Le Glue Work, une des composantes du plafond de verre des femmes dans la tech
Il y a probablement eu pléthores d'articles et de billets sur le sujet, mais en réalité, certaines personnes ne connaissent pas ce concept, concept que j'ai moi-même découvert il y a peu de temps après une discussion avec ma manager (manageuse ?).
Le Glue Work est un concept qui a été défini par Tanya Reilly et qui désigne le travail le moins glamour, et souvent qui n'importe pas lors de promotion, mais qui doit exister pour faire fonctionner les équipes. (Actuellement, Tanya Reilly est Principal Engineer chez Datadog)
Ça passe par l'organisation d'onboarding des nouveaux membres, d'animation des rétros et autres dailies, de la documentation du workflow, etc. Tout ceci étant, on le conviendra, parfaitement indispensable, ne serait-ce que pour une bonne entente des équipes à la fois professionnellement mais aussi personnellement, mais très rarement pris en main par des hommes. Du moins, tant qu'ils ne sont pas spécifiquement désignés pour accomplir ces tâches.
Et je réalise que j'en fais beaucoup, moi, du glue work. Pourtant, mon unique objectif depuis ma reconversation dans le développement informatique c'est d'être très bonne techniquement. L'aspect humain diront-nous, j'ai envie de m'en foutre. J'ai pas envie de faire des tâches qui ne sont pas de la réfléxion de code, d'architecture, ou d'amélioration des performances dans la base de code ou dans la base de données. Et pourtant…
Du glue work bien malgré moi
Pourtant, une semaine sur deux, au travail, nous avons ce qu'on appelle l'Aprèm' Tech, qui consiste en une après-midi où chacun peut proposer un sujet tech, un peu en dehors de notre scope habituel, mais qui peut améliorer in fine le code ou la DX (Developer Experience). Et chaque début de visio où tous ceux qui ont des sujets doivent les présenter pour ensuite travailler dessus avec qui veut, c'est le jeu du silence. 4, 5, 6 minutes où personne ne veut parler parce que personne ne veut prendre la main. Alors, un jour, j'ai décidé de parler. Je ne fais que présenter les différents tickets affichés sur le board et je cède la parole aux personnes qui ont proposés des tickets. Très vite, j'ai vu que les gens n'écrivaient pas leur ticket à l'avance, donc je leur laissais les 6 premières minutes de la réunion pour écrire des tickets. En attendant, je leur proposais une recette dessinée par moi. Ça me permettait de dessiner et puis de montrer mes dessins. Mais au fil des semaines, mois, années, c'est devenu une habitude. Et parfois pesant de pas trouver de recette à dessiner, ou même juste du temps ou de l'envie pour dessiner. Heureusement, un jour, ma manager m'a proposé de lâcher la présentation de l'aprèm' tech, parce que c'est justement le genre de Glue Work qui fera que, même inconsciemment, les gens ne se diront pas “Tiens, je vais demander à Iris pour cette question technique”, mais plutôt “Tiens, Iris, c'est celle qui présente nos aprèms tech et fait des chouettes dessins !”.
Alors, j'ai lâché la présentation de l'aprèm' tech. Elle avait raison. Je réalise aussi que dans mon équipe, on a beaucoup de choses qui sont organisées en faisant tourner l'organisateur/trice. C'est jamais le même. On a même des outils qui automatisent ça.
Mais il y a encore du travail. Ce n'est pas facile. Ce n'est pas tant que j'aime organiser des trucs (c'est épuisant, même si c'est satisfaisant de voir tout le monde t'écouter et te suivre), c'est que si je le fais pas, personne ne le fera !!
Là, on a accueillit 2 nouveaux membres dans notre équipe. Du mouvement en interne. J'ai créé il y a longtemps un scénario d'onboarding interne parce que la première fois qu'on a accueillit quelqu'un en interne, ça s'est très mal passé. Je ne voulais pas que ça se reproduise. Alors, j'ai créé une réunion qui permet de faire connaissance sous forme de jeu. A la fois sur les affinités en terme de hard skills, mais aussi de soft skills. Pour apprendre à mieux travailler en équipe, quoi. J'ai encore organisé l'onboarding interne pour ces 2 nouveaux membres, mais en prévenant qu'ils ne s'habituent pas !
Et puis, comme dans quelques mois, je quitte mon équipe pour passer à une autre (toujours dans l'objectif de me perfectionner techniquement, il faut que je découvre et travaille sur d'autres scopes), j'ai aussi décidé de prendre en main la documentation qui est existante mais éparpillée sur un Jira bordélique. Mais là, pareil, j'ai décidé que ce serait de la doc plutôt technique. C'est plutôt pour une transmission des règles métiers mais aussi de l'architecture, des choix techniques faits (qui paraissent parfois un peu hasardeux, mais qui avaient une explication au moment où ça a été fait) afin que l'équipe puisse se l'approprier.
En pensant au glue work depuis quelques temps, je réalise à quel point oui, c'est super important (supprimez les trucs que j'ai décidé de faire, vous allez voir comment on va pédaler dans la semoule !), mais c'est presque discriminatoire pour moi, en tant que femme !
C'est très difficile de conjuguer ce besoin de règles, finalement, qui permettent un bon fonctionnement de l'équipe, et cette nécessité d'atteindre des objectifs qui sont, dans l'imaginaire de tout le monde, même les hommes les plus déconstruits, à l'opposé de ce glue work.
La bonne nouvelle, c'est que ma nouvelle lead, qui est dev senior, et que je considère hautement pour ses compétences techniques, m'a dit qu'elle avait le même objectif et que, pour elle, ça l'a frappée quand, il y a quelques années, son manager lui avait fixé comme objectif d'organiser un repas pour l'équipe. Rien qu'à l'écrire, ça me met hors de moi ! On lui demande d'être la maman de l'équipe, pépouze, et on fixe ça comme un objectif professionnel ! Heureusement, elle a eu le déclic grâce à ça, et elle continue à bosser son objectif de haute technicité. Du coup, elle soutient mon projet et mon abandon de la présentation de l'aprèm' tech.
Je vais faire un dernier truc avant d'essayer vraiment d'arrêter (pour que dans la nouvelle équipe je sois totalement focus sur la tech), c'est de rappeler l'existence de l'onboarding interne sur le Slack de ma boîte, car c'est un outil qui peut servir à tout le monde, et pas seulement dans les équipes de dev.
Mais, pour positiver un peu, sachez que j'ai passé 2 semaines en cross-team pour bosser à l'amélioration du dump d'une base de données, le tout en python (un langage que je ne connais pas du tout, bien sûr, sans aucune IA) et avec des outils qui m'étaient auparavant inconnus comme Airflow et ses DAGs. (Oui, c'est volontairement cryptique, j'en ferai peut-être un article pure tech à l'occasion)
Il n'y a pas réellement de conclusion à cet article, c'est peut-être plutôt comme un billet d'humeur, parce que je n'ai pas de solution miracle pour que ce Glue Work soit pris en main par une équipe entière et pas juste la ou les femmes de ladite équipe. Mais enfin, au moins, vous aurez appris l'existence de ce travail invisible et invisibilisé très souvent et largement pris en charge par les femmes.
Ma source pour ce sujet, qui donne d'ailleurs bien plus de détails autour du Glue Work, très intéressants au passage : https://medium.com/@granellacamila/a-few-months-ago-i-discovered-the-term-glue-work-8a003dbe7173