Sébastien – Chapitre 8
Les jours ont passé, et Sébastien a progressé.
Nous sommes en pleine période hivernale. La grippe a éclairci les rangs. Aides-soignantes et infirmières manquent à l’appel, parfois sans remplacement. Le service tourne autrement. Chacun s’entraide, comme il peut.
Ce matin, ni Sarah ni Cyril ne sont là.
Sébastien perçoit une agitation inhabituelle dans le couloir. Les pas sont moins réguliers, les voix moins feutrées. L’ensemble manque de la précision habituelle, comme si la mécanique s’était déréglée.
La porte s’ouvre.
Virginie entre, accompagnée de Naïma.
Sébastien est surpris. Et pourtant, quelque chose en lui l’est moins. Cette nuit encore, il a « voyagé ». Et dans ce voyage, il a vu Virginie.
Elle était chez elle, tôt le matin, un mug de thé vert brûlant entre les mains pour se réchauffer. Dans la chambre, son compagnon dormait encore. Elle, en revanche, était éveillée.
Elle rêve de devenir puéricultrice.
Une opportunité de formation s’est présentée. Une vraie chance. Mais loin. Trop loin.À Nantes.
S’éloigner de sa famille, de son compagnon, de ses amis… Le choix la paralyse. Périgueux–Nantes, ce n’est pas le bout du monde, mais elle a peur d’y perdre ce qui fait sa vie aujourd’hui.
– Bonjour Séb !
Elle sourit.
– Ah… tu es surpris de nous voir ce matin, hein ? Tu sais, la grippe fait des ravages ces jours-ci.
Sébastien est surtout happé par la présence de Naïma. Elle a bouleversé son univers. Avec elle, le monde s’est déplacé, comme si une autre lecture de la réalité lui avait été offerte.
Virginie, elle, est avenante. Fidèle à elle-même. Mais Séb perçoit autre chose : une tension discrète, une préoccupation sourde.
Pendant les soins, Virginie aide Naïma à l’installer confortablement pour le petit-déjeuner. Soudain, sans prévenir, un mot surgit dans l’esprit de Sébastien.
NANTES
Il ne le voit pas. Il l’entend.
Le mot résonne, clair, précis. Et avant même qu’il ne comprenne ce qui se passe, sa bouche s’ouvre.
– Nantes.
Le silence tombe dans la chambre.
Sébastien ouvre grand les yeux, surpris par sa propre voix. Virginie se fige, interloquée.
Il a parlé.
Et plus encore : il a répondu à la question qui la rongeait.
Au travail, personne n’était au courant.
Quelque chose se relâche en Virginie, comme si un poids venait de glisser de ses épaules.
Sébastien, lui, est fou de joie. Son cœur bat vite. Il fixe Naïma, qui feint la surprise – à peine. Juste ce qu’il faut.