Rendre les (l)armes
Voilà, j'ai encore écrit sa mort et à chaque fois que je l'écris ou la relis, c'est le même coup de poignard qui me traverse.
Il me semble que la psy avait dit que pour le deuil, il était bon de revivre encore et encore le traumatisme. Peut-être voulait-elle dire qu'à force, on allait l'épuiser, l'amoindrir. Je n'en suis visiblement pas encore là.
Et pourtant la roue tourne, la vie continue. Cela va bientôt faire 8 mois.
Par moments, comme hier, je suis fatiguée. Pas tant physiquement (encore que) que nerveusement, psychiquement. Je suis fatiguée de “tenir”, d'être “courageuse”, d'être “forte” (tous ces guillemets parce que ce ne sont pas mes mots), fatiguée de faire semblant que tout va bien, fatiguée des projets que je m'efforce de monter et qui me permettent de me projeter dans l'avenir. Tout ça m'épuise au bout d'un moment et je n'ai plus qu'une envie, me calfeutrer chez moi et ne plus sortir, pleurer jusqu'à épuisement, abandonner le champ de la bataille du deuil, rendre les armes.
Cela ne dure jamais bien longtemps, quelques heures au mieux, deux jours au pire et je constate tout de même que ces périodes de découragement sont de plus en plus espacées et que le trou de chagrin dans lequel elles m’entraînent est de moins en moins profond.
J'imagine que c'est ça aussi, faire le deuil. Une sorte de lente guérison par périodes d'à-coups, un manège qui finit par s'épuiser et dont les loopings sont de plus en plus plats.
J'ai changé le fond d'écran d'accueil de mon téléphone et remplacé la photo de mon amoureux par une photo d'un tableau coloré admiré lors des dernières vacances. Je sens que bientôt, le grand portrait de lui qui veille sur moi sur la table de chevet ne va pas tarder à disparaître, lui aussi. Parce que ça me fait mal de le voir là tous les soirs lorsque j'éteins, parce que ça me pinçait le cœur de le voir à chaque fois que je réveillais mon téléphone.
Je n'ai plus écouté sa voix depuis des semaines. Ce n'est pas du tout que j'ai envie d'oublier mon amoureux (ça me paraît impossible) mais j'ai juste besoin de repos “émotionnel” alors je me protège un peu. J'aimerais bien ne plus pleurer aussi mais les attaques de larmes sont imprévisibles et sournoises, bien que plus rares ces derniers temps. Un mot, une phrase, quelques notes de musique suffisent à les déclencher, ou alors la sirène des pompiers.
Il y a plein de moments où je le sens à côté de moi, toujours des moments ordinaires du quotidien : en montant dans ma voiture le soir après le boulot, après avoir discuté avec un voisin, en écoutant les infos à la radio... Ce sont surtout des moments où j'aurais aimé échanger avec lui, des moments de satisfaction ou de colère, des moments dont je sais qu'il aurait lui aussi eu quelque chose à dire.
Je ne suis plus allée rendre visite à l'arbre du souvenir depuis des semaines. En fait, j'ai la trouille d'y retourner, peur de retomber de la falaise sur laquelle j'ai réussi à finalement me hisser, maladroitement, peur de devoir tout recommencer, encore. Alors je me dis que l'arbre est là, à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau et qu'il attendra que je sois plus solide sur mes jambes.
Mon amoureux me manque, je n'ai pas de mots suffisamment forts et adaptés pour dire à quel point. C'est un trou au milieu de ma poitrine, là où autrefois battait un cœur.