Accepter (?)
Le mot a été prononcé plusieurs fois, par moi, par la psy. Je crois que je commence à entrer dans cette portion du chemin de deuil qu'on appelle l'acceptation. Oui, mon amoureux est mort, c'est arrivé et c'est terrible, cela fait toujours aussi mal mais c'est arrivé et on ne reviendra jamais en arrière, il me faut apprendre à vivre avec ce manque de lui.
J'imaginais cette période d'acceptation comme un sentier bien balisé, relativement plat, où les aspérités sont petit à petit gommées et où l'on commence à revoir loin à l'horizon. J'étais bien naïve... Il y a encore de sacrés obstacles au milieu de la route, des dénivelés plus raisonnables mais qui cassent encore les pattes par moments et quant à l'horizon, il est souvent bien bouché.
J'imaginais aussi que cela ferait moins mal mais je vis définitivement au pays des Bisounours dans ma tête : le manque de lui fait toujours un mal de chien et ce n'est pas près de s'arrêter.
J'ai parcouru dernièrement des bribes de notre histoire, un peu par hasard et un peu aussi pour tester ma résistance à la douleur de la perte (je fais ça, de temps en temps, histoire de voir où j'en suis de cette fichue route du deuil). Je pleure moins, je souris même parfois des souvenirs ce que nous avons vécu ensemble mais tout de même, je suis forcée de constater que la plupart du temps, j'ai le souffle coupé de douleur.
Tout le monde me dit que c'est encore trop frais, que c'est normal. D'accord, ça aussi, je l'accepte. A vrai dire, je suis tellement lessivée par tout ça que je suis prête à tout accepter, à condition que cela ne me fasse plus mal.
Notre histoire a été courte (4 ans) mais d'une intensité exceptionnelle, je le mesure en relisant nos échanges, en repensant à notre vie à deux. Nous avons eu une chance inouïe de pouvoir vivre un amour pareil, que des millions de gens ne le connaitront jamais. Ces 4 années ont bouleversé durablement ma vie entière, elles m'ont changée, m'ont apporté plus que les 30 précédentes. Alors passer en 10 min d'un amour aussi extraordinaire à plus rien du tout, c'est une épreuve intense, elle aussi. J'imagine que c'est un joli caillou dans mes chaussures, pour avancer.
Il ne sera plus jamais là, je veux bien l'accepter (ai-je bien le choix, d'ailleurs ?) mais je me demande tout de même : cela veut-il dire aussi que je dois accepter d'avoir le coeur gelé en permanence, les sourires tristes et la colère prompte, le ras-le-bol généralisé d'une existence sans relief, la solitude, même, cette nouvelle compagne que j'ai du mal à apprivoiser ? Et surtout, surtout, le pire, cela signifie-t-il que je dois accepter de ne plus être aimée de lui ? (parce que ça, je crois que je n'y arriverai jamais...)