“Souveraineté”
Notez les guillemets.

Lorsque j'ai envisagé l'écriture de ce blog, c'était l'un des thèmes que je voulais aborder. Pas forcément sous l'angle que prendra cet article. Pas forcément avec l'emploi de ce terme qui peut être connoté. Mais c'est un sujet que je tenais à rapprocher de celui du précédent article, parce qu'en réalité, les ramifications sont nombreuses.
Immédiatement après avoir publié l'article précédent, j'avais ce thème en tête et il ne me restait plus qu'à trouver le temps (et la motivation, soyons honnêtes !) pour le rédiger.
Depuis lors, j'ai eu l'impression que toute l'actualité raisonnait autour de ce sujet. Et puis j'ai observé que, là aussi, l'extrème-droite s'en emparait, tapie dans l'ombre, s'érigeant comme toujours comme un prétendu rampart contre un danger venu d'ailleurs. Tout ce contexte me poussait à rédiger cet article, la motivation était donc présente, mais il me manquait du temps. Si vous lisez ceci, c'est que j'ai fini par le trouver !
(note avant publication : procrastination mon amour, j'ai écrit cet article l'été dernier, je le trouveais imparfait, il l'est toujours, je voulais l'améliorer, mais maintenant il est en plus quelque peu périmé... donc je le publie tel quel 🤷🏻♂️)
Et puis il y a quelques jours j'ai lu cet article. Un article que j'aurais voulu écrire. L'article qui reprend par le menu et éclairé par de nombreuses sources et références (qui manquaient à mon précédent billet) toutes les ramifications entre ce sujet, lié au numérique principalement, et mes préoccupations politiques. Tout y est, enfin presque ! Cette lecture passionnante, je vous invite à la parcourir, avant ou après la lecture de la présente. Elle m'aura permis d'économiser un temps non négligeable de recherche et de consolidation d'informations fiables que je tenais à rassembler. Comment Trump peut mettre la France à genoux en 24h
Ce billet pourra donc se concentrer de façon plus spécifique sur mon analyse personnelle. Oui c'est prétentieux, qui s'intéresse à mon avis ? (voir mon premier billet à ce sujet) Après tout c'est un blog, pas un agrégat d'actualités resucées, brodées par une IA et parsemées de publicités pour optimiser votre temps ici et mon gain en revenus publicitaires (a priori il n'y en a pas ! 👀).
Le constat dressé par Maël Thomas est criant, à la fois de tristesse et de réalité :
Notre dépendance numérique aux États-Unis est un danger systémique.
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À ma modeste échelle, cela fait quelques années que j'ai commencé à vouloir me défaire de l'emprise numérique des GAFAM : auparavant précurseur, au sein de ma famille comme dans mon cercle d'amis, dans l'utilisation des produits Google, j'ai commencé à douter des promesses de gratuité sans contrepartie, et surtout à m'apercevoir qu'une réelle dépendance commençait à s'installer : pour moi, bien que j'en sois conscient, mais de manière plus inquiétante pour l'immense majorité des digital natives ou des semi-vieux comme moi, mais convertis sur le tard au numérique.
La page DÉGOOGLISONS INTERNET, lancée depuis 2014 par l'association https://framasoft.org/, résume très bien les enjeux :
Dès lors, des alternatives ont commencé à éclore un peu partout, sous l'impulsion de cette initiative, avec la création du Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires ( 😻 https://www.chatons.org/).
Ou encore la naissance de réseaux sociaux décentralisés, indépendants et interopérables par le biais du Fediverse : Pixelfed pour la 📷 photo, Mastodon pour le 🐦 microblogging, PeerTube pour la 📽️ vidéo, Mobilizon pour ✊ l'organisation d'événements ou encore, pour écrire des articles de blog, 🪶 plume ou ✍️ write freely (utilisé pour ce blog).
Mais 10 ans plus tard, si des alternatives existent, le constat est terrible : la domination des GAFAM est encore écrasante.

À ma modeste échelle, que ce soit dans la sphère professionnelle ou personnelle, j'ai échoué.
J'ai échoué à convaincre, d'une part, mais je dois reconnaître que j'ai également échoué à trouver pour moi-même des alternatives fiables et en alignement avec mes valeurs. Mais pour paraphraser une célèbre citation parfois attribuée à Talleyrand, si cela me désole, la comparaison avec les coups d'épée dans l'eau de nombreuses institutions pourrait me consoler :
– La note de la DINUM explicitant clairement que la Règle 9 de la doctrine Cloud au centre ne permettait pas le déploiement de l'offre Office 365 de Microsoft, en septembre 2021 ;
– Ce qui n'a pas empêché l'Éducation nationale, pourtant fer de lance des communs numériques, de jouer au mauvais élève il y a quelques mois ;
– La CNIL donnant son aval pour une exploitation par Microsoft de la Plateforme de données de santé (ou Health data hub) dans une délibération controversée, indiquant naïvement que “Les données de l’entrepôt seront conservées dans les centres de données de Microsoft situés en France.“, et que les “transferts de données vers les États-Unis sont encadrés par les clauses contractuelles types de la Commission européenne.”
- Tandis que Microsoft ne peut garantir que nos données ne seront pas rendues accessibles au gouvernement états-unien lors de cette audition au Sénat.
- Tous les DSI, responsables, techniciens ou prestataires informatiques, à l'échelle de petites structures ou de grandes organisations, qui ont voulu alerter sur les risques à se reposer exclusivement sur les technologies de Microsoft, mais qui n'ont pas trouvé d'arguments face à des remises spectaculaires de l'éditeur pour écraser toute concurrence ;

- et toutes les initiatives que je ne peux citer ici...
Me consoler ou m'alarmer davantage ?
Pourquoi ne pas simplement admettre notre défaite et nous concentrer sur ces problèmes plus importants ?
Cette position serait encore tenable si nous n'étions pas en train de basculer dans une nouvelle ère.
Si j'ai été surpris du durcissement du ton de notre Président, qualifiant Vladimir Poutine d'“ogre” qui “a besoin de continuer à manger” pour survivre, ou de sa cinglante réponse aux accusations abjectes de Benyamin Nétanyahou, il faudra sans doute encore de nombreuses années avant une telle prise de conscience (ou du moins ouvertement) concernant le Président américain.
Jusqu'à quand pourra-t-on encore considérer ce pays comme notre allié ?
Un extrait de l'article-que-j'aurais-voulu-écrire :
Exercice de prospective : Trump amasse l’US Navy dans les eaux du sud du Groenland. Que font le Danemark, le Royaume-Uni, l’Union Européenne ?
Rejetez le réflexe de pensée “non mais il ne fera jamais ça”, tout comme nous aurions du le faire avant que la Chine ne lance ses exercices militaires encerclant Taïwan, et surtout que Poutine n’envahisse l’Ukraine, que Musk fasse son salut nazi, ou que le duo Trump-Netanyahou n’expriment leur volonté de vider Gaza de ses habitants. Pour cet exercice, réfléchissez aux conséquences comme si vous aviez lu ce matin dans la presse que l’US Navy amassait ses navires autour du Groenland.
Pensez-vous que Trump et ses généraux sont suffisamment stupides pour ignorer que leurs GAFAM font tourner notre économie et que leur informatique militaire peut clouer au sol une grande partie des flottes d’aviation militaire européennes ?
Que penser quand, suite à une sanction prononcée par le département d'État américain, Microsoft coupe les mails de la Cour Pénale Internationale ? Avec des amis comme ça, personne n'a besoin d'ennemis !
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Notre dépendance n'est donc plus à démontrer, et son utilisation comme arme de dissuasion est d'ores et déjà documentée.
“D'accord Jean-Michel, mais on y peut quoi nous ? on va pas revenir aux cartes IGN pour ne plus utiliser Google maps et aux pigeons voyageurs pour remplacer les réseaux sociaux ?”, me demanderez-vous !
Déjà, je ne m'appelle pas Jean-Michel mais je prends la question quand même.
À notre échelle à chacun, on peut bien sûr échouer comme je l'ai fait (mais essayer quand même !) à toujours utiliser des alternatives éthiques et qui limitent notre dépendance, d'une part, tout en réduisant les revenus de ces plateformes d'autre part (même si on ne leur verse pas d'argent directement, on entérine leur domination en les utilisant par défaut).
Mais surtout, on peut prendre conscience de la réalité de la situation, parce qu'une personne avertie en vaut deux et parce que le danger est déjà là.
Le problème n'est pas tellement en soi la position dominante, ni même l'absence d'alternative : après tout, ce ne serait pas si problématique si par exemple il n'y avait qu'une seule boulangerie dans mon village, tant qu'elle ne refuse pas de vendre à mes voisins trop bronzés, ou à cause de leur accent, tant qu'elle ne profite pas de sa position dominante pour vendre ses miches à prix d'or, tant que la qualité est au rendez-vous, etc etc. La “main invisible du marché” permettra à des concurrents de s'installer à proximité si l'établissement ne répond pas aux attentes de ses clients. Merci le capitalisme ! Le problème des GAFAM tient principalement dans leur éthique, ou bien leur absence d'éthique, ou bien encore leur porosité vis-à-vis d'une extrême-droite hégémonique dans de trop nombreux pays.
Vous pensez trouver sur facebook, twitter/X, instagram, youtube (ou d'autres plateformes comme celles-ci) un espace d'expression libre ? Vous avez l'intime conviction que leur contenu ne peut nullement influencer votre jugement, vos certitudes, vos choix, votre vision du monde ? Ce sujet pourrait faire l'objet d'un billet à lui tout seul, on se contentera de le survoler : Pensez-vous que le peuple roumain est moins éclairé que vous, pour que leur élection présidentielle soit perturbée par des ingérences russes? Pensez-vous que notre solide démocratie, sa presse libre et son peuple érudit nous mettent à l'abri de telles manipulations ?
👉 Ce n'est pourtant pas difficile de faire la une de la presse à sensation avec quelques tags, et de susciter une vive émotion, aujourd'hui en surfant sur la montée de l'antisémitisme, demain sur n'importe quelle autre problématique réelle de société.
À une époque où l'on doute de plus en plus des institutions, se reposer sur ces réseaux sociaux pour espérer y trouver une lecture plus neutre de notre monde, c'est une gageüre.
Si l'union européenne tente de son côté de réguler ces plateformes, à rendre obligatoire une modération efficace, cette approche semble sinon incertaine, dans tous les cas insuffisante. J'en veux pour preuve le virage à 180° de Mark Zuckerberg après l'élection de Trump, vantant au passage les “bienfaits de l’énergie masculine”, tandis que la presse atlantiste dénonçait il y a quelques années une modération trop “woke” sur facebook. Et Donald Trump ne s'y trompe pas, il sait ce qu'il fait quand il dénonce les régulations européennes du numérique et menace les pays européens de représailles.
Alors on fait quoi ?
Le choix qui s'offre à nous est donc simple :
Accepter la domination (technique, économique, culturelle et politique) et nous y soumettre ?
Ou poursuivre dans la voie de la régulation, avec l'imposition de normes sanitaires, de normes de sécurité, de garanties ou labels en tous genres, dictés par l'intérêt général et non par le sacro-saint marché (et donc en privilégiant les solutions libres) ?

Pour ce qui est du numérique, cette voie nous imposera peut-être à l'avenir de recourir exclusivement à des réseaux sociaux alternatifs décentralisés. Si vous lisez cet article, c'est peut-être le choix que vous avez déjà fait ! Pour ce qui est du recours à des solutions technologiques dites “souveraines”, la prudence est de mise : la prise de conscience grandissante de cette problématique par la population générale est comme de bien entendu exploitée par notre chère extrême-droite française : j'ai vu exploser il y a quelques semaines des publications de “Souveraine Tech”, qui s'avère être l'une des briques du Projet Périclès, comme le dénonçaient récemment les journaux Le Monde et l'Humanité (articles payants 💶). Ce projet lancé par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin , visant à promouvoir l'extrême-droite.
Le sujet de notre indépendance vis-à-vis de puissances étrangères n'est donc pas simple, mais il fallait que l'extrême-droite vienne y mettre son grain de sel.
À ma modeste échelle, ma boussole restera celle d'institutions sérieuses, d'initiatives vertueuses, d'établissements dont les objectifs ne sont pas principalement financiers : la promotion du logiciel libre par l'Adullact ou encore le Conseil National du Logiciel Libre, la communauté associative autour de framasoft ou des chatons, un regard critique, une vigilance quant aux financements et dépendances, qu'elles soient choisies ou subies.
Si vous cherchez également comment sensibiliser de façon ludique vos enfants à ce sujet, je vous recommande la lecture du livre pour enfants “Ada & Zangemann, Un conte sur les logiciels, le skateboard et la glace à la framboise”, disponible sous licence Creative Commons : Attribution, Partage dans les mêmes conditions (CC BY-SA 4.0 FR).
Cette histoire raconte comment Ada, jeune fille un peu bricoleuse, va chercher à mettre en oeuvre des solutions alternatives à celles imposées par M. Zangemann, pour le plus grand plaisir de ses amis.
Pour élargir le sujet, avec des actus récentes en lien avec les thèmes abordés dans ce billet :
– Le Tribunal de l'UE conforte le Data Privacy Framework (DPF)
– Il s'agit de l'accord entre l'UE et les USA garantissant un niveau de protection des données équivalent au RGPD
– cet “accord d'adéquation” est vivement contesté, notamment en raison du prolongement de la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA)
– beaucoup pariaient sur l'invalidation du DPF, comme l'avaient été avant lui le Safe Harbor et le Privacy Shield)
– difficile de croire que le contexte international tendu n'a eu aucune influence sur cet arbitrage
– Donald Trump affirme que les Etats-Unis ont tiré sur un bateau “transportant de la drogue” et parti du Venezuela, 11 “narcoterroristes” tués
– les guillemets sont de franceinfo
“Narcoterroristes”
(note² avant publication : il y aurait tellement d'articles à partager en lien avec cette actualité, qui a pris de l'ampleur depuis l'été dernier... mais je publie tel quel 🤷🏻♂️)
Vous avez lu jusqu'ici ? Je vous avais pourtant prévenus !
Je vous avais prévenu.
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