Ce que Sarkozy n’a pas dit sur la prison

Je m’intéresse depuis longtemps à la question carcérale et le travail de l’Observatoire international des prisons me semble d'utilité publique. En effet, la réalité des prisons françaises est un sujet essentiel pourtant encore trop facilement ignoré. J'ai donc été très heureuse de la parution de ce Tract sur le sujet.
En partant du Journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy, Laélia Véron et l’Observatoire international des prisons proposent, dans ce court texte, de mettre en regard son expérience très particulière de la détention avec celle, plus représentative, des quelque 87 000 personnes incarcérées en France, dressant ainsi un état des lieux très concret des conditions de détention et de leurs conséquences.
Sans complaisance et sans misérabilisme, il donne à voir une réalité carcérale difficile, que l’on peut facilement perdre de vue lorsqu’on ne la connaît qu’à travers des chiffres. La question de la santé, et particulièrement de la santé mentale, est toujours aussi marquante. Elle apparaît comme largement négligée, alors même que l’incarcération peut avoir des conséquences considérables sur les personnes détenues.
L’écriture, journalistique, fluide et très pédagogique, va droit au but sans chercher à transformer le texte en manifeste militant. Il n'a pas besoin de ça pour être efficace : les faits se suffisent largement à eux-mêmes. J'ai par ailleurs trouvé le choix de Sarkozy comme point de départ particulièrement malin. Le livre ne s’attarde pas sur son cas et ne cherche pas à régler ses comptes avec lui : il rappelle simplement que son expérience de la prison est très éloignée de celle de la majorité des détenus, avant d’élargir le regard. C’est un excellent prétexte pour parler du problème dans son ensemble et j'espère que cet ouvrage permettra à un large public de s'y sensibiliser.
Cette lecture ne m’a malheureusement pas fait changer d’avis : je suis déjà pleinement anti-prison. Elle a surtout confirmé l’urgence d’une refonte profonde de notre système judiciaire, en réfléchissant avant tout à la portée, l'efficacité et les conséquences qu'une société doit attendre de la réponse pénale.
Ce que Sarkozy n’a pas dit sur la prison | Laélia Véron & OIP-SF | Gallimard