Nok - FetM

nonfictions

J'étais jeune infirmier en cardio. Un jour, je suis dans la chambre d’un patient, un jeune homme. Je crois qu’il était journaliste. Il écoutait de la musique indienne : les phrasés, la flûte, les tabla, les tambours…

Je n’y connaissais rien à l’Inde, mais quelque chose m’a touché. J’en ai parlé avec lui, et, dans sa générosité, il m’a offert la K7. Exemplaire unique et non commercial, enregistrée par lui-même avec son matériel pro. Une K7 en or pour moi.

Dès que je l’écoutais, sur mon walkman ou ma chaîne hi-fi à la maison, tout le reste s’effaçait. La fatigue du service, les soucis, le temps… Je me sentais transporté, comme suspendu dans un espace hors du quotidien. Les rythmes répétés, les tabla et les tambours, me mettaient dans une hypnose douce ; la flûte m’élevait, m’emportait dans quelque chose de plus vaste, de plus calme. C’était une musique qui ouvrait le temps, qui le ralentissait, qui me mettait en paix.

Et puis le temps a passé, et d’autres musiques m’ont attiré. Mais un jour, j’ai eu besoin de me reconnecter à l’Inde. Malheur ! je ne retrouvais plus la K7. Je l’avais perdue.

Aujourd’hui encore, je m’en veux.

Mais ce qu’elle m’a donné, je l'ai toujours au fond de moi. Les sons, le frisson, cette sensation mystique et d'élévation… c’est toujours là, intact.

Et ce raga, trouvé aujourd’hui, a ravivé ce souvenir :

#nonfictions

J'ai une IRM tard cet après-midi.

Ça veut dire Imagerie à Résonance Magnétique. J'ai appris ça.

Je vais entrer en résonance avec mon moi sidéral et quand je sortirai de là j'aurai un magnétisme fou.

Les gens vont se retourner sur mon passage et je marcherai comme une célébrité.

Peut-être que je pourrai gratter un peu de radioactivité et alors je scintillerai dans l'obscurité du soir.

Je serai vraiment pas comme les autres !

Qui sait ? Mon cerveau va se débloquer et j'aurai accès à la totalité de sa capacité phénoménale.

Vrai ! Je vais pouvoir créer des choses que même les plus téméraires n'ont pas osées.

Je sais pas moi... me télétransporter à des milliers de kilomètres et visiter tous les endroits au bout du monde qui sont sur les prospectus des agences de voyage et aller dans les plus beaux hôtels.

Car je serai devenu riche avant évidemment.

Bon ça y est, je suis dans la salle où on attend l'irm.

J'ai un peu le trac ! Il parait que c'est une grosse machine comme dans Stargate. Une porte spatio-temporelle. Mais je suis excité aussi.

  • Monsieur C ? Une scientifique en blouse blanche s'approche.

  • Oui C c'est moi.

  • Veuillez me suivre s'il vous plait. C'est à vous.

Je me lève et je la suis. Elle est mystérieuse et réservée.

On dirait que je me dirige vers un temple sacré. Celui de la science.

Tout ça pour moi. C'est MON TOUR !

Elle m'invite à entrer dans une petite salle.

  • Veuillez vous déshabiller s'il vous plait. Ne gardez que le slip et les chaussettes. Ensuite vous passerez cette tunique à usage unique.

Puis elle me pose des questions que je n'ai pas toutes retenues, si j'avais été opéré du cœur, si j'avais du métal dans mon corps, si j'étais allergique... C'est tout je crois.

  • Je vais vous faire une petite injection intraveineuse pour vous préparer à l'irm.

  • Ça ne fait pas mal ?

  • Pas du tout quand c'est moi qui pique elle répond en souriant.

Elle est vraiment sûre d'elle. Tant mieux pour moi.

  • À présent, enlevez lunettes, montre et bijoux. Restez assis et attendez ici que je vienne vous chercher.

Je suis un peu impressionné, mais c'est super !

Ça y est elle revient me chercher et me demande de m'allonger sur un chariot.

La Stargate est plus petite que je l'imaginais. Je devrai être couché.

Ah...je comprend...je vais être propulsé comme un obus à travers la porte des étoiles !

Je suis installé et attaché par endroits. Hum il va y avoir de l'accélération dans l'air...

Un casque sur les oreilles pour communiquer avec la base. Allô Cap Carnaveral, vous me recevez ?

On place dans ma main un bouton d'urgence pour annuler la mission si nécessaire.

  • Ça va commencer. Ne bougez pas s'il vous plait.

Ça y est. Je suis impressionné. Je ferme les yeux. Le bruit est assourdissant. Je n'entends plus personne. Plus de voix.

Elle est partie ou c'est moi qui suis parti ? Mon cœur bat la chamade tellement je suis excité.

Le temps s'écoule et puis à un certain moment, le bruit s'arrête.

J'ouvre les yeux. La scientifique est revenue vers moi.

Peut-être que je suis parti et revenu? Je n'aurais pas dû fermer les yeux.

Quand même elle me regarde d'un air bizarre, comme si je j'étais plus le même.

Ça y est ! J'ai compris ! Je suis bien parti et revenu ! Mon magnétisme est différent. Je dois être chargé à bloc et peut-être même que je scintille.

Je me sens différent.

Je peux retourner à la petite salle et me rhabiller.

Les formalités sont terminées. Je peux partir.

Enfin je suis à l'extérieur. Je suis le nouvel homme. Celui qui a traversé le temps, la voie lactée, et qui est REVENU !

Prêt pour l'aventure, YES !

#nonfictions #fictions

Ce texte est un souvenir d’un matin ordinaire dans un service de soins.
Je l’ai vécu, et je l’ai aimé.


C’est l’été et il est six heures trente.
J’ai parcouru quinze kilomètres dans la fraîcheur calme du matin sur les routes de campagne.

Une famille de sangliers a traversé la route, à une centaine de mètres de moi.
Un peu prudent, j’ai ralenti et j’ai profité du spectacle : le mâle, la femelle et trois petits entre les deux.
Au loin, j’entends un coq chanter. Tout est calme et paisible.
L’odeur d’humus de la forêt me suit jusqu’à l’entrée du centre.

La silhouette bien connue du centre de rééducation se dessine.
Un sentiment d’appartenance.

Après avoir accroché mon vélo, je me dirige vers l’entrée du personnel.
Je ne suis pas le premier arrivé. Cédric, Stéphanie et Annie sont déjà là.

— Hey Nok ! Tu es venu à vélo ce matin !
— Eh oui, lol. Je n’ai pas l’esprit embrumé en arrivant. C’est ça qui est bien. Héhé.

On me charrie un peu. Je suis quasiment le seul à faire du vélotaf, quel que soit le temps.
Heureusement, j’ai la possibilité de me doucher au vestiaire. C’est pratique.

Ils sont assis sur des chaises en plastique d’été, mises à disposition par la direction.
Avec les tables, c’est ici que ceux qui veulent manger dehors le midi peuvent le faire.

Cigarette ou vapoteur. Smartphone qui défile.
Peu de mots. On est là ensemble. L’équipe se forme.

Bientôt, direction les vestiaires. Enfilage de la tenue blanche, puis vers la permanence de soins.
Là, l’équipe de nuit touche à la fin. Elle va bientôt pouvoir regagner ses pénates.
Elle nous a préparé les chariots de soins.
La cafetière est presque prête, elle fait ses derniers glouglous.

On s’installe autour de la grande table ovale de la permanence.
Transmissions entre IDE, AS, ASH.
Ce qui s’est passé dans la nuit, patient par patient.

L’IDE de nuit nous fait rire :
Monsieur M a cherché à se coucher dans un lit… qui n’était pas le sien.
Et bien sûr, le lit était occupé !

Le jour aussi, Monsieur M déambule souvent nu.
Alors une astuce a été trouvée : un plateau inox posé en équilibre sur la porte fermée.
Il ouvre → le plateau tombe → BLING → alerte.
Précieux système D du dimanche, quand l’équipe est réduite.

Sinon, on le prend avec nous à la permanence.
On lui tend une boisson, on lui parle,
on lui donne de quoi dessiner, écrire, feuilleter.
On l’intègre, tout simplement.

Ensuite, il faut y aller. Chacun sa partition.
Trois chariots, trois ailes. Une IDE par aile.
Les AS vont par deux, plus nombreux. Les ASH, deux par aile aussi.
Quarante-cinq lits au total. C’est le Service de Rééducation Fonctionnelle.

L’autre service, on l’appelle le Service Cardio.
Il est destiné à la réadaptation à l’effort, majoritairement.

Mais aujourd’hui, je suis dans le Fonctionnel.
Je travaille en tant qu’IDE.
Avec Élodie et Sylvie.

Je suis à l’aise avec elles.
Ce sont des bulles de joie qui pétillent.
Souvent, on se comprend d’un regard.
On a des fous rires à en avoir mal aux abdos.

Même si nous avons chacun une aile attitrée,
nous sommes mobiles,
et surtout, on s’entraide.
Nous avons toutes et tous un DECT.

#nonfictions

Comment dire...hier soir, mon laptop a décidé qu’il voulait mourir. Pas un petit malaise, hein. Non. La mort théâtrale. Le type qui s’effondre au milieu du salon en criant “Dites à ma famille que je l’aimais !”.

J’ai soufflé par le nez.

J’étais crevé, j’avais juste envie d’une série pour oublier un peu le réel qui, lui, ne plante pas mais freeze un peu trop souvent à mon goût.

Et bim, l’écran noir. Fin de partie. Le kernel me barre la route. Il ne veut rien savoir.

Alors, j’ai refait ce que je fais toujours dans ces moments-là : j’ai enfilé ma blouse d’apprenti sorcier Linux. Pas le Gandalf de l’informatique, non. Plutôt un stagiaire de Poudlard qui connaît juste assez de sortilèges pour ne pas faire exploser la baraque...dans 70% des cas.

J’ai ressorti une vieille clé live de Mint Mate, comme on reprend une vieille Renault 5 qu’on avait oubliée dans un garage : elle n’a plus les options, elle fume un peu, mais elle démarre au quart de tour.

Et avec elle, j’ai pu récupérer mes documents importants. Là, j’ai eu un moment de gratitude pour une clé USB que j'avais négligemment laissée dans l'oubli.

J’aurais pu en rester là, remettre Mint, refaire le même schéma…

Non. J’avais envie d’un truc neuf. Une vraie bagnole sortie d’usine. Sans les vieilles rayures. Sans la poussière du kilométrage passé.

Alors j’ai téléchargé Debian 13 netinstall. Le modèle Gnome, propre, silencieux, qui sent le neuf. J’ai mis ma clé bootable dans le contact, un peu tremblant, comme si je montais dans une voiture que j’aurais pas encore payée.

Et là… tout s’est passé comme dans un rêve. Pas de vis qui coince, pas d’écrou qui saute, pas ce bruit étrange que fait ton moteur quand tu veux pas qu’il le fasse.

Fluide, l'installation ! Au départ, j'avais peur de respirer trop fort.

Le moteur démarre. Du velours ! Je me retrouve devant un bureau tout propre. Un genre de tableau de bord minimaliste. Sans les surcouches. Sans les vieux réflexes. Juste… quelque chose qui fonctionne.

J’ai regardé ça. Mon laptop ressuscité! Mon chaos réparé! Mon quotidien remis d’aplomb avec trois commandes et une pincée d’entêtement. YES !

Dans ma tête, j'ai vu une image de série noire, un néon s’allumer.

Un truc rose, un peu bancal, brillant dans une rue sombre après la pluie, avec le mot : ESPOIR.

Je suis resté quelques secondes à Mate.r ce néon. Et une sensation bizarre : pas une certitude, pas un cri, pas une promesse énorme. Plutôt un murmure. Un clignotement timide. Un “hé… ça repart”.

Et j’ai souri. Avec la tête de quelqu’un qui a remis son moteur en marche dans la nuit noire et personne à l'horizon.

Et vous ? Vous avez déjà exprimé de la gratitude à un néon ?

#nonfictions #linux