Travailler moins pour gagner moins
En juin 2024, j'ai annoncé ma démission de l'entreprise dans laquelle j'avais un CDI à temps partiel confortable. Ils m'ont demandé mes nouveaux projets, j'ai répondu travailler moins pour gagner moins1. Ils ont rit un peu jaune, mais c'était la vérité.
La décision de travailler moins
Quand j'ai annoncé ma démission, je travaillais à 3/5 dans une petite entreprise et le reste du temps à mon compte. Je passais la plus grande partie de mon temps à gérer de l'organisationnel, de la stratégie, et des relations humaines. J'étais globalement reconnue sur ce que je faisais, et mes conditions de travail étaient très bonnes. Mes projets de fond n'avançaient plus, je n'avais plus le temps d'écrire, j'étais toujours au téléphone quand je m'occupais des animaux pour ne pas perdre de temps. En réalité, j'étais totalement débordée.
J'ai besoin de plus de temps à ne pas travailler
Une fois mon contrat de travail terminé, j'avais enfin du temps. Mais j'avais peur de retomber rapidement dans une nouvelle spirale de trop de travail. J'ai donc commencé un travail sur moi et demandé de l'aide à une psychologue du travail.
Une des premières étapes a été de me demander : De quoi ai-je vraiment besoin ? Quels sont mes besoins ? Comme je trouvais cette question super difficile, j'ai regardé une vidéo super bien sur la recherche de ses valeurs…
La psy proposait de jouer à un petit exercice : “Imaginez que vous avez 90 ans, vous repensez au vous de maintenant, et complétez ces phrases.”
- Quand j'avais 40 ans, je passais trop de temps à ...
- Quand j'avais 40 ans, j'aurais du passer plus de temps à ...
Je me suis rendue compte que c'était super facile et immédiat de répondre à ces questions. Je passais trop de temps à travailler, et pas assez de temps seule avec mes animaux.
Maintenant, je ralentis
Maintenant, j'essaie de sortir du moule dans lequel je suis rentrée avec la prépa, de ce sentiment de n'en avoir jamais fait assez. J'essaie d'accepter des journées moins productives, mais dont je ne sors pas rincée. J'essaie de ne plus être hébétée après avoir tout donné de 9h à 18h.
Voici quelques exemples de ce que ça change en pratique pour moi...
Arrêter les deadlines qui mettent dans le rouge
Par défaut, je me mets la pression pour faciliter la vie des autres. Je perçois très facilement les besoins des autres, beaucoup moins facilement les miens.
Par exemple, je me rappelle m'être levée à 4h du matin pour finir un rendu qui devait permettre au client de livrer son projet dans les temps. Le timing était hyper serré. Il fallait ensuite que le client cravache lui aussi pour tenir les délais. Il n'a pas cravaché, la livraison du projet a été repoussée d'un an, et mon travail sera probablement oublié (mais j'ai été payée, ne pleurnichons pas).
Questionner les autres d'abord pour connaître leurs contraintes
Aujourd'hui, mon objectif est de bien questionner les autres sur leur besoin réel, et ne pas anticiper en proposant une date de livraison. Et je n'y arrive pas encore de manière systématique 😬.
Me questionner moi pour interroger mes besoins
Ma bonne résolution est de me demander : qu'est-ce qui serait confortable comme date de livraison ? Et rajouter au moins une semaine de délai.
Ça commence à venir.
Encourager mon entourage à questionner leurs deadlines, surtout quand elles me retombent dessus
Un exemple : – Un militant m'a écrit : “on doit envoyer le mail d'ici ce WE”. – Je lui ai répondu : “Que se passera-t-il si on envoie ce mail lundi ? Pourquoi faut-il absolument l'envoyer ce weekend ?”
Militer pour le droit à la déconnexion
Avec les messageries instantanée, les mails, nos téléphones trop intelligents, on s'attend à ce que chacun·e réponde dans la demi-heure.
Je milite pour qu'on ait le droit de répondre dans les 24 h aux trucs pressés, et sous une semaine pour les trucs pas urgent. J'essaie aussi de ne pas envoyer de mails le soir et le WE grâce à la fonction envoyer plus tard !
Perdre du temps dans les transports
À vélo
Depuis deux ans, on a pris l'habitude d'aller faire nos courses à vélo. En terme d'optimisation de l'agenda, c'est du temps perdu. En réalité, c'est un moment de qualité qu'on passe à deux, dans la nature, en faisant un peu d'exercice physique. Que du positif !
En train
Je ne prends plus l'avion. Je prends le train plutôt que la voiture dès que c'est possible. Et sur ce temps volé à mon quotidien, je dors, je lis, j'écris des articles comme celui-ci. Est-ce vraiment du temps perdu ?
Des plus petites journées de travail
Réduire les horaires
J'ai réussi à bien réduire l'amplitude de mes journées de travail. Je pense que je fais entre 5 et 7 heures de travail intellectuel par jour. Au delà, je n'y arrive de toute manière pas.
Je commence plus tard, je termine plus tôt, et je fais une sieste le midi. Et c'est trop bien 🌞 .
Réduire c'est choisir, et choisir c'est renoncer
Du coup je peux faire moins de trucs 😔 .
Mais en vrai, ça permet de se concentrer davantage sur l'essentiel. En ce moment, la quasi totalité de mon temps de travail est passé sur mon cœur de compétence, ou sur ce que j'aime faire. C'était pour ça que j'avais démissionné, et donc c'est une victoire 🎉 .
Je ne peux pas en dire autant de mon temps bénévole. Ni de mon temps domestique 😬 .
Bref, affaire à suivre
1 Oui, j'ai bien conscience que c'est un truc de grande privilégiée que de pouvoir dire ça. J'en ai tellement bien conscience que c'est en partie ce qui a fait que je me suis interdit de ralentir pendant beaucoup d'années.... Bref, je crois qu'on a le droit de toustes partager nos problèmes, surtout sur un blog que personne n'est obligé de lire...