Toulon – La Timone

Je crois que j’ai vingt et un ans. Mon stage a commencé il y a une semaine à peine. Je suis à l’hôpital René Sabran, près d’Hyères, dans un service pour enfants handicapés psychomoteurs.

La première fois que je pousse la porte, je suis frappé. Ému. Je suis un tout jeune étudiant, sans expérience, et je n’ai jamais mis les pieds dans un hôpital. Nous sommes en 1979. Et ce que je vois, ce que je ressens, va me rester. Longtemps.

Ils ont pour la plupart l’âge d’écoliers, parfois de pré-ados. Je n’ai pas grand-chose de technique à faire. Un prélèvement sanguin, quand on me le confie. Mais ce n’est pas ça qui compte. Ces enfants-là sont d’une humanité désarmante. Il y a celui qui ne marche pas, celui qui ne parle pas, celui qui porte un casque en cuir parce que l’épilepsie guette. Et il y a les dessins offerts, les sourires, les élans soudains d’affection.

Dans l’établissement, il y a aussi l’école. Et, luxe inattendu, les bains de mer et les jeux sur la plage privée de l’hôpital. Des jeux. Des rires. Une pure humanité, simple et lumineuse. Techniquement, ce stage ne m’a presque rien appris. Humainement, il m’a marqué pour la vie.

Plus tard, fraîchement diplômé, j’ai travaillé dans un hôpital de rééducation fonctionnelle, de cardio, et de chirurgie réparatrice des grands brûlés. Plus de plage juste à côté, mais ma vieille Ami 6 portait toujours ma planche à voile sur le toit, prête à m’emmener me défouler après le service.

Là, j’ai noué ce qu’on peut appeler une amitié. Paul, un patient en cardiologie. Il travaillait dans un magasin de bricolage. Un jour, il m’obtient une réduction pour un établi en bois, parce que je bricolais beaucoup. Je l’invite chez nous un week-end. On discute sérieusement, on rigole franchement.

Les semaines passent. Son état s’aggrave. Le foie lâche. Il est hospitalisé à la Timone.

Un jour de repos, ma jeune épouse et moi prenons le scooter. Toulon – La Timone. Complètement dingue. Juste pour aller le voir, pour lui montrer qu’on est là. Nous étions peut-être ses seules visites.

Et puis il y a eu Dominique, Emmanuel… D’autres que nous avons accueillis, avec qui une amitié s’est tissée, presque naturellement.

Voilà. Un morceau de ma vie qui, lui, n’a jamais vieilli.

#nonfictions

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