Visites autour des déchets en Nord Gironde

En ce moment chez nous, dans notre campagne déshéritée, c'est la guerre des déchets. Le syndicat qui regroupe plus de 200 communes met en œuvre une grosse réforme de la gestion des déchets. Leur objectif : s'attaquer à la production des déchets à la source en économisant de l'argent sur la collecte. Dans ce contexte, je coordonne pour le groupe local des écolos une réflexion autour de cette réforme. Et nous avions donc organisé 2 visites techniques :

Le centre d'enfouissement

On m'avait prévenue que l'odeur, l'étendue, le gâchis de plastiques partout pourraient être marquantes.

Photo au format paysage d'un casier de centre d'enfouissement de déchets avec une personne à gauche qui prend une photo

Planche extraite de Sixte mineure : Le mal de mer tome 6 de la série Pacush Blues de PtiLuc aux éditions Vents d'Ouest. On y voit une mouette et des rats se battre

Miscellanées techniques

J'ai bien aimé apprendre plein de petites choses techniques.

Les serres de Lapouyade

Les moteurs qui font de l'électricité produisent aussi de la chaleur. Cette chaleur est envoyée dans un réseau de chaleur (des tuyaux qui font circuler de l'eau chaude) qui alimente des serres de culture de tomates hors sol. Ces tomates sont vendues sous l'appellation Rougeline, un distributeur local, enfin de Marmande, donc tout va bien, c'est local 🙃. Des personnes vues de dos marchent dans une serre industrielle de production de tomates. Crédit : P. Géminel

En vrai, c'était intéressant de découvrir l'industrie de production de tomates :

En gros, on est très loin d'une pratique écologique. Mais les chiffres m'ont surprise. Sur en gros 600 000 tonnes de tomates consommées en France chaque année :

On est encore vraiment loin du retour à la consommation des légumes de saison... 😢

Économie circulaire ?

On était accompagnés dans cette visite par l'association Zero Waste. J'avais discuté avec Benjamin avant la visite, et il me disait que l'une des plus grosses erreurs qu'il voyait sur la question des déchets, c'est d'appeler économie circulaire quelque chose qui est purement du décyclage. À Lapouyade, tout ce qui est tiré des déchets (chaleur, électricité, eau, ...) et convertit en valeur, est appelé économie circulaire. On aurait presque envie de dire : il ne faut pas que ce site ne ferme, c'est super tout ce réseau d'activité grâce à nos déchets. C'est d'ailleurs un peu le message qu'on entend.

L'économie circulaire, c'est éviter que ce qu'on produit ne devienne un déchet final que l'on va enterrer pour des centaines d'années dans les forêts du coin. La réutilisation des déchets, c'est un pis aller, pas une vertu !

Le centre de tri

Nous avons été reçus par la directrice du Smicval, la personne responsable des aspects techniques, et par la personne responsable de l'engagement citoyen. Trois personnes qui nous ont semblé super compétentes, et qui ont vraiment pris le temps de nous recevoir et d'échanger avec nous.

Les équipes du Smicval ont vraiment à cœur de réduire les déchets, pas juste de les traiter du mieux possible. En tant qu'écologiste, c'était vraiment chouette à entendre.

Miscellanées techniques

Conduite du changement

On a évidemment pas mal parlé avec l'équipe du Smicval de la difficulté de la réforme en cours. Même les opposants à la réforme semblent d'accord sur la justesse de l'objectif : il faut réduire la production de déchets, le smicval market et le comptoir repar sont des bonnes choses. Là, où l'opposition se cristallise, c'est sur le changement de type de collecte. Là clairement, c'est le bras de fer.

Certaines personnes dans notre groupe sont convaincues qu'il y a eu des erreurs de communication grossières. Que les solutions sont assez évidentes, et que le Smicval devrait nous écouter car on saurait résoudre le problème avec notre regard extérieur.

Ce n'est pas du tout mon avis.

Je partage le constat (et le Smicval aussi) : il est clair que la population est mal informée, et n'a pas été assez consultée. Mais je ne partage pas l'idée que c'est facile de voir ce qu'il aurait fallu faire, ni de savoir comment réparer de là où on en est.

Je retiens les quelques points suivants :

Conclusion : un problème d'échelle ?

Et qu'en retenir ? À part que c'est un sujet complexe et que l'effet Dunning Kruger joue à plein : quand on s'est un peu renseigné sur le sujet, qu'on y a passé quelques heures, on est persuadé que c'est un problème simple, qui aurait pu être évité avec un tout petit peu plus de bon sens.

À date, mon sentiment est qu'il y a un problème d'échelle. Ce n'est pas possible de piloter d'en haut une réforme pour 200 000 habitants. La tendance est à la centralisation, mais le changement, la co-construction, l'engagement des citoyens, ça se fait à une toute petite échelle : 400, 500, peut être 1000 habitant·es. Je me demande s'il n'aurait pas fallu penser une réforme qui aurait pu être négociée par communauté de communes, avec des ambassadeurs ou des référents dans chaque commune, voir dans chaque quartier ?

Et aujourd'hui, quelle suite ?

Nous n'avons pas encore rencontré les politiques qui portent le sujet, mais ils semblent vouloir tenir le cap jusqu'aux prochaines municipales. Il semble y avoir 3 options sur la table :

  1. Ça passe, la réforme va partout au bout.
  2. On s'arrête là, au milieu du gué, et on n'a pas les économies de passage à l'échelle, on arrête la construction des nouveaux projets. Et les coûts de traitement des déchets vont continuer à augmenter car on maintient 2 services.
  3. On retourne en arrière pour revenir partout au porte à porte, et là ça va coûter extrêmement cher.

Je me demande s'il ne serait pas possible d'avoir des négociations de modèle communauté de communes par communautés de commune, en associant les citoyens, maintenant que ceux-ci se sentent concernés ?

La vérité, c'est que je n'ai aucune certitude de ce qu'il faut faire. Les options 1 et 3 me semblent irréalistes, et que plus j'en sais, moins j'en sais.

Note de bas de page sur les tomates

Valérie M. a été surprise par les chiffres que je lui ai donné sur les tomates, et donc elle a été faire un peu de fact checking. Voici ce qu'elle a trouvé :

Quelques liens pour creuser :

Crédits