Le Bulletin
Ce que savent les enveloppes
La campagne n’est pas encore lancée, mais je sais que chacun, chacune, pense à moi.
On me représente comme un bout de papier avec un super pouvoir. Ou alors comme un bouton sur un écran tactile, avec le pouvoir de détruire ou de bâtir. C’est selon la volonté de la main.
Je ne suis pas un simple bout de papier, ni une image sur un écran.
Déjà, on parle de moi alors que mon heure n’est pas encore venue.
Je ne suis pas seul. Nous sommes des milliers. Nous sommes légions.
Je me souviens, il y a presque cinq ans. Sur mon dos je portais un nom : P. Durand. Je devais transmettre un message, une réponse.
On m’a glissé dans une enveloppe opaque, puis dans une fente, et on m’a laissé tomber au fond d’une boîte transparente, sur mes compagnons, à la vue de tous.
Là avait commencé le voyage. Ma boîte transparente a rejoint d’autres boîtes semblables. Nous étions tous rendus aveugles, enfermés dans nos habits de papier. Je respirais l’odeur âcre et tenace de l’encre fraîche, mêlée à celle de vieux carton.
Notre cortège de boîtes a traversé des couloirs éclairés et des couloirs sombres. C’est tout ce que je sais.
Jusqu’au moment où on m’a déshabillé et où l’on a annoncé le nom que je portais sur mon dos.
Après, j’ai perdu la mémoire, car j’ai été jeté, bousculé et remisé dans un endroit où il n’y avait plus ni bruit ni agitation.
…
Une rumeur court parmi nous : des boîtes transparentes auraient été perdues, d’autres retrouvées.
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