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    <title>Café noir</title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/</link>
    <description>notes plates et sans sucre&lt;br&gt;d&#39;un chef d&#39;établissement&lt;br&gt;n&#39;en attendez rien&lt;br&gt;×&lt;br&gt;**[jesuismonsieurb](https://framapiaf.org/@jesuismonsieurb)**</description>
    <pubDate>Mon, 27 Apr 2026 17:25:42 +0200</pubDate>
    <item>
      <title>Cyborg Manifesto</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/cyborg-manifesto</link>
      <description>&lt;![CDATA[« One last image: organisms and organismic, holistic politics depend on metaphors of rebirth and invariably call on the resources of reproductive sex. I would suggest that cyborgs have more to do with regeneration and are suspicious of the reproductive matrix and of most birthing. For salamanders, regeneration after injury, such as the loss of a limb, involves regrowth of structure and restoration of function with the constant possibility of twinning or other odd topographical productions at the site of former injury. The regrown limb can be monstrous, duplicated, potent. We have all been injured, profoundly. We require regeneration, not rebirth, and the possibilities for our reconstitution include the utopian dream of the hope for a  monstrous world without gender. »&#xA;— Donna Haraway, Cyborg Manifesto]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>« One last image: organisms and organismic, holistic politics depend on metaphors of rebirth and invariably call on the resources of reproductive sex. I would suggest that cyborgs have more to do with regeneration and are suspicious of the reproductive matrix and of most birthing. For salamanders, regeneration after injury, such as the loss of a limb, involves regrowth of structure and restoration of function with the constant possibility of twinning or other odd topographical productions at the site of former injury. The regrown limb can be monstrous, duplicated, potent. We have all been injured, profoundly. We require regeneration, not rebirth, and the possibilities for our reconstitution include the utopian dream of the hope for a  monstrous world without gender. »
— Donna Haraway, <em>Cyborg Manifesto</em></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/cyborg-manifesto</guid>
      <pubDate>Fri, 27 Feb 2026 12:14:40 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Leurs voix</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/leurs-voix</link>
      <description>&lt;![CDATA[J&#39;ai commencé avec un souvenir.&#xA;&#xA;Nous étions dans la maison de mon papi et ma mamie, les parents de mon père, en Auvergne. C&#39;était au mois d&#39;avril 1992 ou 1993. J&#39;avais environ quinze ans et nous fêtions l&#39;anniversaire de Papi. Je nous revois attablés dans leur salle à manger, à côté de l&#39;imposant buffet Henri-II. Comme toujours, Papi était assis au bout de la table, proche d&#39;une porte-fenêtre. Il venait de souffler les bougies de son gâteau et il a eu cette phrase en écho avec l&#39;espérance de vie d&#39;alors : « Et voilà ! statistiquement, je suis mort. »&#xA;Ç&#39;avait jeté un petit froid incrédule. Je crois me rappeler que mon père avait baissé la tête en souriant en coin, tandis que Mamie s&#39;offusquait de cette plaisanterie qu&#39;elle jugeait douteuse. Je sais en revanche que M., mon frère aîné, et moi avions éclaté de rire.&#xA;Papi est mort plus de vingt ans plus tard, finalement. Mais je garde de ce trait un souvenir assez vif, et j&#39;y repense assez souvent comme ma première vraie rencontre avec une prise de conscience incarnée de notre finitude.&#xA;&#xA;Mes parents ont quatre-vingt-quatre et quatre-vingt-trois ans. Je suis leur quatrième enfant et je suis au mitan de ma propre vie. Nous savons tous les trois que tout cela ne durera pas. La mort de M., en août 2024, nous l&#39;a brutalement rappelé.&#xA;&#xA;Alors ce 26 décembre 2025, tous trois armés d&#39;un micro, j&#39;ai demandé à mes parents de me parler d&#39;eux. Il me paraît important de fixer durablement les souvenirs qu&#39;ils ont de leur propre vie, pour éviter que notre mémoire, qui fera inévitablement défaut, ne déforme ce qu&#39;ils ont vécu et comment ils l&#39;ont vécu.&#xA;&#xA;Je leur ai demandé de me raconter qui ils sont, dans l&#39;idée qu&#39;ils parlent à celles et ceux qui les aiment et qu&#39;ils aiment, autant qu&#39;à celles et ceux qu&#39;ils ne connaîtront pas, qui pourtant seront de leur sang.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>J&#39;ai commencé avec un souvenir.</p>

<p>Nous étions dans la maison de mon papi et ma mamie, les parents de mon père, en Auvergne. C&#39;était au mois d&#39;avril 1992 ou 1993. J&#39;avais environ quinze ans et nous fêtions l&#39;anniversaire de Papi. Je nous revois attablés dans leur salle à manger, à côté de l&#39;imposant buffet Henri-II. Comme toujours, Papi était assis au bout de la table, proche d&#39;une porte-fenêtre. Il venait de souffler les bougies de son gâteau et il a eu cette phrase en écho avec l&#39;espérance de vie d&#39;alors : « Et voilà ! statistiquement, je suis mort. »
Ç&#39;avait jeté un petit froid incrédule. Je crois me rappeler que mon père avait baissé la tête en souriant en coin, tandis que Mamie s&#39;offusquait de cette plaisanterie qu&#39;elle jugeait douteuse. Je sais en revanche que M., mon frère aîné, et moi avions éclaté de rire.
Papi est mort plus de vingt ans plus tard, finalement. Mais je garde de ce trait un souvenir assez vif, et j&#39;y repense assez souvent comme ma première vraie rencontre avec une prise de conscience incarnée de notre finitude.</p>

<p>Mes parents ont quatre-vingt-quatre et quatre-vingt-trois ans. Je suis leur quatrième enfant et je suis au mitan de ma propre vie. Nous savons tous les trois que tout cela ne durera pas. La mort de M., en août 2024, nous l&#39;a brutalement rappelé.</p>

<p>Alors ce 26 décembre 2025, tous trois armés d&#39;un micro, j&#39;ai demandé à mes parents de me parler d&#39;eux. Il me paraît important de fixer durablement les souvenirs qu&#39;ils ont de leur propre vie, pour éviter que notre mémoire, qui fera inévitablement défaut, ne déforme ce qu&#39;ils ont vécu et comment ils l&#39;ont vécu.</p>

<p>Je leur ai demandé de me raconter qui ils sont, dans l&#39;idée qu&#39;ils parlent à celles et ceux qui les aiment et qu&#39;ils aiment, autant qu&#39;à celles et ceux qu&#39;ils ne connaîtront pas, qui pourtant seront de leur sang.</p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/leurs-voix</guid>
      <pubDate>Tue, 06 Jan 2026 22:53:39 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Quatre minutes</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/quatre-minutes</link>
      <description>&lt;![CDATA[Il ne faut pas toujours de longs mois pour que les choses avancent. Avec M., cette élève de 1RE qui peine dans plusieurs disciplines par faute d&#39;une estime de soi entamée par une timidité maladive, mes rendez-vous durent rarement plus de quelques minutes. Depuis le mois d&#39;octobre, je l&#39;ai vue chaque semaine, puis chaque quinzaine, pour faire le point sur les petits efforts que je lui demande de faire pour vaincre ses terreurs.&#xA;Pour elle, ce ne sont pas de petits efforts mais de terribles violences. Il faut croire, pourtant, qu&#39;elle a foi en elle, puisqu&#39;elle sort à l&#39;instant de mon bureau avec un sourire que je lui avais rarement vu. Depuis le 9 décembre, elle a levé la main pour participer à tous les cours. Désireuse enfin de dominer sa peur en mathématiques, elle a demandé des conseils à sa professeure et a intégré un petit groupe de camarades qui s&#39;entraident au CDI sur leurs temps de pause.&#xA;M. est radieuse. En quatre minutes, elle m&#39;a dressé le portrait d&#39;une élève qui n&#39;aurait jamais pensé y arriver, il y a un mois encore. Elle goûte à l&#39;extraordinaire et aime cela. Je l&#39;ai remerciée des efforts qu&#39;elle faisait pour elle, car ce sont des efforts qui bénéficieront à d&#39;autres également.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Il ne faut pas toujours de longs mois pour que les choses avancent. Avec M., cette élève de 1RE qui peine dans plusieurs disciplines par faute d&#39;une estime de soi entamée par une timidité maladive, mes rendez-vous durent rarement plus de quelques minutes. Depuis le mois d&#39;octobre, je l&#39;ai vue chaque semaine, puis chaque quinzaine, pour faire le point sur les petits efforts que je lui demande de faire pour vaincre ses terreurs.
Pour elle, ce ne sont pas de petits efforts mais de terribles violences. Il faut croire, pourtant, qu&#39;elle a foi en elle, puisqu&#39;elle sort à l&#39;instant de mon bureau avec un sourire que je lui avais rarement vu. Depuis le 9 décembre, elle a levé la main pour participer à <em>tous</em> les cours. Désireuse enfin de dominer sa peur en mathématiques, elle a demandé des conseils à sa professeure et a intégré un petit groupe de camarades qui s&#39;entraident au CDI sur leurs temps de pause.
M. est radieuse. En quatre minutes, elle m&#39;a dressé le portrait d&#39;une élève qui n&#39;aurait jamais pensé y arriver, il y a un mois encore. Elle goûte à l&#39;extraordinaire et aime cela. Je l&#39;ai remerciée des efforts qu&#39;elle faisait pour elle, car ce sont des efforts qui bénéficieront à d&#39;autres également.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/quatre-minutes</guid>
      <pubDate>Thu, 12 Dec 2024 15:43:07 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Un petit conseil</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/sest-termine-hier-soir-le-marathon-des-conseils-de-classe-du-lgt-dont</link>
      <description>&lt;![CDATA[S&#39;est terminé hier soir le marathon des conseils de classe du LGT dont j&#39;assurais la présidence. Fatigue générale, déprime saisonnière ? l&#39;avant-dernier conseil s&#39;est soldé par une ambiance un peu pénible, menée par deux enseignantes et un enseignant de mauvais poil.&#xA;Est arrivé le cas d&#39;un élève aux résultats brillants, mais qui se contrefout de l&#39;histoire-géo comme de sa première barboteuse. Ça transpire dûment dans l&#39;appréciation générale. Se pose la question d&#39;une mention positive ou pas (la terrible médaille en chocolat des félicitations, compliments et encouragements). Le collègue d&#39;histoire-géo, homme intègre et juste, indique qu&#39;à ses yeux, et malgré l&#39;excellence de ses notes, la façon dont l&#39;élève a pu se comporter dans son cours justifie difficilement les félicitations à ses yeux. (Notez les précautions oratoires.) Petite levée de bouclier de trois collègues susmentionnés, à coups de « oh ben quand même » et de « il a 17 ou 18 presque partout ».&#xA;Débat.&#xA;Face aux trois, deux autres collègues sont mi-figue, mi-raisin. Je tranche donc en lui refusant cette demi-médaille, au motif que l&#39;estime qu&#39;on porte à un élève dépend moins de ses capacités scolaires que de ses qualités humaines. Je sens que ça grinche un peu, mais c&#39;est moi qui emporte la décision, donc on passe au cas suivant.&#xA;&#xA;Ce matin, délégation des trois enseignants dans mon bureau, pour plaider la cause de l&#39;élève en question: il a appris hier soir qu&#39;il n&#39;avait pas les félicitations et le vit mal, il a peur que ça pèse dans Parcoursup, il pense que le prof d&#39;histoire lui en veut, il est alarmé, il risque de décrocher, etc.&#xA;&#xA;Je suis resté très calme, mais ç&#39;a été au prix d&#39;une bonne inspiration.&#xA;&#xA;Le pauvre vit mal de passer à côté d&#39;une médaille en chocolat qu&#39;il a toujours eue jusqu&#39;ici ? Il croit que ça va jouer sur Parcoursup, alors que c&#39;est totalement faux ? Et pourquoi s&#39;alarme-t-il ? Parce que sa nonchalance jusqu&#39;ici ne lui avait jamais pété à la figure ? Avec 17,67 de moyenne, puisqu&#39;on ne cesse de me rappeler ce chiffre sans aucun sens, il menace de décrocher, lui qui est parfaitement adapté au système scolaire ? Non, qu&#39;ils ne me fassent pas rire.&#xA;Mon discours passe mal. On essaie de me faire comprendre qu&#39;avec un niveau aussi brillant, il ne faut surtout pas lui fermer de portes pour le supérieur.&#xA;Je réponds que les seules portes qu&#39;il pourrait se fermer, ce garçon, sont celles dont il se sera rendu coupable avec son comportement de petit roi habitué à ce qu&#39;on lui déroule le tapis rouge au motif qu&#39;il est brillant.&#xA;Arrive alors l&#39;argument qui va sérieusement me tendre : « Oui, mais c&#39;est dans sa nature d&#39;être un peu bougeon. »&#xA;Dans sa nature ? Dans sa fucking nature ? C&#39;est donc naturel de savoir répondre de la sorte aux attentes de l&#39;École, avec une telle constance dans toutes les matières, et de se comporter comme un roitelet sans substance ? d&#39;obtenir des résultats qui confinent à l&#39;excellence et d&#39;à côté penser que cela lui donne des droits qu&#39;on observe dans pas mal de cours mais qu&#39;on met sous le tapis au nom d&#39;une « prime à la brillance » ?&#xA;Ç&#39;a recommencé à grincher. Alors j&#39;ai sorti ce qui me démangeait depuis la veille, moi aussi.&#xA;« Maintenant, prenons s&#39;il-vous-plaît le cas de L., dans la même classe. Pour elle, la question des bavardages n&#39;a même pas fait débat et on lui a sucré les félicitations sans la moindre hésitation. Pourquoi ?&#xA;— Ah, mais L. n&#39;est pas au même niveau, quand même.&#xA;— Elle a 16,43 de moyenne. C&#39;est de l&#39;excellence au même titre. Mais elle semble avoir une tare que n&#39;a pas son comparse : c&#39;est une fille. »&#xA;Silence gêné. J&#39;ai appuyé.&#xA;« Voyez comment cela se passe : même en terminale, on accepte encore que les garçons puissent se comporter comme des zouaves, parfois, tant que cela n&#39;entache pas leurs résultats. Mais qu&#39;une fille fasse de même, qu&#39;elle sorte un peu de l&#39;image policée et bien sage qu&#39;on attend d&#39;elle et bim ! on lui tombe sur le dos. Alors non, vous comprenez, si on veut vraiment lutter pour l&#39;égalité de tous, on ne va pas féliciter A. On ne va pas féliciter A. parce que ce serait encore une fois servir le message de la prime à l&#39;excellence aux dépens de ce qui doit faire de nous des gens aptes à vivre ensemble. Si A. nous fait le coup de la déprime et du décrochage, je serai ravi de le recevoir pour lui mettre les baffes qu&#39;il mérite depuis belle lurette. Vous savez que je ne suis pas fan des notes ; vous découvrez maintenant que je fais même passer d&#39;autres choses bien avant ce que montre un bulletin. Passez le mot : si on veut que le monde avance, il faut commencer par nous. »&#xA;&#xA;J&#39;ai été un peu trop martial, mais ça couvait depuis un petit bout de temps. C&#39;est l&#39;avatar des gros lycées de centre-ville qui roulent sur la réputation d&#39;excellence qu&#39;ils possédaient au XIXe quand ils étaient le passage seul et obligé d&#39;une jeunesse chanceuse de recevoir un enseignement poussé. Ça change tout de même, petit à petit.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>S&#39;est terminé hier soir le marathon des conseils de classe du LGT dont j&#39;assurais la présidence. Fatigue générale, déprime saisonnière ? l&#39;avant-dernier conseil s&#39;est soldé par une ambiance un peu pénible, menée par deux enseignantes et un enseignant de mauvais poil.
Est arrivé le cas d&#39;un élève aux résultats brillants, mais qui se contrefout de l&#39;histoire-géo comme de sa première barboteuse. Ça transpire dûment dans l&#39;appréciation générale. Se pose la question d&#39;une mention positive ou pas (la terrible médaille en chocolat des félicitations, compliments et encouragements). Le collègue d&#39;histoire-géo, homme intègre et juste, indique qu&#39;à ses yeux, et malgré l&#39;excellence de ses notes, la façon dont l&#39;élève a pu se comporter dans son cours justifie difficilement les félicitations à ses yeux. (Notez les précautions oratoires.) Petite levée de bouclier de trois collègues susmentionnés, à coups de « oh ben quand même » et de « il a 17 ou 18 presque partout ».
Débat.
Face aux trois, deux autres collègues sont mi-figue, mi-raisin. Je tranche donc en lui refusant cette demi-médaille, au motif que l&#39;estime qu&#39;on porte à un élève dépend moins de ses capacités scolaires que de ses qualités humaines. Je sens que ça grinche un peu, mais c&#39;est moi qui emporte la décision, donc on passe au cas suivant.</p>

<p>Ce matin, délégation des trois enseignants dans mon bureau, pour plaider la cause de l&#39;élève en question: il a appris hier soir qu&#39;il n&#39;avait pas les félicitations et le vit mal, il a peur que ça pèse dans Parcoursup, il pense que le prof d&#39;histoire lui en veut, il est alarmé, il risque de décrocher, etc.</p>

<p>Je suis resté très calme, mais ç&#39;a été au prix d&#39;une bonne inspiration.</p>

<p>Le pauvre vit mal de passer à côté d&#39;une médaille en chocolat qu&#39;il a toujours eue jusqu&#39;ici ? Il croit que ça va jouer sur Parcoursup, alors que c&#39;est totalement faux ? Et pourquoi s&#39;alarme-t-il ? Parce que sa nonchalance jusqu&#39;ici ne lui avait jamais pété à la figure ? Avec 17,67 de moyenne, puisqu&#39;on ne cesse de me rappeler ce chiffre sans aucun sens, il menace de <em>décrocher</em>, lui qui est parfaitement adapté au système scolaire ? Non, qu&#39;ils ne me fassent pas rire.
Mon discours passe mal. On essaie de me faire comprendre qu&#39;avec un niveau aussi brillant, il ne faut surtout pas lui fermer de portes pour le supérieur.
Je réponds que les seules portes qu&#39;il pourrait se fermer, ce garçon, sont celles dont il se sera rendu coupable avec son comportement de petit roi habitué à ce qu&#39;on lui déroule le tapis rouge au motif qu&#39;il est brillant.
Arrive alors l&#39;argument qui va sérieusement me tendre : « Oui, mais c&#39;est dans sa nature d&#39;être un peu bougeon. »
Dans sa nature ? Dans sa <em>fucking</em> nature ? C&#39;est donc naturel de savoir répondre de la sorte aux attentes de l&#39;École, avec une telle constance dans toutes les matières, et de se comporter comme un roitelet sans substance ? d&#39;obtenir des résultats qui confinent à l&#39;excellence et d&#39;à côté penser que cela lui donne des droits qu&#39;on observe dans pas mal de cours mais qu&#39;on met sous le tapis au nom d&#39;une « prime à la brillance » ?
Ç&#39;a recommencé à grincher. Alors j&#39;ai sorti ce qui me démangeait depuis la veille, moi aussi.
« Maintenant, prenons s&#39;il-vous-plaît le cas de L., dans la même classe. Pour elle, la question des bavardages n&#39;a même pas fait débat et on lui a sucré les félicitations sans la moindre hésitation. Pourquoi ?
— Ah, mais L. n&#39;est pas au même niveau, quand même.
— Elle a 16,43 de moyenne. C&#39;est de l&#39;excellence au même titre. Mais elle semble avoir une tare que n&#39;a pas son comparse : c&#39;est une fille. »
Silence gêné. J&#39;ai appuyé.
« Voyez comment cela se passe : même en terminale, on accepte encore que les garçons puissent se comporter comme des zouaves, parfois, tant que cela n&#39;entache pas leurs résultats. Mais qu&#39;une fille fasse de même, qu&#39;elle sorte un peu de l&#39;image policée et bien sage qu&#39;on attend d&#39;elle et bim ! on lui tombe sur le dos. Alors non, vous comprenez, si on veut vraiment lutter pour l&#39;égalité de tous, on ne va pas féliciter A. On ne va pas féliciter A. parce que ce serait encore une fois servir le message de la prime à l&#39;excellence aux dépens de ce qui doit faire de nous des gens aptes à vivre ensemble. Si A. nous fait le coup de la déprime et du décrochage, je serai ravi de le recevoir pour lui mettre les baffes qu&#39;il mérite depuis belle lurette. Vous savez que je ne suis pas fan des notes ; vous découvrez maintenant que je fais même passer d&#39;autres choses bien avant ce que montre un bulletin. Passez le mot : si on veut que le monde avance, il faut commencer par nous. »</p>

<p>J&#39;ai été un peu trop martial, mais ça couvait depuis un petit bout de temps. C&#39;est l&#39;avatar des gros lycées de centre-ville qui roulent sur la réputation d&#39;excellence qu&#39;ils possédaient au XIXe quand ils étaient le passage seul et obligé d&#39;une jeunesse chanceuse de recevoir un enseignement poussé. Ça change tout de même, petit à petit.</p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/sest-termine-hier-soir-le-marathon-des-conseils-de-classe-du-lgt-dont</guid>
      <pubDate>Wed, 11 Dec 2024 20:11:46 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Sans Titre 07</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/sans-titre-07</link>
      <description>&lt;![CDATA[Je suis le monde contre les derviches tourneurs&#xA;Le piège à loup qui s&#39;ennuie sous la neige&#xA;Le réacteur atomique qu&#39;on a mal réparé&#xA;La cellule qui un jour devient cancéreuse et contamine toutes les autres&#xA;Le pyromane en érection au seuil de l&#39;Éden&#xA;Je suis l&#39;énième fils non désiré de Zeus&#xA;Le soldat qui dirige le canon de son fusil sur la foule&#xA;Le geôlier de Mandela&#xA;Le barbu hébété ne sachant plus s&#39;il est dieu ou diable&#xA;Le cauchemar dont on ne s&#39;éveille chaque nuit&#xA;La photo sur papier glacé qui jamais ne quittera son tiroir&#xA;Le maquisard dans la nuit&#xA;Le condamné de Zola dans son cercueil horrifié&#xA;L&#39;ouragan qui hésite entre Port-au-Prince et Jakarta&#xA;&#xA;Je suis l&#39;immense pénombre de Cyrano&#xA;Le marin qui vote pour la mutinerie&#xA;Le Chagossien hagard sur l&#39;île Maurice égaré&#xA;Le nomade en exil sur la trace de Sion&#xA;Le prophète prêcheur en son pays&#xA;Je suis l&#39;action meurtrie de Nougaro et le rire jaune de Diogène&#xA;Le soleil qui rougit devant la beauté de la nuit&#xA;La dernière droite de Rubin Carter&#xA;La poutre dans l&#39;œil du borgne&#xA;Le papillon paniqué dans son scaphandre&#xA;Je suis l&#39;ascenseur en panne et j&#39;attends&#xA;J&#39;attends&#xA;J&#39;attends que les câbles lâchent&#xA;&#xA;– Mehdi Bayad, dans sa série Multicolore]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Je suis le monde contre les derviches tourneurs
Le piège à loup qui s&#39;ennuie sous la neige
Le réacteur atomique qu&#39;on a mal réparé
La cellule qui un jour devient cancéreuse et contamine toutes les autres
Le pyromane en érection au seuil de l&#39;Éden
Je suis l&#39;énième fils non désiré de Zeus
Le soldat qui dirige le canon de son fusil sur la foule
Le geôlier de Mandela
Le barbu hébété ne sachant plus s&#39;il est dieu ou diable
Le cauchemar dont on ne s&#39;éveille chaque nuit
La photo sur papier glacé qui jamais ne quittera son tiroir
Le maquisard dans la nuit
Le condamné de Zola dans son cercueil horrifié
L&#39;ouragan qui hésite entre Port-au-Prince et Jakarta</p>

<p>Je suis l&#39;immense pénombre de Cyrano
Le marin qui vote pour la mutinerie
Le Chagossien hagard sur l&#39;île Maurice égaré
Le nomade en exil sur la trace de Sion
Le prophète prêcheur en son pays
Je suis l&#39;action meurtrie de Nougaro et le rire jaune de Diogène
Le soleil qui rougit devant la beauté de la nuit
La dernière droite de Rubin Carter
La poutre dans l&#39;œil du borgne
Le papillon paniqué dans son scaphandre
Je suis l&#39;ascenseur en panne et j&#39;attends
J&#39;attends
J&#39;attends que les câbles lâchent</p>

<p>– Mehdi Bayad, dans sa série <a href="https://soundcloud.com/multicolore/sets/multicolore" rel="nofollow"><em>Multicolore</em></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/sans-titre-07</guid>
      <pubDate>Wed, 09 Oct 2024 18:46:30 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Des larmes dans la pluie</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/ive-seen-things-you-people-wouldnt-believe-attack-ships-on-fire-off-the</link>
      <description>&lt;![CDATA[“I&#39;ve seen things you people wouldn&#39;t believe… Attack ships on fire off the shoulder of Orion… I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain… Time to die.”&#xA;— Roy Batty, dans Blade Runner]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>“I&#39;ve seen things you people wouldn&#39;t believe… Attack ships on fire off the shoulder of Orion… I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate. All those moments will be lost in time, like tears in rain… Time to die.”
— Roy Batty, dans <em>Blade Runner</em></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/ive-seen-things-you-people-wouldnt-believe-attack-ships-on-fire-off-the</guid>
      <pubDate>Sat, 24 Feb 2024 22:32:23 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Haïku</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/haiku</link>
      <description>&lt;![CDATA[Pour celui qui part&#xA;Pour celui qui reste&#xA;Deux automnes&#xA;— Yosa Buson, XVIIIe s.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Pour celui qui part
Pour celui qui reste
Deux automnes
— Yosa Buson, XVIIIe s.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/haiku</guid>
      <pubDate>Fri, 24 Nov 2023 20:19:52 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Rond-de-cuir et carré de soie</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/rond-de-cuir-et-carre-de-soie</link>
      <description>&lt;![CDATA[Du couple qui me fait face, seule la dame affiche l&#39;héritage aristocratique. Un port ostensiblement altier, le regard jugeant, et ce foulard noué avec une légère dissymétrie qui dénote une négligence calculée — après tout, on ne va jamais que dans un lycée ; ce n&#39;est pas exactement une soirée à la Préfecture, alors “faire peuple” ne peut qu&#39;aider, n&#39;est-ce pas ?&#xA;&#xA;Leur demande limpide a pour limite le flou de leur motivation. Ils souhaitent que leur fille, scolarisée en terminale, change de groupe de spécialité scientifique. Selon eux, avoir la même enseignante que l&#39;année précédente assurerait à leur enfant de meilleures chances de réussite au baccalauréat. Une affaire de “méthode”, selon eux.&#xA;Je m&#39;étonne : il n&#39;y a de “méthode” en la matière que de scientifique, par une approche fondée sur l&#39;observation, l&#39;hypothèse, la vérification et la conclusion. Quels que soient l&#39;enseignante ou l&#39;enseignant. &#xA;On me rétorque que non, j&#39;ai mal compris, c&#39;est entre personnes que cela passe mal.&#xA;Nouvel étonnement de ma part : le bilan dressé avec les équipes en amont du rendez-vous ne laisse entrevoir aucune difficulté pour leur fille.&#xA;Mais on me dit qu&#39;enfin, c&#39;est moi qui ne veux pas comprendre : ça ne peut que mal se passer avec cet enseignant, voyons.&#xA;&#xA;Un temps. Celui de l&#39;illumination.&#xA;&#xA;— Excusez-moi, je crois comprendre enfin. Votre vrai problème, c&#39;est que M. X est noir, c&#39;est ça ?&#xA;La dame se raidit, le monsieur s&#39;étrangle :&#xA;— Comment osez-vous dire cela ? &#xA;— Eh bien vous n&#39;avez pas vraiment de raison valable pour que [votre fille] change de gr…&#xA;&#xA;Mais le monsieur est déjà debout, suivi de son épouse après un petit temps.&#xA;&#xA;— Vous aurez de mes nouvelles, Monsieur ! Je vais écrire au rectorat !&#xA;— Je vous en prie. C&#39;est votre droit. Et je rends régulièrement compte à ma hiérarch…&#xA;&#xA;Mais la porte de mon bureau a déjà claqué.&#xA;Ce n&#39;est pas possible, quand même, de susciter de telles inimitiés avec quelques mots qui semblent faire mouche.&#xA;&#xA;  Parenthèse pour tous les géniteurs et toutes les génitrices de merveilles en âge d&#39;aller à l&#39;École : je comprends très bien que vous puissiez regretter que les cours soient dispensés par telle personne plutôt que telle autre. Mais n&#39;allez jamais demander un changement, sauf circonstance exceptionnelle : outre que cela mettrait le bouzou dans une organisation qui n&#39;en a pas besoin, non seulement vous allez essuyer un refus qui va tendre vos relations avec l&#39;établissement, mais vous n&#39;envoyez au bout du compte que le message d&#39;un désir clientéliste qui ne peut aller qu&#39;à rebours des principes éducatifs dont vous rêviez pour votre enfant avant de vous prendre les pieds dans le tapis.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Du couple qui me fait face, seule la dame affiche l&#39;héritage aristocratique. Un port ostensiblement altier, le regard jugeant, et ce foulard noué avec une légère dissymétrie qui dénote une négligence calculée — après tout, on ne va jamais que dans un lycée ; ce n&#39;est pas exactement une soirée à la Préfecture, alors “faire peuple” ne peut qu&#39;aider, n&#39;est-ce pas ?</p>

<p>Leur demande limpide a pour limite le flou de leur motivation. Ils souhaitent que leur fille, scolarisée en terminale, change de groupe de spécialité scientifique. Selon eux, avoir la même enseignante que l&#39;année précédente assurerait à leur enfant de meilleures chances de réussite au baccalauréat. Une affaire de “méthode”, selon eux.
Je m&#39;étonne : il n&#39;y a de “méthode” en la matière que de scientifique, par une approche fondée sur l&#39;observation, l&#39;hypothèse, la vérification et la conclusion. Quels que soient l&#39;enseignante ou l&#39;enseignant.
On me rétorque que non, j&#39;ai mal compris, c&#39;est entre personnes que cela passe mal.
Nouvel étonnement de ma part : le bilan dressé avec les équipes en amont du rendez-vous ne laisse entrevoir aucune difficulté pour leur fille.
Mais on me dit qu&#39;enfin, c&#39;est moi qui ne veux pas comprendre : ça ne peut que mal se passer avec cet enseignant, voyons.</p>

<p>Un temps. Celui de l&#39;illumination.</p>

<p>— Excusez-moi, je crois comprendre enfin. Votre vrai problème, c&#39;est que M. X est noir, c&#39;est ça ?
La dame se raidit, le monsieur s&#39;étrangle :
— Comment osez-vous dire cela ?
— Eh bien vous n&#39;avez pas vraiment de raison valable pour que [votre fille] change de gr…</p>

<p>Mais le monsieur est déjà debout, suivi de son épouse après un petit temps.</p>

<p>— Vous aurez de mes nouvelles, Monsieur ! Je vais écrire au rectorat !
— Je vous en prie. C&#39;est votre droit. Et je rends régulièrement compte à ma hiérarch…</p>

<p>Mais la porte de mon bureau a déjà claqué.
Ce n&#39;est pas possible, quand même, de susciter de telles inimitiés avec quelques mots qui semblent faire mouche.</p>

<blockquote><p>Parenthèse pour tous les géniteurs et toutes les génitrices de merveilles en âge d&#39;aller à l&#39;École : je comprends très bien que vous puissiez regretter que les cours soient dispensés par telle personne plutôt que telle autre. Mais n&#39;allez jamais demander un changement, sauf circonstance exceptionnelle : outre que cela mettrait le bouzou dans une organisation qui n&#39;en a pas besoin, non seulement vous allez essuyer un refus qui va tendre vos relations avec l&#39;établissement, mais vous n&#39;envoyez au bout du compte que le message d&#39;un désir clientéliste qui ne peut aller qu&#39;à rebours des principes éducatifs dont vous rêviez pour votre enfant avant de vous prendre les pieds dans le tapis.</p></blockquote>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/rond-de-cuir-et-carre-de-soie</guid>
      <pubDate>Sun, 19 Nov 2023 08:56:26 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Pour lui, aussi</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/pour-lui-aussi</link>
      <description>&lt;![CDATA[Voici deux ans, alors qu&#39;ouvrait dans le lycée professionnel que je dirigeais la filière de CAP électricien, nous avions organisé comme cela se fait souvent des entretiens avec les élèves une quinzaine de jours après la rentrée. Un échange guidé d&#39;une dizaine de minutes pour faire mieux connaissance, prendre la somme des pouls de la classe et repérer des situations à prendre rapidement en charge.&#xA;J&#39;ai accueilli D. autour d&#39;un établi où traînaient les outils du cours, au milieu de câbles et de boîtiers de dérivation. Il manipulait pour s&#39;occuper les mains un peigne à dénuder. Un grand black élancé, cheveux tressés plaqués sur le crâne, un sourire ravageur aux lèvres. Je savais de son dossier qu&#39;il était un mineur isolé, arrivé en France depuis quelques mois et en situation encore irrégulière.&#xA;— Qu&#39;est-ce qui vous plaît le plus, de ce que vous vivez au lycée depuis la rentrée ?&#xA;Quand est arrivée cette dernière question, il a posé le peigne et réfléchi avant de répondre. Avec une candeur déroutante qui m&#39;a serré le cœur, il m&#39;a dit d&#39;un ton simple :&#xA;— D&#39;être avec des gens dont je ne dois pas avoir peur.&#xA;&#xA;On a appris plus tard, à la faveur d&#39;autres discussions, que D. était parti de chez lui à onze ans, seul, orphelin de mère déjà et de père bientôt. Il avait traversé la Méditerranée pour arriver en Grèce, puis en Albanie, puis en Italie, puis en Autriche, puis en Allemagne, puis en France, ballotté par des adultes qu&#39;il ne connaissait pas.&#xA;Des deux ans qu&#39;il a passés chez nous, il est toujours resté mutique sur ce qu&#39;il a vécu durant ces quatre années d&#39;errance migratoire. Mais il nous a toujours remerciés de tout et sa force vitale, irradiante, a porté tout le groupe.&#xA;&#xA;J&#39;ai croisé D. à Saint-Étienne cette après-midi. Il est électricien dans une boîte sérieuse, il aime ce qu&#39;il fait. Il revenait de la Préfecture avec en poche un récépissé prometteur. Il m&#39;a dit merci, une fois encore. Je lui ai dit que tout cela était le fruit de sa propre volonté et de celle de ses professeurs, et plus largement de tous ceux qui lui ont tendu une main qu&#39;il a bien voulu prendre. Il a souri. Et du même ton simple que deux ans plus tôt, il m&#39;a dit : “Oui, et grâce à vous tous, moi aussi je peux tendre la main.”&#xA;&#xA;Je pense souvent à lui quand il s&#39;agit de se rappeler que nos vulnérabilités font partie intégrante de notre identité ; qu&#39;elles nous façonnent et peuvent devenir des moteurs pour savoir vivre au milieu des autres. Qu&#39;elles nous offrent sans doute un regard un tout petit peu différent, celui qui nous fait dire qu&#39;au bout du compte, on ne sait jamais, jamais ce que traversent ceux qui nous entourent, quels sont les combats qu&#39;ils mènent et les épreuves qu&#39;ils surmontent. Avoir juste cela en tête, au moins cela, c&#39;est ce qui peut nous rendre meilleurs.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Voici deux ans, alors qu&#39;ouvrait dans le lycée professionnel que je dirigeais la filière de CAP électricien, nous avions organisé comme cela se fait souvent des entretiens avec les élèves une quinzaine de jours après la rentrée. Un échange guidé d&#39;une dizaine de minutes pour faire mieux connaissance, prendre la somme des pouls de la classe et repérer des situations à prendre rapidement en charge.
J&#39;ai accueilli D. autour d&#39;un établi où traînaient les outils du cours, au milieu de câbles et de boîtiers de dérivation. Il manipulait pour s&#39;occuper les mains un peigne à dénuder. Un grand black élancé, cheveux tressés plaqués sur le crâne, un sourire ravageur aux lèvres. Je savais de son dossier qu&#39;il était un mineur isolé, arrivé en France depuis quelques mois et en situation encore irrégulière.
— Qu&#39;est-ce qui vous plaît le plus, de ce que vous vivez au lycée depuis la rentrée ?
Quand est arrivée cette dernière question, il a posé le peigne et réfléchi avant de répondre. Avec une candeur déroutante qui m&#39;a serré le cœur, il m&#39;a dit d&#39;un ton simple :
— D&#39;être avec des gens dont je ne dois pas avoir peur.</p>

<p>On a appris plus tard, à la faveur d&#39;autres discussions, que D. était parti de chez lui à onze ans, seul, orphelin de mère déjà et de père bientôt. Il avait traversé la Méditerranée pour arriver en Grèce, puis en Albanie, puis en Italie, puis en Autriche, puis en Allemagne, puis en France, ballotté par des adultes qu&#39;il ne connaissait pas.
Des deux ans qu&#39;il a passés chez nous, il est toujours resté mutique sur ce qu&#39;il a vécu durant ces quatre années d&#39;errance migratoire. Mais il nous a toujours remerciés de tout et sa force vitale, irradiante, a porté tout le groupe.</p>

<p>J&#39;ai croisé D. à Saint-Étienne cette après-midi. Il est électricien dans une boîte sérieuse, il aime ce qu&#39;il fait. Il revenait de la Préfecture avec en poche un récépissé prometteur. Il m&#39;a dit merci, une fois encore. Je lui ai dit que tout cela était le fruit de sa propre volonté et de celle de ses professeurs, et plus largement de tous ceux qui lui ont tendu une main qu&#39;il a bien voulu prendre. Il a souri. Et du même ton simple que deux ans plus tôt, il m&#39;a dit : “Oui, et grâce à vous tous, moi aussi je peux tendre la main.”</p>

<p>Je pense souvent à lui quand il s&#39;agit de se rappeler que nos vulnérabilités font partie intégrante de notre identité ; qu&#39;elles nous façonnent et peuvent devenir des moteurs pour savoir vivre au milieu des autres. Qu&#39;elles nous offrent sans doute un regard un tout petit peu différent, celui qui nous fait dire qu&#39;au bout du compte, on ne sait jamais, jamais ce que traversent ceux qui nous entourent, quels sont les combats qu&#39;ils mènent et les épreuves qu&#39;ils surmontent. Avoir juste cela en tête, au moins cela, c&#39;est ce qui peut nous rendre meilleurs.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/pour-lui-aussi</guid>
      <pubDate>Thu, 16 Nov 2023 23:03:56 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Le discours de la chute</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/le-discours-de-la-chute</link>
      <description>&lt;![CDATA[“Winning? Is that what you think it’s about? I’m not trying to win. I’m not doing this because I want to beat someone, or because I hate someone, or because I want to blame someone. It’s not because it’s fun. God knows it’s not because it’s easy. It’s not even because it works because it hardly ever does. I do what I do because it&#39;s right! Because it&#39;s decent! And above all, it&#39;s kind! It’s just that.. Just kind. If I run away today, good people will die. If I stand and fight, some of them might live. Maybe not many, maybe not for long. Hey, you know, maybe there&#39;s no point to any of this at all. But it&#39;s the best I can do. So I&#39;m going to do it. And I will stand here doing it until it kills me. And you&#39;re going to die too! Some day. And how will that be? Have you thought about it? What would you die for? Who I am is where I stand. Where I stand is where I fall.” — The Doctor&#xA;Doctor Who, “The Fall of the Doctor”]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>“Winning? Is that what you think it’s about? I’m not trying to win. I’m not doing this because I want to beat someone, or because I hate someone, or because I want to blame someone. It’s not because it’s fun. God knows it’s not because it’s easy. It’s not even because it works because it hardly ever does. I do what I do because it&#39;s right! Because it&#39;s decent! And above all, it&#39;s kind! It’s just that.. Just kind. If I run away today, good people will die. If I stand and fight, some of them might live. Maybe not many, maybe not for long. Hey, you know, maybe there&#39;s no point to any of this at all. But it&#39;s the best I can do. So I&#39;m going to do it. And I will stand here doing it until it kills me. And you&#39;re going to die too! Some day. And how will that be? Have you thought about it? What would you die for? Who I am is where I stand. Where I stand is where I fall.” — The Doctor
<em>Doctor Who</em>, “The Fall of the Doctor”</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/jesuismonsieurb/le-discours-de-la-chute</guid>
      <pubDate>Wed, 15 Nov 2023 18:23:22 +0100</pubDate>
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