p>Moi aussi je fais toutes mes courses de légumes au maraîcher ou à la biocoop. Mais je sais que c’est un privilège (j’en ai le temps et les moyens financiers).
D’un côté, j’ai envie de me dire que dans ce contexte, la meilleure option serait de se taire.</p>
<ul><li>Si tout le monde consomme comme moi, ça ne change rien de le dire.</li>
<li>Si certaines personnes ne font pas comme moi, je leur balance un peu mon mépris de classe à la tête.</li></ul>

<p>Et en même temps, je crois beaucoup à l’exemple et à l’exemplarité pour faire évoluer les normes sociales. En disant où j’achète mes légumes, je normalise le fait de les acheter ailleurs qu’en supermarché. Alors comment présenter ce que je fais sans impliquer que ne pas faire pareil c’est mal ?</p>

<p>J’ai l’impression qu’il y a plusieurs stratégies :</p>
<ol><li><strong>Show, don’t tell</strong> : rendre visible ce que je fais, sans en faire un fromage. Dire par exemple : « Je reviens des courses chez le maraîcher », sans aller plus loin.</li>
<li><strong>Expliquer ce que je gagne à avoir un certain comportement</strong>. Je peux par exemple dire : « <em>Je suis vraiment contente d’acheter mes légumes chez le maraîcher car comme ça j’ai toujours des légumes de saison, et j’ai bonne conscience d’aider des jeunes agriculteurs locaux qui font du bio</em> ».</li>
<li><strong>Avoir une formulation plus mesurée</strong> : « <em>j’essaie d’aller autant que possible chez le maraîcher et pas au supermarché pour mes légumes</em> ».</li></ol>

<p>Et qu’est-ce que j’aurais pu répondre quand j’ai assisté à cet échange ?</p>

<p>Sur le moment, j’ai juste dit : « £moi je n’y arrive pas, j’achète les citrons au supermarché bio* ».</p>

<p>J’aurais pu aussi faire un appel à nos valeurs que je sais partagées :</p>

<blockquote><p>« <em>On est d’accord que chacun·e fait comme elle peut et qu’on ne juge pas des comportements des autres ?</em> ».</p></blockquote>

<p>Ou en mode CNV (Communication non violente) :</p>

<blockquote><p>« <em>Quand tu dis ça, j’ai l’impression que si je ne fais pas comme toi, alors tu auras une mauvaise opinion de moi</em> ».</p></blockquote>

<h3 id="c-l-antiphrase" id="c-l-antiphrase">c) L’antiphrase</h3>

<p>L’antiphrase est une sorte de « non-commentaire » qui en est en fait un. Il me semble que l’idéal dans ce cas est de s’abstenir de commenter. Toutes les informations que l’on entend ne demande pas une réponse de notre part ! (ça c&#39;est une note à moi-même). D&#39;ailleurs, ce matin, quand mon interlocuteur m&#39;a dit que pour lui les vacances c&#39;était 3 semaines au soleil en Guadeloupe, je me suis tue. Point. Et c&#39;était la bonne réaction à avoir je pense.</p>

<p>Avec ma mère, j&#39;aurais pu dire ce que je ressentais. Je le lui ai d&#39;ailleurs dit plus tard : « <em>ça me rend triste de voir que tu te mets à prendre l&#39;avion car je me dis que si même les personnes écolos comme toi s&#39;y mettent, on est vraiment foutus</em> ».</p>

<p>De l&#39;autre côté, je ne sais jamais quoi répondre quand on me fait ce genre de commentaires. En général, ça me met mal à l’aise et je ne réponds rien. À la réflexion, je me dis que je pourrais essayer deux stratégies :</p>

<p>1) <strong>Questionner</strong> : « <em>Pourquoi est-ce que tu fais ce commentaire ?</em> ».
2) <strong>Poser une limite</strong> : « <em>Je ne souhaite pas t’entendre commenter mes choix de vie quand je ne te demande pas ton avis, et là c’est un commentaire en creux. Si tu le refais, je raccroche.</em> ».</p>

<h3 id="d-le-commentaire-jugeant-positif-1" id="d-le-commentaire-jugeant-positif-1">d) Le commentaire jugeant positif</h3>

<p>Le commentaire positif est celui qui me travaille le plus depuis plusieurs années. J’aime faire des compliments sincères, et ça me semble hyper important. J’ai du mal à trouver la frontière entre le compliment et le commentaire jugeant. En y réfléchissant pour cet article, j’ai l’impression qu’une des pistes est de parler en « je » :</p>
<ul><li>« <em>Très beau chemisier</em> » → « <em>J’aime beaucoup ton chemisier</em> »</li>
<li>« <em>C’était courageux que tu nous partages ça</em> » → « <em>J’ai été touchée par ton témoignage</em> » ou bien « <em>Je trouve ça difficile de partager ce type de vécu, et ça m’inspire de t’avoir entendue le faire</em> »</li>
<li>« <em>Je suis vraiment très contente que tu aies repris le dessin</em> » → « <em>J’aimerais bien savoir dessiner</em> »</li>
<li>« <em>C’est bien que tu sois allée courir</em> » → « <em>J’aimerais avoir l’énergie d’aller courir</em> ».</li>
<li>« <em>Bravo d’avoir dit xxx à yyyy</em> » → « Je sais que ça n’était pas facile à faire d’aller dire xxx à yyyy, je suis contente car j’espère que ça va faire changer les choses ». Ou bien « je ne sais pas si j’aurais osé dire xxx à yyyy ».</li></ul>

<h2 id="conclusions" id="conclusions">Conclusions</h2>

<p>J’ai entendu plusieurs fois : « <em>il suffit qu’on se rappelle le cadre en début de réunion et qu’on se dise qu’on est bienveillant·es et non jugeant·es</em> ». Et peu de temps après, cette même personne exprime des propos jugeant, sans s’en rendre compte.</p>

<p>J’ai aussi eu une discussion avec une personne très proche que je trouve très jugeante et qui m’a expliqué ne pas du tout l’être, et y faire très attention.</p>

<p>Je suis donc convaincue qu&#39;il ne suffit pas de vouloir ne pas être jugeante pour ne pas exprimer de jugements. Comme toutes les habiletés sociales, ça s&#39;apprend. Et cet article de blog était pour moi autant une manière de transmettre ce que j&#39;ai appris / lu qu&#39;un prétexte pour réfléchir sur mes pratiques et imaginer d&#39;autres manières de m&#39;exprimer.</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>

<p>J’ai cherché des ressources sur le jugement, et je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Je suis donc preneuse de recommandations de lectures / podcast / … !</p>
<ul><li>J’ai trouvé chouette le livre : « Where to draw the line. How to set healthy boundaries every day » de Anne Katherine sur le fait de dire non aux comportements qui nous dérangent (dans mon cas le jugement de certain·es proches).</li>
<li>J&#39;ai été surprise dans ce podcast d&#39;apprendre qu&#39;on ne peut jamais s&#39;arrêter de juger et de se comparer aux autres : <a href="https://www.arteradio.com/son/mince_une_injonction" rel="nofollow">« Mince, une injonction »</a> du podcast vivons heureux avant la fin du monde.</li>
<li>Je me souviens d&#39;un <a href="https://boutique.arte.tv/detail/on_acheve_bien_les_gros?srsltid=AfmBOoryVFdlO02KIfR1hI6AlWtDby6pB9jfSwr3UCfx-9vbXn3Mp0ZB" rel="nofollow">documentaire d&#39;arte</a> qui expliquait à quel point les mères étaient ultra jugeantes sur leurs filles car elles voulaient les protéger de la société dont elles connaissent très bien les codes.</li></ul>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114920115189627888" rel="nofollow"> fil sur mastodon </a> comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-commentaires-jugeants</guid>
      <pubDate>Sat, 26 Jul 2025 15:56:52 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Écouter vraiment</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Un article de blog pour prendre du recul sur des conversations dans lesquelles je ne me suis pas sentie entendue, et qui m&#39;ont énervée.&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Petite déception, grosse frustration&#xA;&#xA;Récemment, je participais à l’organisation d’un évènement militant. J’avais travaillé avec une autre personne sur un programme qui a été chamboulé pour plusieurs raisons. La commande n’avait pas été claire et des besoins de faire autre chose sont apparus dans le groupe au fur et à mesure de la journée.&#xA;Nous nous sommes adaptés, le groupe était ravi, mais j’étais déçue. Déçue de ne pas avoir compris la commande qui n’était pas claire. Déçue que personne ne reconnaisse le travail fait qui était désormais considéré inutile. &#xA;&#xA;Pour autant, j&#39;avais bien conscience qu&#39;avec les collègues de l&#39;organisation on avait bien travaillé tout au long de l&#39;évènement et que les gens étaient contents. J&#39;avais bien conscience qu&#39;on avait eu la bonne réaction en changeant le programme. Juste, l&#39;émotion qui dominait à ce moment là était de la déception. &#xA;&#xA;Plusieurs personnes sont venues me parler du déroulé de l&#39;évènement. Ces conversations m’ont énervée plus qu&#39;elles ne m’ont consolée. &#xA;&#xA;Une première conversation à la pause, alors que j&#39;étais en train de digérer la ré-orientation de l&#39;évènement. &#xA;&#xA;  - Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?&#xA;Pas vraiment, notre organisation a été ... &#xA;Ah non mais t’inquiète pas, c&#39;est très bien comment ça se déroule, et puis c’est toujours comme ça, c’est jamais ce qui était prévu qui se passe. On avait besoin de parler. &#xA;&#xA;Cette conversation m&#39;a encore déçue. Je ne me suis pas sentie écoutée, et pire, j&#39;avais l&#39;impression que la personne me laissait entendre que j&#39;étais une débutante dans cet exercice. &#xA;&#xA;Sarah Durieux dit que nous sommes souvent à la recherche de reconnaissance. Je n&#39;y échappe pas. Je crois que le fait que personne ne s&#39;excuse ou ne soit un minimum désolé·e de bousculer l&#39;organisation qu&#39;on avait travaillé avec mon collègue me vexe. Je ressens un manque de reconnaissance du travail qu&#39;on a fait. J&#39;ai eu le sentiment tout au long de l&#39;évènement que pour les autres, notre principale valeur ajoutée avait été d&#39;ouvrir les portes, de préparer la salle, et de coordonner le rangement à la fin. J&#39;ai eu l&#39;impression que le fond de ce qu&#39;on avait fait, là où je nous (me) perçois une valeur ajoutée, n&#39;avait pas été remarqué, et ça m&#39;a frustrée. &#xA;&#xA;En fin de journée, l&#39;une des personnes qui a partagé l&#39;organisation avec nous me demande : &#xA;&#xA;  - Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?&#xA;Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait ...&#xA;Nan mais c’est pas grave, ce qui compte c’est que les gens étaient très contents ! On apprend à travailler ensemble. &#xA;OK. &#xA;&#xA;Je me suis de nouveau sentie non écoutée, mais c&#39;était encore plus dur puisque la personne m&#39;avait laissé entendre qu&#39;elle était prête à m&#39;écouter pour qu&#39;on débrieffe. Quand elle m&#39;a dit que ça n&#39;est pas grave, j&#39;ai eu l&#39;impression  que mes émotions ne sont pas légitimes, et que j&#39;étais une petite fille fragile un peu neuneu et pas une vraie pro de l&#39;organisation comme elle. Évidemment que ça n&#39;était pas son intention ! &#xA;&#xA;Poser des questions, mais ne pas écouter la réponse&#xA;Je me rappelle que ma mère nous disait souvent : &#xA;&#xA;  «  Ne pose pas la question si tu ne veux pas écouter la réponse. » &#xA;&#xA;Et durant cette journée, c&#39;est ce que j&#39;ai ressenti. Ces personnes m&#39;ont posé une question, mais elles n&#39;ont pas écouté ma réponse. Dans mon souvenir, elles m&#39;ont coupé la parole pour me dire qu&#39;il fallait que je vois le positif : les gens sont très contents.&#xA;&#xA;Pourquoi on n&#39;écoute pas ? &#xA;Je ne suis pas certaine de pourquoi ces personnes m&#39;ont posé des questions et n&#39;ont pas voulu entendre ma réponse. Et je sais que des fois c&#39;est moi qui n&#39;écoute pas et qui n&#39;entend pas. &#xA;&#xA;Le mythe du positivisme&#xA;J&#39;imagine qu&#39;elles pensaient que j&#39;avais peur que les gens ne soient pas contents et qu&#39;elles ont voulu me rassurer. Ou bien qu&#39;elles ne voulaient surtout pas qu&#39;il y ait quoi que ce soit de négatif comme feedback. On doit toujours faire comme si tout allait bien. &#xA;&#xA;  Stay positive ! &#xA;&#xA;D&#39;ailleurs, j&#39;ai l&#39;impression que dans nos milieux, il y a un mythe qui dit qu&#39;on ne doit jamais être négatif. &#xA;&#xA;Je me rappelle une militante à la fin d&#39;une fresque du climat. On nous demande nos émotions, et je dis que je n&#39;ai plus beaucoup d&#39;espoir. Elle m&#39;engueule pour me dire qu&#39;on n&#39;a pas le droit de baisser les bras, il faut rester positif et garder espoir. Je ne me suis pas sentie écoutée, et j&#39;ai eu l&#39;impression que notre relation se distendait. &#xA;&#xA;Le mythe du collectif supérieur aux individus&#xA;Quand je repense à ces échanges qui m&#39;ont énervée, j&#39;y vois aussi un autre problème des collectifs. On dit souvent que ce qui compte, c&#39;est que le groupe soit content. Comme si le groupe comptait davantage que les individus qui le constituent. Ce n&#39;était surement pas le message souhaité, mais moi j&#39;ai entendu : &#xA;&#xA;  Ce n&#39;est pas grave que tu sois déçue du moment que le groupe est content. Tu dois te sacrifier pour le groupe. Tu n&#39;as pas le droit de te plaindre. &#xA;&#xA;J&#39;ai trouvé ça particulièrement difficile dans un évènement que nous avions construit autour de la question du soin de nos collectifs (au sens du livre de Sarah Durieux). &#xA;&#xA;Une écoute active&#xA;J&#39;ai voulu écrire un article de blog car j&#39;avais besoin d&#39;analyser ce que j&#39;avais ressenti, et je ne sais le faire qu&#39;en écrivant. En plus, je suis certaine qu&#39;à d&#39;autres moments, je suis la personne qui n&#39;écoute pas. Je profite de ces deux réponses qui m&#39;ont blessée pour en faire quelque chose de positif : une situation d&#39;entraînement pour travailler mon écoute active. &#xA;&#xA;Le premier dialogue, en version écoute active. &#xA;&#xA;  - Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?&#xA;Pas vraiment, notre organisation a été chamboulée et on a travaillé pour rien.&#xA;Vous aviez beaucoup travaillé pour l&#39;organisation et vous avez l&#39;impression d&#39;avoir travaillé pour rien. [reformulation]&#xA;Oui, mais bon, je vois bien que le groupe en avait besoin. Juste ce qu&#39;on fait là on aurait pu le faire en visio. &#xA;&#xA;Pour ce dialogue, je reprends l&#39;une des techniques de l&#39;écoute active : reformuler ce qui vient d&#39;être dit pour montrer qu&#39;on a écouté et vérifier qu&#39;on a bien compris le point de vue de la personne qui parle. &#xA;&#xA;À la fin de cet échange, la personne ne m&#39;a rien apporté comme information, mais je me sens écoutée et ça m&#39;apaise. Une fois que cette émotion est entendue, je peux passer plus facilement à l&#39;analyse de l&#39;évènement produit et au fait que le groupe est content. &#xA;&#xA;Le deuxième dialogue, en version écoute active&#xA;  - Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?&#xA;Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait servi à rien. &#xA;Du coup tu penses que l&#39;évènement n&#39;a pas été réussi ? [Question fermée]&#xA;Non, je vois bien que c&#39;est ce dont les gens avaient besoin. Mais je trouve qu&#39;on aurait pu faire ça en visio et je suis agacée de ne pas avoir eu toutes les infos pour préparer correctement cet évènement. Il fallait toujours aller vite pendant les préparations, et à la fin, on a travaillé pour rien. &#xA;Qu&#39;est-ce que tu voudrais qu&#39;on retienne de ça ? [Question ouverte]&#xA;Bah déjà qu&#39;on mette en place des visios régulièrement, et puis qu&#39;on organise différemment la préparation en identifiant mieux les rôles de chacun·e. &#xA;&#xA;Je pense que je me sens un peu moins écoutée dans cette version que dans celle du premier dialogue, mais j&#39;aime qu&#39;on aille sur les solutions. J&#39;ai l&#39;impression du coup que ma déception va servir à quelque chose, que le groupe grandit et que je ne vais pas me retrouver dans la même situation la prochaine fois. &#xA;&#xA;Des compliments qui touchent&#xA;Évidemment, à la fin, nous avons eu les remerciements d&#39;usage. «&amp;nbsp;Merci pour l&#39;organisation, c&#39;était super, on vous applaudit bien fort.&amp;nbsp;» &#xA;&#xA;Je ne sais pas ce qu&#39;ont ressenti les autres, mais moi, pas grand chose de positif. J&#39;aurais été encore plus déçue de ne pas être remerciée du tout, mais j&#39;avais l&#39;impression que ces remerciements étaient très généraux et creux. Je ne vois pas de circonstances dans lesquelles on aurait dit moins. &#xA;&#xA;Je repense aux livres que j&#39;ai lus sur la communication efficace (et en particulier celui sur les manipulateurs qui font qu&#39;on dit oui à des choses où on aurait voulu dire nonsup1/sup). Un compliment sincère est un compliment qui porte sur un point précis.&#xA;&#xA;Je crois que ma petite personne rabougrie (comme dit Sarah Durieux dans son livre) aurait été nourrie si on avait complimenté l&#39;organisation pour la construction des ateliers, et pour sa capacité d&#39;adaptation pendant l&#39;évènement.   &#xA;&#xA;Suis-je une petite chose fragile ? &#xA;J&#39;ai répondu à l&#39;une des personnes que je ne me sentais pas écoutée, mais la discussion a été coupée ensuite. Je me suis sentie un peu merdeuse. &#xA;&#xA;Suis-je une petite chose fragile un peu chiante alors que les autres savent prendre de la hauteur ?&#xA;&#xA;Je doute facilement de ma légitimité à exprimer mes besoins. J&#39;ai grandi avec la croyance que ceux des autres doivent passer avant les miens. &#xA;&#xA;Je repense au livre de Sarah Durieux qui a tout un chapitre sur la critique constructive et le feedback. Un collectif fonctionnel est un collectif dans lequel on encourage la critique constructive. Ces critiques permettent d&#39;améliorer le fonctionnement du groupe mais aussi de diminuer les frustrations des un·es et des autres. &#xA;&#xA;En repensant à son livre, à d&#39;autres que j&#39;ai lu, je me dis que ma frustration est légitime, même si c&#39;est une petite chose. Ce n&#39;est pas une aussi grosse blessure que celles qui ont été partagées par les autres membres. Mais je l&#39;écris pour me convaincre (sans trop de succès) : j&#39;avais le droit d&#39;être déçue et de souhaiter que ça soit entendu. &#xA;&#xA;Nous allons avoir un moment de débrief plus structuré prochainement. J&#39;espère que j&#39;arriverai à exprimer ce qui m&#39;a frustré sans me sentir illégitime. J&#39;espère que cela contribuera à faire grandir le groupe plus qu&#39;à me faire passer pour la pénible de service. Et j&#39;espère que toi, lecteurice, tu auras trouvé de quoi te nourrir un petit peu dans ce partage d&#39;expérience et de ressenti... &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;Le dernier livre de Sarah Durieux qui défend (entre autres) le fait de débriefer des choses que l&#39;on fait ensemble quand on milite : a href=&#34;https://horsdatteinte.org/livre/militer-a-tout-prix/&#34;Militer à tout prix/a, Comment cesser de reproduire des logiques de dominations dans nos collectifs et les rendre plus sains ?  aux éditions hors d&#39;atteinte. &#xA;sup1/sup : le livre pour apprendre à dire non quand on a envie de dire non et qu&#39;on essaie de nous flatter ou de nous culpabiliser : Affirmez-vous face aux manipulateurs de a href=&#34;https://fredericfanget.com/mes-livres/&#34; Frédéric Fanget/a.&#xA;&#xA;#Societe #Quotidien]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Un article de blog pour prendre du recul sur des conversations dans lesquelles je ne me suis pas sentie entendue, et qui m&#39;ont énervée.</em>
</p>

<h2 id="petite-déception-grosse-frustration" id="petite-déception-grosse-frustration">Petite déception, grosse frustration</h2>

<p>Récemment, je participais à l’organisation d’un évènement militant. J’avais travaillé avec une autre personne sur un programme qui a été chamboulé pour plusieurs raisons. La commande n’avait pas été claire et des besoins de faire <em>autre chose</em> sont apparus dans le groupe au fur et à mesure de la journée.
Nous nous sommes adaptés, le groupe était ravi, mais <strong>j’étais déçue</strong>. Déçue de ne pas avoir compris la commande qui n’était pas claire. Déçue que personne ne reconnaisse le travail fait qui était désormais considéré inutile.</p>

<p>Pour autant, j&#39;avais bien conscience qu&#39;avec les collègues de l&#39;organisation on avait bien travaillé tout au long de l&#39;évènement et que les gens étaient contents. J&#39;avais bien conscience qu&#39;on avait eu la bonne réaction en changeant le programme. Juste, l&#39;émotion qui dominait à ce moment là était de la déception.</p>

<p>Plusieurs personnes sont venues me parler du déroulé de l&#39;évènement. <strong>Ces conversations m’ont énervée plus qu&#39;elles ne m’ont consolée</strong>.</p>

<p>Une première conversation à la pause, alors que j&#39;étais en train de digérer la ré-orientation de l&#39;évènement.</p>

<blockquote><ul><li>Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?</li>
<li>Pas vraiment, notre organisation a été ... </li>
<li>Ah non mais t’inquiète pas, c&#39;est très bien comment ça se déroule, et puis c’est toujours comme ça, c’est jamais ce qui était prévu qui se passe. On avait besoin de parler.</li></ul>
</blockquote>

<p>Cette conversation m&#39;a encore déçue. Je ne me suis pas sentie écoutée, et pire, j&#39;avais l&#39;impression que la personne me laissait entendre que j&#39;étais une débutante dans cet exercice.</p>

<p>Sarah Durieux dit que nous sommes souvent à la recherche de reconnaissance. Je n&#39;y échappe pas. Je crois que le fait que personne ne s&#39;excuse ou ne soit un minimum désolé·e de bousculer l&#39;organisation qu&#39;on avait travaillé avec mon collègue me vexe. Je ressens un manque de reconnaissance du travail qu&#39;on a fait. J&#39;ai eu le sentiment tout au long de l&#39;évènement que pour les autres, notre principale valeur ajoutée avait été d&#39;ouvrir les portes, de préparer la salle, et de coordonner le rangement à la fin. J&#39;ai eu l&#39;impression que le fond de ce qu&#39;on avait fait, là où je nous (me) perçois une valeur ajoutée, n&#39;avait pas été remarqué, et ça m&#39;a frustrée.</p>

<p>En fin de journée, l&#39;une des personnes qui a partagé l&#39;organisation avec nous me demande :</p>

<blockquote><ul><li>Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?</li>
<li>Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait ...</li>
<li>Nan mais c’est pas grave, ce qui compte c’est que les gens étaient très contents ! On apprend à travailler ensemble.</li>
<li>OK.</li></ul>
</blockquote>

<p>Je me suis de nouveau sentie non écoutée, mais c&#39;était encore plus dur puisque la personne m&#39;avait laissé entendre qu&#39;elle était prête à m&#39;écouter pour qu&#39;on débrieffe. Quand elle m&#39;a dit que ça n&#39;est pas grave, j&#39;ai eu l&#39;impression  que mes émotions ne sont pas légitimes, et que j&#39;étais une petite fille fragile un peu neuneu et pas une vraie pro de l&#39;organisation comme elle. Évidemment que ça n&#39;était pas son intention !</p>

<h3 id="poser-des-questions-mais-ne-pas-écouter-la-réponse" id="poser-des-questions-mais-ne-pas-écouter-la-réponse">Poser des questions, mais ne pas écouter la réponse</h3>

<p>Je me rappelle que ma mère nous disait souvent :</p>

<blockquote><p>«  Ne pose pas la question si tu ne veux pas écouter la réponse. »</p></blockquote>

<p>Et durant cette journée, c&#39;est ce que j&#39;ai ressenti. Ces personnes m&#39;ont posé une question, mais elles n&#39;ont pas écouté ma réponse. Dans mon souvenir, elles m&#39;ont coupé la parole pour me dire qu&#39;<strong>il fallait que je vois le positif : les gens sont très contents.</strong></p>

<h2 id="pourquoi-on-n-écoute-pas" id="pourquoi-on-n-écoute-pas">Pourquoi on n&#39;écoute pas ?</h2>

<p>Je ne suis pas certaine de pourquoi ces personnes m&#39;ont posé des questions et n&#39;ont pas voulu entendre ma réponse. Et je sais que des fois c&#39;est moi qui n&#39;écoute pas et qui n&#39;entend pas.</p>

<h3 id="le-mythe-du-positivisme" id="le-mythe-du-positivisme">Le mythe du positivisme</h3>

<p>J&#39;imagine qu&#39;elles pensaient que j&#39;avais peur que les gens ne soient pas contents et qu&#39;elles ont voulu me rassurer. Ou bien qu&#39;elles ne voulaient surtout pas qu&#39;il y ait quoi que ce soit de négatif comme feedback. On doit toujours faire comme si tout allait bien.</p>

<blockquote><p>Stay positive !</p></blockquote>

<p>D&#39;ailleurs, j&#39;ai l&#39;impression que dans nos milieux, il y a un mythe qui dit qu&#39;<strong>on ne doit jamais être négatif</strong>.</p>

<p>Je me rappelle une militante à la fin d&#39;une fresque du climat. On nous demande nos émotions, et je dis que je n&#39;ai plus beaucoup d&#39;espoir. Elle m&#39;engueule pour me dire qu&#39;on n&#39;a pas le droit de baisser les bras, il faut rester positif et garder espoir. Je ne me suis pas sentie écoutée, et j&#39;ai eu l&#39;impression que notre relation se distendait.</p>

<h3 id="le-mythe-du-collectif-supérieur-aux-individus" id="le-mythe-du-collectif-supérieur-aux-individus">Le mythe du collectif supérieur aux individus</h3>

<p>Quand je repense à ces échanges qui m&#39;ont énervée, j&#39;y vois aussi un autre problème des collectifs. On dit souvent que ce qui compte, c&#39;est que <strong>le groupe</strong> soit content. Comme si le groupe comptait davantage que les individus qui le constituent. Ce n&#39;était surement pas le message souhaité, mais moi j&#39;ai entendu :</p>

<blockquote><p>Ce n&#39;est pas grave que tu sois déçue du moment que le groupe est content. Tu dois te sacrifier pour le groupe. Tu n&#39;as pas le droit de te plaindre.</p></blockquote>

<p>J&#39;ai trouvé ça particulièrement difficile dans un évènement que nous avions construit autour de la question <strong>du soin de nos collectifs</strong> (au sens du livre de Sarah Durieux).</p>

<h2 id="une-écoute-active" id="une-écoute-active">Une écoute active</h2>

<p>J&#39;ai voulu écrire un article de blog car j&#39;avais besoin d&#39;analyser ce que j&#39;avais ressenti, et je ne sais le faire qu&#39;en écrivant. En plus, je suis certaine qu&#39;à d&#39;autres moments, je suis la personne qui n&#39;écoute pas. Je profite de ces deux réponses qui m&#39;ont blessée pour en faire quelque chose de positif : une situation d&#39;entraînement pour travailler mon écoute active.</p>

<h3 id="le-premier-dialogue-en-version-écoute-active" id="le-premier-dialogue-en-version-écoute-active">Le premier dialogue, en version écoute active.</h3>

<blockquote><ul><li>Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?</li>
<li>Pas vraiment, notre organisation a été chamboulée et on a travaillé pour rien.</li>
<li>Vous aviez beaucoup travaillé pour l&#39;organisation et vous avez l&#39;impression d&#39;avoir travaillé pour rien. [<em>reformulation</em>]</li>
<li>Oui, mais bon, je vois bien que le groupe en avait besoin. Juste ce qu&#39;on fait là on aurait pu le faire en visio.</li></ul>
</blockquote>

<p>Pour ce dialogue, je reprends l&#39;une des techniques de l&#39;écoute active : reformuler ce qui vient d&#39;être dit pour montrer qu&#39;on a écouté et vérifier qu&#39;on a bien compris le point de vue de la personne qui parle.</p>

<p>À la fin de cet échange, la personne ne m&#39;a rien apporté comme information, mais je me sens écoutée et ça m&#39;apaise. Une fois que cette émotion est entendue, je peux passer plus facilement à l&#39;analyse de l&#39;évènement produit et au fait que le groupe est content.</p>

<h3 id="le-deuxième-dialogue-en-version-écoute-active" id="le-deuxième-dialogue-en-version-écoute-active">Le deuxième dialogue, en version écoute active</h3>

<blockquote><ul><li>Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?</li>
<li>Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait servi à rien.</li>
<li>Du coup tu penses que l&#39;évènement n&#39;a pas été réussi ? [<em>Question fermée</em>]</li>
<li>Non, je vois bien que c&#39;est ce dont les gens avaient besoin. Mais je trouve qu&#39;on aurait pu faire ça en visio et je suis agacée de ne pas avoir eu toutes les infos pour préparer correctement cet évènement. Il fallait toujours aller vite pendant les préparations, et à la fin, on a travaillé pour rien.</li>
<li>Qu&#39;est-ce que tu voudrais qu&#39;on retienne de ça ? [<em>Question ouverte</em>]</li>
<li>Bah déjà qu&#39;on mette en place des visios régulièrement, et puis qu&#39;on organise différemment la préparation en identifiant mieux les rôles de chacun·e.</li></ul>
</blockquote>

<p>Je pense que je me sens un peu moins écoutée dans cette version que dans celle du premier dialogue, mais j&#39;aime qu&#39;on aille sur les solutions. J&#39;ai l&#39;impression du coup que ma déception va servir à quelque chose, que le groupe grandit et que je ne vais pas me retrouver dans la même situation la prochaine fois.</p>

<h3 id="des-compliments-qui-touchent" id="des-compliments-qui-touchent">Des compliments qui touchent</h3>

<p>Évidemment, à la fin, nous avons eu les remerciements d&#39;usage. « <em>Merci pour l&#39;organisation, c&#39;était super, on vous applaudit bien fort</em>. »</p>

<p>Je ne sais pas ce qu&#39;ont ressenti les autres, mais moi, pas grand chose de positif. J&#39;aurais été encore plus déçue de ne pas être remerciée du tout, mais j&#39;avais l&#39;impression que ces remerciements étaient très généraux et creux. Je ne vois pas de circonstances dans lesquelles on aurait dit moins.</p>

<p>Je repense aux livres que j&#39;ai lus sur la communication efficace (et en particulier celui sur les manipulateurs qui font qu&#39;on dit <em>oui</em> à des choses où on aurait voulu dire non<sup>1</sup>). <strong>Un compliment sincère est un compliment qui porte sur un point précis.</strong></p>

<p>Je crois que ma <em>petite personne rabougrie</em> (comme dit Sarah Durieux dans son livre) aurait été nourrie si on avait complimenté l&#39;organisation pour la construction des ateliers, et pour sa capacité d&#39;adaptation pendant l&#39;évènement.</p>

<h2 id="suis-je-une-petite-chose-fragile" id="suis-je-une-petite-chose-fragile">Suis-je une petite chose fragile ?</h2>

<p>J&#39;ai répondu à l&#39;une des personnes que je ne me sentais pas écoutée, mais la discussion a été coupée ensuite. Je me suis sentie un peu merdeuse.</p>

<p><strong>Suis-je une petite chose fragile un peu chiante alors que les autres savent prendre de la hauteur ?</strong></p>

<p>Je doute facilement de ma légitimité à exprimer mes besoins. J&#39;ai grandi avec la croyance que ceux des autres doivent passer avant les miens.</p>

<p>Je repense au livre de Sarah Durieux qui a tout un chapitre sur la critique constructive et le feedback. Un collectif fonctionnel est un collectif dans lequel on encourage la critique constructive. Ces critiques permettent d&#39;améliorer le fonctionnement du groupe mais aussi de diminuer les frustrations des un·es et des autres.</p>

<p>En repensant à son livre, à d&#39;autres que j&#39;ai lu, je me dis que ma frustration est légitime, même si c&#39;est une petite chose. Ce n&#39;est pas une aussi grosse blessure que celles qui ont été partagées par les autres membres. Mais je l&#39;écris pour me convaincre (sans trop de succès) : j&#39;avais le droit d&#39;être déçue et de souhaiter que ça soit entendu.</p>

<p>Nous allons avoir un moment de débrief plus structuré prochainement. J&#39;espère que j&#39;arriverai à exprimer ce qui m&#39;a frustré sans me sentir illégitime. J&#39;espère que cela contribuera à faire grandir le groupe plus qu&#39;à me faire passer pour la pénible de service. Et j&#39;espère que toi, lecteurice, tu auras trouvé de quoi te nourrir un petit peu dans ce partage d&#39;expérience et de ressenti...</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>
<ul><li>Le dernier livre de Sarah Durieux qui défend (entre autres) le fait de débriefer des choses que l&#39;on fait ensemble quand on milite : <a href="https://horsdatteinte.org/livre/militer-a-tout-prix/" rel="nofollow">Militer à tout prix</a>, *Comment cesser de reproduire des logiques de dominations dans nos collectifs et les rendre plus sains ? * aux éditions hors d&#39;atteinte.</li>
<li><sup>1</sup> : le livre pour apprendre à dire <em>non</em> quand on a envie de dire non et qu&#39;on essaie de nous flatter ou de nous culpabiliser : <em>Affirmez-vous face aux manipulateurs</em> de <a href="https://fredericfanget.com/mes-livres/" rel="nofollow"> Frédéric Fanget</a>.</li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Quotidien" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Quotidien</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents</guid>
      <pubDate>Mon, 07 Jul 2025 17:07:56 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Suis-je (assez) intelligente ? </title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/suis-je-assez-intelligente</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Je me rappelle très bien quand je vivais encore à Lyon, quand j&#39;étais encore étudiante, et que j&#39;étais persuadée d&#39;être une erreur de casting. L&#39;école que j&#39;avais intégrée recrutait des personnes très intelligentes, et j&#39;étais convaincue que ça n&#39;était pas mon cas.&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Arrivée à l&#39;ENS par erreur&#xA;Après les classes prépa, j&#39;ai intégré l&#39;ENS de Lyon : une école qui avait la réputation de réunir des gens très intelligents. Je suis rentrée très bien classée au concours. Mais très vite, je me suis rendue compte qu&#39;il y avait eu erreur. &#xA;&#xA;*Je n&#39;étais pas du tout aussi brillante que certains de mes camarades. J&#39;avais juste beaucoup travaillé et j&#39;avais eu de la chance, mais je n&#39;étais pas particulièrement intelligente. Je le savais déjà car en prépa j&#39;avais réussi mais en travaillant régulièrement. L&#39;ENS me l&#39;a rapidement confirmé : j&#39;avais passé 5 ou 6 heures à essayer de faire le premier de TD de physique statistique, et je n&#39;avais rien compris. Je trainais avec quelques garçons qui n&#39;avaient rien préparé, ou bien juste un peu, et qui avaient l&#39;air de maîtriser. &#xA;&#xA;Pendant ces années dorées (payée nourrie logée pour apprendre), j&#39;ai eu un énorme sentiment de ne jamais être à ma place. Je me sentais nulle, j&#39;avais un bon gros a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndromedel%27imposteur&#34;syndrome de l&#39;impostrice/a.&#xA;&#xA;L&#39;échelle de l&#39;intelligence&#xA;J&#39;avais l&#39;impression de partager avec mes camarades une sorte d&#39;échelle d&#39;intelligence sur laquelle on plaçait les gens. On en parlait pas vraiment explicitement, sauf pour mettre en avant une personne vraiment très forte, et systématiquement, c&#39;était un garçon.&#xA;&#xA;Des preuves d&#39;intelligence &#xA;Il y avait plein de signes qui montraient qu&#39;on était, ou pas, très intelligent. &#xA;&#xA;Je me rappelle de ce gars qui ramenait le Cohen-Tanoudji (gros bouquin de mécanique quantique avec plein de maths) au foyer, l&#39;endroit où on venait normalement boire des coups et déconner. Si ça se trouve, il aimait lire des trucs compliqués avec un verre de bière et du bruit autour. Mais peut-être qu&#39;il faisait comme ceux qui mettent des gros livres bien en évidence derrière eux quand ils font des visios. En tous cas, moi ça me renvoyait que je n&#39;étais clairement pas passionnée au point d&#39;amener des livres de sciences au bar, et qu&#39;il me fallait un environnement hyper calme, et tous mes neurones, pour ouvrir ce genre de livre, pas comme lui. J&#39;étais donc moins intelligente. &#xA;&#xA;L&#39;autre preuve d&#39;intelligence, c&#39;était de ne pas travailler, et de réussir les examens quand même. Pas de bol pour moi, c&#39;était réellement ce qui arrivait à mon copain. Il venait en cours où il prenait des notes et posait quelques questions, et puis il ne rouvrait jamais aucun cours. Moi j&#39;étais une laborieuse, j&#39;avais besoin de travailler pour réussir. &#xA;&#xA;J&#39;ai compris plus tard que ce n&#39;est pas pareil de grandir avec un père chercheur ou avec une mère psy, d&#39;avoir fait 3 années de prépa ou seulement deux. Et que si j&#39;étais moins forte en maths, c&#39;était parce que c&#39;était une compétence que j&#39;avais quand même moins travaillé. Il m&#39;a fallu des années pour déconstruire le mythe qui dit que l&#39;intelligence qui fait qu&#39;on réussit en maths est un don. &#xA;&#xA;Sur le sujet du don qui serait inné mais qui en fait ne l&#39;est pas du tout, je recommande l&#39;excellent livre : a href=&#34;https://en.wikipedia.org/wiki/Peak:SecretsfromtheNewScienceof_Expertise&#34;Peak: Secrets from the New Science of Expertise/a de Anders Ericsonn et Robert Pool. &#xA;&#xA;Sexisme intégré&#xA;Je me rappelle des discussions pour savoir qui était le génie, la personne ultra brillante, qui aurait dû intégrer Ulm (l&#39;école encore plus prestigieuse), mais qui avait terminé avec nous, et qui serait le Cédric Villani de notre promotion. Les noms qui circulaient parmi nous n&#39;étaient évidemment que des noms de garçons. Je n&#39;ai jamais pensé pendant ces années que ça aurait pu être l&#39;une d&#39;entre nous, l&#39;une des filles. &#xA;&#xA;Pourtant, on avait une femme enseignante qui était vraiment brillante d&#39;après les autres enseignant·es. Mais elle n&#39;était pas une très bonne enseignant·e, et son mari avait l&#39;air encore plus brillant. Il y avait beaucoup plus de légendes sur l&#39;intelligence de son mari, qui faisait de la physique statistique et qui était méprisant, que sur elle qui faisait de la mécanique des fluides et qui était gentille. &#xA; &#xA;20 ans plus tard, la personne qui me semble avoir eu la carrière scientifique la plus brillante du point de vue de la puissance de l&#39;intelligence scientifique de ma promo, c&#39;est une fille que je ne connaissais pas très bien. Elle était discrète, elle était l&#39;une des rares filles à être allée en M2 recherche, et elle est aujourd&#39;hui médaille de bronze du CNRS. &#xA;&#xA;Et aujourd&#39;hui je suis intiment convaincue que les femmes sont aussi intelligentes que les hommes et qu&#39;il y a des tas de chercheuses brillantissimes. Juste, que le monde de la recherche, et le monde de la communication autour de la recherche, sont des mondes extrêmement sexistes. Les femmes galèrent plus pour réussir, et leurs résultats sont moins valorisés que ceux des hommes. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin sur ce qu&#39;on peut faire pour lutter contre le sexisme dans les études de sciences, j&#39;ai adoré l&#39;écoute de l&#39;épisode du podcast « Les couilles sur la table » avec Isabelle Collet : a href=&#34;https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/des-ordis-des-souris-et-des-hommes&#34;Des ordis, des souris et des hommes/a. &#xA;&#xA;Le culte de l&#39;excellence &#xA;Sans le vouloir, l&#39;institution nourrit cette culture toxique. &#xA;&#xA;Classer les élèves &#xA;Je pense que les enseignant·es nourrissent cette culture toxique lorsqu&#39;iels pensent qu&#39;il y a réellement un sens à classer les étudiant·es (et non leurs résultats). &#xA;&#xA;Je me rappelle une copine qui est partie faire un semestre à l&#39;étranger. Elle y a eu des meilleures notes qu&#39;à l&#39;ENS. À son retour les enseignant·es de l&#39;ENS ont décidé de lui baisser sa moyenne de quelques points car elle ne valait pas autant. Il était inconcevable qu&#39;elle aurait pu mieux réussir là-bas car elle avait choisi des matières qui lui convenaient mieux, ou parce que les enseignant·es y étaient meilleurs.&#xA;&#xA;Une seule compétence valorisée &#xA;J&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il y avait une seule compétence vraiment valorisée : la capacité à mener des raisonnements calculatoires. Cela renforce l&#39;idée qu&#39;il existe une seule compétence qui vaille, et que c&#39;est l&#39;intelligence qui caractérise la valeur d&#39;un·e élève. &#xA;Je me rappelle aussi mon directeur de thèse dépité que je n&#39;arrive pas à mener un gros calcul et me dire : « Mais tu n&#39;as pas eu le concours toi ?? ». « Bah si, mais pas grâce aux épreuves écrites 🫣 »... &#xA;&#xA;À l&#39;inverse, je dois reconnaître qu&#39;il y a eu quelques initiatives chouettes pour valoriser d&#39;autres compétences. &#xA;Je me rappelle ce prof qui nous a dit que l&#39;examen porterait sur notre capacité à comprendre la physique et pas à faire des maths : j&#39;étais super excitée ! Ou ces enseignant·es de M2 qui nous ont interrogé sur un article de recherche et pas sur notre capacité à faire des calculs de bourrin en temps limité. Merci à eux.  &#xA;&#xA;La mécanique du jugement&#xA;Juger celleux qui sont en dessous&#xA;À la différence des maths, quand on dit que Bob est plus intelligent qu&#39;Alice, en général, ce n&#39;est pas neutre. Implicitement, on dit que Bob a plus de valeur qu&#39;Alice. Et puis on va se rattraper en disant que Alice a d&#39;autres qualités hein, elle est très gentille par exemple. (Je hurle intérieurement en écrivant ce paragraphe puant de sexisme).  &#xA;&#xA;Or donc, j&#39;ai l&#39;impression que quand on croit que cette échelle existe, et qu&#39;elle compte pour nous définir, on ne veut pas être trop en bas de l&#39;échelle. Du coup, c&#39;est rassurant de juger que certaines personnes sont moins intelligentes que moi. Ça veut dire que je suis plus haut sur l&#39;échelle avec les gens intelligents, non ? &#xA;&#xA;Un mécanisme pervers &#xA;Mais ces échelles sont perverses. On n&#39;est jamais tout en haut de l&#39;échelle, on est toujours la nulle de quelqu&#39;un d&#39;autre.  &#xA;&#xA;Je pense qu&#39;à cette époque je méprisais celleux que je pensais en dessous, et j&#39;enviais ceux qui étaient au dessus Et je me sentais nulle quand je les regardais. C&#39;était une mécanique vraiment nulle dont je ne suis pas du tout fière. &#xA;&#xA;Je vois encore plusieurs copines qui méprisent vraiment fort les personnes qu&#39;elles considèrent comme moins intelligentes qu&#39;elles. Je suis souvent du côté des personnes qu&#39;elles classent comme &#34; plus intelligentes&#34;. D&#39;un côté c&#39;est flatteur, mais en vrai, c&#39;est merdique. &#xA;&#xA;Ces copines sont souvent condescendantes et parfois maltraitantes avec des personnes qu&#39;elles ne jugent pas assez intelligentes. Et ça me fait mal de voir ça. &#xA;Et surtout, plus égoïstement, elles sont souvent pénibles avec moi. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;elles cherchent à me montrer mes erreurs, ce que je ne sais pas ou que je n&#39;ai pas compris pour pouvoir m&#39;appuyer un peu sur la tête et monter elles un peu plus haut sur l&#39;échelle. &#xA;&#xA;J&#39;ai réalisé assez récemment que j&#39;appréciais ces copines qui souvent me renvoient une image flatteuse, mais que je suis toujours sur le qui-vive de la remarque passive-agressive bien désagréable. Est-ce qu&#39;on peut avoir une amitié entre deux personnes qui se voient à des places différentes sur une échelle de valeur ? Je n&#39;en sais rien...*&#xA;&#xA;Conclusion&#xA;Je me suis fait du mal, et j&#39;en ai fait à d&#39;autres en renforçant cette culture toxique de l&#39;intelligence logico-mathématiques. En fait, je suis convaincue que d&#39;en parler et d&#39;expliquer comment cette mécanique du jugement fonctionne aide à s&#39;en défaire. &#xA;&#xA;J&#39;ai vraiment pris conscience en thèse que je jugeais sur l&#39;intelligence, quand j&#39;étais dans un environnement moins toxique, et que j&#39;ai pu constater la diversité des personnes qui faisaient de la recherche autour de moi. Mon parcours en sciences de l&#39;éducation m&#39;a ensuite convaincue que la performance est le fruit d&#39;autre chose qu&#39;une intelligence qui serait innée. Cet article me permet de rajouter une petite pierre pour : &#xA;&#xA;Déconstruire le mythe de l&#39;intelligence scientifique innée. Il n&#39;y a pas de don qui fait qu&#39;une personne devient Einstein. Il y a certes une petite prédisposition, mais c&#39;est surtout : un environnement qui permet de cultiver la compétence parce qu&#39;on a les bons guides, les bonnes lectures, du temps à y consacrer, une bonne santé physique et mentale, etc. &#xA;Déconstruire l&#39;échelle de valeur associée à cette intelligence scientifique. Ma thèse m&#39;a appris que la recherche était une aventure collective et qu&#39;il y avait besoin de compétences diverses. Mon directeur de thèse est brillant, mais il n&#39;aurait jamais eu cette carrière s&#39;il n&#39;avait pas été entouré de gens moins créatifs/brillants mathématiquement, mais très rigoureux et très patients. Il y a vraiment besoin de tout un tas de qualités et de compétences très différentes en recherche, et c&#39;est encore plus vrai aujourd&#39;hui. &#xA;Nourrir une réflexion plus large sur le poids des jugements de valeur dans nos relations amicales et familiales. Je viens d&#39;une famille grossophobe, classiste, élitiste, sexiste, qui croit en la valeur travail... J&#39;ai mis du temps à voir que j&#39;étais jugeante, à voir que je ne supportais pas être jugée, à comprendre à quel point j&#39;étais construite sur ces jugements. Et à commencer à les déconstruire... &#xA;&#xA;Work In Progress... &#xA;&#xA;Societe &#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Je me rappelle très bien quand je vivais encore à Lyon, quand j&#39;étais encore étudiante, et que j&#39;étais persuadée d&#39;être une erreur de casting. L&#39;école que j&#39;avais intégrée recrutait des personnes très intelligentes, et j&#39;étais convaincue que ça n&#39;était pas mon cas.</em>
</p>

<h2 id="arrivée-à-l-ens-par-erreur" id="arrivée-à-l-ens-par-erreur">Arrivée à l&#39;ENS par erreur</h2>

<p>Après les classes prépa, j&#39;ai intégré l&#39;ENS de Lyon : une école qui avait la réputation de réunir des gens très intelligents. Je suis rentrée très bien classée au concours. Mais très vite, je me suis rendue compte qu&#39;il y avait eu erreur.</p>

<p><strong>Je n&#39;étais pas du tout aussi brillante que <em>certains</em> de mes camarades.</strong> J&#39;avais juste beaucoup travaillé et j&#39;avais eu de la chance, mais je n&#39;étais pas particulièrement intelligente. Je le savais déjà car en prépa j&#39;avais réussi mais en travaillant régulièrement. L&#39;ENS me l&#39;a rapidement confirmé : j&#39;avais passé 5 ou 6 heures à essayer de faire le premier de TD de physique statistique, et je n&#39;avais rien compris. Je trainais avec quelques garçons qui n&#39;avaient rien préparé, ou bien juste un peu, et qui avaient l&#39;air de maîtriser.</p>

<p>Pendant ces années dorées (payée nourrie logée pour apprendre), j&#39;ai eu un énorme sentiment de ne jamais être à ma place. Je me sentais nulle, j&#39;avais un bon gros <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_l%27imposteur" rel="nofollow">syndrome de l&#39;impostrice</a>.</p>

<h2 id="l-échelle-de-l-intelligence" id="l-échelle-de-l-intelligence">L&#39;échelle de l&#39;intelligence</h2>

<p>J&#39;avais l&#39;impression de partager avec mes camarades une sorte d&#39;échelle d&#39;intelligence sur laquelle on plaçait les gens. On en parlait pas vraiment explicitement, sauf pour mettre en avant une personne vraiment très forte, et systématiquement, c&#39;était un garçon.</p>

<h3 id="des-preuves-d-intelligence" id="des-preuves-d-intelligence">Des preuves d&#39;intelligence</h3>

<p>Il y avait plein de signes qui montraient qu&#39;on était, ou pas, très intelligent.</p>

<p>Je me rappelle de ce gars qui ramenait le Cohen-Tanoudji (gros bouquin de mécanique quantique avec plein de maths) au foyer, l&#39;endroit où on venait normalement boire des coups et déconner. Si ça se trouve, <strong>il aimait lire des trucs compliqués avec un verre de bière et du bruit autour</strong>. Mais peut-être qu&#39;il faisait comme ceux qui mettent des gros livres bien en évidence derrière eux quand ils font des visios. En tous cas, moi ça me renvoyait que je n&#39;étais clairement pas passionnée au point d&#39;amener des livres de sciences au bar, et qu&#39;il me fallait un environnement hyper calme, et tous mes neurones, pour ouvrir ce genre de livre, pas comme lui. J&#39;étais donc moins intelligente.</p>

<p><strong>L&#39;autre preuve d&#39;intelligence, c&#39;était de ne pas travailler, et de réussir les examens quand même</strong>. Pas de bol pour moi, c&#39;était réellement ce qui arrivait à mon copain. Il venait en cours où il prenait des notes et posait quelques questions, et puis il ne rouvrait <em>jamais</em> aucun cours. Moi j&#39;étais une laborieuse, j&#39;avais besoin de travailler pour réussir.</p>

<p>J&#39;ai compris plus tard que ce n&#39;est pas pareil de grandir avec un père chercheur ou avec une mère psy, d&#39;avoir fait 3 années de prépa ou seulement deux. Et que si j&#39;étais moins forte en maths, c&#39;était parce que c&#39;était une compétence que j&#39;avais quand même moins travaillé. Il m&#39;a fallu des années pour déconstruire le mythe qui dit que <strong>l&#39;intelligence qui fait qu&#39;on réussit en maths est un don</strong>.</p>
<ul><li>Sur le sujet du don qui serait inné mais qui en fait ne l&#39;est pas du tout, je recommande l&#39;excellent livre : <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Peak:_Secrets_from_the_New_Science_of_Expertise" rel="nofollow">Peak: Secrets from the New Science of Expertise</a> de Anders Ericsonn et Robert Pool.</li></ul>

<h3 id="sexisme-intégré" id="sexisme-intégré">Sexisme intégré</h3>

<p>Je me rappelle des discussions pour savoir <strong>qui était le génie</strong>, la personne ultra brillante, qui aurait dû intégrer Ulm (l&#39;école encore plus prestigieuse), mais qui avait terminé avec nous, et qui serait le Cédric Villani de notre promotion. Les noms qui circulaient parmi nous n&#39;étaient évidemment <strong>que des noms de garçons</strong>. Je n&#39;ai jamais pensé pendant ces années que ça aurait pu être l&#39;une d&#39;entre nous, l&#39;une des filles.</p>

<p>Pourtant, on avait une femme enseignante qui était vraiment brillante d&#39;après les autres enseignant·es. Mais elle n&#39;était pas une très bonne enseignant·e, et son mari avait l&#39;air encore plus brillant. Il y avait beaucoup plus de légendes sur l&#39;intelligence de son mari, qui faisait de la physique statistique et qui était méprisant, que sur elle qui faisait de la mécanique des fluides et qui était gentille.</p>

<p>20 ans plus tard, la personne qui me semble avoir eu la carrière scientifique la plus brillante du point de vue de <em>la puissance de l&#39;intelligence scientifique</em> de ma promo, c&#39;est une fille que je ne connaissais pas très bien. Elle était discrète, elle était l&#39;une des rares filles à être allée en M2 recherche, et elle est aujourd&#39;hui médaille de bronze du CNRS.</p>

<p>Et aujourd&#39;hui je suis intiment convaincue que <strong>les femmes sont aussi intelligentes que les hommes et qu&#39;il y a des tas de chercheuses brillantissimes</strong>. Juste, que le monde de la recherche, et le monde de la communication autour de la recherche, sont des mondes extrêmement sexistes. Les femmes galèrent plus pour réussir, et leurs résultats sont moins valorisés que ceux des hommes.</p>
<ul><li>Pour aller plus loin sur ce qu&#39;on peut faire pour lutter contre le sexisme dans les études de sciences, j&#39;ai adoré l&#39;écoute de l&#39;épisode du podcast « Les couilles sur la table » avec Isabelle Collet : <a href="https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/des-ordis-des-souris-et-des-hommes" rel="nofollow">Des ordis, des souris et des hommes</a>.</li></ul>

<h3 id="le-culte-de-l-excellence" id="le-culte-de-l-excellence">Le culte de l&#39;excellence</h3>

<p>Sans le vouloir, l&#39;institution nourrit cette culture toxique.</p>

<h4 id="classer-les-élèves" id="classer-les-élèves">Classer les élèves</h4>

<p>Je pense que les enseignant·es nourrissent cette culture toxique lorsqu&#39;iels pensent qu&#39;il y a réellement un sens à classer les étudiant·es (et non leurs résultats).</p>

<p>Je me rappelle une copine qui est partie faire un semestre à l&#39;étranger. Elle y a eu des meilleures notes qu&#39;à l&#39;ENS. À son retour les enseignant·es de l&#39;ENS ont décidé de lui baisser sa moyenne de quelques points car <em>elle ne valait pas autant</em>. Il était inconcevable qu&#39;elle aurait pu mieux réussir là-bas car elle avait choisi des matières qui lui convenaient mieux, ou parce que les enseignant·es y étaient meilleurs.</p>

<h4 id="une-seule-compétence-valorisée" id="une-seule-compétence-valorisée">Une seule compétence valorisée</h4>

<p>J&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il y avait une seule compétence vraiment valorisée : la capacité à mener des raisonnements calculatoires. Cela renforce l&#39;idée qu&#39;il existe une seule compétence qui vaille, et que c&#39;est l&#39;intelligence qui caractérise la valeur d&#39;un·e élève.
Je me rappelle aussi mon directeur de thèse dépité que je n&#39;arrive pas à mener un gros calcul et me dire : « <em>Mais tu n&#39;as pas eu le concours toi ??</em> ». « <em>Bah si, mais pas grâce aux épreuves écrites</em> 🫣 »...</p>

<p>À l&#39;inverse, je dois reconnaître qu&#39;il y a eu <strong>quelques initiatives chouettes pour valoriser d&#39;autres compétences</strong>.
Je me rappelle ce prof qui nous a dit que l&#39;examen porterait sur notre capacité à comprendre la physique et pas à faire des maths : j&#39;étais super excitée ! Ou ces enseignant·es de M2 qui nous ont interrogé sur un article de recherche et pas sur notre capacité à faire des calculs de bourrin en temps limité. Merci à eux.</p>

<h2 id="la-mécanique-du-jugement" id="la-mécanique-du-jugement">La mécanique du jugement</h2>

<h3 id="juger-celleux-qui-sont-en-dessous" id="juger-celleux-qui-sont-en-dessous">Juger celleux qui sont en dessous</h3>

<p>À la différence des maths, quand on dit que Bob est plus intelligent qu&#39;Alice, en général, ce n&#39;est pas neutre. <strong>Implicitement, on dit que Bob a plus de valeur qu&#39;Alice</strong>. Et puis on va se rattraper en disant que Alice a d&#39;autres qualités hein, elle est très gentille par exemple. <em>(Je hurle intérieurement en écrivant ce paragraphe puant de sexisme)</em>.</p>

<p>Or donc, j&#39;ai l&#39;impression que quand on croit que cette échelle existe, et qu&#39;elle compte pour nous définir, on ne veut pas être trop en bas de l&#39;échelle. Du coup, <strong>c&#39;est rassurant de juger que certaines personnes sont moins intelligentes que moi</strong>. Ça veut dire que je suis plus haut sur l&#39;échelle avec les gens intelligents, non ?</p>

<h3 id="un-mécanisme-pervers" id="un-mécanisme-pervers">Un mécanisme pervers</h3>

<p>Mais ces échelles sont perverses. <strong>On n&#39;est jamais tout en haut de l&#39;échelle, on est toujours la nulle de quelqu&#39;un d&#39;autre</strong>.</p>

<p>Je pense qu&#39;à cette époque je méprisais celleux que je pensais en dessous, et j&#39;enviais ceux qui étaient au dessus Et je me sentais nulle quand je les regardais. C&#39;était une mécanique vraiment nulle dont je ne suis pas du tout fière.</p>

<p>Je vois encore plusieurs copines qui méprisent vraiment fort les personnes qu&#39;elles considèrent comme moins intelligentes qu&#39;elles. Je suis souvent du côté des personnes qu&#39;elles classent comme “ plus intelligentes”. <strong>D&#39;un côté c&#39;est flatteur, mais en vrai, c&#39;est merdique</strong>.</p>
<ul><li>Ces copines sont souvent condescendantes et parfois maltraitantes avec des personnes qu&#39;elles ne jugent pas assez intelligentes. Et ça me fait mal de voir ça.</li>
<li>Et surtout, plus égoïstement, elles sont souvent pénibles avec moi. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;elles cherchent à me montrer mes erreurs, ce que je ne sais pas ou que je n&#39;ai pas compris pour pouvoir m&#39;appuyer un peu sur la tête et monter elles un peu plus haut sur l&#39;échelle.</li></ul>

<p>J&#39;ai réalisé assez récemment que j&#39;appréciais ces copines qui souvent me renvoient une image flatteuse, mais que je suis toujours sur le qui-vive de la remarque passive-agressive bien désagréable. <strong>Est-ce qu&#39;on peut avoir une amitié entre deux personnes qui se voient à des places différentes sur une échelle de valeur ?</strong> <em>Je n&#39;en sais rien...</em></p>

<h2 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h2>

<p>Je me suis fait du mal, et j&#39;en ai fait à d&#39;autres en renforçant cette culture toxique de l&#39;intelligence logico-mathématiques. En fait, je suis convaincue que d&#39;en parler et d&#39;expliquer comment cette mécanique du jugement fonctionne aide à s&#39;en défaire.</p>

<p>J&#39;ai vraiment pris conscience en thèse que je jugeais sur l&#39;intelligence, quand j&#39;étais dans un environnement moins toxique, et que j&#39;ai pu constater la diversité des personnes qui faisaient de la recherche autour de moi. Mon parcours en sciences de l&#39;éducation m&#39;a ensuite convaincue que la performance est le fruit d&#39;autre chose qu&#39;une intelligence qui serait innée. Cet article me permet de rajouter une petite pierre pour :</p>
<ol><li><strong>Déconstruire le mythe de l&#39;intelligence scientifique innée</strong>. Il n&#39;y a pas de don qui fait qu&#39;une personne devient Einstein. Il y a certes une petite prédisposition, mais c&#39;est surtout : un environnement qui permet de cultiver la compétence parce qu&#39;on a les bons guides, les bonnes lectures, du temps à y consacrer, une bonne santé physique et mentale, etc.</li>
<li><strong>Déconstruire l&#39;échelle de valeur associée à cette intelligence scientifique</strong>. Ma thèse m&#39;a appris que la recherche était une aventure collective et qu&#39;il y avait besoin de compétences diverses. Mon directeur de thèse est brillant, mais il n&#39;aurait jamais eu cette carrière s&#39;il n&#39;avait pas été entouré de gens moins créatifs/brillants mathématiquement, mais très rigoureux et très patients. Il y a vraiment besoin de tout un tas de qualités et de compétences très différentes en recherche, et c&#39;est encore plus vrai aujourd&#39;hui.</li>
<li><strong>Nourrir une réflexion</strong> plus large sur le <strong>poids des jugements de valeur</strong> dans nos relations amicales et familiales. Je viens d&#39;une famille grossophobe, classiste, élitiste, sexiste, qui croit en la valeur travail... J&#39;ai mis du temps à voir que j&#39;étais jugeante, à voir que je ne supportais pas être jugée, à comprendre à quel point j&#39;étais construite sur ces jugements. Et à commencer à les déconstruire...</li></ol>

<p>Work In Progress...</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/suis-je-assez-intelligente</guid>
      <pubDate>Mon, 28 Apr 2025 11:57:37 +0200</pubDate>
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