Point final

Il y a quelques mois que je n'ai plus écrit ici. Ce n'est pas l'envie ni le besoin qui m'ont manqué mais je me suis retenue de le faire pour ne pas rabâcher encore et encore les mêmes choses, le manque, le chagrin, l'inconsolable. Je ne suis même pas sûre que cela m'aurait été profitable. Je m'en viens tout de même donner quelques nouvelles, sans doute pour clore ce journal de deuil.

Je vais mieux. Cela ne signifie aucunement que je n'ai plus de tristesse, que je ne pleure plus, que mon amoureux ne me manque plus. Cela veut juste dire que je gère mieux tout cela. Il arrive que je pense à lui, à notre histoire, avec tendresse et sourire, il arrive que je triche avec moi-même pour que cela fasse moins mal, par exemple en pensant à ces choses qui n'étaient pas satisfaisantes entre nous, à ses petits défauts, aux difficultés que nous avons rencontrées, il arrive aussi que je repense à sa mort sans pleurer. Il arrive aussi que le chagrin refasse surface et me submerge mais cela ne dure jamais bien longtemps, à présent et c'est moi qui reprends le contrôle, en général.

Il y a un an jour pour jour, je passais la journée aux urgences pensant que sa disparition m'avait littéralement brisé le coeur. Il semblerait que non puisque mon coeur va bien, que je vais bien et que je continue ma vie cahin-caha sans lui et surtout sans l'amour qu'il me portait. Cette chose me paraissait impossible il y a encore quelques mois mais je peux vous le dire maintenant, on survit à ce cataclysme si l'on sait mettre des mots sur sa douleur, si l'on sait écouter ses sentiments et son corps quand il nous parle, si l'on sait apprécier les petits bonheurs que la vie nous offre, même les minuscules.

Ce deuil n'est pas terminé, je n'ai pas encore tourné la page de cette merveilleuse histoire, loin s'en faut. Mais je vais bien dans l'ensemble, même si chaque jour, je me demande comment il est possible que je sois encore debout, même si chaque soir, je me demande comment il est possible que le coucher du soleil soit si beau dans un monde où mon amoureux n'est plus.

La vie me rappelle aussi que j'ai d'autres soucis, d'autres deuils (présents ou à venir) à endurer, familiaux, professionnels, associatifs. La vie continue avec ses hauts et ses bas, c'est un manège dans lequel je suis bien accrochée et que je subis, parfois, même s'il me donne envie de vomir ou bien de descendre.

Mais je suis là, bien plantée sur mes deux pieds, je recommence à faire des projets (modestes) et j'envisage la suite sans trop me prendre la tête, dans des objectifs raisonnables et sans attentes folles. Je vais mieux, je l'ai identifié et verbalisé et je suis fière de ça. “Petite forte”, aurait dit mon amoureux et il aurait eu raison. J'ai le sentiment de bien m'en sortir et de le devoir à moi-même surtout, malgré la sollicitude et la bienveillance dont j'ai été entourée.

Ce chemin de deuil n'est pas tout à fait terminé mais je vais sans doute clore ce journal ici. Merci à vous qui m'avez lue, qui m'avez aussi exprimé votre soutien et votre affection, qui avez partagé votre expérience sans jugement. Merci à vous aussi qui, silencieusement, m'avez accompagnée. Merci pour votre présence qui a fait beaucoup. Je nous souhaite beaucoup de douceur dans ce monde chaotique et de l'amour, surtout, car maintenant que le mien est mort, je comprends combien c'est ce qu'il y a de plus important, ce qui nous tient et ce qui cimente le monde. Aimons-nous, je crois que c'est ce que nous avons de plus sensé à faire.