Marc Smith est un poète américain qui a grandi à Chicago.
Le slam, selon la Ligue Slam de France, est “Une poésie vivante, un espace de diffusion accessible à tous et un public impliqué donnant directement son avis.
« Slam » terme anglais qui signifie sous forme de verbe « claquer » « gagner une victoire facilement » « critiquer »
« Slam » le nom signifie « bruit violent » « tournois de poésie » « schelem » c’est un mot du 17ème siècle probablement d’origine scandinave “
Les scènes slam ont été créées par Marc Smith... (“So What”/“Et alors?”) Et alors, le slam est régit par quelques règles... Ces règles sont surtout valables pour les tournois de slam de France, et peuvent devenir plus souples sur certaines scènes comme les SPOKEN WORD, où nos mots résonnement avec les notes de musiciens qui jouent sur scène.
Ces règles officielles, les voici:
1.“déclamer son propre poème” (hors tournois, on peut en dire un qui n'est pas de nous, tant qu'on le précise avant ou après l'avoir récité) 2. “déclamer en 3 minutes ou moins” 3. “pas d’accessoires ou de déguisements” 4. “notation par le public de 0 a 10 avec un chiffre après la virgule pour éviter les ex aequo.”
En 1990 le Chicago Slam comité a décidé lors de l’organisation du premier Slam National américain de poser la règle qui”... 5. “interdit les accessoires et la musique”
Et il y a évidemment la question de la langue qui n'est pas citée mais reste implicite: Si certaines phrases sont prononcées dans une langue étrangère c'est toléré en tournois, mais pas tout le texte... Malgré la tolérance dont font preuve plusieurs, j'estime que ça reste un trop grand frein pour la compréhension globale et la capacité de le noter. Donc par déduction, si l'on souhaite concourir pour se voir sélectionné en tournois... 6. texte majoritairement en français.
Certains imposent également à ce que les textes soient conformes à la loi, ce qui mérite éclaircissement à mon sens. Je suppose qu'il s'agit de se référer à ce que signifie légalement la liberté d'expression, et de savoir la distinguer de la discrimination, l'appel à la haine, les fake news... Mais à mon sens si on va jusqu'à dire qu'on ne peut pas dire de gros mots, parler de ses blessures ou râler contre le système, ça n'a plus d'intérêt.
Si je comprends bien, il s'agit de faire claquer vigoureusement les mots dans l'espace, et les laisser entendre par un large public, en acceptant le fait que nos mots et notre manière de les faire claquer soient critiqué.e.s. Mais... qu'en est-il en dehors du jury? Qu'en est-il en dehors des tournois? Quelle différence entre critiquer, et se sentir visé par un texte?
L'idée de blesser quelqu'un sans que cette personne ne se sente légitime à venir me parler pour me le dire iel-même en face, c'est une idée qui me terrifie. Assez pour me sentir illégitime à m'exprimer. Je me suis donc confrontée violemment à cette problématique, jusqu'à envisager d'écrire à Marc Smith lui-même:
DEMANDE DE PRÉCISIONBonjour....
J'aimerais poser une question très personnelle à Marc Smith.
Cela fait trois ans que je m'exprime sur les scènes slam, mais je m'interroge de plus en plus. Suite à une remarque indirecte sur un de mes textes, je ressens un blocage profond et, n'arrive plus dire mes textes individuels depuis presque un an.
C'est important pour les tournois, de pouvoir les dire. J'arrive à dire des coécritures car je ne suis pas seule, et des textes qui ne sont pas de moi car c'est moins personnel, et des textes que j'écris dans une autre langue car ils sont plus durs à comprendre. Mais je ne me sens pas libre de dire mes textes solo dans ma langue, alors que j'en ai envie, et que j'ai envie de participer aux tournois. J'ai réalisé un gouffre entre ce que je dis et ce qui est perçu par l'autre. Avec les blessures de chacun, les émotions, les projections, je peux blesser ou décevoir l'autre sans le vouloir, sans le savoir, sans savoir comment, sans avoir de prise dessus.
C'est pourquoi je vous contacte. Par peur de l'erreur, j'aimerais comprendre mieux les lois qui régissent les scènes slam. Je me permets donc de vous adresser mes questions. Qui d'autre que vous serait le mieux placé pour y répondre?
Personnellement, je me suis fait une règle comme quoi, dès qu'un de mes textes évoque une personne vivante que je connais, je ne donne jamais son prénom. Est-ce que vous envisageriez que cette règle soit générale?
Mais même dans ces conditions, faut-il prévenir une personne quand fait partie du public, si notre texte évoque un souvenir partagé ensemble? Ou bien, si on soupçonne notre texte d'être maladroit, doit-on le faire relire par un tiers qui fait partie du milieu, pour lui demander de valider ou invalider les valeurs que ce texte défend? Ou bien peut-on considérer que notre maladresse fait partie de nous, et nous garantit de rester authentique avec nos failles?
Le “trigger warning” que l'on peut annoncer quand notre texte parle d'un sujet dur à aborder, à quoi sert-il si personne ne décide de sortir pour se préserver? Doit-on parfois (ou toujours) se passer de parler de nos histoires personnelles pour ne pas blesser l'autre, alors qu'elles sont la raison même de notre présence sur les scènes, surtout quand le besoin d'expression est si fort qu'il nous fait souffrir?
Vous avez créé les scènes slam pour que la poésie soit accessible au grand public. Les avez-vous créées aussi pour donner libre court à la liberté d'expression ? Y a-t-il des limites à cette liberté dans ce cadre? Lesquelles précisément ?
Y a-t-il des sujets à ne pas aborder, des mots qu'il ne faut pas employer, des tournures de phrase, des sujets, des gestes, des émotions à censurer dans nos prestations pour qu'elles restent audibles et supportables? Ou bien l'expression lors d'une performance est-elle dévouée totalement à la règle d'or de la fiction, où tous les interdits, tous les tabous, toutes les peurs peuvent être bravé.e.s?
Je ne sais plus où j'en suis. Je m'interroge énormément, et je ne sais pas où regarder pour trouver une issue. L'art a été toute ma vie un moyen pour moi de respirer, d'exister, de créer du lien, de m'apporter du soin. Aujourd'hui je n'arrive plus à éprouver le plaisir d'autrefois à dire un texte solo dans ma langue qui soit de moi, de peur de blesser.
J'espère que vous trouverez le temps de me répondre, au vu du contexte actuel... Pour moi je considère cette question comme vitale... Sans retrouver du sens à cette question, je ne saurai pas comment défendre cette valeur sans quoi je ne trouve pas la vie supportable : la liberté...
Prenez soin de vous... Même s'il est peu probable que je reçoive une réponse, j'attendrai patiemment d'arriver à un éclaircissement.
Merci pour avoir créé ces espaces, même si aujourd'hui j'ai encore du mal à m'y sentir accueillie pour qui je suis... C'était le cas pendant longtemps... Et j'espère que ça le sera de nouveau.
Evidemment, mon mail m'est retourné comme un boomerang, comme l'adresse mail sur le seul site où je pouvais le contacter s'est avérée invalide. J'ai donc fait de ce texte une lettre ouverte, une invitation au débat. Je n'avais aucune réponse, et j'attendais seulement de pouvoir être accueillie dans ce questionnement qui me hante. J'ai obtenu bien davantage.
En transmettant cette lettre ouverte à la Ligue Slam de France, Mr.Zurg m'a donné sa réponse dans un premier temps, et de fil en aiguille j'ai fini par pouvoir adresser mon message à Marc Smith lui-même... Qui lui non plus n'a pas tardé à me répondre. Et sa réponse m'a tirée des larmes, car sa conception du slam était beaucoup plus souple, et me l'a rendu à mes yeux plus fondamental que jamais...
Alors que j'étais en prise avec le silence et le sentiment d'isolement, j'ai fait face à une énorme disponibilité, et un engagement à toute épreuve. J'ai pensé aux anciens temps où les spectateurs qui allaient au théâtre venaient debout et faisaient un grand chahut, quand il m'a évoqué les réactions encouragées du public. Et à la censure actuelle aux US quand il m'a appris que la liberté d'expression peut coûter des vies... Je sentais depuis mes débuts sur la scène que cet élan de s'y exposer était vital sans comprendre pourquoi, aujourd'hui je comprends à quel point ça l'est réellement... Pour arriver jusqu'à mettre sa vie en péril en s'exprimant sur la scène, c'est que le combat qui y est mené a une valeur plus précieuse que la vie. Et avec ça, d'où que nous venions, tout devient possible.
Comme il m'a confirmé que je pouvais la rendre publique pour nourrir les débats, je pose là la traduction de ce qu'il m'a écrit suivi de sa lettre originale:
RÉPONSE DE MARC SMITH EN FRANCAISBonjour Kaena,
Je vais répondre du mieux que je peux. Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que les débuts du slam au Get Me High Jazz Club de Chicago n’avaient aucun rapport avec une quelconque compétition, un tournoi ou des règles. Il s’agissait d’une soirée ouverte à tous qui visait à encourager la « mise en scène » de poèmes, ce qui, à l’époque, était considéré comme répréhensible par les cercles poétiques traditionnels. La définition principale de la poésie slam est la suivante :
« Le remariage de l’art d’écrire de la poésie avec l’art de la réciter. »
Les réactions sincères du public étaient également encouragées. Cela prenait parfois la forme de chahut, mais celui-ci devait rester bon enfant et plus intelligent que les mots visés, sous peine de voir le chahuteur lui-même devenir la cible de railleries.
La deuxième définition (tout aussi importante que la première) est la suivante :
« Un événement de “poésie performative” mis en scène avec art.
À l’époque où le spectacle au Get Me High a débuté, la plupart des lectures de poésie étaient des événements ennuyeux, mal conçus et sans art — ouverts à très peu de monde et fréquentés par très peu de personnes. Dans l’ensemble, personne parmi le grand public n’aurait même songé à y assister. C’est ce que nous avons entrepris de changer, et nous y sommes parvenus. À cette époque, avoir 50 personnes dans le public était considéré comme extraordinaire. En attirer des centaines, voire des milliers, comme c’est le cas aujourd’hui, aurait été perçu comme un rêve inaccessible.
Ce qui a attiré vers nous un large public issu de tous les horizons, c’est la « performance », et non la compétition.
Les « compétitions » ne sont qu’une forme parmi d’autres d’« événement de « poésie-spectacle » mis en scène avec art ».
Les règles dont vous parlez ont vu le jour par nécessité, afin de structurer notre premier grand événement de « poésie-performance » : le National Poetry Slam de 1990 à Chicago. Nous devions contrôler la durée des événements et nous conformer aux contraintes des lieux où nous allions les organiser — tout en donnant au « tournoi » une structure raisonnable et équitable. Ces règles ont été mises en place pour répondre à des impératifs de production. Elles n’étaient pas, et ne sont toujours pas, destinées à être des impératifs artistiques.
Ce qui se perd parfois de vue dans le monde du slam aujourd’hui — après 40 ans de diffusion à travers le monde dans des centaines et des centaines de lieux —, c’est que ce que nous avons lancé à Chicago (en 1984) était une révolution. Nous avons décidé de bousculer les règles et les conventions relatives à la manière dont la poésie était présentée sur scène. Musique, costumes, accessoires, mise en scène, collaborations multimédias : tout cela faisait partie du jeu. Et oui, toutes les formes de poésie, des classiques à l’expérimentale, étaient encouragées. Il ne fallait surtout pas ennuyer le public ; on laissait cela aux poètes institutionnels. Et comme nous avions également pour objectif d’être totalement ouverts à l’ensemble de la population (et pas seulement à une partie de celle-ci), nous encouragions aussi tous les thèmes et toutes les personnalités.
Un autre principe du slam poétique, né de son essor, était le suivant :
« Chaque communauté de slam est libre de développer son propre type de spectacle, ses rituels, sa structure, son style et ses règles. »
Aucune communauté de slam n’est tenue de suivre un format standardisé.
Faites ce qui fonctionne le mieux pour votre public local.
La plupart de vos interrogations sont celles que tout artiste rencontre lorsqu’il explore en profondeur ses convictions et son besoin de les exprimer aux autres. Se heurter aux conventions d’une époque donnée fait partie, pour le véritable artiste, du parcours. Au cours des premières années à Chicago, nous avons essuyé une avalanche de critiques et d’insultes provenant d’une multitude de voix issues des cercles poétiques « traditionnels », et même de l’avant-garde poétique de l’époque.
Comme nous le savons en lisant l’histoire littéraire, les nouvelles voix et les nouvelles idées, quelle que soit la forme d’art, ont toujours été accueillies avec mépris, moquerie, voire incarcération, torture et mort.
C’est le risque que nous prenons tous lorsque nous lançons nos pensées, nos idées et nos mots sur la scène publique.
Nous avons tous pour mission d’apprendre de ce qui nous tient à cœur, d’évoluer à partir de cela et de rester fidèles à ce que nous considérons comme vrai. Ce n’est pas toujours facile.
À Chicago, notre objectif était de créer une scène ouverte à tous, où chacun pourrait présenter toutes les formes de poésie sous forme de spectacle devant le public le plus large possible. C’est ce que nous avons fait et, comme vous le savez, beaucoup d’autres ont suivi notre exemple.
J’espère que cela vous aidera dans votre parcours, quelle que soit votre destination, Marc
Et lorsque j'ai vu l'interview suivante, quel ne fut pas mon éclat de rire, quand j'entendis le créateur du slam lui-même déclarer :
“Croyez-moi, transgressez les règles! Les règles sont faites pour être transgressées.”
Hello Kaena,
I will respond as best I can. First, you should bare in mind that the beginnings of slam at the Get Me High Jazz Club in Chicago had no connection to any type of competition or tournament or rules. It was a wide open night that sought to encourage the “performance” of poems which at the time was considered a reprehensible thing to do by establishment poetry circles. The primary definition slam poetry is:
“The remarriage of the art of writing poetry with the art of performing poetry.”
Honest feedback from the audience was also encouraged. Sometimes that took the form of heckling, but the heckling had to be good natured and smarter than the words being heckled or else the heckler would be heckled.
The secondary definition (as equally important as the first) is:
“An artfully staged “performance poetry” event.
Back when the show at the Get Me High began most poetry readings were dull, poorly conceived, artless events — open to and attended by very few people. For the most part, no one from the general population would even consider attending one. That's what we set out to change and did. In those early years to have 50 people in the audience was considered extraordinary. To have hundreds and thousands, as we do today, would have been though of as an unattainable fantasy.
What brought a large, general audience of all kinds of people to us was “performance” not competition. “Competitions” are but one form of “an artfully staged 'performance poetry' event.”
The rules you speak of came about through the necessity of structuring our first major “performance poetry” event — 1990 National Poetry Slam in Chicago. We needed to control the length of time of the events and conform to the restrictions the venues we were going hold them in — and to give the “tournament” a reasonable and fair structure. The rules came about to satisfied production considerations. They were not, and are not, meant to be artistic mandates.
What sometimes gets lost in the slam world these days — after 40 years of being spread throughout the world to hundreds and hundreds of locations — is that what we started in Chicago (1984) was a revolution. We set out to break the rules and conventions of how poetry was presented on a stage. Music, costumes, props, dramatics, multi-media collaborations were all part of the game. And yes, all forms of poetry from the classics to the experimental were encouraged. Just don't bore the audience, let the establishments poets do that. And because we also set out to be totally open to the population at large (not just one corner of of it) we also encouraged all themes and personalities.
Another principle of poetry slam that evolved out of its spread was that:
“Every slam community is free to develop its own type of show, rituals, structure, style and rules.”
No slam community is obligated to follow a standardized format. Do what works best for your local audience.
Much of your questioning is what every artist encounters when delving deep into their beliefs and their need to express those beliefs to others. Bumping up against the conventions of a particular moment is for the true artist part of the journey. During the early years in Chicago we experienced cascades of criticism and degradation from a deluge of voices from the “proper” poetry circles, and even from the current poetic avant guard. As we know from reading literary history, new voices and ideas in every art form have been met scorn, ridicule — even incarceration, torture and death. That's the risk we all take when throwing our thoughts, ideas, and words into the public arena.
We are all tasked with learning from, evolving from, and standing by what we hold dear to be true. Not always an easy thing to do.
Our intentions in Chicago were to create an open stage for anyone and everyone to present all forms of poetry in performance to as large an audience as we could muster. We did that and as you know many others have followed suit.
Hope this help you on your journey to wherever has you bound, marc
Ce travail est sous licence CC BY-NC-ND 4.0