adventices

ça pousse comme ça veut

au creux des marais

obstinés fouillant les flaques

les deux oiseaux blancs     le vent achève sa conquête

sur nos sombres eaux ridées

   
Photo “Two White Egrets” par Mike Boswell, licence CC BY 2.0.

il y a toujours un passage ouvert le temps d'un souffle entre deux eaux qui menacent

on se tord les pieds sur de gros galets entre les rochers

sur cette autre terre la vie qu'on espère

là-bas d'autres anses d'autres falaises et le seul horizon d'une mer grande ouverte

il y a toujours un passage

 
Photo par Ian Cylkowski, licence CC BY-NC-SA 4.0


ma mue de printemps

je deviens lourdes eaux limoneuses

à ma surface mouvante reflets dorés du soleil de mars

je deviens amère amande blanche

par mon poison rapide les lèvres se révulsent en un crachat

je deviens sciure de bois tendre

ma poussière retombée boit la boue noire d'une flaque

 


bravement elles poussent dans le désordre du bord — fleurs de rien du tout

sur la pierraille des jours minuscules éclats de ciel

 


Photo jbm CC0

nous marchons en secret sous un rideau de pluie dans l'ombre de nos pas les ronces se redressent

les rêves ont perdu pied sous les paupières closes au bout du chemin on a laissé quelque chose


ni lueur ni mystère ni chansons ni regrets océan trop grand trop proche horizon vie trop pleine et trop vide aussi des heures que l’on place sur un grand tableau vide comme pions sacrifiés

   


de leurs cœurs grand ouverts les fleurs s'élancent dans le bleu

les oiseaux étonnés écoutent immobiles et muets le chant du magnolia vibrer vers le ciel pur

il nous ignore superbement le printemps qui là-haut se dessine

   
Photo “Magnolia tree” par spablab, licence CC BY-ND 2.0.

le long de l'eau où rien ne reste

sur le bord au plus près on mord à même le flot puis on boit à grands traits

un autre monde coule entre les lèvres sans que son eau glacée nous désaltère

chaque rivière que nous suivons a son fil de terres et de sang

 


Format horizontal
Couleur, monochrome de gris et noir, vague idée de vert et roux sur le sol. Dans une atmosphère très brumeuse et sombre, les troncs noirs enchevêtrés d'une forêt de chênes et châtaigniers dénudés. Une branche tordue très noire signe un trait sinueux dans le tiers supérieur, au premier plan. La visibilité diminue à mesure de l'éloignement de l'objectif, jusqu'à ne laisser visible qu'un voile gris clair opaque dans un lointain proche. Au sol un fouillis de feuilles mortes et brindilles.

mille branches là-haut autant de plombs pour les vitraux d'un jour peint à la grisaille

surgissement furieux d’arbres noirs en chœur hargneux leur hymne à contre-ciel

ne restent que de pauvres fragments de verre terne où peine la lumière    


Photo par Gilles Le Corre « Dans la forêt, un peu avant le sommet de la T, 15 février 2024 vers 9h 50. » Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP


dans quel fossé trouver la pulsation de l'eau sur quel chemin rouge les griffes du volcan le vacarme brûlant par quelle pluie d'orage

d'autres nuages passent au plus loin de nos vies

mais le vent ne dit rien que les rides du ciel

un soleil après l'autre dans la nuit s'éteint

et plus rien ne résiste au matin  


ôtez la première peau la deuxième aussi retirez votre masque faites votre mue — rien à faire mon visage s'estompe mes traits s’effacent mes yeux se ferment dans le miroir

redressez les épaules marchez d’un bon pas tenez-vous droit regardez devant vous

— pas mieux mon corps n’obéit pas ma silhouette s’échappe mon ombre reste dans l’angle mort

sous l'arbre qui m'accueille je n'entends que le vent
les plus maigres branches s'étirent librement
pas un rameau léger ne s'aligne sur l'autre
— je vais pouvoir dormir au cœur du beau désordre