2000 Maniacs

Quand j'ai vu le titre 2000 Maniacs sur une des tables de la librairie des Utopiales, cela m'a immédiatement rappelé un vieux film dont j'avais peu de souvenirs à part une scène où une femme se faisait écraser par un rocher sous l'hilarité générale de l'assemblée... J'ai donc profité de cette lecture pour retrouver l'histoire de cette œuvre. Avant d’être adapté en roman, 2000 Maniacs fut d'abord un film d’horreur sorti en 1964. Écrit et réalisé par Herschell Gordon Lewis, il figure parmi les pionniers (avec Blood Feast, du même réalisateur) du cinéma gore ce qui l'a hissé, de fait, au rang de film culte. C'est donc le scénariste et réalisateur lui-même qui en signe cette novellisation. Évidemment je n'ai pas pu résister à poursuivre ma lecture par un nouveau visionnage du film.
Bon...
C'est très clairement un film qu'il faut savoir regarder avec les lunettes de son époque. C'est sans doute peu de dire qu'à sa sortie, le choc devait être brutal : violence graphique, sexualité appuyée, humour noir sans retenue. Une sacrée provocation, bien avant que l’horreur ne repousse sans cesse ses propres limites. Vu avec un regard contemporain, le film accuse évidemment son âge. Cependant, il est loin d'être périmé. Il garde une certaine efficacité et son côté farce grotesque est particulièrement jubilatoire. Il oscille entre transgression et mauvais goût assumé, et cette ambiance de fête foraine le rend paradoxalement réjouissant.
J'ai globalement retrouvé le même esprit dans le roman. Il faut dire que l'adaptation ne prend pas de grandes libertés avec son matériau d’origine. L'histoire est similaire, l'atmosphère également, quelques excès en plus. Le sexe y est sans doute abordé de manière plus frontale, et certains détails viennent enrichir le récit. L’écriture est très visuelle (comme souvent dans les livres des spécialistes de l'image) et j'ai régulièrement eu l’impression d’assister à un découpage plan par plan sans que cela ne me gêne outre mesure. En effet, cette novellisation ne se lit pas pour ses figures de style mais pour l'efficacité de son texte : c'est dynamique, percutant et ça va droit au but. Le gore y est décrit avec moult détails (on sent que l'auteur y a pris beaucoup de plaisir) et un humour noir et provocateur est constamment sous-jacent.
Si le gore n’est pas mon genre préféré au cinéma, je dois reconnaître que je l’apprécie beaucoup plus à l’écrit, surtout lorsqu’il a ce côté grand-guignol. 2000 Maniacs n’est donc clairement pas une œuvre à prendre au sérieux, mais à apprécier pour ce qu'elle est : une lecture légère, drôle, délicieusement excessive, que l'on savoure d'autant plus quand on imagine les réactions des lecteurs et des spectateurs qui l'ont découvert à sa sortie.
2000 Maniacs | Herschell Gordon Lewis | traduit par Sarah Londin | Éditions du Typhon