adventices

ça pousse comme ça veut

souche grise d'un gros arbre, avec un trou au milieu

un trou dans le tronc un creux dans le cœur rien de bien profond

on pense alors longtemps à l'arbre encore vivant qui était là avant

seule une lueur qui n’a pas de nom tente une couleur sur l'aubier éteint

on quittera le bois en fredonnant tout seul le petit air flûté qu’on a juste inventé pour n’y plus penser

   

Photo couleur format portrait
Dans l'ombre dense d'une forêt au taillis épais, dans le quart inférieur droit apparaît la haute hampe florale garnie d'un grand nombre de leurs blanches d'une variété d'orchidée sauvage, seul élément de l'image violemment éclairé par un unique rayon de soleil ayant percé la voûte de feuilles.
Ça et là éclatent les taches vives de minuscules fleurs bleues. Dans le flou de l'arrière plan on distingue quelques pompons clairs émergeant d'une profonde obscurité.

fleurs bleues feux follets pour guider vers l'orchidée — haute flamme blanche

les derniers rayons du jour embrasent nos vies obscures

sombre chemin forêt profonde seule lueur la beauté fière

   


Photo par Gilles Le Corre – “Redescendant vers les humains, une orchidée (platanthère à 2 feuilles) comme un fantôme dans l'ombre de la forêt…” Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP


Vu de haut en bas, un lac débordant de ses berges au milieu des montagnes.
Au premier plan à gauche les branches d'un chêne proche de l'opérateur, en bas la partie proche du lac au milieu duquel émergent des arbres en partie submergés. Au loin les pentes des montagnes couvertes de forêts, des nuages masquant ça et là, partiellement, les plus lointaines. Tout en haut de la photo un ciel clair ou on distingue un nuage évanescent à gauche au dessus des sommets arrondis les plus lointains.

tout le monde veut un morceau de ciel avec ou sans nuages

tourmenté comme un sentier qui grimpe dans la forêt

ou calme et plat comme un lac qui déborde de bleu

pas un mont ne renonce chaque branche a sa chance

les lointaines éoliennes elles-mêmes l’appellent de leurs trop simples signes

peut-être qu'en levant les bras bien haut il nous donnera un peu de sa lumière

peu importent les orages tout le monde veut un morceau de ciel

   


Photo par Gilles Le Corre « Le lac est à son plein… » Dimanche 12 Mai vers 10h. Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP #occitanie . Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP


les boucles de la nuit autour de nous s’enroulent nos yeux fermés retrouvent dans le noir la moisson des chemins autrefois parcourus et les couleurs chantantes d’un torrent d’eau limpide et glacée où nos mains pourtant n’ont jamais plongé

bien plus tard par la fenêtre un peu de gris mêlé de bleu au fond de l'horizon esquisse l’aube qu’on attendait

autour du ciel les lignes tremblent

pour un peu on pourrait croire au jour

   


facile fenêtre d'autrefois ni ouverte ni fermée pour l'enfant insouciant sauter dehors dedans entrer sortir d'un bond au rez-de-chaussée il faut dire

pas d'autre risque alors que le visage inquiet d'une mère fatiguée


28 avril 2024

j'ai compté recompté mes journées mal rangées aux heures mal alignées mes années désordonnées aux mois entiers effilochés — jamais trouvé le même nombre !

est-ce avant d'être adulte ou après que je suis devenu enfant ? et le temps qui me reste il est derrière ou devant ?

dans ma vie à l'envers les moments tourbillonnent

   


Format portrait
Sous un ciel de nuages noirs menaçants occupant 2/3 de la hauteur, au premier plan une prairie en herbe déjà hautes montant en pente douce jusqu’à un arbre au jeune feuillage à contre jour, décentré sur la droite de l’image. De part et d’autre, dans les lointains les profils doux de deux hauteurs couvertes de végétation presque noire, laissant entre elles juste l’espace nécessaire pour loger l’arbre sur un fond de ciel plus lumineux que le reste des nuages.

un instant plus de vent

l'herbe attend que le torrent de là-haut l'abreuve enfin

la montagne fait le dos rond elle aussi attend l'orage qui plane

l'arbre seul tendu vers le ciel ouvre ses branches

il se gorge de clarté ne laisse à la prairie que poussières de lumière

quatre millièmes de seconde puis l'équilibre est rompu

   


Photo par Gilles Le Corre « 25 Avril 10h 11. En redescendant vers le village…» Courtesy of © Gilles Le Corre & ADAGP


nous sommes mince ruisseau eau vive à peine faible miroir bien peu de fond

eau venue de nulle part qui semble aller au hasard mais nous savons où est la pente où pouvoir disparaître

ni ronflement de torrent ni fracas de déversoir le ruisseau ne chante pas il chuinte et marmonne glousse et pépie entre ses bords sans écho

au fil de l'eau notre filet de voix

nous sommes eau ridée d'un lent tourbillon qui longuement rêve en rond avant de partir invisible vers une autre courbe dans l'ombre d'une branche basse qui frôle sa surface

mince ruisseau faible miroir bien peu de fond

25 avril 2024

#nousSommes


sous la rage du vent froissement de feuilles sifflement de branches vibration de troncs

d’un trop faible souffle nouer leurs couplets fredonner leur refrain du bout des lèvres langue à peine frémissante à l'intérieur

paroles perdues de la forêt si sur la page glisse une langue à peine mobile au bout du stylo


#photo #poésie “Wind in the Oak Tree” par Peter E. Lee, licence CC BY-NC 2.0.


depuis le pont

lourdes eaux limoneuses du fleuve furieux

remous incessants courants bouillonnants dans toutes les directions

œil hypnotisé cœur penché au ras des eaux des heures à les surprendre et à les perdre pour d'autres tourbillons

une journée bien employée