donotread

Ne lisez pas ceci, je ne sais pas ce que je vais en faire !

Notez les guillemets.

Lorsque j'ai envisagé l'écriture de ce blog, c'était l'un des thèmes que je voulais aborder. Pas forcément sous l'angle que prendra cet article. Pas forcément avec l'emploi de ce terme qui peut être connoté. Mais c'est un sujet que je tenais à rapprocher de celui du précédent article, parce qu'en réalité, les ramifications sont nombreuses.

Immédiatement après avoir publié l'article précédent, j'avais ce thème en tête et il ne me restait plus qu'à trouver le temps (et la motivation, soyons honnêtes !) pour le rédiger.

Depuis lors, j'ai eu l'impression que toute l'actualité raisonnait autour de ce sujet. Et puis j'ai observé que, là aussi, l'extrème-droite s'en emparait, tapie dans l'ombre, s'érigeant comme toujours comme un prétendu rampart contre un danger venu d'ailleurs. Tout ce contexte me poussait à rédiger cet article, la motivation était donc présente, mais il me manquait du temps. Si vous lisez ceci, c'est que j'ai fini par le trouver !

(note avant publication : procrastination mon amour, j'ai écrit cet article l'été dernier, je le trouveais imparfait, il l'est toujours, je voulais l'améliorer, mais maintenant il est en plus quelque peu périmé... donc je le publie tel quel 🤷🏻‍♂️)

Et puis il y a quelques jours j'ai lu cet article. Un article que j'aurais voulu écrire. L'article qui reprend par le menu et éclairé par de nombreuses sources et références (qui manquaient à mon précédent billet) toutes les ramifications entre ce sujet, lié au numérique principalement, et mes préoccupations politiques. Tout y est, enfin presque ! Cette lecture passionnante, je vous invite à la parcourir, avant ou après la lecture de la présente. Elle m'aura permis d'économiser un temps non négligeable de recherche et de consolidation d'informations fiables que je tenais à rassembler. Comment Trump peut mettre la France à genoux en 24h

Ce billet pourra donc se concentrer de façon plus spécifique sur mon analyse personnelle. Oui c'est prétentieux, qui s'intéresse à mon avis ? (voir mon premier billet à ce sujet) Après tout c'est un blog, pas un agrégat d'actualités resucées, brodées par une IA et parsemées de publicités pour optimiser votre temps ici et mon gain en revenus publicitaires (a priori il n'y en a pas ! 👀).

Le constat dressé par Maël Thomas est criant, à la fois de tristesse et de réalité :

Notre dépendance numérique aux États-Unis est un danger systémique.

À ma modeste échelle, cela fait quelques années que j'ai commencé à vouloir me défaire de l'emprise numérique des GAFAM : auparavant précurseur, au sein de ma famille comme dans mon cercle d'amis, dans l'utilisation des produits Google, j'ai commencé à douter des promesses de gratuité sans contrepartie, et surtout à m'apercevoir qu'une réelle dépendance commençait à s'installer : pour moi, bien que j'en sois conscient, mais de manière plus inquiétante pour l'immense majorité des digital natives ou des semi-vieux comme moi, mais convertis sur le tard au numérique.

La page DÉGOOGLISONS INTERNET, lancée depuis 2014 par l'association https://framasoft.org/, résume très bien les enjeux : C’est quoi le problème ? Les géants du web ont une telle puissance qu’ils exercent une domination technique, économique, culturelle et politique sur nos sociétés.
Ces dominations posent de nombreux problèmes pour nos libertés  :
- Capitalisme de surveillance
- Dérives démocratiques
- Fermeture sur une seule vision de société
- *Centralisation des données et des attentions

Dès lors, des alternatives ont commencé à éclore un peu partout, sous l'impulsion de cette initiative, avec la création du Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires ( 😻 https://www.chatons.org/).

Ou encore la naissance de réseaux sociaux décentralisés, indépendants et interopérables par le biais du Fediverse : Pixelfed pour la 📷 photo, Mastodon pour le 🐦 microblogging, PeerTube pour la 📽️ vidéo, Mobilizon pour ✊ l'organisation d'événements ou encore, pour écrire des articles de blog, 🪶 plume ou ✍️ write freely (utilisé pour ce blog).

Mais 10 ans plus tard, si des alternatives existent, le constat est terrible : la domination des GAFAM est encore écrasante.

À ma modeste échelle, que ce soit dans la sphère professionnelle ou personnelle, j'ai échoué.

J'ai échoué à convaincre, d'une part, mais je dois reconnaître que j'ai également échoué à trouver pour moi-même des alternatives fiables et en alignement avec mes valeurs. Mais pour paraphraser une célèbre citation parfois attribuée à Talleyrand, si cela me désole, la comparaison avec les coups d'épée dans l'eau de nombreuses institutions pourrait me consoler : – La note de la DINUM explicitant clairement que la Règle 9 de la doctrine Cloud au centre ne permettait pas le déploiement de l'offre Office 365 de Microsoft, en septembre 2021 ; – Ce qui n'a pas empêché l'Éducation nationale, pourtant fer de lance des communs numériques, de jouer au mauvais élève il y a quelques mois ; – La CNIL donnant son aval pour une exploitation par Microsoft de la Plateforme de données de santé (ou Health data hub) dans une délibération controversée, indiquant naïvement que “Les données de l’entrepôt seront conservées dans les centres de données de Microsoft situés en France.“, et que les “transferts de données vers les États-Unis sont encadrés par les clauses contractuelles types de la Commission européenne.”

  • Tandis que Microsoft ne peut garantir que nos données ne seront pas rendues accessibles au gouvernement états-unien lors de cette audition au Sénat.
  • Tous les DSI, responsables, techniciens ou prestataires informatiques, à l'échelle de petites structures ou de grandes organisations, qui ont voulu alerter sur les risques à se reposer exclusivement sur les technologies de Microsoft, mais qui n'ont pas trouvé d'arguments face à des remises spectaculaires de l'éditeur pour écraser toute concurrence ;
  • et toutes les initiatives que je ne peux citer ici...

Me consoler ou m'alarmer davantage ?

Pourquoi ne pas simplement admettre notre défaite et nous concentrer sur ces problèmes plus importants ?

Cette position serait encore tenable si nous n'étions pas en train de basculer dans une nouvelle ère.
Si j'ai été surpris du durcissement du ton de notre Président, qualifiant Vladimir Poutine d'“ogre” qui “a besoin de continuer à manger” pour survivre, ou de sa cinglante réponse aux accusations abjectes de Benyamin Nétanyahou, il faudra sans doute encore de nombreuses années avant une telle prise de conscience (ou du moins ouvertement) concernant le Président américain. Jusqu'à quand pourra-t-on encore considérer ce pays comme notre allié ? Un extrait de l'article-que-j'aurais-voulu-écrire :


Exercice de prospective : Trump amasse l’US Navy dans les eaux du sud du Groenland. Que font le Danemark, le Royaume-Uni, l’Union Européenne ?

Rejetez le réflexe de pensée “non mais il ne fera jamais ça”, tout comme nous aurions du le faire avant que la Chine ne lance ses exercices militaires encerclant Taïwan, et surtout que Poutine n’envahisse l’Ukraine, que Musk fasse son salut nazi, ou que le duo Trump-Netanyahou n’expriment leur volonté de vider Gaza de ses habitants. Pour cet exercice, réfléchissez aux conséquences comme si vous aviez lu ce matin dans la presse que l’US Navy amassait ses navires autour du Groenland.

Pensez-vous que Trump et ses généraux sont suffisamment stupides pour ignorer que leurs GAFAM font tourner notre économie et que leur informatique militaire peut clouer au sol une grande partie des flottes d’aviation militaire européennes ?


Que penser quand, suite à une sanction prononcée par le département d'État américain, Microsoft coupe les mails de la Cour Pénale Internationale ? Avec des amis comme ça, personne n'a besoin d'ennemis !

Notre dépendance n'est donc plus à démontrer, et son utilisation comme arme de dissuasion est d'ores et déjà documentée.

D'accord Jean-Michel, mais on y peut quoi nous ? on va pas revenir aux cartes IGN pour ne plus utiliser Google maps et aux pigeons voyageurs pour remplacer les réseaux sociaux ?”, me demanderez-vous !

Déjà, je ne m'appelle pas Jean-Michel mais je prends la question quand même.

À notre échelle à chacun, on peut bien sûr échouer comme je l'ai fait (mais essayer quand même !) à toujours utiliser des alternatives éthiques et qui limitent notre dépendance, d'une part, tout en réduisant les revenus de ces plateformes d'autre part (même si on ne leur verse pas d'argent directement, on entérine leur domination en les utilisant par défaut).

Mais surtout, on peut prendre conscience de la réalité de la situation, parce qu'une personne avertie en vaut deux et parce que le danger est déjà là.

Le problème n'est pas tellement en soi la position dominante, ni même l'absence d'alternative : après tout, ce ne serait pas si problématique si par exemple il n'y avait qu'une seule boulangerie dans mon village, tant qu'elle ne refuse pas de vendre à mes voisins trop bronzés, ou à cause de leur accent, tant qu'elle ne profite pas de sa position dominante pour vendre ses miches à prix d'or, tant que la qualité est au rendez-vous, etc etc. La “main invisible du marché” permettra à des concurrents de s'installer à proximité si l'établissement ne répond pas aux attentes de ses clients. Merci le capitalisme ! Le problème des GAFAM tient principalement dans leur éthique, ou bien leur absence d'éthique, ou bien encore leur porosité vis-à-vis d'une extrême-droite hégémonique dans de trop nombreux pays.

Vous pensez trouver sur facebook, twitter/X, instagram, youtube (ou d'autres plateformes comme celles-ci) un espace d'expression libre ? Vous avez l'intime conviction que leur contenu ne peut nullement influencer votre jugement, vos certitudes, vos choix, votre vision du monde ? Ce sujet pourrait faire l'objet d'un billet à lui tout seul, on se contentera de le survoler : Pensez-vous que le peuple roumain est moins éclairé que vous, pour que leur élection présidentielle soit perturbée par des ingérences russes? Pensez-vous que notre solide démocratie, sa presse libre et son peuple érudit nous mettent à l'abri de telles manipulations ?

👉 Ce n'est pourtant pas difficile de faire la une de la presse à sensation avec quelques tags, et de susciter une vive émotion, aujourd'hui en surfant sur la montée de l'antisémitisme, demain sur n'importe quelle autre problématique réelle de société.

À une époque où l'on doute de plus en plus des institutions, se reposer sur ces réseaux sociaux pour espérer y trouver une lecture plus neutre de notre monde, c'est une gageüre.

Si l'union européenne tente de son côté de réguler ces plateformes, à rendre obligatoire une modération efficace, cette approche semble sinon incertaine, dans tous les cas insuffisante. J'en veux pour preuve le virage à 180° de Mark Zuckerberg après l'élection de Trump, vantant au passage les “bienfaits de l’énergie masculine”, tandis que la presse atlantiste dénonçait il y a quelques années une modération trop “woke” sur facebook. Et Donald Trump ne s'y trompe pas, il sait ce qu'il fait quand il dénonce les régulations européennes du numérique et menace les pays européens de représailles.

Alors on fait quoi ?

Le choix qui s'offre à nous est donc simple : Accepter la domination (technique, économique, culturelle et politique) et nous y soumettre ? Ou poursuivre dans la voie de la régulation, avec l'imposition de normes sanitaires, de normes de sécurité, de garanties ou labels en tous genres, dictés par l'intérêt général et non par le sacro-saint marché (et donc en privilégiant les solutions libres) ?

Pour ce qui est du numérique, cette voie nous imposera peut-être à l'avenir de recourir exclusivement à des réseaux sociaux alternatifs décentralisés. Si vous lisez cet article, c'est peut-être le choix que vous avez déjà fait ! Pour ce qui est du recours à des solutions technologiques dites “souveraines”, la prudence est de mise : la prise de conscience grandissante de cette problématique par la population générale est comme de bien entendu exploitée par notre chère extrême-droite française : j'ai vu exploser il y a quelques semaines des publications de “Souveraine Tech”, qui s'avère être l'une des briques du Projet Périclès, comme le dénonçaient récemment les journaux Le Monde et l'Humanité (articles payants 💶). Ce projet lancé par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin , visant à promouvoir l'extrême-droite.

Le sujet de notre indépendance vis-à-vis de puissances étrangères n'est donc pas simple, mais il fallait que l'extrême-droite vienne y mettre son grain de sel.

À ma modeste échelle, ma boussole restera celle d'institutions sérieuses, d'initiatives vertueuses, d'établissements dont les objectifs ne sont pas principalement financiers : la promotion du logiciel libre par l'Adullact ou encore le Conseil National du Logiciel Libre, la communauté associative autour de framasoft ou des chatons, un regard critique, une vigilance quant aux financements et dépendances, qu'elles soient choisies ou subies.

Si vous cherchez également comment sensibiliser de façon ludique vos enfants à ce sujet, je vous recommande la lecture du livre pour enfants “Ada & Zangemann, Un conte sur les logiciels, le skateboard et la glace à la framboise”, disponible sous licence Creative Commons : Attribution, Partage dans les mêmes conditions (CC BY-SA 4.0 FR).

Cette histoire raconte comment Ada, jeune fille un peu bricoleuse, va chercher à mettre en oeuvre des solutions alternatives à celles imposées par M. Zangemann, pour le plus grand plaisir de ses amis.

Pour élargir le sujet, avec des actus récentes en lien avec les thèmes abordés dans ce billet : – Le Tribunal de l'UE conforte le Data Privacy Framework (DPF) – Il s'agit de l'accord entre l'UE et les USA garantissant un niveau de protection des données équivalent au RGPD – cet “accord d'adéquation” est vivement contesté, notamment en raison du prolongement de la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) – beaucoup pariaient sur l'invalidation du DPF, comme l'avaient été avant lui le Safe Harbor et le Privacy Shield) – difficile de croire que le contexte international tendu n'a eu aucune influence sur cet arbitrage – Donald Trump affirme que les Etats-Unis ont tiré sur un bateau “transportant de la drogue” et parti du Venezuela, 11 “narcoterroristes” tués – les guillemets sont de franceinfo “Narcoterroristes”

(note² avant publication : il y aurait tellement d'articles à partager en lien avec cette actualité, qui a pris de l'ampleur depuis l'été dernier... mais je publie tel quel 🤷🏻‍♂️)

Vous avez lu jusqu'ici ? Je vous avais pourtant prévenus !

Je vous avais prévenu.

Comptons ensemble

Déjà plus de 18 mois que ce flacon est vide ? Et il s'en est passé des choses, pourtant ! Pas ici, non non, mais des choses sur lesquelles j'aurais pu m'étaler, des choses qui ont bouleversé le pays, les internets, l'ordre établi, l'opinion... Voilà une orientation que cet espace ne prendra probablement pas : celle d'un blog d'actualité !

Un top 5 des événements marquants que vous n'avez pas découverts ici ? Allons-y ! 5 – La dissolution et ses innombrables conséquences ; 4 – La réponse sanglante de Tsahal aux attentats du 7 octobre, et ses innombrables conséquences ; 3 – La réélection de Donald Trump et ses innombrables conséquences ; 2 – Ma prise de conscience que, oui, pour beaucoup, “plutôt hitler que le front populaire”, ça marche encore aujourd'hui ; 1 – Cette toute petite pétition dont tout le monde parle.

Vous remarquerez le choix éditorial dans la hiérarchisation des sujets ? À vrai dire, ce top 5 serait plutôt à regarder comme un compte à rebours, une suite d'événements menant à l'inéluctable. Toujours est-il que j'aurais pu en choisir d'autres, et ce choix vous éclaire sans doute sur ce qui m'anime !

Mais quand même, cette pétition, dans la hiérarchisation... ? Et ma prise de conscience ? C'est du 2 poids 2 mesures, par rapport aux 3 autres, non ?

Hé bien pas pour moi, et je vais vous expliquer pourquoi !

Commençons par la fin : depuis quelque temps, je ne peux m'empêcher de faire le lien entre les arguments fumeux des défenseurs de la loi Duplomb, et ceux qu'on a entendus pendant les longs mois précédents le vote du référendum de 2005. J'avais, à l'époque, tout comme vous je pense, 20 ans de moins. Mais déjà une conscience politique. Peut-être moins rodée, plus hésitante, mais quand même déjà bien ancrée. Je parlais assez peu de ce que je comptais voter, en dehors de mon cercle très proche et familial, au sein duquel le “non” était une évidence. Mais en dehors, ce “non” me semblait ambigu, suspect, je craignais de devoir l'expliquer, me justifier. “Mais non je ne suis pas contre l'euro”, “mais comment ça, refermer les frontières ?”, “la guerre avec l'Allemagne ? Sérieux ?”.

Le souvenir le plus ancien que j'avais gardé de Michel Barnier, il y a 20 ans, et donc bien avant qu'il ne devienne l'un des premiers ministres les plus éphémères de la Ve République, c'était sa manière toute particulière de défendre l'importance de ce traité. Plus il parlait, plus j'étais convaincu. Plus il m'insultait, plus il cherchait à m'invisibiliser, en noyant mon intention de vote contre la “concurrence libre et non faussée” dans la mare immonde des arguments éclatés du fn, et plus ma certitude était déterminée. J'aurais voté non dans tous les cas, mais son mépris m'a permis de l'affirmer, de le revendiquer, de l'expliquer. Surtout après le résultat, soyons honnête !

Maintenant pourquoi établir un lien entre ces deux événements si éloignés, dans le temps, dans leur fond et dans leur forme ?

Pour cela, faisons un petit saut en arrière. Juin 2024, il y a à peine un an et pourtant on a l'impression de ne plus vivre dans le même monde ! Pardon de remuer ce douloureux souvenir, mais le parti à la flemme nationale venait de dépasser les 30% de suffrages aux élections européennes, auxquels on peut ajouter le score de reconquête pour parachever cette ambiance de déprime. À ce stade, je commençais (très sérieusement) à douter de ma certitude totalement affirmée et assurée depuis de nombreuses années (des décennies, n'ayons pas peur des mots !), selon laquelle le rn (ou fn) n'arrivera jamais au pouvoir, parce qu'on n'est pas un pays de racistes, parce qu'on est relativement instruits, parce qu'on a une forte conscience politique, etc etc.

En juin 2024, tout le paysage politique disait le contraire.

Notez l'emploi de l'imparfait, à l'image de cette situation.

En fin de compte, je m'étais trompé : on est bien dans un pays de cons, on a laissé les chaînes d'information continue nous abreuver de faits divers encore plus orientés que ce qu'on reprochait à TF1 dans ses pires moments des années 90/2000, on a laissé s'ouvrir de plus en plus grande la fenêtre d'Overton, on a fini par banaliser, dédiaboliser, normaliser, accepter, le rassemblement national. 30%, et même 35, c'est à dire une personne sur 3. Une personne sur 3 quand je vais faire mes courses, une personne sur 3 parmi mes collègues, une personne sur 3 sur mon lieu de vacances, une personne sur 3 dans la salle de cinéma, sur la plage en été, à la caisse du Super U, pour commenter le dernier épisode de ma série préférée, ...

Pour la première fois depuis la claque de 2002, je pensais que l’extrême droite pouvait arriver au pouvoir en France.

*Notez l'emploi de l'imparfait, à l'image de cette situation.²*

La dissolution est venue parachever cette quasi-certitude. Le moment était idéal pour l'extrême-droite... et idéal pour Macron, pour qu'ils fassent la démonstration de leur incompétence d'ici 2027. Comme si on pouvait leur donner le pouvoir sans qu'ils n'aient le temps, en plus de 2 ans, de changer suffisamment de choses pour s'assurer de le garder ?

La stratégie de Macron me paraissait claire, mais dangereuse. Osée mais pas courageuse, puisque ce n'est pas lui, ni la plupart de ses soutiens, qui seraient la cible d'une politique d’extrême-droite.

C'était donc inévitable, la honte.

Vous avez noté l'emploi de l'imparfait ? et puis... il s'est passé ce que l'on sait, et quelle que soit la situation à ce jour et les incertitudes pour demain, ce moment fait partie de l'Histoire.

Qui aurait pu prédire que le PS retournerait sa veste ? Qui aurait pu prédire que certains anticiperaient déjà l'APRÈS ? Et qui aurait pu croire qu'un an à peine après cette union qui nous a sauvés de l'extrême-droite, on en soit revenus aux mêmes querelles de “toute la gauche sauf LFI” contre l'indésirable Mélenchon ?

En 18 mois, LFI n'a jamais cédé, jamais lâché, jamais renié leurs convictions, qui sont pourtant partagées par les électeurs des verts, du PCF et affiliés, et sans doute de nombreux électeurs dépolitisés, que leur diabolisation a laissés indifférents.

Il s'en est passé des choses en 18 mois. Les accusations d''antisémitisme, les injonctions de laisser la place à une union plus “large”, les assimilations honteuses avec l'extrême-droite, les moqueries envers le “selfie-boat”, une censure du gouvernement, suivie de plusieurs échouées (PS : merci pour votre soutien), les mensonges, la manipulation, l'acharnement médiatique sur tous ceux qui soutiennent un réel rééquilibrage, une véritable justice sociale, une vraie politique de redistribution, un acharnement sans vergogne par tous ceux à qui profite le système actuel, et qu'un gouvernement encore un peu plus autoritaire ne ferait pas trembler.

Quand j'observe tout ça, depuis plus d'un, et quand au détour d'une conversation entre collègues, on en vient à parler politique, c'est toujours le même refrain que j'entends : “de toutes façons c'est tous les mêmes, c'est magouille et compagnie, ils pensent qu'à leur carrière, ...” etc etc.

La désinformation fonctionne à plein régime.

Cette phrase je l'avais entendue depuis longtemps mais je l'avais snobée. Plutôt hitler que le front populaire ? N'exagérons pas ! Au bout du compte, il y a toujours une digue, un “barrage républicain”, un sursaut.

Du peuple, oui. Mais pas de nos élites !

Si lors des législatives post-dissolution, il y a eu de la part de certains droitards une clarification, un aveu que, malgré leur acharnement, bien sûr que la France insoumise n'a rien à voir avec le rn, on observe depuis lors une campagne à grande échelle de minimisation de tout ce qui devrait rendre l'extrême-droite indésirable aux yeux de n'importe quelle personne censée, associée à une perpétuelle diabolisation de LFI.

Pour le parti médiatique, c'est une évidence, plutôt Marine que Jean-Luc, plutôt Jordan que Sandrine, plutôt Éric (choisissez parmi votre raciste préféré) qu'Aymeric, etc etc.

Dans toute cette ambiance nauséeuse, la réélection de Trump aurait pu rappeler à chacun ce qu'est l'extrême-droite, et que le rn est d'extrême-droite : incompétence manifeste, racisme crasse, rejet des minorités, recul de la science. Mais on observe un paysage médiatique totalement compatible avec cette vision du monde.

Le projet de société de l'extrême-droite peut se résumer ainsi : “N'embêtons pas ces braves gens avec des histoires compliquées, il faut laisser les élites gérer les affaires courantes, ces gens n'y comprennent rien. “

Chaque levier de contre-pouvoir devient alors une obscure agence payée avec de l'argent public pour faire on-ne-sait-pas-vraiment-quoi, l'école publique devient alors un mammouth agonisant qu'on ferait mieux d'achever, France TV un gouffre qui devrait être racheté par un milliardaire, le parlement un gaspillage manifeste des impôts des braves gens, etc etc.

Mais si ce discours semble prendre, dans la population, si la diabolisation de LFI semble trouver autant d'écho dans les classes populaire que cette idée absurde selon laquelle le rn serait “proche des gens”, on a parfois des moments d'espoir, qui nous rappellent qu'on n'est pas dans un pays de cons.

Le non de 2005 en était un. Le non à l'extrême-droite de 2024 en était un autre. Le non à la loi Duplomb vient se glisser ici, comme une étincelle dans un tunnel sombre et sans fin, pour nous rappeler qu'on est là, qu'on est nombreux, qu'on ne cède pas et qu'on ne lâchera rien.

Alors, comptons nous ! En tout cas moi je compte sur vous ✊🏻

Je vous avais prévenu.

Et pourquoi pas ?

Voilà ce que je me suis dit, en recevant la lettre récap' annuelle de Zaclys, dans laquelle je découvre que leur offre inclut désormais un blog personnel.

De mon cercle d'amis, lorsque j'étais ado ou post-ado, j'étais dans les premiers à plonger dans l'univers du numérique. J'ai d'ailleurs longtemps été le seul de tout mon entourage. Comme tous les geeks de l'époque, et jeunes cons de surcroît, je regardais d'un œil parfois moqueur certains usages de ce nouveau média.

Les “ASV général !” de tous les Kévin dès qu'ils rentraient dans un salon de discussion, les skyblogs de toutes les Pénélope en recherche d'admirateurs, les “lol” à l'oral de tous ces geeks qui, contrairement à moi, n'avaient pas établi une frontière entre leur vie en ligne et leur vie réelle, puisque celles-ci s'entremêlaient voire se superposaient.

C'est désormais la norme, on a nécessairement une identité en ligne viscéralement liée à celle que nos amis connaissent.

La quête de l'âge, le sexe et la ville de tous les participants du chat n'a pas survécu au bug de l'an 2000. On ne le regrettera pas !

Les skyblogs sont désormais rentrés dans l'Histoire, mais la blogosphère est devenue un univers à part entière, d'une richesse et d'une variété infinie. Je n'ai pas raté ce virage, je l'ai... snobé ?

Je me suis fait plusieurs fois la réflexion, une fois passé ce mépris de l'univers “skyblog” : et pourquoi je n'écrirais pas un blog, moi aussi ?

À l'époque, j'étais plutôt actif sur les réseaux sociaux. Le plus souvent en réaction qu'en création de contenus (il a pu m'arriver de lancer des pavés dans la marre en réagissant à certaines actualités), je me disais qu'après tout, partager son point de vue dans un blog ou en réaction à des posts sur des réseaux sociaux, c'était plus ou moins la même chose ?

La différence que j'y voyais, et que j'y vois encore, c'est qu'avec un blog, on se place au centre. Au centre de l'attention, au centre des intérêts.

Une partie de moi ne peut s'empêcher de penser qu'il faut être sacrément égocentrique pour se réveiller un jour et se dire “je vais écrire des choses tellement inspirantes, tellement brillantes, tellement disruptives que des milliers de gens liront mon blog et attendront avec impatience mes prochains écrits !”

Après tout, pourquoi écrire un blog si on n'espère pas qu'il sera lu, et si possible pas un grand nombre de personnes ?

Est-ce que je suis à la recherche de reconnaissance ? Pas tellement. Pas tellement à la recherche de mon quart d'heure de gloire à la Andy Warhol.

À vrai dire, du fait de mon caractère plutôt réservé, devenir l'espace d'un instant celui vers qui tous les regards sont braqués, ça ne me fait pas vraiment vibrer. Ou peut-être que si, mais on appellerait plutôt ça trembler !

Mais la réussite d'un blog peut être discrète, alors pourquoi pas ? Est-ce que j'ai des choses intéressantes à dire ?

Au cours d'une discussion à ce sujet, une connaissance m'avait dit il y a quelques années que ce n'est pas que pour les autres, pas que pour toucher le plus de monde possible, pas que pour partager son incommensurable savoir, que l'on écrit des blogs ; ça m'avait rassuré sur l'ego de tous les blogueurs mais sans bien comprendre le fond : du coup, pourquoi écrire ? “Pour structurer ta pensée”. À défaut de l'avoir structurée sous forme de blog, cette discussion l'avait bien alimentée. Et puis au fil du temps, je me suis dit plusieurs fois “ah oui ça j'aurais bien aimé écrire sur ce sujet”, ou bien “et si je faisais un blog qui tourne autour de ce sujet ?”.

Voilà les réflexions qui m'ont accompagné depuis ces 5, 10, 20 dernières années, sans jamais sauter le pas.

Est-ce que je viens de le faire ? En tout cas, j'ai maintenant le flacon. L'ivresse viendra-t-elle ? Je n'aurai plus aucune excuse.

Je vous avais prévenu.