jnpaco

Chères compagnes, chers compagnons,

Qui suis-je ? Hier, un jeune ingénieur de 28 ans, spécialisé en combustion dans l’industrie fossile, produit d’un système hyper-capitaliste. Aujourd'hui, artisan et cultiv’acteur responsable de mon environnement. Je souhaite partager avec vous ce manifeste sur l’urgence écologique, sur l’importance de changer de paradigme et de remettre en question tous nos fondamentaux : du mode de consommation à notre rapport au matériel. Ce manifeste s’adresse à tous les citoyens victimes des pays dit « développés » construits sur un modèle économique hyper-capitaliste (1).

Rentrons directement dans le vif du sujet : Notre impact sur l’écosystème planétaire doit être au cœur de tous nos actes et choix afin de rétablir son intégrité.

Pourquoi ? Car cet écosystème naturel est notre garantie de pouvoir vivre paisiblement et sainement. Il nous englobe tous, nous relie toutes, quelque soit l’espèce à laquelle on appartient. Que l’on soit ultra-écolo ou climato-sceptique, la réalité est commune : notre écosystème se dégrade à vue d’œil et nous avec. Sans donner consciemment de sources, les conséquences sont devant nos yeux. La biodiversité régresse, les espèces animales et végétales disparaissent plus vite qu’il ne s’en créé. La malnutrition, les pollutions de nos activités humaines dans l’air, la terre et l’eau ainsi que notre rythme de vie amènent à de nombreuses maladies comme les diabètes, cancers, maladies chroniques, dépression. Le changement climatique entraine des sécheresses, des inondations, des incendies et typhons de plus en plus meurtriers chaque année. On n’en parle pas assez dans les médias de masse mais les mouvements de population en lien direct ou indirect avec ce changement climatique ont déjà commencé. Malheureusement, il n’y a aucune raison aujourd’hui pour que ces tendances s’inversent. Les prédictions annoncent des exodes par dizaines de millions, voire par centaines.

Nous, les enfants en pâtissons déjà le prix. Le niveau de santé des populations se dégrade. Et qu’en sera-t-il de celle de nos petits enfants ? Si on peut encore douter que le réchauffement climatique est aliénable à l’activité humaine, peut-on douter que l’appauvrissement des terres arables, que la disparation des insectes dans nos champs ou que la pollution de l’air que l’on respire est imputable à l’Homme ?

Malheureusement, nous n’avons pas encore trouvé la lampe merveilleusement magique du génie et ce n’est pas non plus nos dirigeants marionnettisés par les super multinationales qui seront sujets à des révélations miraculeuses aboutissants à de réels actes. Par chance, ils sont une extrême minorité. Nous sommes la majorité. Nous avons la capacité de faire basculer la balance. Collectivement, nos choix et actes quotidiens peuvent avoir un impact très significatif. Mais nous nous sommes assis sur un confort que nous ne pouvons plus nous permettre à long terme. Ainsi les solutions se feront-elles inévitablement au prix de « sacrifices » de ce sur-confort. Nous sommes tous et toutes concernés, à différentes échelles bien sûr, mais nous pouvons encore changer, quelque soit nos horizons et âges, et faire toujours de son mieux (2).

Comme cité plus haut, il faut changer de paradigme et remettre en question tous nos fondamentaux : du mode de consommation à notre rapport au matériel. Le mode de consommation adopté par nos pays « développés » entraine irrémédiablement des pollutions non maitrisées et des déchets toxiques pour notre propre espèce, localement ou à l’autre bout de la planète. Dans notre système capitaliste ultra-libéral, la recherche de croissance infinie et exponentielle des capitaux ne peut être durable dans un monde fini. Pour assouvir leurs besoins boulimiques de puissance sur le marché économique, les hauts dirigeants ne cessent de vendre excessivement et ce quel que soit le prix écologique et social pour les générations futures. La croissance du capital est inaliénable à la croissance de la consommation. Mais si nous nous écartons de ce modèle économique, nous consommons moins. Beaucoup moins. Ainsi nous polluons beaucoup moins : à la fois par moins de production énergivore mais aussi par moins de déchets (3).

Plusieurs exemples. Un super porte-conteneur transportant les marchandises du Black Friday émet autant de particules fines de souffre que 50 millions de voitures, sans même être taxé sur le carburant. Idem pour le transport aérien. 1 aller retour Paris/NewYork en avion équivaut à l’émission de 1 tonne de CO2 par passager, soit environ 8000 km avec une voiture citadine. 1 kilo de bœuf d'élevage largement tributaire du pétrole (élevage en étable) nécessite entre 13000 et 18000 litres d'eau pour sa fabrication. En réduisant sa consommation de 500g, on économiserait 6500 à 9000 litres d'eau. Du bovin élevé en plein champs a bien sûr un impact bien moins désastreux. Cela ne nous empêche pas de continuer à couper l'eau du robinet pendant qu’on se brosse les dents. En consommant mieux et localement, nous favorisons les petits producteurs plutôt que les grosses multinationales. Les richesses sont alors plus équitablement réparties. Nos actes, nos choix se révèlent conséquents pour notre avenir.

Alors comment prendre des décisions durables et respectueuses de l’environnement, de la biodiversité et de nos semblables ?

Ma propre expérience m’a conduit à suivre une méthode que je m’applique à chaque nouvel achat. Libre à chacun de la suivre tel quelle ou l’adapter à sa façon.

1. Besoin de ce Bien ? Nécessité? 2. Origine du bien ? 3. Composition du bien et origine des Composants ? 4. Alternative à ce bien ? 5. Déchets en devenir ?

  1. Est-ce vraiment un bien (matériel ou immatériel) nécessaire ? Cette question révèle la surconsommation sans frein que notre société tente de nous imposer. Nous nous persuadons de la nécessité d’objets ou de services de tous les jours sans jamais les remettre en cause. Mais y aurait-il des moyens différents pour arriver à la même fin ? Exemples très concrets : le dentifrice, le rouleau de papier toilette, les cotons tiges, l’éponge synthétique de cuisine, les pailles plastiques ou encore les assurances, les fournisseurs d’électricité, les hypermarchés, les banques, les matériaux de construction comme le ciment. Ces exemples ne sont pas anodins. Ils sont tellement ancrés dans nos habitudes qu’on ne pense même pas à les remettre en cause, à leur trouver une alternative dont l’impact écologique pourrait être nettement plus bénéfique.

  2. D’où vient-il ? Le produit a-t-il fait 4 fois le tour de la terre ? Est-il commercé en circuit court ou long ? Le café, chocolat, bananes, avocats, textiles techniques synthétiques et même les pâtisseries industrielles de ma boulangerie du coin... On peut être très radical et ne plus en consommer ou alors en consommer moins mais mieux et chercher des fournisseurs responsables et transparents quant à leur modèle de production, vente et transport.

  3. De quoi est-il composé et d’où vient ce qui le compose ? Un exemple qui nous concerne tous aujourd’hui, sans exception : le numérique. Il s’est inséré si rapidement dans nos vies que l’on ne s’est jamais réunis pour réfléchir et comprendre comment ces incroyables objets fonctionnent. A la place, nous nous sommes complètement déresponsabilisés au bonheur des fabricants et fournisseurs, à qui on attribue une confiance totale et aveugle. Ils sont tous composés de métaux lourds, nécessitant des machines extrêmement énergivores, polluants nos terres et eaux offrant des conditions de vie pitoyables aux enfants et adultes présents dans des mines d’Afrique et de Chine. A qui cela profite-il ? Les GAFAM (4), la Chine, la Russie ? Eux-mêmes qui scrutent nos moindres clics pour nous vendre le dernier machin-truc ultra personnalisé ? Mais comment se financent-ils ? Grâce à nous, grâce aux services gratuits qu’ils nous proposent, comme de nombreuses adresses mail. Nous sommes devenus nos propres produits de consommation. Parlons de notre électricité à 75 % d’origine nucléaire. Pas chère, mais à quel prix au long terme lorsque le coût du démantèlement des centrales sera inclue dans le tarif de l’électricité ? Et notre alimentation ? Quels ajouts chimiques composent mes plats cuisinés préparés ? Que penser du jambon artificiellement rose coloré aux additifs chimiques de sels nitrités ? Les farines qu’utilisent ma boulangerie sont-elles issus de l’agriculture conventionnelle, de blé anciens ou de variétés aux glutens modifiés ? Ce type de culture bénéficie de 2/3 des aides totales de la PAC (5) européenne : en la supprimant, ce système agricole reste-il rentable ? Qu’ingérons-nous vraiment lors de la prise de médicaments provenant des grands groupes pharmaceutiques ? Doit-on continuer à consommer du bio-diesel provenant des palmières amazoniennes dont la culture oblige la destruction de millions d’hectare de forêts primaires ? Quelles banques financent de tels projets désastreux pour l’écosystème et la biodiversité 

  4. Quelles sont les alternatives ? L’objectif de moins et mieux consommer nous amène donc à chercher des alternatives plus locales pour réduire le transport de marchandise et favoriser l’économie locale. Afin d’éviter la problématique du 5e point ci-dessous, il est préférable de privilégier des biens réparables ou recyclables facilement, engageant le moins de transformation et transport possible pour le futur bien recyclé.

  5. Est-ce que le produit s’inscrit dans une économie circulaire, sans création d’aucun déchet ? Le site web de Julien Vidal « Ca commence par moi » (6), à l’initiative de Julien Vidal, propose justement des réponses à ces questions. Il recense une grande quantité d’informations de ce qui peut être fait à notre échelle individuelle de manière très concrète. Son projet a été de trouver 1 action par jour directement applicable pendant 1 an. Le site recense aujourd’hui plus de 400 actions. Les livres accompagnants vers un mode de vie zéro déchet sont de très bons guides pour trouver des solutions.

Après s’être posé ces questions, la décision finale de tel ou tel achat ou service amène un sentiment de fierté. Dès lors nous ne sommes plus qu’un simple produit de consommation mais nous nous élevons réellement à un niveau de consom’acteur, avec une meilleure maitrise de connaissance sur le bien lui-même, une meilleure connaissance sur notre impact écologique et donc un meilleur respect envers notre écosystème et la biodiversité qui va avec, nous autrement dit.

Mais il existe une limite : il n’est pas possible de maîtriser entièrement la chaîne de production de bout en bout et il n’est pas question non plus de revenir en arrière : des outils comme internet, les smartphones et ordinateurs, les voitures méritent de continuer d’exister. A défaut de ne pas pouvoir participer à leur éco-construction, ni d’être souverain technologiquement nous pouvons soutenir financièrement des projets intégrant une éco-conception inclus dans une économie circulaire, sans déchets, rendre commun ces équipements (7), favoriser leur neutralité (8).

La recherche de réponses à ces 5 questions prend du temps. Beaucoup de temps. Mais l’enjeu est à la hauteur de notre responsabilité de vie dans une société que l’on souhaite durable en tant que citoyen responsable. Nous nous sommes façonnés un rythme de vie trop rapide où l’on ne maitrise plus grand-chose… Il est primordial de changer ce paradigme : dégageons-nous du temps pour se recentrer sur nous-même, pour se reconnecter au vivant, pour réfléchir sur ce qui importe vraiment, pour s’informer, cultiver et se cultiver, pour participer à la vie politique locale dans son sens initial. Il existe de nombreux médias indépendants comme Thinkerview, Blast qui sont des sources d’informations générales très pertinentes et qui vont dans le sens de prendre le temps de s’informer.

Petit à petit, les colibris refont leur nid.

N’hésitons pas à partager autour de nous des bons conseils et à sensibiliser notre entourage, à créer du lien et se serrer les coudes. Nous avons besoin de tout le monde, de toutes nos différences et de nos richesses singulières. C’est notre cadre de vie qui est en jeu, notre écosystème, celui de cette belle planète et notre désir de laisser à nos enfants un cadre de vie toujours plus sain. Pausons nous. Observons nous à l’intérieur. Admirons la beauté naturelle du vivant autour de nous Participons collectivement et activement pour le bien commun. Montrons l’exemple. Restons un maximum cohérent tant que cela est possible. Prendre soin de soi c’est prendre soin de nous.

Votre compagnon, Jean-Noé

16/06/2019, MAJ 29/12/2025

(1) Lire la BD « L’hypercapitalisme » de Larry Gonick et Tim Kasser (2) Lire « Les 4 accords toltèque »s de Don Miguel Ruiz. Accord n°4 : Faites toujours de votre mieux. (3) Lire le manifeste Negawatt, de l’Association Negawatt : 1. Sobriété 2. Efficacité 3. Renouvelable (4) Google Amazon Facebook Apple Microsoft (5) Politique Agricole Commune (6) https://www.cacommenceparmoi.org/ (7) Service de partage de voiture comme Citiz (8) Neutralité du Net