Short story for the RIVA writing group
J’ai toujours adoré la lecture. Dès que j’ai pu être en capacité de lire seule, j’ai recherché tous les livres de la maison afin de les dévorer. La chasse fut courte. Mes parents ne lisaient pas, comme beaucoup de membres de la classe ouvrière. J’ai eu la chance de recevoir en cadeau quelques livres par des amis de mes parents mais la plupart des livres qui se trouvaient à la maison avaient la mention « offert par votre station-service ». Béni soit les livres offerts. J’habitais dans une petite ville et j’allais à l’école dans une petite école. Malgré sa taille, elle possédait une petite bibliothèque. Ce fut le début du bonheur. Des dizaines de livres qui m’ouvraient des dizaines de portes sur tout autant de mondes différents. Le paradis ! Ma soif ainsi assouvie, c’est ainsi que je traversais les années scolaires les unes après les autres. Mes perspectives s’ouvraient à mesure que les établissements scolaires que je fréquentais s’agrandissaient. L’école primaire, puis le collège, puis le lycée et ne parlons pas de l’université et ses multiples bibliothèques universitaires chacune assortie de son sous-sol rempli de livres. En parallèle, d’argent de poche en petits jobs d’été, je commençais ma propre collection. Quelle joie de posséder un livre. C’est comme posséder un nouveau monde. Petit à petit, une nouvelle idée fit son chemin dans ma tête. Lire c’est magique, mais qu’en serait-il si j’écrivais et créais moi-même mes nouveaux mondes ? Et si j’écrivais un livre ? D’abord il y eut les doutes sur mes capacités. Ecrire un livre, ça ne se fait pas comme ça. Il faut du talent. Cela commençait plutôt mal. Comment mon syndrome de l’imposteur et moi aurions-nous suffisamment de talent pour écrire ? Et puis, par où on commence pour écrire ? Cette idée magique fut donc enterrée au plus profond de mon être et la vie se poursuivit. La fin des études, un emploi, des mutations professionnelles, un conjoint, un enfant. Mais toujours cette petite lueur, toute au fond, cachée de tous. Ecrire. Comment écrire lorsqu’on est la reine de la procrastination et qu’on l’a toujours été depuis le tout premier exercice de calcul de l’école primaire ? Et puis écrire quoi ? Chaque nuit, avant de m’endormir, des dizaines, peut-être même des centaines d’histoires s’étaient jouées dans ma tête au fil des années. Autant de mondes et de personnages créés pour qu’il n’en reste plus rien une fois le réveil sonné le lendemain matin. Qu’est-ce qui pourrait donner l’impulsion d’écrire le premier mot ? Et puis un jour, sur un réseau social, une annonce. Un groupe d’écriture qui se réunit dans ma petite ville. Je crois que je ne me suis jamais autant surpris moi-même que le jour où j’ai passé la porte de cet endroit, mi-boutique mi-salon de thé anglais. Un lieu aussi improbable que ma venue là-bas. Moi, l’asociale, incapable d’adresser la parole à un inconnu sans me sentir prodigieusement gauche. Alors, le miracle va-t-il se poursuivre ? Ecrirai-je un jour ? Oh, mais je viens de commencer avec cette nouvelle…