La Mère – Maxime Gorki
Roman publié en 1906. Le socialisme se propage en Russie. Les ouvriers, puis les paysans, ne supportent plus les conditions de vie imposées par le pouvoir en place et la corruption systémique. Ils réagissent. Ils s’organisent. Ce qui m’a plu, c’est que Gorki a mis en avant le rôle des femmes. Elles sont partout. Pas en avant. Pas en héroïnes qui font du bruit. Mais avec leur manière à elles de ressentir et d’agir. Gorki leur a donné une belle place dans le roman.
D’abord la mère, Pélaguée. Au début du roman, on la voit vivre dans la crainte. De son mari, de la police, de ce que pense le voisin. Elle vit courbée, battue par son mari, effacée depuis si longtemps qu’elle n’a plus le souvenir de jours heureux.
Son mari décède. Son fils entre dans le mouvement politique et en devient un leader local. Elle écoute les réunions qui se déroulent chez elle. Elle fait des efforts pour comprendre. Elle apprend à lire. Une transformation s’opère. Elle aime la camaraderie authentique du groupe qui se forme. Elle ne devient pas une révolutionnaire au sens classique. Elle devient quelqu’un, elle qui n’avait pas d’existence propre. Sa force, elle ne la crie pas. Elle avance, c’est tout.
Natacha, c’est la jeunesse. Elle va vite. Elle croit que ça peut changer, maintenant, tout de suite. À côté de Pélaguée, on sent le décalage de génération. La peur d’un côté, l’élan de l’autre.
Sachenka, c’est le calme et la clarté. Elle analyse. Elle explique sans écraser. Elle rassure.
Sophie, c’est la douceur sans être naïve. Elle aide, elle écoute, elle est là. Mais elle ne se fait pas d’illusions. Elle sait que le monde est dur. Elle est aussi pianiste et, par elle, Pélaguée découvre la musique.
Lioudmila, c’est la liberté. Elle est très active et ne ménage pas sa personne. Elle n’est pas enfermée dans un rôle. Elle ne demande pas si elle a le droit d’être là. Elle est là.
Et Tatiana. Plus discrète. On la remarque moins, mais sans elle, beaucoup de choses ne se feraient pas. Elle représente toutes celles qui agissent en silence.
Pour moi, La Mère, ce n’est pas seulement un roman sur des idées. C’est un roman sur des transformations intérieures. Et très souvent, ce sont les femmes qui les portent. Pas avec des grands mots, mais avec des gestes. Avec une présence et une force tranquille. Une endurance.
Ce livre-là, je l’ai surtout lu à travers elles.