Ah ton rire… le monde devient immense, chaud et joyeux. On a tellement ri que tu t’ais fait pipi dessus. Rien du tout, une petite goutte. Alors quels pleurs, quelles larmes… Tu étais honteux malgré nos mots qui se voulaient réconfortant, minimisant. Ta mère devait être partagée entre culpabilité et agacement. Les pleurs, les cris sont toujours aussi difficiles pour elle. Et puis l’incompréhension… comme si tu avais déjà toute l’expérience nécessaire pour comprendre que … pour comprendre quoi d’ailleurs. Tu éprouvais de la honte. Tu aimerais ne jamais faire de bêtises. Tu voudrais tout savoir et tout savoir faire parfaitement. Nos mots n’y peuvent rien. Alors je ne te lâche pas mon grand, je transforme mes mots-explication en mots-bouées, en mots-perches, en mots-liens, en mots qui tissent un je-ne-sais-quoi qui nous relient sans crainte et sans attente. Après la douche, je te passe de la crème pour hydrater ta peau toute sèche, « peau atopique », pas typique. Avant même que je ne te touche, tu te tortilles, tu rigole de chatouille et ton corps se tend. Alors je pose une main sur ton dos, je ne bouge pas et je t’invite avec les mots à écouter ce que tu ressens, plutôt que cette anticipation. Tu te détends, je crois même que ça te fait du bien. Alors je tartine et, ô malheur ! je passe sur ta main. Tes larmes reviennent, tu détournes le regard… « berk… je ne pourrais plus toucher ma radio ! ». Je te comprends, je me rappelle ses sensations, moi aussi quand j’étais enfant. Tu l’exprimes si bien. Incompréhensible ou insupportable pour d’autres peut-être. Pour moi ce serait injuste, violent que je le dénigre. C’est facile pour moi d’accueillir. Je souris à l’intérieur, c’est chaud. Je t’invite à rester ici et maintenant. Il n’y a pas la radio. On n’est même pas encore à l’enfilage du pyjama. Tu n’aimes pas la sensation d’avoir les mains grasses. Ok. Tout à l’heure on se lavera les mains ensemble. Tu verras. On a continué, et tu n’as pas fait de crise (je n’aime pas cette formule, comme s’il le faisait exprès, pour embêter, …). Je t’ai accompagné, tout en te laissant ton autonomie, si importante pour toi.
Après l’histoire, après que je t’ai dit « bonne nuit, je t’aime fort », tu as demandé ta radio à maman et puis tu t’es endormi.