ouriagan

J'ai découvert Zaclys il y a quelques mois et par là-même un monde qui m'était inconnu. Je découvre le Fediverse comme un enfant découvre un nouveau terrain de jeu.

En ce début du mois de mars 2025, alors que le soleil se décide à pointer son nez et que la population mondiale accuse le coup d'une altercation entre le président des États-Unis et celui de l'Ukraine, surgit un conflit inattendu sur l'instant Mastodon de Zaclys. Je crois comprendre qu'un (ou certains) membre(s) de la communauté ont relayé des informations à connotation haineuse. Le mécontentement d'autres membres semble avoir amené les modérateurs à intervenir. En cette fin d'après-midi, on devine la fatigue des modérateurs, leur hésitation et la tentation de fermer l'instance. La décision leur appartient, bien évidemment.

Cette altercation émerge toutefois dans un climat politique particulier, tant au niveau local, national qu'international : au nom de la liberté d'expression, on voit resurgir au plein jour des propos qui avaient été enterrés. Comment réagir face à cette résurgence ? Faut-il les encourager ? Faut-il les ignorer ? Faut-il les sanctionner ? Voici des questions complexes auxquelles les états peinent à répondre. Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle entre le climat ambiant (et anxiogène) et la position de l'équipe de Zaclys. Ainsi semble-t-elle vouloir offrir un lieu d'échange convivial pour touts ses utilisateurs. Ce lieu est précieux !

Or, l'être humain est tel qu'il est : avec ses bons et ses mauvais côtés, avec ses espoirs et ses peurs. Chacun le sait ou le sent : le meilleur côtoie souvent le pire au sein de l'esprit humain. Par conséquent, ce qui se déroule sur l'instance n'est guère une vraie surprise. En effet, tôt au tard, les émotions négatives s'immiscent dans les débats les plus intéressants. Faut-il s'en effrayer ? Je ne pense personnellement pas si tant est qu'elles puissent être contenues dans un débat plus large et intellectuel. Au début d'internet, on appelait les perturbateurs des forums des “trolls”. Les trolls sont souvent cachés dans l'ombre mais font de subites apparitions provocatrices, suscitant agacement voire colère chez les autres membres de la communauté. Ils sont là et lorsqu'un troll est chassé, il est bientôt remplacé par un autre. Apprivoiser le troll est parfois possible car le troll est souvent anxieux et poussé par des sentiments négatifs.

A mes yeux, toute communauté virtuelle doit développer une certaine tolérance aux trolls sous peine de capituler devant eux. Cela demande bien évidemment du temps, de l'énergie et une dose de sagesse. Cela demande également une prise de conscience importante : les gestionnaires d'une instance ou d'un forum disposent d'un pouvoir technique de modération mais ne sont pas des moralisateurs parentaux : ils ne sont pas les parents des utilisateurs. Ces derniers doivent accepter de lire parfois des propos qui leur déplaisent afin de les élever vers le haut. Les pensées et les paroles intolérantes sont fréquentes et il s'agit d'y répondre avec une sagesse pacifiante. Répondre à la colère par la colère l'alimente. Se plaindre des trolls ou des modérateurs revient à se placer en position passive de victime. Libre à chacun d'entre nous de mettre notre intelligence à l'épreuve de la haine afin de la neutraliser.

Je comprends l'inconfort de l'équipe de Zaclys, que l'on sent lasse de voir trouver une réponse aux travers des êtres humains. Cela est bien entendu impossible. Fermer l'instance serait un capitulation face à ce constat. Notons toutefois que cet épisode réveille les esprits et suscite un débat, que je trouve personnellement très intéressant et revigorant dans le contexte politique global. Je crois personnellement au pouvoir des débats, même s'il faut parfois passer par des périodes de turbulences. Les opinions personnelles se construisent dans les échanges. Il y a moyen de se nourrir des différences plutôt que de les craindre.