M. M. est algérien, de nationalité.

Il ne connait pas l'Algérie. Entré en France à l'âge de deux mois avec sa mère, orphelin de père, c'est ici qu'il a grandi, a suivi des études d'informatique, a eu un grave accident qui l'a contraint à arrêter son travail, il a 37 ans, il ne parle pas l'arabe, sa mère est enterrée en France.

Il vit seul, dans son appartement, qu'il peine à garder avec ses seules ressources, l'allocation pour adulte handicapé.

Ses droits à l'AAH sont interrompus parce que l'administration préfectorale traîne à renouveler sa carte de résident, pas que sa situation administrative pose problème, non, mais parce qu'elle traîne. Il va perdre son logement. Il l'explique, le démontre, l'Administration s'en fout “on a du retard, c'est pour tout le monde pareil, patientez”.

Il décompense, se rend au commissariat, caillasse une voiture de flic et crie “Allah Akbar”. Il est arrêté, condamné a 10 mois de prison ferme, sa peine est aménagée en semi liberté (Il présente des garanties, et le juge de l'application des peines ne considère pas qu'il est une menace pour l'ordre public, dire une bêtise dans une situation qui était la sienne est entendue).

Au dernier pointage, le 16 décembre, la police lui notifie une décision du Ministre de l'intérieur, un arrêté d'expulsion vers l'Algérie. Il est placé au centre de rétention administrative de Lyon pour mise en oeuvre de son expulsion.

Même si un recours est déposé contre cette décision d'expulsion, elle n'est pas suspendue dans l'attente du jugement du tribunal.

Au centre de rétention, son état de santé se dégrade, très vite – les conditions d'enfermement sont celles qu'on connait, il est seul, sans famille, son état de santé était déjà très précaire, il a peur.

A deux reprises, il est présenté au Juge des libertés et de la détention, celui qui contrôle à échéances régulières la nécessité de l'enfermement et ses alternatives, les diligences de l'administration pour obtenir un départ dans les meilleurs délais, la compatibilité de l'état de santé avec cet enfermement.

Mais on ne libère pas un terroriste.

Hier, il a été hospitalisé en urgence, il ne sera pas devant la Cour d'appel ce matin ensuite d'un appel sur la seconde prolongation de sa rétention pour une nouvelle période de 30 jours décidée par le premier juge mercredi.

Le juge d'appel prolongera sa rétention, malgré les circonstances.

On ne libère pas un terroriste.