Fils et Mailles

nonfictions

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Il conduit sa Dacia sur l'autoroute à 110 maximum.

Pas besoin d'aller trop vite et la route va être longue, seul avec sa musique.

Pas de pression. Pas de radio. Pas de blabla. Non il préfère entendre des sons qu'il aime, le font vibrer et le stimulent.

Six cent kilomètres, c'est pas le bout du monde, mais, en comptant les arrêts, huit heures seront nécessaires – une journée de travail – une journée trait d'union.

Ce n'est pas par de gaité de cœur qu'il fait ce voyage. Plus par devoir. Aller moins vite, c'est s'accorder un sursis.

Sur la voie de gauche ça défile – au moins à 130.

– Dans chaque voiture, il y a une destinée, un parcours de vie, pense-t-il. Où vont-ils tous ? Où vont-elles ?

Il considère ces bagnoles qui le doublent – couleur, millésime, style. La voiture parle de son conducteur par l'aura qu'elle dégage. Il revoit les images tapageuses des publicités à la télévision des autres, ou sur les pubs forcées qui foisonnent sur internet.

Être ou paraître, voilà la question.

Pause ravitaillement et sandwich plus café. Un peu se mobiliser, s'étirer. Un peu rêver, observer. Un peu fumer ?

La fin du trajet est presque là. Déjà ?

Déjà il pense au retour...

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Premier rituel de la journée sinon ça va pas aller.

Taffe de cigarette.

Scroll sur les réseaux sociaux.

Sortir des rêves. Reconnection.

Salut les amis des réseaux sociaux!

Tous dans la même galère, solidaires.

Ici tout recommence.

Dans quelques minutes je prends la route.

Bip bip bip...

Ça y est je ne m'appartiens déjà plus.

Je ne vis plus seulement pour ma gueule.

Bientôt je me coltine les autres.

La vie en société.

Allez go !

#poésies #nonfictions

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Je ne peux plus être celui qui soutient par réflexe. Je ne peux plus être celui qui anticipe, qui prévient, qui porte pour les autres.

Je reste au bord.

Je reste au bord du marais de Morva, dans cette mélancolie qui m’a toujours accompagné.

Je l’observe. Je l’habite. Mais je ne m’y enfonce plus pour sauver le monde.

Si l’on a besoin de moi, on me le dira.

Alors, peut-être, je me pencherai, je tendrai la main – mais seulement si c’est nécessaire et demandé.

Fini le rôle.

Fini le rôle que je me suis imposé pour exister à travers les autres.

Fini l’automatisme du soin, la vigilance permanente, le devoir de protéger.

Je choisis la présence sans mission.

Je choisis d’être là sans m’effacer. Je choisis le silence quand il est juste, l’écoute quand elle est réelle, le geste quand il est nécessaire.

Cette liberté que je dois prendre, ce n’est pas de l’indifférence.

Ma liberté est de rester au bord, de respirer, de sentir que je suis là, entier, et que je n’ai pas à sauver le monde.

Tel Atlas qui porte le monde sur son dos.

Ma liberté est de revenir à moi, même si le marais m’appelle, même s’il m’attire encore.

Je n’abandonne pas.

Je change seulement la manière de marcher.

Je marche avec moi.

Adieu Wendy !

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J'étais jeune infirmier en cardio. Un jour, je suis dans la chambre d’un patient, un jeune homme. Je crois qu’il était journaliste. Il écoutait de la musique indienne : les phrasés, la flûte, les tabla, les tambours…

Je n’y connaissais rien à l’Inde, mais quelque chose m’a touché. J’en ai parlé avec lui, et, dans sa générosité, il m’a offert la K7. Exemplaire unique et non commercial, enregistrée par lui-même avec son matériel pro. Une K7 en or pour moi.

Dès que je l’écoutais, sur mon walkman ou ma chaîne hi-fi à la maison, tout le reste s’effaçait. La fatigue du service, les soucis, le temps… Je me sentais transporté, comme suspendu dans un espace hors du quotidien. Les rythmes répétés, les tabla et les tambours, me mettaient dans une hypnose douce ; la flûte m’élevait, m’emportait dans quelque chose de plus vaste, de plus calme. C’était une musique qui ouvrait le temps, qui le ralentissait, qui me mettait en paix.

Et puis le temps a passé, et d’autres musiques m’ont attiré. Mais un jour, j’ai eu besoin de me reconnecter à l’Inde. Malheur ! je ne retrouvais plus la K7. Je l’avais perdue.

Aujourd’hui encore, je m’en veux.

Mais ce qu’elle m’a donné, je l'ai toujours au fond de moi. Les sons, le frisson, cette sensation mystique et d'élévation… c’est toujours là, intact.

Et ce raga, trouvé aujourd’hui, a ravivé ce souvenir :

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Je crois que j’ai vingt et un ans. Mon stage a commencé il y a une semaine à peine. Je suis à l’hôpital René Sabran, près d’Hyères, dans un service pour enfants handicapés psychomoteurs.

La première fois que je pousse la porte, je suis frappé. Ému. Je suis un tout jeune étudiant, sans expérience, et je n’ai jamais mis les pieds dans un hôpital. Nous sommes en 1979. Et ce que je vois, ce que je ressens, va me rester. Longtemps.

Ils ont pour la plupart l’âge d’écoliers, parfois de pré-ados. Je n’ai pas grand-chose de technique à faire. Un prélèvement sanguin, quand on me le confie. Mais ce n’est pas ça qui compte. Ces enfants-là sont d’une humanité désarmante. Il y a celui qui ne marche pas, celui qui ne parle pas, celui qui porte un casque en cuir parce que l’épilepsie guette. Et il y a les dessins offerts, les sourires, les élans soudains d’affection.

Dans l’établissement, il y a aussi l’école. Et, luxe inattendu, les bains de mer et les jeux sur la plage privée de l’hôpital. Des jeux. Des rires. Une pure humanité, simple et lumineuse. Techniquement, ce stage ne m’a presque rien appris. Humainement, il m’a marqué pour la vie.

Plus tard, fraîchement diplômé, j’ai travaillé dans un hôpital de rééducation fonctionnelle, de cardio, et de chirurgie réparatrice des grands brûlés. Plus de plage juste à côté, mais ma vieille Ami 6 portait toujours ma planche à voile sur le toit, prête à m’emmener me défouler après le service.

Là, j’ai noué ce qu’on peut appeler une amitié. Paul, un patient en cardiologie. Il travaillait dans un magasin de bricolage. Un jour, il m’obtient une réduction pour un établi en bois, parce que je bricolais beaucoup. Je l’invite chez nous un week-end. On discute sérieusement, on rigole franchement.

Les semaines passent. Son état s’aggrave. Le foie lâche. Il est hospitalisé à la Timone.

Un jour de repos, ma jeune épouse et moi prenons le scooter. Toulon – La Timone. Complètement dingue. Juste pour aller le voir, pour lui montrer qu’on est là. Nous étions peut-être ses seules visites.

Et puis il y a eu Dominique, Emmanuel… D’autres que nous avons accueillis, avec qui une amitié s’est tissée, presque naturellement.

Voilà. Un morceau de ma vie qui, lui, n’a jamais vieilli.

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Ce texte est un souvenir d’un matin ordinaire dans un service de soins.
Je l’ai vécu, et je l’ai aimé.


C’est l’été et il est six heures trente.
J’ai parcouru quinze kilomètres dans la fraîcheur calme du matin sur les routes de campagne.

Une famille de sangliers a traversé la route, à une centaine de mètres de moi.
Un peu prudent, j’ai ralenti et j’ai profité du spectacle : le mâle, la femelle et trois petits entre les deux.
Au loin, j’entends un coq chanter. Tout est calme et paisible.
L’odeur d’humus de la forêt me suit jusqu’à l’entrée du centre.

La silhouette bien connue du centre de rééducation se dessine.
Un sentiment d’appartenance.

Après avoir accroché mon vélo, je me dirige vers l’entrée du personnel.
Je ne suis pas le premier arrivé. Cédric, Stéphanie et Annie sont déjà là.

— Hey Nok ! Tu es venu à vélo ce matin !
— Eh oui, lol. Je n’ai pas l’esprit embrumé en arrivant. C’est ça qui est bien. Héhé.

On me charrie un peu. Je suis quasiment le seul à faire du vélotaf, quel que soit le temps.
Heureusement, j’ai la possibilité de me doucher au vestiaire. C’est pratique.

Ils sont assis sur des chaises en plastique d’été, mises à disposition par la direction.
Avec les tables, c’est ici que ceux qui veulent manger dehors le midi peuvent le faire.

Cigarette ou vapoteur. Smartphone qui défile.
Peu de mots. On est là ensemble. L’équipe se forme.

Bientôt, direction les vestiaires. Enfilage de la tenue blanche, puis vers la permanence de soins.
Là, l’équipe de nuit touche à la fin. Elle va bientôt pouvoir regagner ses pénates.
Elle nous a préparé les chariots de soins.
La cafetière est presque prête, elle fait ses derniers glouglous.

On s’installe autour de la grande table ovale de la permanence.
Transmissions entre IDE, AS, ASH.
Ce qui s’est passé dans la nuit, patient par patient.

L’IDE de nuit nous fait rire :
Monsieur M a cherché à se coucher dans un lit… qui n’était pas le sien.
Et bien sûr, le lit était occupé !

Le jour aussi, Monsieur M déambule souvent nu.
Alors une astuce a été trouvée : un plateau inox posé en équilibre sur la porte fermée.
Il ouvre → le plateau tombe → BLING → alerte.
Précieux système D du dimanche, quand l’équipe est réduite.

Sinon, on le prend avec nous à la permanence.
On lui tend une boisson, on lui parle,
on lui donne de quoi dessiner, écrire, feuilleter.
On l’intègre, tout simplement.

Ensuite, il faut y aller. Chacun sa partition.
Trois chariots, trois ailes. Une IDE par aile.
Les AS vont par deux, plus nombreux. Les ASH, deux par aile aussi.
Quarante-cinq lits au total. C’est le Service de Rééducation Fonctionnelle.

L’autre service, on l’appelle le Service Cardio.
Il est destiné à la réadaptation à l’effort, majoritairement.

Mais aujourd’hui, je suis dans le Fonctionnel.
Je travaille en tant qu’IDE.
Avec Élodie et Sylvie.

Je suis à l’aise avec elles.
Ce sont des bulles de joie qui pétillent.
Souvent, on se comprend d’un regard.
On a des fous rires à en avoir mal aux abdos.

Même si nous avons chacun une aile attitrée,
nous sommes mobiles,
et surtout, on s’entraide.
Nous avons toutes et tous un DECT.

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Le vent hurle. Je suis dans l’eau, pieds dans les footstraps. Je dispose la voile juste comme il faut, chaque geste calculé pour démarrer en waterstart.

Un instant précis : le vent s’engouffre dans la voile et comme la main puissante d'un géant m'extirpe de l' eau. Je m'élève et m'accroche. La planche s’arrache de l’eau et file comme un dauphin. La vitesse explose, le sel me frappe, le vent me plaque, chaque muscle hurle.

Virage serré : je penche, je contrebalance, le harnais prend mon poids, me propulse encore plus vite. Vagues et rafales : je vole, je chute presque, je reprends. Chaque mouvement est un duel avec le vent, l’eau, la gravité. Le cœur tambour, l’adrénaline brûle mes veines : je suis pleinement vivant.

Et je ris, rauque, trempé, ivre de vitesse et de contrôle. Rien d’autre n’existe. Je file avec le vent, libre, brutal, pur.

Le kiff !

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Le temps a passé. Il a gommé et retouché les souvenirs.

Mentalement, René visualise et fait le voyage à Toulon. En un instant il se retrouve à mille deux cent kilomètres de chez lui, soixante ans plus tôt.

Rue Messager. Il peut marcher, se déplacer. La saison aussi a changé.

Alors que le poêle ronfle dans son salon, il est transporté en plein été, là-bas.

Le soleil darde et la journée est très chaude et lumineuse.

La petite maison de ses grands-parents. Il traverse le portail sans même l’ouvrir et s’avance dans l’allée du petit jardin. De grosses grappes de raisins pendent tout le long de la treille. Il pourrait entrer dans la maison, mais au lieu de cela il choisit de la contourner pour se retrouver derrière.

Soudain, c’est le soir. Sous le grand abricotier, toute la famille est rassemblée dans la bonne humeur autour de la table en ciment recouverte de mosaïque — celle que son grand-père et son père ont fabriquée. La soupe au pistou fume. Instant iconique.

Et puis un sentiment étrange se mêle à tout cela : il se sent comme un revenant. Il voit la scène mais ne peut y prendre part. Eux ne le voient pas. Il ne peut ni les toucher, ni leur parler, ni participer aux éclats de rire. Et il se voit lui-même, enfant.

Quel vertige étrange et intemporel ! Son cœur se serre de tristesse. Il ne peut pas rester ici plus longtemps.

Retour dans le présent. Il fait nuit noire. Dans son fauteuil de solitude, il ne doit pas faire de bruit — ne pas réveiller son épouse qui dort dans la chambre à côté.

Il prend conscience qu’il tient son smartphone, seule source de lumière.

Son trouble se dissout, et il veut encore retourner là-bas, à la rue Messager — avec l’application Gmaps cette fois. C’est rapide, mais tout de même plus lent que par l’esprit.

Il repère la rue sur le plan, clique sur Street View et se place devant le portail, comme auparavant. Mais cette fois il ne peut pénétrer. Seulement regarder à travers le portail et la grille. La petite maison a changé d’apparence. Un étage a été ajouté.

Il ne ressent plus la présence des siens. Il voulait retrouver les choses passées, les êtres aimés — mais ils ne sont plus là. La maison est encore là, mais transformée, méconnaissable. Des inconnus l’habitent.

La roue du temps a tourné. Des décennies ont passé, et il réalise encore une fois que lui aussi s’approche, inexorablement, du moment où il les rejoindra — là-bas, dans le jardin derrière la maison, autour de la soupe au pistou.

Alors, il abandonne Gmaps et retourne se coucher doucement dans le noir, auprès de sa bien-aimée. Il glisse sa main sous le drap jusqu’à sentir sa présence, et ferme les yeux en quête de sommeil.

Comme le Titanic glissant sur l’eau glacée vers l’iceberg, il se rapproche, lui aussi, de la Rue Messager d’il y a soixante ans. Et tout contre sa femme, il garde en tête l’image du vieux couple à la fin du film, prêt pour la dernière scène du dernier acte.

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