PranaFlow 9 – Le Grand Réveil

​Léa n’en peut plus. Cela fait une semaine qu’elle a dû couper PranaFlow. La mensualité a encore augmenté, et elle ne peut plus se permettre de payer. Pour une lycéenne qui jongle avec ses quelques économies, le luxe du silence est devenu inaccessible.

​Depuis sept jours, elle régresse. ​La silhouette altière du « Monarque » s'est brisée. Léa a repris son vieux sweat à capuche trop large, une armure de coton délavé sous laquelle elle cache son échec. Son dos s'est voûté à nouveau, ses épaules rentrées comme pour s'excuser d'exister.

Dans les couloirs du lycée Laure Gatet, elle rase les murs, les yeux rivés sur ses baskets. Sans le flux, le monde redevient une agression permanente : le sifflement du vieux radiateur, les éclats de voix, le vacarme des pots d'échappement sur les boulevards. Tout la percute, tout l'écorche. Elle est en manque et son cerveau réclame cette camisole sonore qui lui rendait la vie supportable.

​Assise sur son lit, prostrée, elle fouille son smartphone avec la rage du désespoir. Elle évite le Store officiel, elle sait que tout y est verrouillé, payant, fliqué.

Elle lance F-Droid, le refuge du logiciel libre, l'endroit où les bidouilleurs du monde entier partagent leurs trésors. ​C’est là qu’elle la voit. Une icône qui ressemble à celle de PranaFlow, mais avec un design plus brut, plus ouvert. LibreFlow v1.0. La description est courte, presque cryptique : « Le flux, sans les chaînes. Fréquence originelle restaurée. »

​Léa n'hésite pas une seconde. Elle télécharge l'APK, l'installe en tremblant un peu, et enfonce ses écouteurs au plus profond de ses oreilles. Elle s'attend à retrouver la froideur anesthésiante du 433 Hz, cette vitre qui la protégeait des autres.

​Elle appuie sur Play.

​Ce n'est pas le calme habituel qui l'envahit. C'est une douce chaleur. À la place de la « tension fantôme » du 433 Hz, le 432 Hz rétabli par Enzo propage dans ses tempes la régénération. Ce n'est plus une camisole, c'est une libération. Le dôme de verre qui l'entourait ne revient pas ; à la place, c'est une clarté insoupçonnée qui s'installe. ​À présent, Léa ressent autrement, sans la douleur d'avant.

​L'air dans sa chambre semble plus léger. Elle redresse doucement la tête, son sweat à capuche lui paraît soudain trop lourd, inutile. Elle se redresse avec souplesse.

L'émotion revient comme une inondation après une longue sécheresse. Les larmes montent, irrépressibles. Elle ne pleure pas de tristesse, elle pleure parce que son humanité, bridée par Julien, vient de se remettre à vibrer. L'empathie renaît : elle se revoit au marché, traitant ses amis de « fourmis » avec mépris. La honte lui tord l'estomac.

​Elle sort de chez elle, le regard droit. Dans la rue, la vision est cauchemardesque. Elle voit les « connectés », ceux qui paient encore pour le 433 Hz de Julien. Elle les reconnaît à leur démarche trop fluide, à leurs visages lisses comme des masques de cire.

​Pour la première fois, elle ne voit plus des « êtres supérieurs », mais des prisonniers. Des somnambules enfermés dans une fréquence qui les maintient dans une transe artificielle.

Elle croise un homme — peut-être Frédéric ? — qui déambule avec une raideur d'automate. Sous l'effet du 432 Hz, Léa perçoit sa détresse invisible, celle que le signal de Julien sature pour l'empêcher de s'exprimer.

​Léa est une des premières à être libérée du dôme de verre. Dans cette ville devenue insidieusement silencieuse, elle s'est trouvé une mission : libérer les autres victimes. Elle serre son téléphone dans sa main. Le fichier de l'application est là, prêt à être partagé, prêt à briser les dessains de l'Architecte.

​La résistance commence maintenant, un battement de cœur à la fois.

Dans la chaleur radieuse de l'après-midi, à l'étage de leur pavillon de Chancelade, les volets sont clos. Marc et Sophie ont repris contact...

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Fin

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