Writing prompt : Folly on the Lake
Sophie arriva la première. Elle s’était dépêchée de donner ses ordres à Mme Buisson, l’intendante, pour la journée puis avait rassemblé le nécessaire pour leur entrevue : un panier d’osier qui contenait un plaid, le livre qu’ils avaient commencé ensemble et quelques fruits. Les domestiques l’avaient observée du coin de l’œil en ayant l’air de rien mais ils avaient dû trouver bien étrange de voir Madame dans la cuisine. Elle installa le plaid sur le sol du pavillon et s’allongea en l’attendant. Elle repensa à la première fois qu’Henri avait lancé l’idée. Selon lui, ils ne se voyaient pas assez, chaque jour trop accaparés par la vie du château de Valbois et il avait besoin de la retrouver rien qu’à lui. L’idée lui avait paru un peu folle au début. Comment le maître d’un si grand domaine pouvait-il disparaitre comme ça pour plusieurs heures ? Elle s’était tout de même laissé tenter et ne l’avait pas regretté une seule seconde. Ces quelques heures qu’ils s’accordaient chaque mois lui était devenu nécessaire pour affronter tout ce à quoi ils étaient confrontés chaque jour à la tête de Valbois, comme la semaine précédente où la petite Léontine était tombée bien malade et qu’elle avait dû décider du sort de la jeune fille. Elle avait souhaité plus que tout la garder dans le château pour pouvoir s’assurer de sa bonne prise en charge mais elle n’avait pu se résoudre à mettre en danger l’ensemble des domestiques. Et pourtant Léontine avait à peine 15 ans. C’était la dernière à avoir été embauchée à Valbois. Heureusement, le plus dur était passé et la fièvre ne l’avait pas emportée. Elle avait demandé à reprendre le travail mais Sophie avait refusé, se sentant encore un peu coupable d’avoir dû lui faire quitter le château au plus fort de la maladie. Quelques jours de repos supplémentaires lui feraient le plus grand bien et étaient amplement mérités car la petit n’était pas de celles qui s’économisent au travail. Sophie fut brusquement tirée de ses pensées par le bruit de la porte qui s’ouvrit alors sur la silhouette d’Henri qui apparu en contrejour. Elle sentie une bouffée d’amour l’envahir tout entière. Comment avait-elle été aussi chanceuse pour que le destin le mette sur sa route ? Elle ne croyait pas en la réincarnation mais quelle autre explication eut-elle pu être possible que de croire qu’elle ait été une sainte dans une vie précédente et en était récompensée dans cette vie en étant mariée à Henri ? Et pourtant, elle n’était pas née noble comme lui. Née de bonne famille certes, mais sans titre et sans argent. Et pourtant, Henri avait défié sa famille qui souhaitait évidemment le marier au meilleur parti possible. Il n’avait rien lâché et avait même menacé de fuir à jamais. Sa mère avait alors cédé la première, affolée à l’idée de perdre son unique enfant et dès lors, convaincre son père n’avait été qu’une histoire de temps. Il ne dit pas un mot mais un large sourire éclaira son visage avant qu’il ne se mette à courir vers elle. Elle accueilli l’impact de son corps tout contre le sien avec un bonheur tel qu’il touchait presque à l’ivresse.