La 2e fois
Ce soir, ce sera la 2e nouvelle année sans lui que je commencerai. J'ai écrit “commencerai” mais j'ai pensé “célébrerai”. Parce que oui, je vais faire la fête. Sans lui, et je crois qu'il serait très content que cela se passe ainsi.
L'année dernière, j'avais voulu passer cette fin d'année seule, après des fêtes de Noël éprouvantes, passés dans le manque de lui et le vide terrible qu'il laissait, au sein de ma famille et dans ma vie. Résultat des courses, j'avais passé 3 jours entiers à pleurer sur mon sort, sur l'amour perdu, sur les bilans négatifs et l'avenir compromis. Cette fois, j'ai dit non, je ne veux plus revivre ça alors j'ai pris les devants en faisant partie du comité d'organisation d'un Réveillon entre amis, en toute simplicité et je suis sûre que nous allons passer une chouette soirée.
Mon amoureux me manque, encore et toujours mais le souvenir de lui se fait souvent moins lourd. Il y a quelques semaines, pour la première fois depuis sa mort, j'ai pû penser à sa main dans la mienne sans pleurer, sentir encore sa douceur, son moelleux, sa chaleur, sans pleurer. Sa présence auprès de moi se fait plus rare, moins pesante. Je pleure toujours mais moins souvent, moins longtemps. Je peux évoquer les souvenirs que nous avions ensemble sans sangloter, il m'arrive même d'esquisser un sourire.
J'ai rêvé de lui 2 fois ces dernières semaines, de manière très rapprochée. Comme toujours, il ne parlait pas mais je l'entendais clairement dans ma tête. La première fois, alors que je l'engueulais parce qu'il ne m'avait pas réveillée, il me faisait comprendre qu'il ne pouvait plus le faire parce qu'il ne se réveillerait plus jamais. La seconde fois, il me tenait par la main et finissait par reculer, tout doucement, jusqu'à ce que nos mains se séparent, avec un sourire doux. C'était limpide.
Il me manque terriblement, à plein de moments. Je continue à lui parler à voix haute et puis je me dis que c'est ridicule et puis je me dis que c'est normal. Son petit fantôme est encore là, toujours bienveillant. Mais il va bientôt être temps pour moi de le laisser partir, de lui lâcher la main. Parce que contrairement à mon dernier rêve, ce sera à moi de le faire, je l'ai appris dans la BD offerte par ma nièce à Noël (”Le problème, avec les fantômes” de Mirion Malle).
J'ai relu hier des lettres qu'il m'avait adressées au tout début de notre histoire, pendant le confinement. Nous nous aimions sans jamais nous être vus, nous ne savions pas si cet amour avait une chance, l'avenir était incertain. Et il me parlait de cette corde qu'il faudrait peut-être couper si cette histoire devenait trop douloureuse, intenable. Je lui avais répondu que ce serait à moi de la couper, parce que c'était moi pour qui c'était le plus compliqué. Je n'imaginais évidemment pas que la corde à couper serait celle qui me relie à son petit fantôme et que cela arriverait si vite.
Je ne suis pas encore tout à fait prête mais je me prépare. Je sais que ce moment arrivera et je l'envisage avec sérénité. A l'occasion du passage dans une nouvelle année, je me souhaite d'y parvenir.
Je vais mieux, je crois. Non, je sais. Je suis sûre.