PranaFlow 3 – Le Dôme

À Marsac, la galerie marchande du centre commercial est une immense caisse de résonance.

Entre les néons, le Wi-Fi public qui sature l'air, la téléphonie sans fil des employés et les ondes invisibles de milliers de portables, le smog électromagnétique est presque palpable.

Pour Frédéric, vendeur chez GameZone, cet environnement est depuis le début une torture pour ses nerfs.

Grâce à PranaFlow, aujourd'hui, le chaos s'arrête net à la frontière de son dôme de verre virtuel. Les fréquences hostiles de la galerie viennent mourir contre une paroi invisible. Dans ses oreilles, la fréquence 433 Hz a tout lissé. Frédéric observe la foule à travers les vitrines : des centaines de clients. Leurs visages sont devenus gris, leur faciès figé. Ils déambulent comme des spectres sous la lumière artificielle.

Un gamin d'une dizaine d'années est planté devant la borne de démonstration d'un jeu de combat. Il s'excite sur les boutons, le visage rouge de colère parce que la manette ne répond pas assez vite. Il finit par frapper violemment le support en plastique dans un bruit sec qui fait sursauter tous les clients aux alentours.

Frédéric, lui, ne sourcille pas. Il regarde la scène avec une neutralité de robot.

Un homme s’approche du comptoir, une boîte de console sous le bras, l’air pressé et passablement irrité par l’attente.

— Monsieur ? C’est bientôt mon tour ou je dois poser un congé pour payer ?

Frédéric relève lentement la tête. Ses yeux sont d'une clarté anormale, fixes, presque vitreux. Il affiche un sourire qui ne sollicite aucun muscle de son visage, à part les commissures des lèvres. Hier soir, il a trouvé « Bienveillance Optimale » sur l'interface de l'application.

Ça va m'aider à supporter les clients jamais contents, s'était-il dit.

— Je suis à vous dans un instant, murmure-t-il d'une voix dépourvue de toute inflexion humaine.

Il commence à scanner l'article avec la lenteur d'un danseur de ballet. Son geste est trop précis, trop fluide pour être naturel.

Le client, d’abord agressif, se tait brusquement. Il observe Frédéric avec un malaise croissant. Il y a quelque chose de bizarre dans ce service un peu trop parfait.

Frédéric ne regarde pas le client. Il fixe le vide, savourant la vibration qui lui remonte dans la mâchoire. Sa montre connectée lui indique une cohérence cardiaque parfaite, une ligne droite et froide.

Quand il tend le ticket de caisse, ses doigts effleurent ceux de l'homme. La peau de Frédéric est glacée. Le client retire sa main d'un coup sec, comme s'il venait de toucher un corps inanimé. Malaise. Il s'éloigne rapidement sans demander son reste, jetant un coup d'œil inquiet par-dessus son épaule.

Frédéric reste immobile, son sourire de plastique toujours en place. Il se sent simplement... protégé.

Dans le smog de Marsac, il est le seul à ne plus souffrir. Il ne ressent plus le bruit, ni la chaleur, et à peine l'existence de ceux qui lui font face.

La journée continue, lisse et transparente comme du verre.

#séries #pranaflow

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