Roland
Roland appelle depuis Toulon. Il a 84 ans et vit sous respirateur. Dans 48h, il doit renouveler sa mutuelle pour que ses soins puissent être pris en charge. Pour cela il a besoin de fournir des justificatifs administratifs. Son auxiliaire de vie ne peut pas venir du fait du confinement. Roland ne sait pas ce qu’il doit faire au juste. Il m’explique que s’il ne fournit pas ses documents dans les délais, il n’aura plus de mutuelle. Donc plus de soins. Et potentiellement plus d’aide pour son loyer non plus. Il termine l’exposé avec sa voix tremblante et faible.
«Qu’est ce que vous pouvez faire pour moi ?»
Le choc. Rien. C’est la première chose qui me vient à l’esprit. Je ne peux rien faire pour Roland. Rien ne m’a préparé à ce genre de situations.
Une pause. Comment puis-je m’y prendre ? Un œil sur le canal d’entraide de la plateforme. Beaucoup d’inquiétudes. Et souvent cette même question. «Qu’est ce que vous pouvez faire pour moi?»
2h du matin. Je ne trouve pas le sommeil. Je relis le tchat interne. Je prends encore plus conscience des choses. Qu’est-ce qu’on peut faire? Tant de certitudes qui volent en éclat d’un coup.
Le lendemain. Suite à nos retours de la veille au soir, on nous confirme que les droits sont automatiquement reconduits. Je rappelle Roland. Sa voix est toute tremblante. Il ne pensait pas que j’allais le rappeler. Il était persuadé qu’on l’avait laissé tomber. Il m’a remercié pendant dix minutes au moins.
«Merci pour tout ce que vous faîtes».
Je raccroche. Une respiration. Un verre d’eau. Un autre appel.