Utilise ta mémoire !
Cet article peut être considéré comme une “suite” de l'article précédent qui parle “d'apprendre”.
Encore un article où je vais dire du mal des IA. À vrai dire, je n'en ai pas fait jusqu'ici, mais celles et ceux qui me connaissent un peu savent à quel point que j'aime pas ça.
Pour plein de raisons que je ne vais pas détailler ici, parce que c'est pas l'objet de cet article, je vais surtout m'attarder sur une des raisons principales : l'IA te fait perdre la mémoire (et ta capacité de réflexion).
Déjà, partons sur un postulat : tu as déjà fait de la revue de code ? Tu sais lire les lignes de code et les comprendre. Sauf que, malgré cette connaissance, tu ne sauras pas vraiment dire si la ligne ou le bloc de code que tu as lu fonctionne réellement. Que si jamais il y a un edge case que tu n'imagines pas, ce n'est peut-être pas un cas géré par le bout de code que tu viens de lire. C'est en exécutant le code et/ou en lisant les tests (qui doivent passer au vert, cela va sans dire) que tu verras si ça fonctionne ou pas. Pour moi, c'est pareil que de laisser faire une IA. Elle te complète ta ligne, parce que dans les milliers de lignes de code qu'elle a ingurgité, il y a souvent cette suite de caractères qui semble être ce que tu recherches. Oui mais entre “sembler être ce dont tu as besoin”, et “être ce dont tu as besoin”, il y a un monde. Et si la ligne que tu es en train de lire (mais que tu n'as pas écrite) te semble bonne au premier abord, elle peut renfermer une énorme bêtise.
Au tout début de ma vie de bébé dev', j'avais copilot qui était installé sur mon VSCode. Et c'était sympa que ça te finisse ta ligne. Jusqu'à ce que je réalise très rapidement (heureusement), que c'était pas me rendre service que de laisser faire une IA. Apprendre, ça demande un effort. Et l'effort n'était plus là et j'oubliais les choses les plus basiques que pourtant je prenais le temps à expliquer à mes camarades qui galéraient un peu, en fin de journée.
La mémoire est un muscle !
Ces phrases chocs sont peut-être simplistes (d'ailleurs, c'est plutôt le cerveau, le muscle), mais elles renferment des vérités dont on a tendance à oublier la saveur et sa réalité.
Oui, bien sûr que c'est long d'écrire un programme informatique. Tout comme c'est long de faire un film, composer une musique, dessiner une illustration, rédiger un CV, etc. Oui, ça prend du temps, mais c'est aussi ce qui en fait une satisfaction une fois le résultat devant tes yeux.
Quand on est bon dans un métier, même artistique, même ultra pointu ce n'est pas le talent qui fait tout, mille artistes l'ont déjà répétés, mais on va le redire : c'est le travail. Et le travail, c'est l'effort, la répétition, la pratique, les erreurs corrigées une fois, deux fois, cent fois.
Je ne suis pas là pour faire l'apologie du “travail”, ni de maximes idiotes du type “quand on veut, on peut”, je pense juste qu'il faut savoir suer un peu pour accomplir quelque chose qui nous satisfait. Dans le sens : apporter de la dopamine dans le cerveau.
Prenons la métaphore du sport. Je suis très sportive mais bear with me (ours avec moi) un instant : Tu veux faire du sport. Pas de quoi devenir pro, juste de quoi te muscler raisonnablement et gagner en souplesse. Tu sais déjà que sans effort, tu n'arriveras pas au résultat escompté. Et puis, tu constates aussi très rapidement que sans régularité, tu n'arriveras à rien. Si tu fais du sport pendant 3 mois, puis que tu arrêtes, ta souplesse et tes muscles durement gagnés vont disparaître. C'est LE truc avec le corps humain (physique ET mental) : c'est pas acquis pour toujours ! L'effort doit être constant. Dans notre enfance, on a pris quelques années à apprendre à lire, écrire et parler notre langue maternelle. On continue à la maîtriser parce que tous les jours, on continue à la lire, l'écrire et la parler.
La preuve par l'exemple (ou le Retour d'Expérience)
Plein d'exemples de ma vie me soulignent à quel point c'est facile de relâcher les efforts et de perdre le peu qu'on a gagné :
J'apprends le japonais essentiellement sur des applis, du coup, je sais lire le japonais (à mon niveau), mais je suis de moins en moins capable d'écrire les kanas et les kanji. Parce que je ne pratique pas ! => J'ai donc décidé de me remettre à l'écriture avec cahier et crayon pour repratique mes alphabets japonais.
Je reste nouvelle dans mon métier de dev', et si je ne continue pas mes exercices de mémorisation de certaines notions que j'utilise assez souvent pour devoir m'en souvenir, mais pas assez pour m'en souvenir grâce à la pratique, j'oublie, je me trouve même parfois moins performante à cause de ça. => C'est pas encore régulier, mais j'ai des flashcards où je note chaque nouvelle notion que j'apprends et je les révise chaque matin avant le taf (avec mochi.cards)
Je pratiquais le yoga très régulièrement jusqu'à un souci à l'épaule qui a dû m'obliger à ralentir sérieusement ma pratique (c'est-à-dire ne quasi plus jamais en faire), et ma souplesse disparaît peu à peu à cause de ce ralentissement. => Là, il y a une partie médicale en cours de résolution (I hope), mais je reprends très en douceur le yoga pour resolliciter en douceur mes muscles.
Depuis plusieurs années, Google a été mon extension de mémoire sans aucun effort. C'est-à-dire qu'à l'instant où je cherchais un nom d'acteur ou d'actrice, je switchais automatiquement sur mon téléphone pour aller chercher son nom. Je ne laissais pas le temps à mon cerveau de prendre la peine de fouiller ma mémoire, Google le faisait très bien pour moi. Sauf que, là encore, j'ai réalisé que ma mémoire, pourtant testée comme excellente (!) me faisait de plus en plus défaut pour des détails que je connaissais pourtant avant par cœur. => Maintenant, je fais l'effort de réfléchir un moment avant d'aller sur le net. La bonne nouvelle, c'est que jusque là, je n'ai pas eu besoin d'aller sur le net pour trouver la réponse que je cherchais. Ma mémoire m'a suffit.
Si je passe plusieurs mois sans dessiner, je dois ré-apprendre les bases, la perte de pratique me fait perdre ma carte mentale de dessins. => Je tente de faire un petit croquis, un bout d'histoire, quelques soirs par semaine, lié à ma BD sur laquelle je suis depuis quelques années déjà.
J'ai passé plusieurs années sans écrire la moindre histoire (j'en écrivais souvent, dans ma vie d'avant), et j'ai réalisé, en reprenant, que c'est plus compliqué de réussir à trouver mes mots pour exprimer correctement les idées que je veux faire passer. => Là aussi, l'écriture de ma BD (et d'articles aussi, d'ailleurs) me refont pratiquer l'écriture.
Tous ces exemples aussi divers que quotidiens me rappellent à quel point c'est super important d'entretenir sa mémoire au même titre que les muscles qui composent notre corps.
Sans compter le fait que la vieillesse est un facteur (naturel, lui) de diminution de la mémoire, et que – toutes les études le disent –, faire travailler la mémoire fait reculer les problèmes/maladies/dégénérescences liées à la mémoire, justement.
Et donc ? On apprend !
Donc, IA ou pas IA, Internet ou non, la pratique de la mémoire est hyper importante au quotidien, afin de ne pas perdre ce qui fait de nous des êtres humains : notre histoire (et donc, la mémoire, par voie de conséquence).
Ne perdons pas notre humanité, et reprenons le contrôle de nos cerveaux ! Réapprenez le goût de l'effort pour arriver à un résultat qui fait du bien au cerveau ! Prenez le temps de réaliser une recette de gâteau pour avoir la récompense de le déguster à la fin. Oui, c'est une métaphore, mais pas que : l'effort fourni dans la réalisation de la recette est récompensé par l'énergie récupérée dans l'ingestion du gâteau qui en résulte. Entraînez votre mémoire ! Apprenez de nouvelles choses ! Pratiquez ce qu'il vous fait envie de pratiquer et continuez encore et encore !