Tranquille

Il pouvait vaquer, l’esprit tranquille.

Sur son téléphone, une application ICE. Tout y était : date de naissance, groupe sanguin, pathologies, traitements, personnes à prévenir. Un bouton spécial pour donner l’alerte.

Dans sa voiture neuve, près du plafonnier, un autre bouton. En moins de deux minutes, une voix humaine. L’auto, elle, déjà localisée.

Il avait ajouté une application seul et en sécurité. Elle préviendrait s’il cessait de bouger trop longtemps. Pratique pour le vélo. Pour la marche.

Sa montre connectée veillait aussi sur lui. Avait-il assez dormi ? Assez marché ? Assez bu ?

Des SMS lui rappelaient les examens de prévention. Les rappels vaccinaux. Et puis venaient les alertes : météo, risques industriels, menaces diffuses.

Un supra-organisme veillait. Ou du moins, le laissait croire. Tout était prévu. Trop, peut-être. Au point de ne plus rassurer.

Cette nuit-là, il dormait d’un sommeil léger. Puis le sommeil s’est épaissi. Il est devenu dense, profond, sans rêves. À un moment – quand exactement ? – quelque chose a lâché.

Il a pris conscience qu’il flottait. Il était léger. Il se voyait, en dessous, étendu dans le lit. Immobile. Étranger.

Désormais, il était libéré. Délivré de toute assurance.

S’il avait pu mesurer le temps, il aurait constaté que personne n’était venu. Aucun bouton n’avait crié assez fort. Aucune montre n’avait insisté. Aucune application n’avait osé déranger.

Peut-être que le service de santé était saturé. Peut-être que les routes étaient bloquées par la pluie, la colère ou autre chose encore. Peut-être rien de tout cela.

Simplement, parfois, malgré toutes les précautions, personne ne vient.

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