Que viennent les beaux jours...
Je ne sais plus quoi écrire ici que je n'ai pas déjà répété mille fois. On ne peut pas dire que je vais mieux, mais je ne vais pas plus mal non plus. La vie continue, avec ses hauts et ses bas, ses promesses et ses incertitudes. Je suis toujours un peu perdue, avec cette impression presque constante de vivre à côté du monde (ce qui n'est pas plus mal en ce moment).
Après quelques mois, je comprends tellement mieux ce qu'écrivait Joan Didion dans “L'année de la pensée magique”... Effectivement, comme elle, je pense encore parfois que la mort de mon amoureux n'est pas arrivée, qu'il va revenir. Cela parait incroyable, dit comme ça, mais il y a tellement de petits moments où cette pensée me traverse ! Ce peuvent être des moments du quotidien ou bien encore des moments professionnels, peu importe, je secoue la tête en me disant intérieurement que ce n'est pas possible que ce soit arrivé.
Il y a bien sûr beaucoup d'autres moments où sa disparition est intégrée. J'ai l'impression de moins souvent lui parler à voix haute, je me sens moins seule quand je dîne à la cuisine ou quand je remets seule cette foutue housse de couette qui ne va jamais comme je voudrais.
Et puis il y a eu, la semaine dernière, le moment incroyable où j'ai reçu, après des mois de bagarre et de relances, son assurance-vie. Celle qu'il avait pris le soin de mettre à mon nom, dès les premières semaines de notre rencontre, il y a 5 ans. Cela a été comme un signe de lui, par-delà la mort, un cadeau d'une infinie générosité au moment-même où je commençais à regarder les petites annonces immobilières pour chercher un nouveau nid. Je suis très bien dans cet appartement mais chaque soir, au retour du boulot, chaque week-end, chaques vacances, la présence de ce fantôme se fait sentir, au point que je m'échappe dès que je dois passer plusieurs jours d'affilée chez moi, pour ne pas sombrer dans la déprime. Je ne parle pas de fantôme réel mais juste du souvenir de mon amoureux dans ces murs, du bonheur qui a été le nôtre ici, de la construction de notre vie ensemble, tout s'est joué là. Sans parler de la cuisine dans laquelle il est mort et dans laquelle je ne peux m'empêcher de scruter le sol et la mémoire de ce terrible matin d'août, chaque jour... Chaque. Jour.
J'ai donc l'impression d'aller un peu de l'avant, tout en n'étant toujours pas redevenue celle que j'étais (mais le redeviendrai-je jamais ? Il est à peu près certain que non), tout en cherchant encore l'issue de ce chagrin qui continue de me terrasser, de préférence aux moments où j'y pense le moins.
Les jours s'allongent. Les oiseaux recommencent à chanter, l'estragon a refait des pousses dans la jardinière sur le balcon. On va vers les beaux jours et je ne peux m'empêcher de penser que c'est aussi le cas pour moi, tout doucettement. J'ai survécu à l'hiver, au manque de lumière, au froid et à la neige, aux souvenirs sombres de mes amours perdues. Que vienne le printemps, je suis prête à l'accueillir, pas vaillante mais toujours là.