Carnatique
J'étais jeune infirmier en cardio. Un jour, je suis dans la chambre d’un patient, un jeune homme. Je crois qu’il était journaliste. Il écoutait de la musique indienne : les phrasés, la flûte, les tabla, les tambours…
Je n’y connaissais rien à l’Inde, mais quelque chose m’a touché. J’en ai parlé avec lui, et, dans sa générosité, il m’a offert la K7. Exemplaire unique et non commercial, enregistrée par lui-même avec son matériel pro. Une K7 en or pour moi.
Dès que je l’écoutais, sur mon walkman ou ma chaîne hi-fi à la maison, tout le reste s’effaçait. La fatigue du service, les soucis, le temps… Je me sentais transporté, comme suspendu dans un espace hors du quotidien. Les rythmes répétés, les tabla et les tambours, me mettaient dans une hypnose douce ; la flûte m’élevait, m’emportait dans quelque chose de plus vaste, de plus calme. C’était une musique qui ouvrait le temps, qui le ralentissait, qui me mettait en paix.
Et puis le temps a passé, et d’autres musiques m’ont attiré. Mais un jour, j’ai eu besoin de me reconnecter à l’Inde. Malheur ! je ne retrouvais plus la K7. Je l’avais perdue.
Aujourd’hui encore, je m’en veux.
Mais ce qu’elle m’a donné, je l'ai toujours au fond de moi. Les sons, le frisson, cette sensation mystique et d'élévation… c’est toujours là, intact.
Et ce raga, trouvé aujourd’hui, a ravivé ce souvenir :