L'âme en tiers

Nouvel an, nouveau poème, nouvelle peau, même amour.

L'âme en tiers

Avant qu'une forêt florissante se fasse et que les lueurs de luxuriance s'étalent, les semences sommeillent sous la surface, accompagnées de germes, au guet du signal.

Des grasses, des aminées, des amidonnées. Certaines des deux premières portent l'arborée destinée. Elles deviendront les mères et pères sylvestres couvant les futurs enfants terrestres.

Les arcs de branches se touchent à la cime. Les colonnes et les piliers plongent dans les abîmes. Lentement, la cathédrale de bois est bâtie, là où les apprentis s'initient à prendre appui.

Au pied du panthéon, à la prime heure, la course vers les cieux commence. Les plantains s'élancent et les lamiers croisent les leurs.

Les saisons se succèdent. L'âme s'enflamme, se lime. Elle percute un roc, costaud, et tiède. Elle cède. Il emmène une nouvelle victime.

La garde a été prise de court. La poignée est déchirée. Le tranchant, brisé. La pointe, perdue, dans un obscur parcours.

La voici. Évanouie. Envasée. Elle persiste à rester affinée et perçante, mais la bourbe demeure de marbre, indifférente, et lui fait boire sa tasse d'impuretés.

Le limon lui promet son argent et sa parole. L'argile lui présage des vases d'or et de l'évasion. Elle se laisse séduire, sombre dans l'illusion. Sa voie est plombée, lourd sera son envol.

Aucun répit ne lui est donné, que du faire. Doucement, le doute surgit du nickel de sa carrière. Le fourneau se ranime, sa sagacité embrasée. Elle essaye de forger sa propre idée.

Les faux aimants gravitent autour d'elle, la couvrent d'enjolivements et de chrome. L'incendie est éteint, la flamme étouffée sous un dôme. Ils la tirent à nouveau vers des profondeurs infidèles.

À chaque immersion, son éclat flétrit, ses limites s'effritent, sa candeur se charbonne, la rouille encercle son cœur en vif-argent. Dans l'épreuve, cependant, elle incorpore un allié : le carbone.

À chaque trempage, son caractère s'endurcit. Ses aspects polis et taciturnes se creusent. Elle rehausse les tons, devient plus rugueuse. Son derme s'est teint de mat, plus bronzé, mais toujours moins innocent.

Un jour, près d'un étang, sur son pourtour, elle arrête sa fuite follette, elle se reflète. « Toutes ces compromissions depuis le début. À quoi riment ces abus ? Assez de ces dits mensongers ! Assez de ces lacunes à éponger ! »

Elle se souvient de son fil conducteur. Descendue en rappel, brillante dans l'obscurité. Égarée dans les landes, mais au cosmos toujours connectée. Apprendre le tissage, crocheter les tissus corrupteurs.

Son esprit s'éclaircit, éloigne les fauteurs de trouble. Elle fusionne les fragments, forme son intégrité. Elle largue les voiles, transperce la tourbe et siffle à toute allure un couplet complété.

#Poème