Je me souviens (2)
Je me souviens de mon premier mot « Désolée » (j’étais en retard), qui fut aussi ton dernier, un peu plus de 4 ans plus tard.
Je me souviens d’avoir posé mon sac à dos et de t’avoir tout de suite serré dans mes bras. Je me souviens de la chaleur de ton corps, déjà, de ton parfum, de t’avoir dit que tu sentais bon et tout de suite après, t’avoir embrassé.
Je me souviens du SDF assis sur le banc non loin de nous qui n’a pas eu conscience d’avoir assisté à la plus parfaite rencontre amoureuse de l’univers.
Je me souviens comme si c’était hier de ce premier baiser, de la douceur de ta barbe, d’avoir ri et continué encore et encore et encore, comme une morte de faim.
Je me souviens de nos langues, de nos corps qui se sont cherchés toute la journée, même à travers les masques qu’il fallait porter à l’intérieur.
Je me souviens de cette journée magnifique, du soleil, du ciel d’un bleu si pur qu’il faisait presque mal aux yeux. Et de tes yeux, justement, verts et remplis d’amour.
Je me souviens de tes mains baladeuses et des miennes qui ne valaient guère mieux.
Je me souviens de nos mots, entre deux baisers, de nos rires, de nos regards vissés l’un dans l’autre, comme incrédules de ce qui était en train de nous arriver.
Je me souviens que nous avons oublié de manger et de boire mais qu’à un moment, la chaleur nous a terrassés et qu’il a bien fallu sortir de notre bulle pour remplir nos corps.
Je me souviens de notre trajet en métro pour te raccompagner à la gare, collés l’un à l’autre, nous embrassant à travers les masques, cela faisait sourire les autres passagers.
Je me souviens aussi que nous sommes arrivés juste à temps pour ton train et que cela ne nous a pas laissé le temps d’être tristes de nous quitter.
Je me souviens encore de la sensation de tes baisers sur ma bouche qui a duré des heures après que tu sois parti, tu étais imprimé sur moi.
Et puis je me souviens de cette attente avant que nous puissions nous retrouver à Paris, à l’occasion d’une escapade. De cette impatience et de cette trouille aussi, à l’idée de nous retrouver tous les deux dans une chambre d’hôtel.
Je me souviens des textos coquins qui entretenaient la flamme, des siestes ensemble mais à distance qui nous laissaient le feu au corps et le ventre palpitant.
Je me souviens du film que tu t’étais fait, nous nous retrouvions Gare de Lyon, sous le panneau des arrivées et c’était comme dans un film romantique, le sacs qui tombaient et les baisers d’amour fou. Et c’est vraiment comme ça que ça s’est passé.
Je me souviens du trajet vers l’hôtel, tu tirais ma valise et nous arrêtions tous les 20 mètres pour nous embrasser.
Je me souviens de la chambre au 7e ciel, de la fenêtre ouverte, de nos corps l’un contre l’autre pour étancher notre faim, notre soif, de cet amour dévorant que nous avons fait pour la première fois, sans même nous déshabiller complètement.
Je me souviendrai toujours de ton regard, intensément vert ce jour-là et si plein d’amour, si plein d’amour.
Je me souviens que nous avons quitté la chambre pour aller dîner, tout de même, de tes doigts emmêlés dans les miens et de ta barbe qui sentait mon sexe. J’avais l’impression que tout le monde savait et je m’en moquais complètement.
Je me souviens de notre première nuit ensemble, dans la touffeur estivale, et de ce petit courant d’air frais qui se faufilait entre mes cuisses ou bien était-ce toi.
Je me souviens de la douche prise ensemble, des rires et des bulles de savon. Je me souviens du petit-déjeuner dans la cour à l’ombre, il faisait frais mais nous avions si chaud, l’un avec l’autre.
Je me souviens des balades dans les rues de Paris, de nos mains collées, nous faisions un détour s’il fallait qu’elles se séparent pour passer.
Je me souviens des photos prises place des Vosges, de mon étonnement en constatant tes choix de prises de vue, d’avoir appris à te connaître encore en te voyant photographier à ta manière des objets étranges, des détails insolites alors que je voyais toujours le tableau d’ensemble.
Et puis je me souviens de la Normandie, où tu m’as emmenée pour me faire une surprise. La plage de Houlgate en juillet, où je n’avais pas le sentiment d’être en vacances mais entre parenthèse. Le vent, la mer, le sel, le sable chaud.
Je me souviens que nous entrés dans l’eau en courant comme des gamins et que nous avons plongé sans savoir si elle était bonne ou pas, nous étions ensemble et c’était la vie en Cinémascope.
Je me souviens de nos baisers dans l’eau et soudain, ce bonheur si intense et parfait que la mer a fait son apparition dans mes yeux. Et tu t’es inquiété et je t’ai rassuré, c’était juste le bonheur, ce truc que j’avais oublié depuis si longtemps et toi aussi.
Je me souviens de notre longue conversation sur la serviette et du coup de soleil monstrueux qui a décoré ma cuisse pendant les 10 jours qui ont suivi.
Je me souviens des crêpes avant de reprendre la route et du trajet de nuit, fenêtre ouvertes sur l’autoroute, musique à fond. J’avais chaud et j’avais froid, j’étais hébétée de fatigue parce que l’amour, ce n’était pas reposant.
Je me souviens de notre arrivée chez toi, de la Maredsous à minuit passé et d’avoir grelotté sur tes draps, à cause du coup de chaleur. Je me souviens de ton lit, pas bien large, dans lequel nous avons vite sombré.
Je me souviens de la fenêtre ouverte et des chants des oiseaux au petit matin, et de toi au-dessus de moi, si doux, si tendre. Je me souviens de ton plaisir et du mien et tant pis pour les voisins.
Je me souviens de ces jours ensemble, comme si c’était hier. Et je me souviens aussi de nos adieux à la gare, plus compliqués que l'autre fois parce que nous ne savions pas quand nous pourrions nous revoir.
Je me souviens avoir regardé s’éloigner Paris, les larmes traçaient sur mes joues des traits parallèles comme ceux des rails. Je me souviens avoir pensé à la chance de connaître un pareil amour et à la malchance de ne pas savoir si cette histoire avait un avenir.
Je me souviens des semaines compliquées qui ont suivi, désormais adultère et enfermée dans un mensonge trop gros pour moi. Je me souviens m’être sentie mal mais pas coupable, est-on coupable d’aimer si parfaitement ?
Je me souviens des coups de fil, instants volés au quotidien pendant lesquels nous refaisions le monde pour ne pas sombrer dans l’incertitude.
Je me souviens du sexe par téléphone, je ne savais même pas qu’une telle chose était possible et pourtant je l’ai faite, c'était doux et naturel, on ne se posait pas la question.
Je me souviens de ma joie quand tu m’as annoncé que tu revenais à Lyon à la fin de l’été pour une journée et de mon embarras quand il a fallu inventer toute une histoire pour justifier de mon absence ce jour-là.
Je me souviens de nos retrouvailles à la gare, tu m’as regardée comme si j’étais la huitième merveille du monde en me disant « Putain, qu’est-ce que t’es belle », comme le personnage de la série « Baron Noir ».
Je me souviens de notre petit-déjeuner en terrasse et de nos regards qui se dévoraient à travers la table.
Je me souviens de notre visite à la maison où Jean Moulin avait été arrêté, de ta main dans la mienne qui se serrait quand le guide nous expliquait et nous montrait les lieux. C’est moi qui avais eu l’idée, parce que tu étais passionné par l'histoire de la Résistance.
Je me souviens aussi avoir réservé un hôtel pour l’après-midi, sans payer par carte pour ne pas laisser de traces et en donnant mon nom de naissance. J’avais l’impression d’être dans un film d'espionnage.
Je me souviens de nos corps qui se retrouvaient enfin et à quoi bon déjeuner alors que nous avions surtout faim l’un de l’autre.
Je me souviens que tu m’as demandé après l’amour si tu pouvais me prendre en photo, nue et que j’ai dit oui tout de suite, alors que je déteste mon corps et que je déteste me faire photographier. Je me souviens de ces photos que j’ai toujours et qui montrent une belle femme radieuse et sensuelle que je ne connaissais pas.
Et je me souviens de ce sentiment de fin lorsque je t’ai raccompagné à la gare, cette fois, nous ne savions pas ce que nous allions devenir. Je me souviens.