Baltus Le Lorrain – René Bazin

J'ai lu ce roman de René Bazin plutôt comme une tragédie familiale que comme un livre politique.

Bien sûr, il y a ce contexte de la Lorraine déchirée entre France et Allemagne, les tensions au sujet des lois laïques... mais ce qui m'a tenu en haleine, c'est le sort de cette famille Baltus.

Le personnage le plus bouleversant, c'est Marie-au-pain, la mère.

Son fils Nicolas, enrôlé de force dans l'armée allemande pendant la Grande Guerre, a disparu. On ne sait pas s'il est mort ou vivant.

Marie, elle, refuse le deuil. Elle passe ses journées entières à arpenter les routes et les villages, avec un grand sac rempli de pains, destinés à être déposés, accompagnés de petits messages là où elle pense que Nicolas pourrait passer. Elle espère qu'il finira par croiser l'une de ces traces, entendre parler de sa mère qui le cherche.

Ce geste quotidien, presque rituel, est sa seule bouée. Tant qu'elle marche, elle peut encore croire. S'arrêter serait admettre l'inacceptable.

Son mari, Jacques, a fini par accepter la disparition. Mais elle, non. Le lien mère-enfant est tellement viscéral qu'elle ne se résigne pas, tombe dans le déni, jusqu'à sombrer dans une folie douce plutôt que de renoncer.

Et ce qui est fou, c'est que tout au long de ma lecture j'espère avec elle. Je guette le moindre indice, je me surprends à croire au retour de Nicolas, même quand tout semble désespéré.

Bazin entretient ce flou, ce mince espoir, jusqu'au bout. Je vis la même chose qu'elle : l'impossibilité de lâcher prise sans preuve.

Le roman offre aussi des échappées lumineuses : la scène des fiançailles de Dorane avec Mansuy est magnifique, toute en retenue et en pudeur, un souffle d'avenir sur les ruines du passé.

Et puis Albert, dont la bravoure silencieuse et sans arme m'a beaucoup touché : tenir tête aux pressions avec une foi tranquille.

Enfin, ce que j'ai adoré, c'est la plume de Bazin quand il décrit les paysages lorrains, les bourgs, les traditions... On s'y croirait. C'est un roman qui parle d'attachement, de terre, de famille, et de cette difficulté à se reconstruire après l'acharnement de l'Histoire.

J'ai terminé ce roman avec un pincement au cœur, et l'image de Marie-au-pain marchant, encore et encore, son sac de pain sur le dos, ne m'a pas quittée.

#lectures


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