Les contes de Mathys Sille : Ratio Nel et Passion Nel

Un conte commencé , puis laissé de côté jusqu’à présent.

Ratio Nel et Passion Nel

Ratio Nel et Passion Nel, nés jumeau et jumelle de l’union de Fusion Nel et Éther Nel, vivaient dans le royaume Ma Terre Réelle.

Leurs parents veillaient sur eux, attentionnels, depuis un autre domaine : Existe En Ciel ; où la détente et la sérénité étaient la seule vérité acceptée.

Là‑haut n’était accordée une place telle pour une relation aussi conflictuelle. Seul l’astre charnel et spatio‑temporel pouvait garder éloignés ces opposés perpétuels.

L’un était de glace, l’autre de feu. L’une flambait, l’autre figeait. Réunis au même endroit, ils se détruiraient. Ils devaient rester loin d’eux, loin des cieux.

Séparés, sur terre, ils apprenaient quelle substance les enveloppait, quelle essence les mouvait, quelle présence leur manquait.


Sous le ciel du septentrion, Ratio Nel endurcit sa cuirasse. Il découpait à coups de rigueur et de prévision la glace et intègrait les fragments à la bonne place.

Il ne sélectionnait que les faits solides, Les fantaisies volatiles ne l’intéressaient guère. Ainsi, il avait édifié une fondation stable, lucide sur laquelle s’appuyer, surtout en terrain délétère.

Nombreux essayèrent de le défier, de le défaire de façon justifié, d’invalider ses lemmes jusqu’à inverser ses valeurs. Personne ne put le toucher, pas même au cœur.

Le haut de l’iceberg était imprenable, les mains gelaient dès l’approche du glacis. Le bas était insondable, il n’y avait aucune faille pour un appui.

Derrière les remparts, dans la forteresse, au sein d’une antichambre, résonant dans un coffre, étaient émis des signaux sourds de détresse, faible en puissance, retentissant de camphre.

Ratio Nel l’avait toujours occulté : un cœur au bleu vierge de toute impureté, à l’aspect liquéfié, fragile, fondant pour un lien aussi profond que son océan.


Sous un ciel azur et austral, une brindille sèche dorait au soleil. Un rayon de trop de la part du corps astral suffisa pour réveiller Passion Nel de son sommeil.

Elle monta alors sur scène, à corps et à cœur découverts, les courbes dansant en l’air, les prochaines mèches tenues en haleine.

Les alentours eurent vent du spectacle : une attraction imprévisible, attrayante et éphémère. Mais sur les lieux s’abattit la débâcle : le soufflé était déjà retombé par terre.

Dans la frénésie, tous tentèrent de l’effleurer. Certains fuyèrent l’aile gauche embrasée. D’autres essayèrent de la saisir d’une main adroite, mais l’ardeur étouffa sitôt la prise refermée et moite.

Elle se couplait à presque toute matière. Sa combustion prenait plus d’air. Son carburant était plus distant. Sa ferveur restait carmin et incomplète.

Passion Nel ne cessait d’en crépiter : un flot d’essence permanent, un plasma comblé de cyan, une ignition totale sans toxicité.


Ratio Nel ou Passion Nel ? Ce choix saisissait chaque mortel. Tous se persuadaient de leur séparation. Nul soupçonnait leur aspiration.

À l’aller du jour, la frontière autour d’eux était essentiel. À la venue lunaire, à son retour, la liaison entre eux était substantiel.

Comment pouvaient-ils se rencontrer ? Leur identité était remarquable, leur développement superficiel notable, mais la densité de leur rapport impossible à mesurer.

La démarcation traversait toute la circonférence. Nulle place pour une union, aucune chance. Pourtant, chaque nuit, à l’heure du douze, ils empruntaient un portail partagé : le blues.

#ContesDeMathysSille #Feu #Glace #Poème