Sébastien – Chapitre 10
La séance de kinésithérapie est passée, ainsi que le repas au restaurant thérapeutique. Séb était un peu dans les nuages. Ses compagnons de table l’ont trouvé moins attentif que d’habitude.
De retour dans sa chambre, allongé pour une sieste, il ne cesse de repenser à sa vision concernant Valérie. À sa réaction. Elle est entrée, elle aussi, dans les constellations de son ciel.
Un écheveau invisible la relie désormais à Naïma et à Virginie.
En début d’après-midi, les yeux fermés, il entend la porte s’ouvrir avec douceur. Le parfum qu’il reconnaît dessine aussitôt l’image mentale de sa mère.
Il fait semblant de dormir encore un peu, tout en l’observant presque à travers ses paupières. Son dos est légèrement voûté. Elle semble porter un lourd fardeau.
Elle rapproche la chaise près du lit, se positionne tout à côté, presque en vis-à-vis.
Séb ouvre les yeux.
– Coucou, mon chéri.
J’ai croisé Valérie, ta kiné. Elle est très sympathique. Elle m’a parlé de toi et m’a dit que ça se passe toujours bien avec toi.
Regarde… j’ai trouvé le nouveau CD de ton groupe préféré. L’équipe te le passera. Le matin, ça va bien te réveiller, haha.
Puis elle marque une pause. L’atmosphère se grise.
Séb ressent une étreinte dans son cœur. Il voit bien qu’elle fait tout ce qu’elle peut pour paraître sereine.
Elle garde le silence un moment. Son avant-bras repose sur le rebord du lit, tout près du sien.
Alors, dans un élan du cœur, Séb parvient à mobiliser sa main. Il la fait glisser jusqu’à entrer en contact, délicatement, avec la peau de sa mère. Et il articule :
– Je t’aime, m’man.
Sa mère se redresse brusquement. En pleurs, de surprise et de joie, elle l’enlace tendrement.
Dans son élan, elle appuie sur le bouton rouge pour avertir l’équipe de ce qui vient de se produire.
Sarah entre, écoute, sourit.
– Oui… c’est vraiment très encourageant. Séb commence à donner de petits signes très positifs. Et c’est super que vous l’ayez constaté vous-même.
La journée se termine. L’équipe de nuit est désormais là, en train de faire les transmissions.
Mais cette fois, Naïma met plus de temps à arriver. Comme la nuit où elle lui avait dévoilé la signification de son tatouage.
Elle a gardé la 418 pour la fin.
Ce soir, elle va annoncer la fin de son remplacement. Son départ en camping-car vers une autre destination.
– Séb… je n’oublierai pas ce remplacement. La chambre 418. Mon ami Séb.
Elle sourit, puis ajoute, en désignant la constellation gravée sur son tatouage :
– Et nous allons rester connectés.
Quand Naïma quitte la chambre, Séb ferme les yeux. Les murs ne sont plus tout à fait des murs. Quelque part, dans la nuit colorée, les constellations l’attendent.
FIN
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