Café noir

notes plates et sans sucre
d'un chef d'établissement
n'en attendez rien
×
jesuismonsieurb

Un étudiant du lycée est mort durant les vacances. Y. était en première année de classe préparatoire, en lettres supérieures. Il avait dix-sept ans. Ça fait quelque chose d'écrire ça.

Le mot que sa maman nous a écrit pour nous annoncer cette terrible nouvelle, survenue la veille, est porteur d'un amour d'autant plus immense qu'il n'a plus son objet pour l'entendre.

Les enseignants ont été formidables de soutien pour la classe. Nous avons organisé ce matin une heure tous ensemble, en équipe, autour des élèves. C'était bien. On a pu raccommoder un peu, maladroitement mais avec sincérité, le trou qu'a laissé cette mort dans le réel.

Ce n'est pas ce qui nous fait le moins défaut, ces temps-ci.

Furetant dans un carton rempli de livres d'art, laissés par mon prédécesseur à ce poste, je tombe sur L'atelier de la recherche patiente, du Corbusier. Cet architecte est une figure locale, avec sa version réduite, à Firminy, de la Cité radieuse marseillaise.

Mais ce livre ne contient que des pages blanches. La couverture est bien là, dûment reliée à des folios entièrement blancs. Je n'ai aucune explication. L'encre n'a pas disparu : elle n'a jamais été posée sur ce papier plutôt épais, dont on imagine qu'il l'aurait bue avec une petite avidité.

J'ai donc un carnet de beau papier un peu jauni.