Chicorée torréfiée
Avant-propos
Le contenu de cet article a été rédigé en grande partie le 21 février 2026, puis finalisé le lendemain.
La compréhension de ce qui est référé par les URLs ci-dessous est conditionnée par une maîtrise de la langue anglaise écrite et orale. Il y a toutefois des morceaux qui ne la nécessitent pas : tout ce qui peut être capté par d’autres canaux sensoriels.
Chicory : A Colorful Tale
En français : « Chicorée : Un Conte Coloré ».
J’ai redécouvert récemment sous une nouvelle lumière ce jeu vidéo, sorti et découvert en juin 2021. Une qui a projeté des ombres sur ma psyché depuis le début de cet hiver 2025/2026, par le prisme d’une vidéo sur ce jeu. Tout m’avait déjà été raconté dans le jeu : ce que ça fait d’être un(e) artiste, les côtés lumineux comme les plus sombres. Mais à l’époque, ça ne m’avait pas heurté. Je n’avais pas encore commencé le chemin artistique.
Ce n’est qu’après le visionnage de cette vidéo que ça s’est activé, presque un an passé volontairement dans le processus artistique, en connaissance de mes motivations, mais moins des conséquences d’un tel choix. C’est une chose d’en entendre parler, de l’avoir en tête ; c’en est une autre de les traverser.
Au stade où j’en suis, je suis incertain de recommander ou déconseiller la pratique d’un art à quelqu’un. Un usage thérapeutique coulerait de source. Ça aide à mieux supporter sa propre condition, et même à toucher la grâce, ne serait-ce qu’un instant. Mais dès que la flamme est allumée dans le for intérieur de cet individu, le processus est enclenché irréversiblement. Il y aura des moments où les ailes seront brûlées. La combustion n’est pas le plus dur, mais bien l’atterrissage. Certains humains ont fracturé leur esprit en s’y essayant.
Pratiqué seul(e), isolé(e) d’individus et de sociétés humaines agonisant de ses blessures infligées par ses propres balles de plomb, et ayant perdu le sens des métaux précieux tout en courant incessamment derrière eux jusqu’à l’arrêt cardiaque, l’art est une discipline libératrice et fantastique. Ma pratique ne peut que s’y accorder. C’est cependant au contact d’essences plombées que sa substance purificatrice se corrompt et devient à son tour corruptrice. C’est une fois exposé au vacarme tempétueux des critiques et des jugements irréfléchis et impulsifs que l’enchantement se met à jouer des fausses notes. Un humain sage saurait pourtant que l’argent du verbe et la dorée virginité de la sérénité apportent infiniment plus de valeur à la vie que l’usinage véhément et venimeux de la basse supériorité de l’un sur les autres.
Enfin... Ainsi est ce que je constate du monde humain moderne. Exposer ma flamme créatrice à du combustible toxique en provenance de ce dernier a déjà mis à rude épreuve mon esprit. L’art a cette particularité d’amplifier et de coupler tous les spectres et signaux faibles. Tout, mélangé avec tout, même quand il est plus avisé de garder certains dans leur chambre respective plutôt que dans la même cage. De la tendre douceur, en passant par l’incertitude anxieuse, jusqu’à la rage sourde et l’angoisse tonitruante.
L’art m’a appris et continue de m’apprendre à vivre parmi les humains comme personne. Il m’a aussi lancé un défi : apprendre à aimer ; aimer tout le spectre de l’humanité, tous ses fantômes, toutes ses aspirations, tous ces rêves, réalisés comme brisés, toutes ses gammes de notes, des gravement fausses aux perçantes vraies. Et mettre chacun et chacune à sa juste place. C’est lent, c’est long, c’est douloureux. Se prendre des balles, encaisser le choc, se relever de l’affliction, plonger dans la blessure, désamorcer la mine, retirer la balle, éviter de la tirer sur quelqu’un d’autre à nouveau. Cette dernière étape est potentiellement la plus longue et la plus difficile du lot. Certains y ont laissé des plumes à essayer de s’y accrocher.
Vincent Van Gogh
Je me suis senti poussé aujourd’hui à me renseigner sur Vincent Van Gogh. Le peintre, certes, mais pas seulement. Au-delà de la présentation du statut de référence académique en art, il y a aussi Vincent Van Gogh, l’humain, l’esprit, l’âme. J’avais eu vent de certains traits de ses vie et carrière : un artiste autodidacte (au début), ayant appris son art sans formation académique, dévoué à la passion qui l’animait, dont le talent n’a été reconnu à grande échelle qu’après sa mort. Lui-même en doutait profondément de son vivant.
Il est très probable que Vincent Van Gogh ait fait partie de mon éducation artistique, à l’école, au collège et/ou au lycée. Ma mémoire n’en a gardé aucune trace. J’en déduis que ça m’était passé au-dessus de la tête à l’époque. Mais aujourd’hui, j’y suis sensitif. Son unicité. L’amour insufflé dans ses œuvres. Ses choix, ce qu’il préfère dessiner, par exemple. Dans sa peinture, et aussi dans ses paroles et écrits cités.
Je ne peux m’empêcher de lire une histoire dans la juxtaposition de ses citations. Le récit de sa vie, son parcours ; son état d’esprit du moment, celui qu’il a porté tout au long de son chemin artistique ; les distorsions de sa conscience à mesure que la condition humaine, les conséquences de sa maladie psychique et les cendres laissées par le passage de la passion plombent son âme.
Vincent Van Gogh a trépassé à l'âge de 37 ans. 2 ans auparavant, les premiers signes de maladie mentale se montrent. J’approche doucement de mes 30 ans cette année. Lui et moi avons développé le sens de la nature et avons été inspirés par elle au cours de notre vie. Je sais qu’accoler ces précédentes phrases peut donner l’impression que j’appréhende de sombrer, de vivre incertain de mon talent, de me voir ou d’être vu comme un échec, et/ou de tomber aux oubliettes comme lui. Tout ce que je suis en capacité de dire est que je ne considère pas ce concours de circonstances comme le fruit du hasard.
Il n’a pas été et n’est pas le seul à être tourmenté par ces luttes intérieures. De ce que j’ai pu récolter, il semblerait que ça frappe toutes les personnes qui touchent au feu artistique avec une gravité plus ou moins aigüe. Tenter de franchir un portail, escalader un mur, ou traverser un vide abyssal sur une fine corde, enchaîné à une barre d’haltère aux poignets, à des boulets aux chevilles et à un sac à dos rempli de bagages du passé. Le vertige me vient très vite dans ces situations, alors je préfère éviter de regarder en bas et imaginer les horreurs qui m’y attendent. Mais c’est trop tard. Je suis déjà engagé sur le fil.
La suite de l'aventure
Vais-je vaciller ? Chuter ? Perdre l’équilibre ? Être frappé par la foudre ? Emporté par la tempête ? Et qu’est-ce qui m’attend de l’autre côté ?
Je ne sais pas. Devrais-je savoir ?
Je ne suis pas sûr. Peut-être pas dans les détails. Tout ce que je sais est que l’art est un de mes rares moyens de me relier aux autres humains, dans leur état présent, et de me faire comprendre d’eux. Parfois, je sens que c’est le seul moyen. Tout ce que je peux faire, c’est d’accepter de prendre ce risque.
L’art a un autre lapin dans son chapeau, un qui fait autant sauter de joie les uns que pétrifier de terreur les autres, et qui est pourtant essentiel dans la progression sur ce chemin : la surprise, l’inattendu, l’imprévisible, l’improvisé.
Je verrai quand j’y serai.