Graffiti

J’écris comme on trace un graffiti. En sachant que la pluie viendra, que le mur sera repeint, que le serveur s’éteindra, que l’orage magnétique frappera.

Les mots, les plus beaux comme les plus vils, deviennent binaires quelque part, réduits à des impulsions fragiles qui prétendent encore dire j’ai été là.

L’écriture – château de sable – construite avec soin, promise à l’érosion, effacée dans le matériel et dans l’immatériel.

On garde parfois une phrase, un éclat, un fragment rescapé du bruit. Le reste se dissout sans témoin.

Écrire embellit ou trahit le réel, comme une mémoire sélective qui choisit ce qu’elle consent à perdre.

Les mots portent les germes de la mort – non par morbidité, mais parce qu’ils veulent laisser une trace, ne pas être réduits à la poussière, à l’atome invisible.

Tout s’efface ici-bas. Il suffit que le temps passe par là.

Les mots, la musique, la peinture, l’architecture sont voués à la fouille, à l’interprétation, à l’erreur.

Ceux qui traversent un temps les âges ne sont plus que phrases et sons déformés d'avoir été trop lus.

Il faut du courage – ou de la lucidité – pour admettre sa finitude et celle de ce qu’on amasse.

Ici, maintenant, j’écris comme l’artiste de rue peint. Sans illusion de durée. Avec soin.

Un certain film n'a-t-il pas retenu cette phrase qui perdurera un temps ?

« Si vous acceptez cette mission ...
ce message s’auto-détruira… »

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