au-dessus du mur il fait signe à l'éclaircie — sarment audacieux
pour dormir un peu moins tard 20 milligrammes d'espoir — ne pas dépasser la dose prescrite
un trou dans le tronc un creux dans le cœur rien de bien profond
on pense alors longtemps à l'arbre encore vivant qui était là avant
seule une lueur qui n’a pas de nom tente une couleur sur l'aubier éteint
on quittera le bois en fredonnant tout seul le petit air flûté qu’on a juste inventé pour n’y plus penser
fleurs bleues feux follets pour guider vers l'orchidée — haute flamme blanche
les derniers rayons du jour embrasent nos vies obscures
sombre chemin forêt profonde seule lueur la beauté fière
Photo par Gilles Le Corre – “Redescendant vers les humains, une orchidée (platanthère à 2 feuilles) comme un fantôme dans l'ombre de la forêt…” Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP
tout le monde veut un morceau de ciel avec ou sans nuages
tourmenté comme un sentier qui grimpe dans la forêt
ou calme et plat comme un lac qui déborde de bleu
pas un mont ne renonce chaque branche a sa chance
les lointaines éoliennes elles-mêmes l’appellent de leurs trop simples signes
peut-être qu'en levant les bras bien haut il nous donnera un peu de sa lumière
peu importent les orages tout le monde veut un morceau de ciel
Photo par Gilles Le Corre « Le lac est à son plein… » Dimanche 12 Mai vers 10h. Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP #occitanie . Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP
les boucles de la nuit autour de nous s’enroulent nos yeux fermés retrouvent dans le noir la moisson des chemins autrefois parcourus et les couleurs chantantes d’un torrent d’eau limpide et glacée où nos mains pourtant n’ont jamais plongé
bien plus tard par la fenêtre un peu de gris mêlé de bleu au fond de l'horizon esquisse l’aube qu’on attendait
autour du ciel les lignes tremblent
pour un peu on pourrait croire au jour
facile fenêtre d'autrefois ni ouverte ni fermée pour l'enfant insouciant sauter dehors dedans entrer sortir d'un bond au rez-de-chaussée il faut dire
pas d'autre risque alors que le visage inquiet d'une mère fatiguée
28 avril 2024
j'ai compté recompté mes journées mal rangées aux heures mal alignées mes années désordonnées aux mois entiers effilochés — jamais trouvé le même nombre !
est-ce avant d'être adulte ou après que je suis devenu enfant ? et le temps qui me reste il est derrière ou devant ?
dans ma vie à l'envers les moments tourbillonnent
un instant plus de vent
l'herbe attend que le torrent de là-haut l'abreuve enfin
la montagne fait le dos rond elle aussi attend l'orage qui plane
l'arbre seul tendu vers le ciel ouvre ses branches
il se gorge de clarté ne laisse à la prairie que poussières de lumière
quatre millièmes de seconde puis l'équilibre est rompu
Photo par Gilles Le Corre « 25 Avril 10h 11. En redescendant vers le village…» Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP
nous sommes mince ruisseau eau vive à peine faible miroir bien peu de fond
eau venue de nulle part qui semble aller au hasard mais nous savons où est la pente où pouvoir disparaître
ni ronflement de torrent ni fracas de déversoir le ruisseau ne chante pas il chuinte et marmonne glousse et pépie entre ses bords sans écho
au fil de l'eau notre filet de voix
nous sommes eau ridée d'un lent tourbillon qui longuement rêve en rond avant de partir invisible vers une autre courbe dans l'ombre d'une branche basse qui frôle sa surface
mince ruisseau faible miroir bien peu de fond
sous la rage du vent froissement de feuilles sifflement de branches vibration de troncs
d’un trop faible souffle nouer leurs couplets fredonner leur refrain du bout des lèvres langue à peine frémissante à l'intérieur
paroles perdues de la forêt si sur la page glisse une langue à peine mobile au bout du stylo
#photo #poésie “Wind in the Oak Tree” par Peter E. Lee, licence CC BY-NC 2.0.