Solitaire

Avant j’avais mes mots. Des phrases qui se formaient dans ma tête, qu’il fallait que je pose au crayon sur un carnet. Je croyais que je pouvais écrire des trucs profonds, des trucs de fous. J’écrivais juste pour ressentir, pouvoir sentir que quelque chose se mettait en forme, se mettait en branle et m’arrachait quelques larmes, parfois d’ivresse, pour de vrai. Il y a tellement de feuilles noircies depuis mes 13 ans, ces premières fois où t’as tout compris, que rien ne tient, que personne ne tient. Tu fais semblant de t’en foutre de tout, « soyons désinvoltes ». Tu crèves avec ta trouille, ta solitude et tes absences de certitude. Tu cherchais juste un frère, un bon ami. Tu t’es frotté à Mathieu, à Cyril, à Émilie et Stéphanie, et jamais tu ne t’y es piqué. Toujours ce goût de la tragédie, ce sentiment au cœur de toi qui te coupe des autres, et te donne froid. Quand je serais plus là, que se dira mon fils s’il tombe sur tout ça. Tellement de solitude pour une seule personne.