au creux des marais
obstinés fouillant les flaques
les deux oiseaux blancs le vent achève sa conquête
sur nos sombres eaux ridées
Photo “Two White Egrets” par Mike Boswell, licence CC BY 2.0.
au creux des marais
obstinés fouillant les flaques
les deux oiseaux blancs le vent achève sa conquête
sur nos sombres eaux ridées
il y a toujours un passage ouvert le temps d'un souffle entre deux eaux qui menacent
on se tord les pieds sur de gros galets entre les rochers
sur cette autre terre la vie qu'on espère
là-bas d'autres anses d'autres falaises et le seul horizon d'une mer grande ouverte
il y a toujours un passage
ma mue de printemps
je deviens lourdes eaux limoneuses
à ma surface mouvante reflets dorés du soleil de mars
je deviens amère amande blanche
par mon poison rapide les lèvres se révulsent en un crachat
je deviens sciure de bois tendre
ma poussière retombée boit la boue noire d'une flaque
bravement elles poussent dans le désordre du bord — fleurs de rien du tout
sur la pierraille des jours minuscules éclats de ciel
nous marchons en secret sous un rideau de pluie dans l'ombre de nos pas les ronces se redressent
les rêves ont perdu pied sous les paupières closes au bout du chemin on a laissé quelque chose
ni lueur ni mystère ni chansons ni regrets océan trop grand trop proche horizon vie trop pleine et trop vide aussi des heures que l’on place sur un grand tableau vide comme pions sacrifiés
de leurs cœurs grand ouverts les fleurs s'élancent dans le bleu
les oiseaux étonnés écoutent immobiles et muets le chant du magnolia vibrer vers le ciel pur
il nous ignore superbement le printemps qui là-haut se dessine
le long de l'eau où rien ne reste
sur le bord au plus près on mord à même le flot puis on boit à grands traits
un autre monde coule entre les lèvres sans que son eau glacée nous désaltère
chaque rivière que nous suivons a son fil de terres et de sang
mille branches là-haut autant de plombs pour les vitraux d'un jour peint à la grisaille
surgissement furieux d’arbres noirs en chœur hargneux leur hymne à contre-ciel
ne restent que de pauvres fragments de verre terne où peine la lumière
Photo par Gilles Le Corre « Dans la forêt, un peu avant le sommet de la T, 15 février 2024 vers 9h 50. » Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP
dans quel fossé trouver la pulsation de l'eau sur quel chemin rouge les griffes du volcan le vacarme brûlant par quelle pluie d'orage
d'autres nuages passent au plus loin de nos vies
mais le vent ne dit rien que les rides du ciel
un soleil après l'autre dans la nuit s'éteint
et plus rien ne résiste au matin
ôtez la première peau la deuxième aussi retirez votre masque faites votre mue — rien à faire mon visage s'estompe mes traits s’effacent mes yeux se ferment dans le miroir
redressez les épaules marchez d’un bon pas tenez-vous droit regardez devant vous
— pas mieux mon corps n’obéit pas ma silhouette s’échappe mon ombre reste dans l’angle mort
sous l'arbre qui m'accueille je n'entends que le vent
les plus maigres branches s'étirent librement
pas un rameau léger ne s'aligne sur l'autre
— je vais pouvoir dormir au cœur du beau désordre